Le comté de Hollande est un État féodal créé au cours des dans le cadre du Saint-Empire romain germanique par la dynastie des Gerulfing, régnant à l'origine sur des territoires de Frise occidentale.
Acquis en 1433 par le duc de Bourgogne Philippe le Bon, il est intégré aux Pays-Bas bourguignons, qui passent à la maison de Habsbourg avec Philippe le Beau (1482), puis Charles Quint (1506).
Sous le règne de Philippe II (1555-1598), comte de Flandre, souverain des Pays-Bas des Habsbourg (et par ailleurs roi d'Espagne), le comté de Hollande joue un rôle essentiel dans le soulèvement qui aboutit à la sécession des Provinces-Unies en 1579-1581. C'est en effet à Delft que le chef de l'insurrection, Guillaume d'Orange, établit son quartier général en 1572, et qu'il est assassiné en 1584.
« Hollande » devient d'ailleurs le nom usuel donné en Europe à la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas.
Histoire
Origines du comté de Hollande (-) La plus ancienne mention du nom de la Hollande (Holland, du moyen néerlandais Holdland/Holtland, « terre boisée ») date du . Auparavant, les noms concernant cette région sont : Frise (Frisia) et Kennemerland (ou Kennemerlant), nom qui dérive peut-être de celui des Cananefates.
Contexte historique et géographique Le comté de Hollande apparaît dans le cadre de la décomposition de l'Empire carolingien après le traité de Verdun (843), dans une région qui est l'extrémité occidentale des pays de peuplement frison, situés sur les côtes depuis la péninsule du Jutland jusqu'au Sinkfal (rivière disparue située un peu à l'ouest de la Meuse). Il s'agit d'une région intégrée assez tard dans l'Empire carolingien, christianisée au (dépendant du diocèse d'Utrecht, créé en 695).
La création du comté de Hollande correspond à un recul des Frisons à l'ouest de la Vlie (rivière aujourd'hui ennoyée par l'IJsselmeer, successeur du Zuiderzee apparu au ).
la dynastie des Gerulfing à la fin de l'époque carolingienne La création du comté de Hollande est liée à la dynastie des Gerulfing, descendants de (?-855), comte de Kennemerland, régnant depuis (vers 850-vers 895) sur un territoire situé entre le Sinkfal et la Vlie, appelé « Frise occidentale ». En 882, Gerulf II est subordonné par l'empereur au chef viking danois Godfred, comte de Kennemerland et duc de Frise, mais celui-ci est assassiné en 885 et Gerulf II prend sa succession.
À ce moment, le rôle principal dévolu aux comtes de Kennemerland est la défense contre les Normands, dont Godfred, lui-même ancien viking, s'acquittait assez mal.
Gérulf a deux fils : Thierry (vers 870-vers 960), qui lui succède comme comte de Kennemerland (Thierry Ier). Il est présent dans l'entourage de Charles le Simple (879-929), roi de Francie occidentale, en 916 et en 921. Il reçoit du roi en pleine propriété une portion importante du comté, où il fonde l'abbaye d'Egmond (actuelle Hollande-Septentrionale). Waldger, comte du pagus « Lek et IJssel » qu'il transmet ensuite à son fils Radbod, selon une charte d'Otton de 944. En 975, Radbod gouverne aussi le territoire appelé Instarlaka où se trouve Utrecht.
Dans le Saint-Empire : Thierry II et Arnoul En 962, le duc de Saxe Otton I se fait couronner empereur après avoir réuni les territoires attribués par le traité de Verdun à la Francie orientale et à la Francie médiane. C'est le début du Saint-Empire, qui renonce de fait au contrôle de la Francie occidentale, où les Capétiens remplacent définitivement les Carolingiens à partir de 987La limite de la Francie occidentale (> France) a été fixée sur l'Escaut (et plus au sud sur la Moselle, la Saône et le Rhône) par le traité de Verdun : au Moyen Âge, le comté de Flandre est donc en France, le comté de Hainaut et le duché de Brabant dans le Saint-Empire..
