vignette|redresse|Edmond de Goncourt, créateur du prix par testament, cliché de Nadar.
Le prix Goncourt est un prix littéraire français, créé par testament par Edmond de Goncourt en 1892, qui récompense des auteurs d'expression française et qui est décerné annuellement par l'Académie Goncourt. La , dite , est officiellement fondée en 1903, et le premier prix Goncourt décerné le .
Ce prix littéraire est décerné chaque année par l'Académie Goncourt, au début du mois de novembre, après trois sélections successives, les deux premières intervenant en septembre et en octobre, parmi les romans publiés dans l'année en cours.
Il a pour but de récompenser « le meilleur ouvrage d'imagination en prose, paru dans l'année ». Il est attribué presque exclusivement à un roman.
Il s'agit du plus ancien et du plus prestigieux prix littéraire françaisDu côté de chez Drouant : Le Goncourt de 1903 à 1921 émission de Pierre Assouline sur France Culture le 27 juillet 2013...
Historique
Origines et débuts En 1862, les frères Goncourt décident qu’après leur mort, leurs biens seront vendus, leur capital placé et les intérêts de cette somme utilisés par leur Académie Goncourt pour rémunérer dix auteurs à hauteur de francs or par an (avec cette rente à vie, les dix académiciens peuvent ainsi vivre de leur plume) et pour décerner un prix annuel de francs or.. Cependant, l'Académie Goncourt devant être reconnue d'utilité publique, elle doit placer ses fonds sous forme de portefeuille comprenant des obligations d'État, certes peu rémunératrices mais jugées sûres. Hélas, celles-ci n'étaient pas indexées sur l'inflation (inexistante en 1900) : avec la Première Guerre mondiale, puis la création du franc Poincaré en 1928, ce portefeuille obligataire s'effondre au fil des dévaluations successives ; les montants des rentes et du prix suivent la même tendance que la valeur du capital de l'académie littéraire.. On aboutit à la somme de 50 nouveaux francs en 1962« Du côté de chez Drouant : Le Goncourt de 1962 à 1978 », émission de Pierre Assouline, France Culture, 17 août 2012..
Depuis 1903, un chèque est remis au lauréat du prix Goncourt, lequel distinguait à l'origine des romans naturalistes pour échapper à l'érudition qu'affectionnaient les académiciens. Aujourd'hui, du fait de l'inflation, le montant du chèque ne représente plus qu'un prix symbolique — actualisé à — mais la « notoriété » promise au lauréat dès la fin de la Première Guerre mondiale par l'académicien Jean Ajalbert., qui a vu son œuvre accéder au palmarès des meilleures ventes, est une récompense bien plus convoitée. Sa valeur étant plus symbolique que pécuniaire, il est de coutume que le lauréat encadre le chèque, mais on sait que Jacques Chessex a, lui, décidé de l'encaisser..
Création des bourses Goncourt En outre, en marge du prix Goncourt, l'académie décerne les prix Goncourt de la poésie (qui a pris en 2012 le nom de .), de la nouvelle, de la biographie (devenu « prix Goncourt de la Biographie Edmonde Charles-Roux » en hommage à la présidente de l'Académie, après son décès) et du premier roman.
Installation au restaurant Drouant Depuis , les dix membres de l'Académie Goncourt se réunissent au restaurant Drouant, rue Gaillon, dans le deuxième arrondissement de Paris, chaque premier mardi du mois depuis 1920 dans leur salon, au premier étage du restaurant. Le prix est attribué début novembre. Si, après quatorze tours de scrutin, aucun lauréat n’est élu, le président a une voix double pour déterminer une majorité de votes.
Évolution du prix au cours du XX siècle Le prix ne peut être décerné qu'une seule fois à un même écrivain. Ce principe n'a connu qu'une exception, consécutive à la supercherie de Romain Gary qui a reçu le prix en 1956 pour son roman Les Racines du ciel, puis en 1975, sous le pseudonyme d'Émile Ajar, pour le roman La Vie devant soi.
