Le Groupe information asiles (GIA) est une association française, puis belge, d'information sur les internements abusifs et les maltraitances en milieu psychiatrique.

Elle est créée en 1972., dans l’après mai 68., par quelques futurs psychiatres de la mouvance anarcho-maoïste de la Gauche prolétarienne, dans la dynamique qui autour de Michel FoucaultNicolas Dodier, Vololona Rabeharisoa, Les transformations croisées du monde « psy » et des discours du social, Politix 1/2006, note 10. voit se constituer le Groupe d'information sur les prisons (GIP), le Groupe information santé (GIS) ou plus tard, le Comité d'action des prisonniers (CAP) et le Groupe d'information et de soutien des immigrés (GISTI)Manifeste ronéotypé du GIP, signé Jean-Marie Domenach, Michel Foucault, Pierre Vidal-Naquet, lu par M. Foucault et distribué à la presse, le 8 février 1971, à la chapelle Saint-Bernard de Montparnasse, lors de l'arrêt de la grève de la faim des militants de la Gauche prolétarienne emprisonnés et de celle de leur comité de soutien, texte intégral..

Le Groupe information asiles (GIA) est considéré comme le premier mouvement d'usagers (de patients) en psychiatrie créé en France, par le biais de sa problématique historiquement la plus essentielle, celle de l'internement psychiatrique arbitraire. C'est ce mouvement de « non-malades mentaux », d'internés abusifs, en étant un mouvement précurseur, qui a préludé à la formation en France de mouvements de patients psychiatriques en tant que telCf. un numéro de juin 1996 de la revue "Pluriels" de la Mission nationale d'appui en santé mentale, incluant une présentation de la FNAP Psy par Mme Hélène Laure-Mora, secrétaire générale de cette fédération, texte intégral.

Origine

À l'origine, mouvement informel, le Groupe information asiles (GIA) est créé par des internes en psychiatrie en dissidence avec leur corporation ainsi qu'avec le Syndicat national des psychiatres en formationCe syndicat d'internes en psychiatrie a été fondé en 1968 sur une base syndicale. Les fondateurs du GIA sont issus de l'aile gauchiste de ce syndicat. Un des fondateurs, le Dimitri Crouchez est interne au Centre hospitalier spécialisé de Perray-Vaucluse dans l'Essonne, tandis que Gérard Hof est, de son côté, interne au CHS du Vinatier, à Bron dans le RhôneGérard Hof, Témoigner, Stock 2, Je ne serai plus psychiatre, 1976. Gérard Hof abandonnera définitivement la psychiatrie avec la publication de son ouvrage sur son expérience d'interne au CHS du Vinatier, en 1976. Bernard Cuau, professeur de cinéma participera aux premières années du Groupe information asiles Cf. son ouvrage paru en 1973, ..

En articulation entre les fondateurs du GIA et les mouvements de professionnels contestataires, on compte également Bernard de Fréminville, psychiatre, activiste du groupe antipsychiatrique Gardes FousCf. un site internet qui publie les différents numéros de cette revue des années 1970 , et directeur de publication de la revue Tankonalasanté, qui publia les premiers textes publics du GIA. Bernard de Fréminville décida, en 1979, de quitter la médecine, après la publication de son ouvrage paru au Seuil, La Raison du plus fort. Traiter ou maltraiter les fousBernard de Fréminville, Seuil, Combats, La raison du plus fort. Traiter ou maltraiter les fous. 1977. Selon les fondateurs du Groupe information asiles : « Dans les hôpitaux psychiatriques règne un triple terrorisme, celui du silence, celui de la loi, celui du savoir »Collectif, Garde-fous arrêtez de vous serrer les coudes, Petite Collection Maspero , 1973, texte intégral..

