vignette|Neuvième brouillon du début de Guerre et Paix en 1864.
Guerre et Paix ou La Guerre et la Paix (en , Voïna i mir ; ; API : ) est un roman de l'écrivain russe Léon Tolstoï.
Publié en feuilleton entre 1865 et 1869 dans Le Messager russe, ce livre narre l'histoire de la Russie à l'époque de Napoléon , notamment la campagne de Russie en 1812. Léon Tolstoï y développe une théorie fataliste de l'histoire, où le libre arbitre n'a qu'une importance mineure et où tous les événements n'obéissent qu'à un déterminisme historique inéluctable.
Dès sa publication, Guerre et Paix fut un immense succès. Pourtant, Tolstoï confia à son ami Afanassi Fet qu'il s'attendait à ce que cette œuvre passât inaperçuePréface de La Guerre et la Paix, tome 1, Gallimard (2002). La richesse et le réalisme des détails ainsi que ses nombreuses descriptions psychologiques le font souvent considérer comme un roman majeur de l'histoire de la littératureGuerre et Paix est cité par William Somerset Maugham en 1954, dans son essai Ten Novels and Their Authors parmi les dix plus grands romans de tous les temps..
Guerre et Paix a engendré un nouveau genre de fiction, et a cassé un si grand nombre de codes du roman de son époque, que de nombreux critiques contemporains ne le considérèrent pas comme tel. Tolstoï considérait Anna Karénine (1878) comme sa première tentative de roman, au sens où les Européens l'entendaient.
Il est considéré comme l'un des plus grands chefs-d'œuvre de la littérature mondiale.
Titre Léon Tolstoï traduisit lui-même le titre en français par La Guerre et la Paix ; il trouva tardivement ce titre en s'inspirant d'un ouvrage du théoricien anarchiste socialiste français Pierre-Joseph Proudhon (La Guerre et la Paix, 1861), qu'il rencontra à Bruxelles en 1861, mais dont il ne partageait pas les idées..
Cependant, certains éditeurs donnent la traduction de Guerre et Paix. En effet, en russe, il n'existe pas d'article : ainsi le mot « guerre » peut signifier « guerre », « la guerre » ou « une guerre ».
Une interprétation fausse mais persistante affirme que le sens réel du titre, en français, serait La Guerre et le Monde. Les mots « paix » (avant 1918 : миръ) et « monde » (avant 1918 : міръ, en incluant le sens de la vie en société) sont effectivement des homophones en russe, devenus homonymes vrais (мир) depuis la réforme orthographique russe de 1918. Cela ne suffit cependant pas pour justifier l'utilisation du mot « monde ».
Trame vignette|redresse|Napoléon sur le trône impérial, Jean-Auguste Ingres. L'immensité de l'œuvre la rend difficile à résumer. De plus, l'auteur parsème son récit de nombreuses réflexions personnelles qui contraignent le rythme de la lecture. L'action s'étale de 1805 à 1820, bien que l'essentiel du récit se concentre sur quelques moments clés : la guerre de la troisième coalition (1805), la paix de Tilsitt (1807) et enfin la campagne de Russie (1812). Cependant, Guerre et Paix ne traite pas que des relations franco-russes de l'époque. Outre les batailles de Schöngrabern, d'Austerlitz et de Borodino, Tolstoï décrit avec beaucoup de soin et de précision les milieux aristocratiques de l'Empire russe, abordant de nombreux sujets alors en vogue : la question du servage, les sociétés secrètes, et la guerre. Les personnages de Guerre et Paix sont si nombreux et richement détaillés qu'il est difficile d'y trouver un « héros », néanmoins le plus récurrent est très certainement Pierre Bézoukhov.
Résumé Il existe plusieurs versions de Guerre et Paix, voulues par Tolstoï lui-même. Par exemple, une version entièrement en russe, c'est-à-dire où tous les passages en français ont été éliminés. Le résumé ci-dessous correspond à la version principale.
Livre premier vignette|left|Palais de Marbre (Saint-Pétersbourg).
