Les Trois sonates pour piano, WoO 47 dites « à l'Électeur », de Ludwig van Beethoven, ont été composées entre 1782 et 1783 et publiées chez Bossler à Spire en , avec une lettre-dédicace au Prince-Électeur de Cologne Maximilien François d'Autriche, employeur du père de Beethoven Massin J et B, Ludwig van Beethoven, Fayard, 1967, ..
Bossler, l'éditeur, dans le Magazin der Musik de Carl Friedrich Cramer du , annonce leur parution dans les termes suivants:
Beaucoup plus tard Beethoven écrira sur un exemplaire de ces trois sonates: .
Ces sonates se distinguent, dans l'édition originale, par une articulation très abondante (l'autographe a disparu), tout en présentant des différences aux endroits similaires ce qui augmente le charme de ces morceaux assez simples par eux-mêmesOtto von Irmer, préface à l'édition des trois sonates WoO47, G. Henle Verlag, Munich.. Elles montrent que Beethoven connaissait étonnamment bien la musique de son époque, celle des fils de Bach surtout, de l'École de Mannheim et du premier Classicisme viennois Hartmut Fladt, livret de présentation du CD Emil Gilels, DG 453 224-2..
Les trois sonates ne sont pas sans faiblesses, la première étant une manque de continuité ; les changements d'une section à l'autre sont souvent maladroits et ce problème n'est vraiment résolu que dans le finale de la troisième. Néanmoins, ces sonates montrent de nombreuses touches belles et originales, aussi une propension au style orchestral qui suggère que Beethoven envisageait déjà la composition de symphonies. L'habitude de les séparer du corpus des "32 sonates", en les ignorant dans la numérotation par opus et en les omettant des éditions et enregistrements supposés complets des sonates pour piano de Beethoven, est peu justifiable. Il y a bien moins de distance entre ces trois sonates et celles de l'opus 49 (Sonates 19 et 20) qu'entre ces dernières et la Hammerklavier.
Sonate en mi bémol majeur WoO 47/1 La sonate comprend trois mouvements et son exécution dure environ onze minutes. Allegro cantabile Andante Rondo vivace
Le deuxième thème du premier mouvement ressemble fortement à une partie du premier si bien que, dans la réexposition, le premier thème peut être entièrement omis sans qu'on remarque son absenceBarry Cooper, livret du volume 6 de l'intégrale Beethoven, p. 72-73, Deutsche Grammophon.. Un des traits principaux de la pensée beethovénienne se fait jour dans cette sonate : le développement, à partir d'une cellule de base, d'une multitude de motifs et de caractères contrastants. La vivacité du Rondo révèle le plaisir manifeste que prend Beethoven à sa propre virtuosité.
Sonate en fa mineur WoO 47/2 La sonate comprend trois mouvements et son exécution dure environ quinze minutes. Larghetto maestoso – Allegro assai Andante Presto
Les idées musicales s'individualisent dans cette sonate où s'expriment les émotions les plus fortes. Dans la conception de l'époque, la tonalité de fa mineur est ressentie comme sévère et passionnée, et Beethoven renouera par la suite avec ce caractère (notamment dans les Sonates opus 2 et opus 57). Le premier mouvement, profondément beethovénien, débute par une introduction lente qui exploite abondamment les contrastes de registres ; l'émergence du thème principal à travers des répétitions et le changement de tempo en allegro annoncent déjà la Pathétique. Avec ses passages à l'unisson et ses traits agités, le Presto confère une conclusion passionnée à cette œuvre remarquable, sortie de la plume d'un enfant.
Sonate en ré majeur WoO 47/3 La sonate comprend trois mouvements et son exécution dure environ quatorze minutes. Allegro Menuetto. Sostenuto – Var. I-VI Scherzando. Allegro ma non troppo
Dans le premier mouvement, le deuxième thème apparaît comme prévu, à la dominante, mais dans la réexposition il revient au bout de quatre mesures seulement, et en sol majeur au lieu de ré, créant d'intéressantes ambiguïtés quant à son statut véritable. Le Menuet comporte 6 variations dont la est techniquement difficile à jouer au tempo d'un menuet. Le compositeur utilise à nouveau la tonalité de sol majeur comme substitut de ré dans une partie du finale, établissant ainsi une relation tonale à grande échelle du type qu'on associe normalement au Beethoven de la maturité ; le sentiment humoristique suggéré dans le Scherzando allait devenir courant dans l'œuvre de Beethoven.
Discographie Emil Gilels, piano (DG 453 224-2) — Sonates WoO 47 et Jörg Demus, piano (DG Complete Beethoven Édition Vol. 6) Jenő Jandó, piano (Naxos 8.550255) Ulrich Staerk, piano (Brilliant 93553/56) — Sonates WoO 47 et Ronald Brautigam, fortepiano (BIS BISSACD1672)
Notes et références
Liens externes
Édition originale sur le site de la Beethoven-Haus de Bonn
Catégorie:Sonate pour piano de Ludwig van Beethoven Catégorie:Œuvre musicale composée en 1783