Un délire (du latin delirium « délire, transport au cerveau ») ou idée délirante est, dans le domaine de la psychologie, une perturbation globale, parfois aiguë et réversible, parfois chronique, du fonctionnement de la pensée. En tant que pathologie, il se distingue d'une croyance fondée sur une information fausse ou incomplète, dogme, faible mémoire, illusion ou autres effets de perception.
Les délires surviennent habituellement dans le contexte d'une maladie mentale ou neurologique, bien qu'ils ne soient liés à aucune maladie particulière et qu'ils puissent apparaître dans le contexte de certains états pathologiques (aussi bien physiques que mentaux). Cependant, ils sont d'une importance déterminante dans le diagnostic des troubles psychotiques incluant schizophrénie, paraphrénie, épisodes maniaques du trouble bipolaire et la dépression psychotique.
Définition La définition classique de délire est donnée en 1814 par Jean-Étienne Esquirol : « Un homme est en délire, lorsque ses sensations ne sont point en rapport avec les objets extérieurs, lorsque ses idées ne sont point en rapport avec ses sensations, lorsque ses jugements et ses déterminations ne sont point en rapport avec ses idées, lorsque ses idées, ses jugements, ses déterminations sont indépendants de sa volonté ».
Le psychiatre et philosophe Karl Jaspers a défini trois principaux critères de délires, dans son ouvrage de 1913 intitulé Allgemeine Psychopathologie (Psychopathologie générale).
Ces critères sont : le fait d'être sûr de cette croyance tenue avec une conviction absolue ; le fait que la croyance ne puisse pas être changée par des contre-arguments convaincants ou par la preuve du contraire ; la fausseté ou l'impossibilité de la croyance.
Le diagnostic est donc délicat à établir du fait que chacun de ces critères peut être plus ou moins ambigu, il est bien sûr important de considérer d'autres critères avant d'établir une maladie mentale dans le but de soigner uniquement les gens souffrants.
Il existe d'autres définitions du délire, qui sont elles aussi sujettes à ambiguïté.
L'étymologie du terme provient du latin delirium « délire, transport au cerveau ». Celle-ci peut induire en erreur, car le même terme delirium est également utilisé en français pour désigner le syndrome confusionnel, qui a une signification différenteDéfinition de « syndrome confusionnel aigu » sur le site du Grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française.
Signe et symptômes Par convention, le délire est dit « chronique » s'il évolue plus de 6 mois ; il est dit « aigu » sinon. Le discours délirant peut être analysé selon cinq axes : mécanisme, thème, degré d'adhésion, l’organisation et son degré de systématisation, extension. C'est-à-dire que chaque délire est caractérisé par un ou plusieurs mécanismes, un ou plusieurs thèmes La caractérisation du syndrome délirant sur ces cinq axes permet de repérer différents types de pathologies psychotiques, dites « psychoses ». Le délire du schizophrène est dit « délire paranoïde », le délire du paranoïaque est dit « délire paranoïaque », ils se différencient par leur structure du délire de la psychose hallucinatoire chronique et de la paraphrénie.
Mécanismes Il peut y avoir un ou plusieurs mécanismes suivant lequel la croyance s'installe : hallucination, le sujet voit, entend, sent ou touche des choses qui n'existent pas autrement que dans son esprit ; illusion ; interprétation, un élément de la vie du sujet est interprété de manière peu habituelle et va être la ou une des source(s) de la croyance ; intuition ; et imagination.
Degré de systématisation Le délire est dit systématisé si la croyance paraît cohérente même si celle-ci ne s'établirait que dans l'esprit de peu de personnes. Par exemple, lors de délire paranoïaque (délire qui est systématisé), le patient explique être persécuté, il donne des raisons possibles de cette persécution, et parfois même l'interlocuteur adhère au discours. Le délire est dit non systématisé si la croyance paraît aux oreilles du clinicien ou de l'entourage comme incohérente. Par exemple lors d'un délire paranoïde, s'il s'agit d'un délire basé sur la persécution, le sujet ne trouvera que difficilement une réponse à la question : , et la réponse serait certainement peu plausible.
Degré d'adhésion Plus le degré d'adhésion est important, plus le sujet sera persuadé de la croyance en question.
On distingue alors l'adhésion inébranlable (adhésion qu'aucune critique ne peut faire vaciller) de l'adhésion partielle (adhésion pouvant être critiquée par le sujet lui-même).
Types
Type lent : une reprogrammation progressive de l'interne sur l'externe se fait petit à petit sur une longue période (environ 3 mois), les mêmes préoccupations ancrées à l'intérieur du psychisme étant utilisées pour passer du mode réel au mode plus ou moins délirant jusqu'à nécessiter un isolement total pour que l'agitation redescende.
Type moyen : en 1 mois, sans se rendre compte qu'on a progressivement quitté la réalité, on se retrouve perdu dans son esprit prisonnier d'un système propre à chaque délirant.
Type rapide : à la suite d'un stress psychique important, il est possible de quitter la réalité et d'entrer dans un fonctionnement délirant en une semaine..
