(en grec : , ), parfois surnommé le Jeune, né vraisemblablement en 938 et mort le , fils de et d'Hélène Lécapène, est un empereur byzantin ayant régné de 959 à 963 et appartenant à la dynastie macédonienne.

Né porphyrogénète, il n'acquiert sa stature impériale qu'en 945, après l'éviction par son père de la famille Lécapène, qui exerçait alors la réalité du pouvoir. Vers 946, Romain est associé au trône et couronné coempereur. Marié très jeune, il devient veuf dès 949 et épouse ensuite Théophano Anastaso, qui semble particulièrement influente. Quand son père meurt en 959, il prend aisément sa succession. À l'exception d'une conspiration facilement découverte, son règne est globalement prospère. Il s'appuie notamment sur l'eunuque Joseph Bringas pour le gouvernement intérieur et se repose largement sur la famille Phocas pour les opérations militaires. Cette famille, dont le membre le plus connu est le général Nicéphore Phocas, est alors particulièrement influente, et c'est par l'action de Nicéphore qu'est reconquise la Crète et que la Cilicie semble sur le point de redevenir byzantine.

Du fait de ce gouvernement largement délégué à d'autres et en raison des écrits des chroniqueurs byzantins à son égard, Romain laisse généralement l'image d'un empereur jouisseur, peu porté sur l'exercice du gouvernement. Mort jeune, peut-être en raison de ses excès, il laisse le trône à ses deux très jeunes fils, et , qui sont rapidement associés au pouvoir mais subissent une longue période de régence avant de pouvoir effectivement gouverner de 976 à 1028.

Sources

Plusieurs chroniques byzantines relatent l'existence de . Celle de Jean Skylitzès, qui lui est postérieure d'un siècle, est parmi les plus connues, mais certains faits y relatés sont potentiellement romancés, à l'instar de ce qu'il dit des origines de la deuxième femme de Romain, Théophano Anastaso. Skylitzès décline un portrait classique de Romain, porté, comme d'autres empereurs de sa famille, sur les plaisirs de la vie. Son récit peut être comparé à celui de la chronique dite de Théophane continué. Il ne s'agit pas d'une œuvre unique mais d'une compilation de différents textes, dont le dernier couvre la période 948 à 961, et elle semble avoir été rédigée par un proche de , peut-être le logothète de l'armée Théodore Daphnopatès. Cette source lui est plutôt favorable et le décrit comme grand et svelte, large d'épaules et aux cheveux blonds. Parmi les autres chroniqueurs byzantins, Léon le Diacre, dont l'histoire débute avec le règne de Romain, écrit de lui qu'il est . Cette description d'un empereur immature, presque enfantin, est récurrente dans les sources byzantines quand il s'agit de qualifier un souverain qui délègue, de gré ou de force, son gouvernement à d'autres. Il se désintéresse alors des affaires de l'État pour se consacrer à d'autres activités, à l'instar des descriptions de , d'Alexandre ou de ..

Enfin, il faut noter l'existence d'un poème écrit par Théodose le Diacre et composé en l'honneur de et des succès militaires intervenus sous son règne, en particulier la reprise de la Crète. Ce texte, qui loue également l'action de Nicéphore Phocas et qui a peut-être été amendé quand celui-ci est arrivé au pouvoir, est particulièrement favorable à Romain, dans un exercice de propagande impériale, même s'il sert aussi à exalter les mérites de ses généraux. Dans ce texte, Romain, associé aux figures de David ou de Moïse, apparaît par exemple comme le souverain qui surgit dans les songes de ses soldats pour exalter leur ferveur guerrière, gommant ainsi la distance géographique entre Romain et la Crète et l'idée qu'il pourrait n'avoir eu qu'un rôle secondaire dans cet épisodeSur ce poème, voir .Sur l'édition de ce poème, voir .. Un autre poème, commandé par un certain Eustathe Argyre., fait également les louanges de dans le style d'un panégyrique, sans que les historiens ne s'accordent complètement sur sa date de rédaction, soit dans la jeunesse de Romain, soit alors qu'il est déjà empereur.