Première partie
En à Saint-Pétersbourg, lors d'une soirée donnée par Anna Pavlovna Schérer, demoiselle d'honneur de l'impératrice douairière Maria Feodorovna, se croisent Pierre Bézoukhov (revenu récemment d'un séjour de dix ans en Europe, influencé par les idées révolutionnaires et peu au fait des convenances de la vie mondaine russe), le prince Basile Kouraguine et ses enfants, Hélène et Anatole, le prince André Bolkonsky et Lise, sa jeune épouse enceinte, . Pierre, grand et massif jeune homme portant lunettes est le fils illégitime du vieux comte Bézoukhov : son état civil lui vaut un certain mépris mondain. Cette soirée est l'occasion pour Pierre et André de renouer leur amitié. Intelligent, rationnel et ambitieux, André dédaigne autant la futilité du monde que la vie maritale et conseille à Pierre de se marier tard, il conseille aussi à Pierre de cesser de participer à la vie dissolue des jeunes officiers, en particulier les noceurs Anatole Kouraguine et Dolokhov. Pierre donne sa parole d'honneur mais en partant décide de rejoindre une dernière fois la soirée d'Anatole Kouraguine. La nuit de beuverie qui suit donne lieu à un scandale (les fêtards ont attaché un commissaire de police à un ourson qu'ils ont ensuite jeté dans la Moïka), ce qui vaut à Pierre d'être banni de Pétersbourg.
À Moscou, les héritiers potentiels du vieux comte Bézoukhov, mourant, parmi lesquels le prince Basile, se pressent à son chevet. Le pays se prépare aux côtés des Autrichiens à la guerre contre Napoléon. Dans la famille Rostov, le jeune Nicolas abandonne ses études pour s'engager au côté de son ami Boris Droubetskoï, au grand dam de sa tendre cousine Sonia. La riche Julie Karaguine ne parvient pas à attirer son attention : Nicolas et Sonia sont secrètement amoureux. Quant à l'espiègle Natacha, qui n'a que treize ans, elle se « fiance » avec Boris. Grâce à l'intervention de la princesse Anna Mikhaïlovna Droubetskaïa, Pierre, fils illégitime du comte Bézoukhov, assiste à sa mort et hérite de toute sa fortune. Il devient dès lors un « parti » en vue, se met à fréquenter le monde et les Rostov. Dans la demeure provinciale des Bolkonsky, le prince André est fermement décidé à rejoindre l'armée. Il remet sa femme Lise aux soins de son père, le sévère et coléreux Nicolas Andréïévitch, et de la douce et pieuse princesse Marie.
Deuxième partie
right|vignette|La bataille d'Austerlitz, peinture de L.-F. Lejeune. À Braunau am Inn, en Autriche, le commandant en chef Koutouzov passe en revue un régiment où l'on retrouve Dolokhov dégradé. André Bolkonsky est aide de camp zélé et observateur. Aspirant hussard, Nicolas Rostov se lie avec son supérieur Denissov. On apprend la défaite du général autrichien Mack et la capitulation de son armée à Ulm. Koutouzov et l'armée russe se replient derrière Vienne, talonnés par la Grande Armée de Napoléon. Après une « victoire » à Krems, le prince André est chargé d'annoncer la nouvelle à la cour autrichienne en exil, qui, indifférente à cette victoire russe, le déçoit. Les Français emmenés par l'audace de Murat passent le pont de Thabor et menacent la jonction des deux armées. Afin d'emmener le plus gros de l'armée vers les Autrichiens, Koutouzov envoie le détachement du général Bagration en barrage. Mais, à cause d'une erreur d'appréciation de Murat, la bataille ne s'engage pas directement. Malgré de lourdes pertes, Bagration parvient à rejoindre Koutouzov. Nicolas Rostov est blessé, tandis que le prince André se désillusionne du pouvoir.
Troisième partie
À Saint-Pétersbourg, le prince Basile fait habilement épouser sa fille, la sensuelle et superficielle Hélène, à Pierre Bézoukhov, pourtant réticent mais faible. Fier de ce succès, il désire faire de même avec son fils Anatole, jouisseur impénitent, et Marie Bolkonskaïa. Ils se rendent à Lyssia Gory, propriété des Bolkonsky. Alors que Lise, la femme d'André, est ravie, ils se heurtent à l'hostilité du vieux prince. D'abord subjuguée, Marie surprend le bel Anatole dans les bras de sa dame de compagnie, Bourienne, et refuse le mariage. Les Rostov reçoivent une lettre de Nicolas, qui est promu officier. À Olmütz, où campe l'armée, celui-ci revoit Boris et rencontre le prince André. Cette dernière rencontre manque de dégénérer en duel mais la froide prestance d'André a raison du caractère sanguin de Nicolas.
