Les Gaulois (en , en ) étaient l'ensemble des peuples protohistoriques habitant la Gaule, au sens défini par Jules César dans le cadre du récit de ses conquêtes militaires, du au . Ce concept ethno-culturel, né de la vision romaine de l'espace continental européen alors peu connu des géographes antiques, sert usuellement à désigner l'ensemble des peuples celtiques ayant occupé les territoires de la France, de la Suisse et de la Belgique actuelles et d'une partie de l'Allemagne actuelle (par exemple, la ville de Trèves actuelle, allemande, est située sur le territoire de la Gaule Belgique).
Les peuples gaulois sont liés entre eux par plusieurs traits de culture et de langue, notamment la culture matérielle de la civilisation celtique, à l'instar du faciès culturel de La Tène. Sur le plan linguistique, la majeure partie parle la langue gauloise, documentée par de nombreuses inscriptions. Seul fait exception l'isolat linguistique constitué par les Aquitains, qui parlent le proto-basqueLinguistique et peuplement en Aquitania par Joaquín Gorrochategui..
Outre la désignation sous laquelle on range les Gaulois, il existe plusieurs sous-ensembles et groupes culturels identifiés avant César par les géographes et historiens antiques : on peut mentionner ainsi les Ibères dans le Languedoc et les Ligures en Provence, qui se rattachaient eux aussi à la civilisation celtique antique malgré une forte hellénisation dès l'époque classique et hellénistique. Les Gaulois, à partir du et surtout à la suite de la conquête des Gaules par Jules César, sont l'objet d'un processus d'acculturation rapide, du fait du grand commerce en Méditerranée et de la soumission à l'État romain. Les marqueurs de la civilisation gauloise s'estompent alors progressivement et ne survivent que par des portions limitées : la culture matérielle de La Tène disparaît au début du de notre ère, la langue celtique reste pratiquée mais marginale, cantonnée à des textes religieux, des calendriers, ou des dédicaces votives, au profit de l'ascension du latin dans la région. Les panthéons gaulois survivent partiellement, parfois mêlés aux divinités grecques et romaines qui s'imposent alors dans les cultes publics des cités gallo-romaines soumises au pouvoir de Rome et intégrées aux provinces des Gaules.
Les Gaulois, à proprement parler, se composaient politiquement de nombreuses nations indépendantes et de confédérations parlant un ensemble de dialectes celtes. Ils pensaient descendre d'une même souche dont ils connaissaient la généalogie et avaient conscience pour partie des similitudes qui les unissaient, à l'image de ce qui constituait l'identité grecque par exemple. À ces liens de filiation, réels ou mythiques, qui leur créaient parfois des obligations de solidarité, d'asile, de soutien militaire occasionnel, s'ajoutaient régulièrement des alliances de circonstance. Du fait de ces alliances et des équilibres géopolitiques, certains des peuples Gaulois se constituèrent comme la clientèle d'autres peuples plus puissants pour former des fédérations comme celles des Arvernes et des Éduens. Tous ces peuples étaient divisés en entités politiques plus ou moins définies et associées à un territoire fixe, formant des précurseurs des romaines de l'époque impériale. La plupart des peuples disposaient d'une capitale, un chef-lieu politique ou religieux, entourée d'un pays avoisinant abritant des communautés secondaires, rurales. Ces structures perdurent parfois à l'époque romaine, sous la forme des , subdivisées en , qui correspondent à peu près aux cantons français actuels.
Les civilisations gauloises sont rattachées, en archéologie, pour l'essentiel, à la civilisation celtique de La Tène (du nom d'un site découvert au bord du lac de Neuchâtel, en Suisse). La civilisation de La Tène s'épanouit sur le continent au Second Âge du fer (Tène ) et disparut en Irlande durant le haut Moyen Âge (Tène ).