L'essentiel des historiens modernes ont suivi les jugements des chroniqueurs byzantins. Dès le , Edward Gibbon dit de Romain qu'il est , sous la coupe de sa femme, .. Georg Ostrogorsky écrit qu'il . Anthony Kaldellis dit qu'on se souvient de son règne comme d'une période de prospérité, tout juste ternie par de mauvaises récoltes en 960 mais ne remet pas en question le constat d'un homme qui préfère la chasse et les courses de char au gouvernement, tandis que Lynda Garland le qualifie d'immature.

Origines vignette|gauche|Portrait de dans le Mutinensis gr. 122, manuscrit du . vignette|alt=Photographie d'une gravure en ivoire représentant côte à côte un empereur et sa femme, surplombés par un autre homme|Ivoire dit de Romain, conservé au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France, à Paris. Longtemps, l'idée a prévalu qu'il représentait et Eudocie Makrembolitissa, mais les historiens s'accordent désormais pour y voir et sa première épouse, elle aussi prénommée Eudocie, tous deux couronnés par le ChristSur l'identification de cette ivoire à , voir ... est le fils de , lui-même issu de la dynastie macédonienne au pouvoir depuis . Sa mère est Hélène Lécapène, elle-même fille de , qui gouverne comme régent de Constantin et qui s'assure ainsi une union familiale en mariant sa fille avec lui. a d'ailleurs le nom de son grand-père maternel, une pratique relativement classique, qui explique son surnom de « Romain le Jeune » dans certains écrits. Selon la chronique de Théophane continué, il aurait vingt-et-un ans à son accession au trône. Romain serait alors né vers 938 et il est l'aîné de plusieurs sœurs, parmi lesquelles Théodora. Il apparaît donc très tôt comme l'héritier naturel de son père alors que le principe dynastique s'affermit avec les Macédoniens. En effet, il est dit porphyrogénète, c'est-à-dire né dans la pourpre, signifiant par-là qu'il vient au monde alors que son père est un empereur régnant, ce qui renforce sa légitimité. Pour autant, doit composer longtemps avec la lourde tutelle de , qui est finalement écarté du trône en 944 par ses propres fils, Étienne Lécapène et Constantin Lécapène, qu'il a relégués dans l'ordre de la succession. C'est seulement là, en , que Constantin peut à son tour les exiler, s'ouvrant enfin la voie vers un règne personnel et l'association au trône de son fils . Celui-ci est alors couronné comme coempereur, une pratique courante dans le monde politique byzantin. La date exacte a fait débat, entre 945, 946 voire 948. Les historiens s'entendent généralement pour dater l'événement de la Pâques 946Sur ce sujet, voir par exemple la démonstration de Constantin Zukerman dans .. C'est aussi à l'intention de Romain que Constantin rédige son De administrando Imperio, sorte de guide d'administration de l'Empire..

C'est également très jeune, à l'instigation de son grand-père, , qu'il est promis à un mariage avec une fille illégitime d'Hugues d'Arles, alors roi d'Italie. L'union intervient en 944, avec Berthe, renommée du prénom byzantin Eudoxie. Toutefois, sa jeune épouse meurt dès 949 et se retrouve veuf à peine adolescent, à la suite d'une brève union non consommée dont Georg Ostrogorsky a souligné l'étrangeté, tant il est contraire aux principes byzantins de marier un porphyrogénète à une princesse étrangère, illégitime qui plus est, et dont la seule explication réside dans son caractère diplomatique. Warren Treadgold a également qualifié ce mariage d'humiliation infligée par à la dynastie macédonienne, qu'il chercherait à reléguer au second plan.. Malgré cela, cet éphémère mariage a fait l'objet d'une des plus célèbres œuvres d'art en ivoire de l'art byzantin, l'ivoire de Romain. Sur cette petite plaque, les deux jeunes époux sont couronnés par le Christ, dans un style hiératique assez caractéristique de l'art de la dynastie macédonienne, dans lequel l'empereur est souvent associé à des figures saintes dans des postures de dévotion.. Anthony Kaldellis postule qu'un tel objet a pu être produit avec d'autres pour être distribués à certains membres de l'aristocratie impériale.