Les empereurs russe et autrichien passent les troupes en revue ; Nicolas Rostov voue à Alexandre Ier de Russie une admiration sans bornes. Malgré l'avis de Koutouzov, l'offensive contre Napoléon est décidée et on adopte le plan compliqué du général Weirother, en dépit de nombreuses oppositions. Dans le camp d'en face, les soldats acclament leur empereur. Le lendemain, , commence la bataille d'Austerlitz, qui mène à l'écrasement des armées russe et autrichienne. Tolstoi dans son récit de la bataille reprend le procédé inauguré par Stendhal dans La Chartreuse de Parme ; le narrateur suit les personnages dans leur égarement sans surplomber le champ général, reproduisant l’atmosphère de chaos des combats. Lors de la débâcle, Nicolas prend conscience de la faiblesse de caractère de l'empereur russe, sans renier pour autant son dévouement. Le prince André est grièvement blessé dans une charge. Couché sur le champ de bataille, il est ému par la beauté du ciel. Un peu plus tard, il aperçoit Napoléon et ses troupes, mais il est incapable de dire quoi que ce soit au chef de guerre, puis, laissé pour perdu, il est confié aux soins de la population.
Livre deuxième Première partie
En 1806, Nicolas rentre à Moscou en compagnie de Denissov. Les retrouvailles avec sa famille sont joyeuses, Sonia et Natacha ont embelli. Malgré son amour pour Sonia, Nicolas profite de sa jeunesse et ne s'engage pas. Une rumeur circule sur une supposée liaison d'Hélène Bézoukhov avec Dolokhov, que Pierre a accueilli chez lui. Au cours d'un dîner en l'honneur de Piotr Ivanovitch Bagration, l'attitude de Dolokhov pousse Pierre au duel. Nicolas, devenu proche du premier, est son témoin. Au cours du duel, Pierre blesse Dolokhov. Toute une nuit, il le croit mort. Au matin, une dispute éclate avec Hélène, il propose la séparation, puis quitte la ville pour Saint-Pétersbourg. Sans nouvelle de son fils André, le vieux prince Bolkonsky le croit mort. Lise étant sur le point d'accoucher, la princesse Marie lui cache le sort de son époux. Mais André arrive à Lyssia Gori la nuit de l'accouchement, et, l'ayant revu, Lise meurt. Plus tard, on baptise son fils Nicolas. Denissov et Dolokhov, remis de sa blessure, fréquentent assidûment la famille Rostov. Denissov demande la main de Natacha, qui est âgée de quinze ans, Dolokhov celle de Sonia. Toutes deux refusent. Sachant Sonia amoureuse de Nicolas, Dolokhov entraîne ce dernier et le fait perdre au jeu. La dette s'élève à . Honteux, Nicolas doit en appeler à son père pour sauver son honneur. Puis il rejoint son régiment, où il se promet d'épargner pour sa famille, en réparation de son inconscience.
Deuxième partie
Sur la route de Saint-Pétersbourg, Pierre rencontre Joseph Alexéïévitch Bazdéiev, un franc-maçon qui lui ouvre de nouvelles perspectives sur sa vie et lui enseigne les moyens de l'améliorer. Une fois dans la capitale, il fait son entrée dans l'ordre tandis que la bonne société pétersbourgeoise le méprise au profit d'Hélène. Voulant mettre en application les enseignements de la franc-maçonnerie, il se rend sur ses terres pour mettre fin au servage. Mais, trompé par son habile régisseur, il s'illusionne sur les applications concrètes de ses idées. Il rend visite au prince André ; leurs retrouvailles sont cependant entachées par la vision profondément pessimiste de la nature humaine du prince, renforcée depuis la bataille d'Austerlitz et le décès de Lise. Pierre ne comprend pas André, mais à Lyssia Gori lui apparaît, pourtant, la force de leur amitié. Contre toute attente, la visite de Pierre influence inconsciemment son ami qui sort peu à peu de sa retraite.