Le petit-fils de Thierry I, Thierry II (930-988) se voit octroyer en 985 par l'empereur Otton III les territoires qu'il tient en bénéfice dans les comtés du Masalant, de Kennemerland et de Texel, ensemble s'étendant de l'embouchure de la Meuse jusqu'au Vlie. Il y joint la Zélande, les Quatre-Métiers, le comté de Gand, ainsi que le pays de Waes situé en Francie occidentale, fief reçu du comte de Flandre Arnoul .
Arnould de Frise occidentale, fils de Thierry II et époux de Liutgarde de Luxembourg, fut également comte de Gand et de Frise occidentale. Il paraît avoir essayé d'agrandir sa puissance aux dépens des Frisons du Nord, mais il est tué en 993 dans un combat qu'il leur livra.
Le conflit avec Utrecht (1018-1076) Formation de la principauté épiscopale d'Utrecht Toutefois le comté d'Instarlaka échappe aux Gerulfing. Sous Otton , les fiefs de Waldger puis de ses fils Radbod sont confisqués et transférés à l'évêque d'Utrecht, qui devient chef d'une principauté épiscopaleCette principauté épiscopale, dont le territoire ne correspond pas à celui du diocèse d'Utrecht, dure jusqu'en 1528, date de la confiscation par Charles Quint du pouvoir temporel de l'évêque.. C'est probablement l'évêque Baldéric (918-977) qui obtient l'immunité complète et est substitué aux comtes laïcs d'Instarlaka.
Sous l'empereur Henri II, la politique royale favorise de plus en plus les évêques, ce qui entraîne un conflit entre le comte de Frise occidentale et le prince-évêque d'Utrecht. Celui-ci est soutenu non seulement par les empereurs, mais aussi par les ducs de Basse-Lotharingie et par d'autres princes épiscopaux, notamment les évêques de Liège et de Metz.
Le conflit sous Thierry III Au début du , Thierry III (980-1039) bâtit à Dordrecht une forteresse sur la Merwede, qui nuit à la fois aux intérêts du prélat et des marchands de Tiel.
En 1018, le duc de Basse-Lotharingie Godefroid I, accompagné de l'évêque Baldéric II de Liège, de l'archevêque de Cologne et de l'évêque d'Utrecht, lance une campagne contre le comte, mais c'est un échec ; son armée est battue le près de Vlaardingen, dans la forêt de la Merwede.
L'évêque d'Utrecht Adalbold II doit s'accommoder de son voisin, avec lequel il se réconcilie ; en effet, personne d'autre ne paraît en mesure de protéger le pays contre une attaque importante, le rôle du comte de Frise occidentale est ainsi nettement défini.
Du côté de la Flandre, Henri II, profitant de , réussit à brouiller Thierry III avec le comte de Flandre Baudouin IV qui s'empare du comté de Gand.
Sous Thierry IV et Florent I : la victoire de l'évêque d'Utrecht (1064) Thierry IV (vers 1015-1049) s'étant emparé d'un pagus relevant de l'évêché d'Utrecht, peut-être le pagus de Germepi, entre l'IJssel et le Vieux Rhin), l'empereur Henri III l'oblige en 1046 à renoncer à cette usurpation, mais la lutte reprend l'année suivante. Thierry s'associe à la révolte de Godefroid le Barbu (Godefroid II de Basse-Lotharingie) qui, aidé de Baudouin V de Flandre, attaque puis incendie le palais impérial de Nimègue, après avoir infligé à l'armée impériale un désastre semblable à celui de 1018.
Thierry IV peut alors reprendre le territoire contesté ; les trois évêques d'Utrecht, de Liège et de Metz organisent alors un complot contre lui : il l'attirent dans un piège, et le comte est assassiné le , ne laissant pas d'héritier.
C'est son frère Florent (vers 1015-1061) qui lui succède en Frise occidentale, mais il est à son tour assassiné en 1061, laissant un fils très jeune, Thierry V.
C'est un succès pour l'évêque d'Utrecht, consacré par deux diplômes royaux établis à Kaiserswerth au milieu d'une cour nombreuse de fidèles, datés du et du . Par le premier, l'empereur Henri IV transfère à l'évêché l'ensemble de la Frise occidentale depuis les embouchures du Rhin jusqu'à la pointe de la Hollande septentrionale ; par le second, il restitue les biens enlevés par Thierry III et conservés par Thierry IV et Florent ; il y ajoute le comté de Hollande (comitatus in Hollant) ainsi que le bénéfice du Germepi.