L'image des Gaulois est encore faussée chez le public et la presse française qui reprennent la plupart des stéréotypes établis dès le Second Empire et la Troisième République, notamment celle d'un peuple ne sachant ni lire ni écrire, de guerriers valeureux mais de brutes sauvages, et de l'expression typique du « roman national »Construction mythifiée de l'histoire de France, héritée de Michelet et adaptée par Lavisse au public populaire de l'école primaire et du foyer familial. Cf. . français, « nos ancêtres les Gaulois »..
Étymologie et ethnonymie
Les Gaulois se nommaient eux-mêmes Celtes (Celtae en latin) Jules César, La Guerre des Gaules, Livre I. Traduction du latin : Iulius Caesar, Commentarii de bello Gallico. en leurs langues ou plus exactement Keltoï écrit en alphabet grec. .
Selon Jules César, la Gaule était habitée par trois principaux peuples : , et .
La première mention écrite du nom des Celtes pour désigner un groupe ethnique, est due à Hécatée de Milet, historien et géographe grec, en 517 ., qui parlait d'un peuple vivant près de Massilia (actuelle Marseille).. Au , Hérodote se référait aux Keltoi vivant aux environs de la source du Danube, ainsi que dans l'Extrême-Ouest de l'EuropeHérodote, Histoires, 2.33; 4.49.. L'étymologie du terme Keltoi n'est pas claire. Un fragment d'un texte des Catalogues d'Hésiode (), cité par Strabon, , 3, 7., cite les Ligures parmi les trois grands peuples barbares, aux côtés des Éthiopiens et des Scythes, alors que quelques siècles plus tard Éphore de Cumes remplacera les Ligures par les Celtes aux côtés des Scythes, des Éthiopiens et des Indiens. Avienus, dans sa traduction en latin d'un vieux récit de voyage, probablement marseillais, qu'on peut dater de la fin du , indique que les Ligures se seraient jadis étendus jusqu'à la mer du Nord, avant d'être repoussés (ou dominés et assimilés) par les Celtes jusqu'aux Alpes. On pourrait y voir un remplacement de la dénomination ligure par celle de celte à la suite d'une extension culturelle des Celtes d'Europe centrale étant donné la courte période de transition.
Différentes racines indo-européennes pourraient en être à l'origine : *kʲel « cacher », « dissimuler » (présent aussi dans le vieil irlandais: ceilid) ; *kʲel « échauffer » ou « mettre en colère» ; *kel « pousser »John T. Koch (ed.), Celtic Culture: a historical encyclopedia. 5 vols. 2006. Santa Barbara, California: ABC-CLIO, .. Certains auteurs supposent que ce terme est d'origine celtique, tandis que d'autres le considèrent comme inventé par les Grecs. La linguiste Patrizia de Bernardo Stempel appartient à ce dernier groupe et suggère qu'il signifie « les grands »P. De Bernardo Stempel (2008). “Linguistically Celtic ethnonyms: towards a classification”, , J. L. García Alonso (ed.), . Ediciones Universidad Salamanca.. Le mot proprement celte est issu du celtique commun *kel-to (« combattant, guerrier ») dérivant lui-même de *kellāko- (« combat, guerre »)., tandis que galate et gallus procèdent eux du celtique commun *galatis (« fort, puissant ») dérivant lui-même de *gal-n (« être capable, puissant »).. Il a peut-être été emprunté en latin, pendant les expansions celtiques en Italie, au début du Les noms tribaux de GallaeciCette parenté est réfutée par des linguistes, en effet, le nom des Callaici / Callaeci, en grec ancien (Kallaïkoí) (Appien, Histoire romaine - Tome II, Livre VI L'Ibérique, 70 et Strabon, Géographie, III, 3, 2) peut s’analyser en un radical call(a)- + un suffixe -aici + la désinence -us ou kall(a)- + -aiko-, avec suffixe *-aiko-. Ce suffixe indigène du nord-ouest hispanique avait pour fonction de