thumb|right|250px|Prise de possession de la Louisiane par La Salle au nom du roi de France. René-Robert Cavelier de La Salle, né à Rouen, province de Normandie, le . et mort assassiné le près de Navasota, au sud-ouest de la colonie française de Louisiane, dans l’actuel État américain du Texas, est un explorateur français.
Explorateur-voyageur, il a parcouru la région des Grands Lacs des États-Unis et du Canada actuels, puis le fleuve Mississippi, et a ainsi découvert les territoires situés entre la vallée du Saint-Laurent et le delta du Mississippi.
Ses découvertes permettent à la France de Louis XIV de prendre le contrôle de la Louisiane.
Biographie
Jeunesse et études René-Robert Cavelier, fils de Jean Cavelier, un commerçant prospère, et de Catherine Geest, a hérité le nom de « de La Salle » d'une propriété familiale près de Rouen, ou plus vraisemblablement, de sa grand-mère maternelle, Catherine de Lasalle, épouse de Robert Geest, un employé de la recette des vendeurs de poisson. Nicolas Geest, son parrain, et Marguerite Morice, sa marraine, l'ont accompagné lors de son baptême. Il a fait ses études au collège des jésuites de Rouen, aujourd'hui connu sous le nom de lycée Pierre Corneille, avant d'entrer en 1658 dans le noviciat de la Compagnie de Jésus. En 1660, il prononce ses vœux au sein de l'ordre. Ses études se poursuivent de 1660 à 1662 au collège Henri-IV de La Flèche où il approfondit la logique et la physique pendant deux ans, puis il enseigne en tant que professeur de cinquième à Alençon, de 1662 à 1663. Il revient au collège de La Flèche pour étudier les mathématiques pendant une année supplémentaire, de 1663 à 1664. De 1664 à 1666, Cavelier enseigne à Tours et à Blois. Cependant, en 1667, il demande à être relevé de ses vœux pour des raisons d'« infirmités morales », requête qui lui est accordée le de cette année. Son entrée dans l'ordre des jésuites avait été initialement motivée par le désir de faire plaisir à son père.
Premier voyage vignette Il entreprend alors son premier voyage en Amérique et débarque en 1667 en Nouvelle-France, à Montréal où son frère Jean, un prêtre de Saint-Sulpice, était arrivé l’année précédente. Il occupe une terre au sud-ouest de l’île de Montréal qu’il nomme « Saint-Sulpice », mais que les habitants nomment « La Chine » pour se moquer de son désir de trouver un itinéraire pour aller en Chine.
En 1669, il finance une petite expédition qui explore les lacs Ontario et Érié. Son groupe était composé de neuf canots, et comprenait les sulpiciens Dollier de Casson et Bréhant de Galinée. Selon la biographe Céline Dupré, « La Salle prit prétexte de son mauvais état de santé pour quitter, le , Dollier et Galinée, et, dit-il, retourner à Montréal. On s’interroge encore sur le mobile véritable de cette décision. Officiellement, l’explorateur était malade et craignait, en raison de son inexpérience et de celle de sa troupe, de passer l’hiver en forêt. Pourtant, si plusieurs de ses hommes retournèrent à Ville-Marie, La Salle, lui, continua de voyager. »
Céline Dupré s'interroge alors: « En quelles régions ? Voilà la question qui a fait couler beaucoup d’encre et qui n’est pas la moins confuse de toute l’historiographie du Canada. On a prétendu qu’en 1669–1670, La Salle avait exploré l’Ohio. En tout cas, on sait très peu de choses certaines sur les déplacements de La Salle à l’époque qui nous occupe ( à ). ».
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En 1673, le nouveau gouverneur Louis de Buade de Frontenac, souhaite assurer l'expansion de la colonie. Il charge La Salle de fonder un fort qui protégera la future route commerciale. En 1674, il établit le fort Cataracoui (maintenant Kingston) sur le lac Ontario en tant que premier élément d’une entreprise de commerce de fourrures (peaux de castor). Il part ensuite pour la France (1674-1675), voyage au cours duquel il reçoit, avec l’appui de Frontenac, non seulement une concession pour le commerce de fourrures, avec la permission d’établir des forts de frontière, mais également des lettres patentes d'anoblissement. Il parvint également à se faire concéder le fort Cataracoui, qu'il rebaptisa fort Frontenac. En 1677, il est de retour en France. Il obtient l'autorisation de faire deux établissements, l'un à l'entrée du lac Érié, l'autre à la sortie du lac des Illinois (Michigan). Le roi lui permettra même, le , .