La victoire finale de Thierry V (1076), premier comte de Hollande La veuve de Thierry V, Gertrude de Saxe (1028-1113), se remarie avec Robert dit « le Frison », fils de Beaudouin V de FlandreRobert devient comte de Flandre en 1071. ; Robert devient régent de Frise occidentale et défend énergiquement les droits de Thierry V.
Pour assurer à l'évêque la possession effective des territoires que l'empereur lui a concédés, il sollicite l'intervention de Godefroid le Bossu (Godefroid III de Basse-Lotharingie). Celui-ci eut soin . Godefroid est notamment le fondateur de Delft. En février 1076, il est assassiné aux environs de Dordrecht.
Cette catastrophe permet à Thierry V de reprendre possession des territoires que son père avait occupés. À partir de ce moment, son pouvoir n'est plus contestée dans la région de Frise occidentale, ainsi que celui de ses descendants, la dynastie des Thierry. C'est probablement en 1076 également , cédant en échange le pays de Waes (entre Anvers et Gand).
Thierry est le premier à utiliser le titre de « comte de Hollande ».
Le comté sous les Thierry (-) Entre 1157 et 1168, un conflit au sujet de la Zélande opposa les comtes de Flandre et de Hollande, mais le statut des îles ne changea pas : elles restèrent un fief que les comtes de Zélande tenaient de la Flandre.
Le comte Thierry VII mourut sans laisser d'enfant mâle. Son frère Guillaume revendiqua alors le comté aux dépens de sa fille Ada. Celle-ci épousa Louis de Looz, qui chercha l'appui de la Flandre dans sa lutte pour faire valoir les droits de sa femme. En 1206, Philippe de Namur prononça un arbitrage entre les deux prétendants : il assigna à Louis de Looz la Hollande et quatre îles : Scherpenisse, Duiveland, Stavenisse, Dreischor, à Guillaume, le reste de la terre située sur la rive gauche de la Meuse, et notamment les îles méridionales de la Zélande.
Louis de Looz ne parvint pas, malgré l'appui de la Flandre, à faire prévaloir ses droits et il dut abandonner l'ensemble des pays hollandais à Guillaume . Il mourut en 1218.
Guillaume II, petit-fils de Guillaume maria sa sœur Alix à Jean d'Avesnes, alors en lutte contre la comtesse Marguerite et son fils Guillaume pour les comtés de Flandre et de Hainaut. Les deux beaux-frères attaquèrent Rupelmonde : c'était faire revivre les prétentions de la maison de Hollande sur le pays de Waes.
En octobre 1247, Guillaume fut alors élu roi des Romains en opposition à Frédéric II. Il ne voulut sans doute pas trop compliquer sa tâche en attirant sur la Hollande les forces de la Flandre, et il autorisa son frère Florent, qui administrait pour lui le pays, à traiter avec Marguerite. La paix conclue le fut confirmée par Guillaume II le et plus spécialement encore dans le courant de septembre de la même année.
En 1252, une guerre ouverte reprit entre la Flandre et la Hollande ; Marguerite attaque la Zélande ; ses fils Gui et Jean, défaits à Westkapelle (), demeurent prisonniers (jusqu'en 1256).
La mort de Guillaume II () modifia la situation. Il laissait un fils mineur, Florent V, dont son frère, également nommé Florent, eut la tutelle.
La paix fut négociée la même année à Péronne par Louis IX, entre Marguerite d'une part, la Hollande et les d'Avesnes de l'autre. Le dit de Péronne () fut la base des traités conclus le à Bruxelles et le . En échange d'une union dynastique, Marguerite abandonnait de nombreux droits que les comtes de Flandre avaient jusqu'ici exercés en Zélande. C'est donc en vertu de cet accord que Florent V épousa Béatrix de Dampierre, fille de Gui de Dampierre.
Florent V ne tarda cependant pas à avoir à son tour des démêlés avec son beau-père Gui de Dampierre au sujet de la Zélande, et bien qu'il eût contracté alliance avec Édouard d'Angleterre, il chercha ensuite l'appui de Philippe le Bel ; mais il fut assassiné en 1296.