Selon l'historien Philippe Artières : « Dans le champ psychiatrique, un mouvement comparable [au Groupe d'information sur les prisons] se développa également à partir de 1972 : le Groupe d'information sur les asiles. Très actif, il lança plusieurs campagnes dès le début de l’année. La première d’entre elles porta sur les conditions d’hospitalisation des asilés. Les psychiatres du GIA y appelaient “la population à faire éclater ce scandale et à soutenir leur action contre les asiles-prisons” et annonçaient “la création d’une commission d’enquête propre à chaque hôpital”. Ils [les médecins] entendent dénoncer le scandale et mettent en accusation ceux qui veulent faire de la psychiatrie un appareil de répression au service d’une société policière »Philippe Artières, 1972 : naissance de l’intellectuel spécifique, Gisti, Plein Droit -54, mars 2002, texte intégral..

De 1972 à 1974, le GIA organise des débats publics dans les locaux universitaires de Jussieu, à Paris. Le groupe est rejoint par des personnes ayant subi l'internement psychiatrique, des parents d'internés et des étudiants contestataires parmi lesquels Philippe Bernardet, futur sociologue chargé de recherches au CNRS, qui sera pendant une trentaine d'années le leader historique et la cheville ouvrière du GIACf. notice du site Serpsy sur Philippe Bernardet publiée en avril 2007.

Le GIA publia ses premiers actes dans la revue Tankonalasanté dirigée par Bernard de Fréminville Hervé Thomas, Tankonalasanté, ATTAC, 14 janvier 2013, texte intégral., ainsi de la brochure Psychiatrie : la peur change de campPsychiatrie : la peur change de camp, 1973, texte intégral. (1973), ou encore L’affaire L. : un exemple d’internement arbitraire, preuve à l’appui.

En parallèle au GIA, et en connexion avec ce mouvement, se développe entre 1976 et 1979, le Collectif d'enquête et d'études sur les pratiques psychiatriques (CEEPP), avec Éric Burmann, interné abusivement à Tours, après avoir participé à une manifestation contre la comparution en d'Alain Geismar, leader de la Gauche prolétarienne, devant la Cour de sûreté de l'État Cahiers d'histoire 107 |2009 "Les oubliés du cortège" de Jean-François Bert, alinéa 42 . Le CEEPP, épaulé par Bernard de Fréminville, éditeur aux éditions Solin, sera à l'origine de la publication du témoignage de Serge Ferraton, qui, défendu par Christian Revon, avocat, réchappa de la peine de mort, comme d'une déclaration d'irresponsabilité, lors de son procès pour un double crime, devant la Cour d'assises de Douai, en 1978Serge Ferraton, Ferraton, le fou, l'assassin, Éditions Solin, 1978, post-face du CEEPP notice Sudoc., alors même qu'il avait passé la fin de son enfance et son adolescence en hôpital psychiatrique.

Historique En , le Groupe information asiles (GIA), qui est un groupe de fait non déclaré, se constitue en association loi de 1901, sous le nom d'Association pour la liaison des psychiatrisés (APLP), avec pour but la diffusion par tous moyens légaux d'une information authentique sur la psychiatrie institutionnelle. Le , le GIA publie le premier numéro de son trimestriel Psychiatrisés en luttePsychiatrisés en lutte, , février 1975, texte intégral. où est reproduit le « Projet de Charte des internés » qui exige, notamment, l'abolition des fichiers spéciaux de police à l'endroit des internésCercle de Réflexion et de Proposition d’Actions sur la psychiatrie, communiqué de presse du , texte intégral.. Philippe Bernardet est le directeur de publication des numéros successifs de Psychiatrisés en lutte. Ce journal paraît irrégulièrement jusqu'en 1979 et compte 12 numéros.

C'est en 1978 que l'intitulé Association pour la liaison des psychiatrisés (APLP) est abandonné pour la dénomination Groupe information asiles (GIA), qui demeurera pendant près d'un demi-siècle.

En 1984, dans le cadre du tournant juridique de son activité qui devient essentiellement procédurale, le GIA se donne comme but statutaire « d'assurer par tous les moyens légaux la défense de toute personne dont les intérêts sont lésés par la psychiatrie », sur Légifrance.. En 1992, le GIA adopte comme but principal statutaire « d'informer sur l'abus et l'arbitraire en psychiatrie, de promouvoir les Droits de l'Homme en psychiatrie, de lutter contre la contrainte aux soins et l'utilisation répressive de la psychiatrie, les atteintes à l'intégrité de la personne dans le cadre de son exercice ».