transformer des noms de lieux (propres ou communs) en formes adjectivales, c’est-à-dire qu’il avait grosso modo la même valeur que le suffixe latin -ensi-. Le nom de peuple Kallaikoi serait alors un dérivé du thème pré-indo-européen *kalla- ou *cal-, sa signification serait celle de « montagnard, habitant des hauteurs, des montagnes ». Cette étymologie semble confortée par les propres dires de Strabon (Géographie, III, 3, 2), lorsqu’il mentionne les Callaïques, qui occupent une grande partie de la région montagneuse (Toponymes portugais, galiciens, asturiens et pyrénéens : affinités et problèmes historico-linguistiques - Étude historico-linguistique d'Hector Iglesias dont les travaux et les publications sont consultables sur le site : Hector Iglesias : Euskal Ikasketak. EETBI Euskarari eta Euskal Testuei Buruzko Ikerketak. ikerketak.wifeo.com) (Fernando Cabeza Quiles, Toponimia de Galicia, editorial Galaxia S. A., 2008, p. 303 (lire en espagnol sur Google Book) ). En outre les Grecs ne confondent aucunement le K- (C-) et le G- quand ils nomment les Kallaikoi « Galaïques » et les Galatai « Galates ». La racine *kal / *Cal existe en latin, représentée par le mot callus désignant une substance dure, le celtique également, en revanche, il ne connaît qu'une forme suffixée en -eto-, d'où proto-celtique *kaletos que l'on retrouve dans l'ethnonyme Calètes, le breton kaled « dur » et le gallois caled, même sens, et des Galates du grec Γαλάται (Galatai, latinisé Galatae, voir la région de Galatie en Anatolie) ont très probablement la même origine.. Le suffixe -atai pourrait être une flexion grecque ancienne.. Les auteurs classiques n'appliquaient pas les termes Κελτοί ou Celtae aux habitants de la Grande-Bretagne ou de l'Irlande, ce qui a conduit certains savants, par préférence, de ne pas utiliser le terme pour désigner les habitants de l'âge du fer britannique.
Le géographe Strabon, écrivant notamment sur la Gaule, vers la fin du , se réfère à la « race qui s'appelle maintenant à la fois gauloise et galate », bien qu'il utilise également le terme celtique comme synonyme de Gaule, qui est séparée de l'Ibérie par les Pyrénées. Pourtant, il rapporte des peuples celtiques en Ibérie, et utilise également les noms ethniques Celtiberi et Celtici pour désigner ces peuples, à la différence de Lusitani et IberiStrabon, Géographie, 3.1.3; 3.1.6; 3.2.2; 3.2.15; 4.4.2.. Pline l'Ancien a cité l'utilisation du terme Celtici, en Lusitanie, comme nom de famille tribalPline l'Ancien, Histoire Naturelle, 21:6 : “les Mirobrigiens, surnommés Celtiques” (“Mirobrigenses qui Celtici cognominantur”)., ce que les découvertes épigraphiques ont confirmé.Fernando De Almeida, Breve noticia sobre o santuário campestre romano de Miróbriga dos Celticos (Portugal): D(IS) M(ANIBUS) S(ACRUM) / C(AIUS) PORCIUS SEVE/RUS MIROBRIGEN(SIS) / CELT(ICUS) ANN(ORUM) LX / H(IC) S(ITUS) E(ST) S(IT) T(IBI) T(ERRA) L(EVIS)..
Au , Jules César a rapporté que les personnes connues des Romains comme Gaulois (Galli) s'appelaient Celtae dans leur langue et Gallii dans la nôtreJules César, La Guerre des Gaules, 1.1: “Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois.” Trad. Désiré Nisard., ce qui suggère que même si le nom Keltoi a été accordé par les Grecs, il a été adopté dans une certaine mesure comme un nom collectif par les peuples de Gaule.
Selon l’historien Dominique Garcia, le nom « gaulois » est clairement d’origine celtique, rapporté par des sources latines. Il désignait une seule tribu localisé dans le nord de l’Italie ou dans les Alpes. Les Romains auraient étendu l’ethnonyme à l’ensemble des peuples celtophones.