Deuxième voyage thumb|gauche|Voyage du fort Frontenac à l'embouchure du Mississippi. thumb|250px|Cavelier de La Salle prend possession de la Louisiane au bord du Mississippi. À son retour en Nouvelle-France en , il est accompagné de Henri de Tonti, qui se joindra à ses explorations. Le , La Salle appareille sur Le Griffon, que lui et Tonti ont construit au fort Conti, près des chutes du Niagara. Devenant les premiers Européens à naviguer sur les Grands Lacs, ils voguent jusqu’au lac Érié et sur le lac Huron puis redescendent au sud jusqu’à l'extrémité du lac Michigan.
Le , La Salle fonde un fort (fort Miami) à l’embouchure de la rivière Saint-Joseph, et attend là l’arrivée d’une équipe menée par Tonti, qui a traversé la péninsule à pied. Tonti arrive le , et le l’équipage entier remonte la Saint-Joseph, jusqu’à traverser par portage à la tête de la rivière Kankakee, près de South Bend, qu’il redescend jusqu’à la rivière Illinois, où est établi, à partir du , le fort Crèvecœur près de l’actuelle Peoria.
La Salle décide alors de se rendre à pied jusqu'au fort Niagara avec trois hommesLouis Hennepin, Voyage, ou Nouvelle découverte d'un très grand pays dans l'Amérique, p. 227-229.. Lorsqu'il finit par y arriver, il découvre le fort brûlé et apprend la perte d’un navire qui pourrait être Le Griffon. Il repart et atteint finalement le fort Frontenac le : Pendant ce temps, Louis Hennepin suit l’Illinois jusqu’à sa jonction avec le Mississippi, mais est capturé lors d’une guerre entre Sioux et transporté au Minnesota. Pendant l’absence de La Salle, les soldats du fort Crèvecœur se mutinent et bannissent Tonti, que La Salle avait laissé à la direction du fort. La Salle capturera les mutins sur le lac Ontario et retrouvera par la suite Tonti en à Michilimackinac, aujourd'hui appelée Mackinaw.
Exploration du Mississippi En , La Salle rassemble ensuite son équipage pour une nouvelle expédition. Laissant, en , le fort Crèvecœur avec vingt-trois Français et dix-huit Amérindiens, il atteint le confluent du Mississippi le . A la fin du mois, il fonde le fort Prud'homme. Le , l'expédition est en vue du golfe du Mexique. Le , il prend possession de ces vastes territoires au nom de la France et leur donne le nom de Louisiane en l’honneur du roi Louis XIV qui, peu reconnaissant, écrira au gouverneur de La Barre que cette découverte est , même s’il lui ordonne d’y retourner et d’y implanter une colonie. À l’embouchure du Mississippi, près de l’actuelle Venice en Louisiane, La Salle enterre une plaque de cuivre gravée et érige une croix revendiquant le territoire pour la France.
En 1683, sur son voyage de retour, il établit un nouveau fort (Saint-Louis) à la « roche affamée » sur le fleuve Illinois, pour remplacer le fort Crèvecœur. Tonti dirige le fort tandis que La Salle retourne une fois de plus en France afin de réunir des moyens pour une nouvelle expédition, dans le but d'installer un comptoir en Louisiane, à l'embouchure du Mississippi pour faciliter la conquête du Mexique.
Troisième voyage
La Salle va donc vendre au roi son projet d’établissement en Louisiane en présentant l'établissement qu’il veut fonder comme la meilleure base pour l’invasion des colonies espagnoles. Pour ce faire, il ira même jusqu'à falsifier la géographie du Mississippi et à présenter à la cour un projet mensonger. Louis XIV, à qui l'Espagne vient de déclarer la guerre en , lui apporte finalement son soutien en .