À partir de 1982, dans le cadre d'une Commission juridique animée à titre bénévole par Philippe BernardetNotice de SERPSY sur Philippe Bernardet (décédé en 2007), le GIA développe une action juridique systématique, dans le cadre de dossiers individuels, ou de procédures propres à l'association, contre ce qu'il estime être des internements psychiatriques illégaux ou abusifs, dans le but de contraindre à une judiciarisation de l'internement psychiatrique par le biais du développement de la jurisprudence. Ce développement du droit en la matière est conçu par le GIA comme un outil dans la lutte contre les internements abusifs, et contre l'utilisation de la psychiatrie comme système répressif.

Dans la décennie 2000, le schéma structurant de la Commission juridique formée de bénévoles, sera abandonné pour un travail systématique avec des professionnels du droit.

En 1989, Philippe Bernardet publie Les Dossiers noirs de l'internement psychiatrique (Fayard), dont la moitié des droits d'auteur vont au GIA. En , Nicole Maillard-Déchenans publie aux Éditions Libertaires, Pour en finir avec la psychiatrie : des patients témoignent, dans le cadre de la Commission alternatives thérapeutiques du GIA.

En , une scission prend corps, emmenée par l'ancien président du GIA, André Bitton, nommée « Cercle de réflexion et de proposition d'actions sur la psychiatrie » (CRPA)Présentation de cette association sur le site du CRPA..

En , le GIA reformule ses statuts en précisant que « sa compétence est internationale et s'étend, notamment, à tout pays de l'Union Européenne » Statuts du GIA modifiés par l'assemblée générale annuelle du ..

Le 5 mars 2024 est formée, par changement de dénomination du GIA, l'Association pour la bientraitance en psychiatrie (APBP). Cette association adhère au Cercle de réflexion et de proposition d'actions en psychiatrie, CRPA, le 24 mars 2024 Annonce au journal officiel des associations publiée le 5 mars 2024 .

Association d'usagers ?

En 1974, selon le de Psychiatrisés en lutte, s'affirme dans la mouvance du GIA la volonté de donner voix à la contestation par des psychiatrisés de l’institution psychiatrique en tant qu'institution répressive. Les internes en psychiatrie qui ont impulsé la formation du GIA quittent progressivement ce mouvement. Des élèves-infirmiers psychiatriques y restent jusqu'au début des années 1980. Le GIA se réunit un temps dans les locaux de la faculté de Censier à Paris. Des intellectuels du Centre d'études, de recherches et de formation institutionnelles (CERFI) tentent de récupérer ses actions. De retour sur le campus universitaire de Jussieu, le GIA se radicalise et s'organise en groupes de quartiers associant des personnes psychiatrisées.

Le GIA s'intègre, dans les années 1970, parmi les mouvements contestataires issus de l'antipsychiatrie, qui mettent aux prises essentiellement des (futurs) professionnels de la psychiatrie, qu'il s'agisse de Gardes fous Cf. la publication sur la toile de certains numéros de cette revue antipsychiatrique des années 1970, des Cahiers pour la folie Cf. cet article retraçant l'historique de cette revue antipsychiatrique des années 1970, du CERFI, de l'AERLIP Lire au sujet des mobilisations d'infirmiers psychiatriques qui aboutissent entre autres à la mise sur pied en 1974 de l'AERLIP, une étude d'Anne-Marie Leyreloup, cadre de santé, ou de Marge (groupe autonome). La singularité du GIA fut de chercher, dès ces années 1970, à organiser des psychiatrisés eux-mêmes dans cette lutte contre l'asile qui se menait ces mêmes années, dans la logique du développement de la sectorisation psychiatrique et de l'ouverture des hôpitaux psychiatriques. Dans cette recherche de l'organisation des psychiatrisés eux-mêmes, le GIA a été une organisation pionnière.