Thèmes Certains délires possèdent des thèmes particuliers et peu répandus tandis que d'autres possèdent des thèmes répandus Source : .. Délire de revendication : le délire repose sur la conviction d’un préjudice subi. Le patient est en règle générale actif, il se livre à de nombreuses démarches administratives et souvent judiciaires. Plusieurs figures types ont été étudiées : l’inventeur méconnu qui revendique l’antériorité de ses découvertes, le délire de filiation où le patient veut prouver son ascendance illustre, le quérulent processif qui intente procès sur procès pour faire reconnaître son bon droit supposé. Délire mystique : illusions ou hallucinations mystiques liées à la religion, mysticisme, ésotérisme, complotisme, occultisme, spiritualité et réincarnation. Délire nihiliste : délire dans lequel un individu croit qu'il n'existe pas ou qu'il est décédé .. Délire de référence : l'individu croit à tort que tout ce qui l'entoure ou ce qui se passe possède une signification personnelle. Érotomanie : caractérisé par la conviction délirante d’être aimé. En général, le patient pense être aimé d’un personnage jouissant d’un certain prestige avec lequel il n’a que des relations lointaines. Il est question de délire passionnel qui s’observe en général chez un patient paranoïaque. Le délirant passe par trois phases : d’espoir, de déception puis de rancune quand il s’aperçoit qu’il n’est pas aimé, dernière phase où le passage à l’acte meurtrier est vraisemblable. Hypocondrie : préoccupations corporelles, hors de toute réalité, centrées sur la maladie, la transformation corporelle, centrées souvent sur les modifications d’un organe particulier. Jalousie : le délirant jaloux a la conviction erronée que l’être qu’il aime lui en préfère un ou une autre. Il fonde cette conviction sur les plus petits indices. Toute son action va alors être guidée par la recherche de la preuve absolue de sa conviction délirante grâce à des investigations inquisitoriales multiples. Cette attitude insupportable va provoquer la rupture ce qui, aux yeux du délirant, apporte la justification de ses soupçons.
Délire mégalomaniaque Le délire mégalomaniaque est différent de la mégalomanie, dans laquelle les patients n'ont aucune connexion avec la réalité. L'individu est convaincu de posséder des pouvoirs ou des talents spéciaux. Il peut parfois se prendre pour un individu historique ou célèbre.
Les délires mégalomaniaques, ou délires de grandeur, sont un sous-type de trouble délirant mais peuvent ressembler à des symptômes de schizophrénie et d'épisodes maniaques du trouble bipolaireManuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV-TR). Association américaine de psychiatrie (2000).. Les délires mégalomaniaques sont caractérisés par une croyance du patient en sa célébrité, son caractère « intouchable » ou sa puissance. Ces délires sont généralement de l'ordre du fantastique, montrant souvent des aspects surnaturels ou religieux.
Délire de persécution Les délires de persécution sont le type de délire le plus répandu dans laquelle le patient se sent suivi, humilié, embarrassé, empoisonné ou drogué, espionné ou attaqué. L'individu croit – à tort – qu'il est persécuté. Deux éléments centraux sont définis Freeman, D. & Garety, P.A. (2004) Paranoia: The Psychology of Persecutory Delusions. Hove: PsychoIogy Press. . : l'individu pense que quelqu'un lui porte ou lui a porté préjudice ; il pense que son persécuteur va lui porter préjudice.
D'après le DSM-IV-TR, les délires de persécution sont la forme la plus commune de schizophrénie dans lequel l'individu se sent .. Dans le DSM--TR, les délires de persécution sont les principaux types de trouble délirant. Lorsqu'il s'agit de réparer une injustice par un recours en justice, il est question de « paranoïa quérulente » ..
Logique du délire
La psychiatrie classique a mis en évidence une structure évolutive du délire chronique répondant à une tripartition périodique : de la perplexité initiale à la suture mégalomaniaque en passant par un temps intermédiaire d'élaboration inquiète. Une approche psychanalytique fondée sur la jouissance du sujet incite plutôt à dégager quatre positions. Elles chevauchent les descriptions des anciens manuels de référence sans jamais concorder rigoureusement avec elles.
Au premier temps, le psychosé constate que l'ordre du monde est troublé. Une faille centrale s'ouvre, générant angoisse et perplexité. C'est ce que Freud cherche à saisir par le truchement d'une rupture primordiale entre le moi et la réalité.
Au second temps, le paranoïde mobilise de nombreuses constructions inconsistantes dans le but de remédier à la faille symbolique initiale. « Dans les délires, écrit Freud, la folie est employée comme une pièce qu'on colle là où initialement s'était produite une faille dans la relation du moi au monde extérieur ».
Il s'en faut de beaucoup que tous les psychosés atteignent le troisième temps, la position paranoïaque, période lors de laquelle le délire se suture, s'organise en une armature figée, tandis que le sujet acquiert des certitudes inébranlables, au nom desquelles il s'emploie à dénoncer les faux principes, payant parfois même de sa personne pour tenter de faire appliquer les siens. C'est en cette période que la remarque de Lasègue selon laquelle les « fous se constituent volontiers en avocat de leur délire » trouve toute sa pertinence.
L'affrontement cesse pour les rares psychosés qui parviennent au terme de « l'échelle des délires » (Lacan). L'atténuation du délire de persécution s'accompagne en règle générale d'un développement des idées de grandeur. « Il s'agit là pour nous, écrivent Magnan et Sérieux, en 1911, d'une transformation capitale de la psychose. Le délire de persécution finit, en effet, par s'atténuer ». La mégalomanie connaît alors ses réussites les plus hautes. Le sujet devient lui-même Dieu ou en état de transmettre sa parole. Cependant, ce que le paraphrène gagne en apaisement, il le perd en crédibilité auprès de ses interlocuteurs : les thèmes « fantastiques » sont une caractéristique de délire paraphrénique. Lacan affirme ainsi en 1956 que « Le délirant, à mesure qu'il monte l'échelle des délires, est de plus en plus sûr de choses posées comme de plus en plus irréelles ».
Les quatre étapes ainsi dégagées peuvent s'imbriquer, elles constituent des organisations instables, Maleval indique qu'elles sont principalement à retenir pour le schéma de logique évolutive qu'elles permettent de dégager.