Si ce mandat royal est le moyen pour un La Salle couvert de dettes de faire financer son expédition, la motivation réelle de l'explorateur est sa soif de richesse et de grandeur. La Salle quitte donc le port de La Rochelle le avec le titre de gouverneur de la Louisiane et à la tête d’une expédition composée de quatre bateaux et près de 300 personnes parmi lesquels des soldats, des artisans, six missionnaires, huit commerçants, et plus d'une douzaine de femmes et d'enfants. Louis XIV lui a accordé le navire de guerre le Joly et une longue barque . La Salle doit cependant louer, pour apporter les vivres et les fournitures de l’expédition deux autres navires : la frégate L'Aimable et le ketch Le Saint-François. Le navire principal, le Joly, est surchargé, par la faute de La Salle :
thumb|250px|Expédition de Robert Cavelier de La Salle à la Louisiane en 1684, peint en 1844 par Théodore Gudin. La Belle est sur la gauche, Le Joly au centre et L'Aimable« Chasseurs d'épaves, nouvelles aventures », Clive Cussler, 2008, Livre de poche, à 61. Recherche (infructueuse) de l'Aimable en 1999. est échoué à droite. Au fil de la traversée, les choses n'allèrent pas en s'améliorant :
L’expédition sera malmenée par des attaques de pirates, et accumulera les erreurs de navigation. Le Saint François tombe aux mains de corsaires espagnols aux Indes occidentales, au large d'Hispaniola. Le , les trois navires restants quittent le Petit-Goave (aujourd’hui en Haïti). Ils accostent finalement sur la côte du golfe du Mexique. Mais La Salle ne reconnaît pas l’endroit où il se trouve. La navigation de l'époque est imprécise et si la détermination de la latitude est à peu près correcte, celle de la longitude, en l'absence de chronomètres précis qui n'apparaîtront qu'au , est très déficiente. L'explorateur, qui était à l'ouest de l'embouchure du Mississippi, croit qu'il avait dérivé vers l'est.
Mettant le cap à l'ouest, longeant la côte, la flottille arrive près de la baie de Matagorda au Texas.. La Salle décide d'y faire relâche.
Lors de la manœuvre pour entrer dans cette baie L'Aimable s'échoue sur un banc de sable, et coule. La quasi-totalité de sa cargaison est perdue. Le commandant Tanguy Le Gallois de Beaujeu, capitaine de la marine royale commandant le Joly, dont la mésentente avec La Salle fut patente tout au long de l'expédition, décide de rentrer en France. Il fait débarquer le chargement du Joly et retourne en Europe en avec à son bord du personnel qui fait défection. À son arrivée en France, il prédit l’échec fatal et suicidaire de l’expédition de La Salle. Celle-ci ne compte alors plus qu’un navire, La Belle, et 180 personnes sur les 300 embarqués à La Rochelle quelques mois plus tôt. vignette|gauche|Assassinat de Cavelier de La Salle. Les membres restants de l'expédition sont finalement contraints d'établir un fort près de Victoria au Texas. De là, La Salle mène avec opiniâtreté des recherches vers l’est pour essayer de retrouver le Mississippi. Malheureusement pour lui, il est à plus de du fleuve. Et ses tentatives infructueuses se heurtent surtout à des Amérindiens hostiles, aux désertions, à la malnutrition, et aux morts accidentelles. En février 1686, son dernier navire, La Belle, s'échoue dans la baie de Matagorda, en raison de l'ivresse du pilote. Après deux années longues et difficiles qui voient la colonie de 180 âmes réduite à 40 personnes dont 7 enfants, La Salle décide de tenter le destin. Il quitte le campement en direction des Illinois, accompagné de 16 hommes, parmi eux son frère aîné Jean Cavelier, prêtre de son état, Colin Crevel de Moranger, le neveu de La Salle, et Henri Joutel, son homme de confiance. Mais des hommes se mutinent et La Salle est assassinéPar le pilote de l'Aimable, Duhout, devenu paranoïaque d'après Clive Cussler dans Chasseurs d'épaves, nouvelles aventures, 2008, Livre de poche, . le , près de Navasota.