Veuf, il est un temps promis à une nièce d'Otton le Grand, mais le mariage n'aboutit pas. Il finit par épouser une certaine Théophano Anastaso. Les origines de celles-ci sont en partie mystérieuses car Jean Skylitzès rapporte, peut-être pour la discréditer, qu'elle serait de très modeste ascendance. Elle aurait été la fille d'un aubergiste. Mais, sur la base du récit de Théophane continué qui donne au père de Théophano le nom de Kratéros, elle appartenait très probablement à la famille des Kratêroi, connue dans les documents depuis le début du (avec au moins deux personnages nommés « Léon Kratêros » qui furent stratèges des Anatoliques au ). Surtout, elle semble d'une grande beauté et aurait ainsi séduit l'empereur, non sans rappeler les concours de beauté alors parfois organisés pour trouver une épouse pour un futur empereur, sans qu'une preuve formelle d'un tel concours n'existe. Née en 941, Théophano prend un certain ascendant sur . Au début du règne, elle tente d'imposer à ce dernier qu'il expulse sa mère dans une aile du Grand Palais pour la mettre à l'écart, et il faut les supplications d'Hélène pour convaincre Romain de n'en rien faire. En revanche, Théophano obtient que ses belles-sœurs prennent le voile. Cette décision vise probablement à éviter toute alliance matrimoniale qui pourrait concurrencer le pouvoir de Romain et Théophano. Dès 958, elle semble donner naissance au futur . Ainsi, à la mort de le , Romain a déjà un héritier, d'autant que Théophano lui donne un deuxième fils, le futur , en 960 ou 961..

Règne

Politique intérieure vignette|Le courtisan Ioannikios informe Romain du complot contre lui. Chronique de Skylitzès de Madrid. Entourage vignette|gauche|Plaque en ivoire comprenant une croix au centre de laquelle un médaillon figure probablement étant donné son aspect juvénile. Elle est conservée dans les collections du Dumbarton Oaks et est une partie d'un diptyque dont le deuxième panneau représente le Christ, ce qui explique l'attitude de prière de .. À l'instar de son père, Romain délègue d'importantes fonctions à des eunuques de la cour. Ainsi, il promeut Joseph Bringas, déjà influent avant 959, qui devient parakimomène en remplacement de Basile Lécapène. Cette fonction est primordiale et s'apparente à celle d'un premier ministre, constamment au contact de l'empereur. Selon certains chroniqueurs, ce serait sous l'influence de Théophano que Romain aurait promu Bringas. Dans l'ensemble, les différents chroniqueurs font souvent de ce dernier le véritable maître de l'empire, à l'image de Stépanos Taronetsi, auteur arménien. Si Joseph Bringas domine l'administration civile, il compose avec l'influence prépondérante des Phocas sur les affaires militairesSur cette famille, voir .. Cette famille comprend plusieurs généraux de premier ordre, en particulier Nicéphore Phocas et son frère Léon Phocas le Jeune. À eux deux, ils se partagent la fonction de Domestique des Scholes, pour les armées d'Orient pour le premier et pour les armées d'Occident pour le second, ce qui en fait les deux principaux généraux de l'Empire. Parmi les autres dignitaires promus par Romain figure Théodore Daphnopatès, d'abord logothète de l'armée puis éparque de Constantinople.

Skylitzès, qui met l'emphase sur les dépravations de Romain, rapporte comme anecdote qu'il aurait fait sortir de sa condition monastique un eunuque connu pour ses frasques et qui aurait été contraint de prendre l'habit par . Le patriarche Polyeucte de Constantinople se serait en vain élevé contre cette décision de le faire renoncer à ses vœux.