Depuis 1926, le prix Goncourt est indissociable du prix Renaudot, créé cette année-là par dix critiques littéraires qui attendaient la proclamation faite par le président de l'Académie Goncourt. Sans lui être organiquement lié, le jury du Renaudot joue le rôle de complément naturel du jury du Goncourt, ce rôle étant accentué par l'annonce du résultat, qui intervient simultanément et dans le même cadre.
En 1941, les autorités de Vichy sont intervenues dans l’attribution pour éviter que le roman de Raymond Guérin, Quand vient la fin, jugé démoralisant, soit couronné. Le prix est allé à Henri Pourrat, écrivain régionaliste prônant le retour à la terre..
En , Julien Gracq refuse le prix Goncourt attribué pour Le Rivage des Syrtes..
L'élection en de Bernard Clavel au sein du jury du prix Goncourt provoque la démission de trois jurés. Bernard Clavel apparaît alors comme un candidat de gauche, opposé à Félicien Marceau, candidat jugé de droite..
En 1988, l'Académie Goncourt a accueilli avec bienveillance la création du prix Goncourt des lycéens par la Fnac en collaboration avec le rectorat de Rennes.
Évolution du prix au cours du XXI siècle Le , les jurés du Goncourt ont modifié certaines règles de fonctionnement à des fins de transparence, pour répondre aux critiques récurrentes qui leur étaient faites : ils ont décidé à l'unanimité que la qualité de juré était incompatible avec une fonction rémunérée dans une maison d'édition. Cf. polémiques au sujet des maisons d'édition Gallimard, Grasset et Le Seuil, souvent récompensées. ; ils ont également prévu que les jurés n'ayant pas assisté aux réunions mensuelles pendant un an devaient démissionner ; et, enfin, ils ont instauré une limite d'âge, fixée à 80 ans, pour les futurs membres de l'Académie GoncourtCette disposition ne s'applique pas de manière rétroactive, et ne concerne donc pas Bernard Pivot par exemple.« Du côté de chez Drouant : Le Goncourt de 2004 à 2011 » émission de Pierre Assouline sur France Culture le 31 août 2013..
Secrétaire générale de l'Académie Goncourt de 1998 à 2018, Marie Dabadie a participé aux démarches visant à obtenir l'enregistrement du nom « Goncourt » à titre de marque et à doter l'Académie d'un site Internet officiel. Unique salariée de l'institution, elle était notamment chargée de transmettre aux membres du jury les ouvrages adressés par les éditeurs et d'assister à toutes les délibérations du jury.Mohammed Aïssaoui, « Marie Dabadie, dans l'ombre du Goncourt », Le Figaro, encart « Culture », 11 septembre 2013, page 38..
À partir de 2022, une règle tacite indiquée par le président de l'Académie Goncourt précise que les anciens jurés ne peuvent figurer dans la sélection et concourir au prix. Cette clarification a été apportée au sujet de l'ouvrage Cher connard de l'ancienne jurée Virginie Despentes, qui fut l'un des romans les plus vendus de la rentrée littéraire.
Polémiques
Critique sur son rôle mercantile Le prix Goncourt reste le prix littéraire le plus convoité en France, en particulier parce qu'il assure de fait à son récipiendaire une promotion et des tirages importants. . Le gain pour l'éditeur serait évalué à au moins trois millions d'euros dans les huit semaines suivant l'obtention du prix« Un Goncourt, ça gagne (com)bien ? » dans Slate.fr du 14 janvier 2012..
Critique sur son manque de jugement Manquer les grands auteurs passés à la postérité Une critique récurrente formulée à l'encontre du prix Goncourt est d'être parfois « passé à côté » d'auteurs majeurs du : Guillaume Apollinaire et Colette (qui deviendra plus tard membre puis présidente de l'Académie Goncourt) sont les premiers écrivains illustres à être recalés. Mais l'exemple le plus souvent cité est l'attribution du prix 1932 à Guy Mazeline pour son roman Les Loups, l'année de la publication de Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline évincé par 6 voix contre 4. , qui constituera ce que le journaliste et écrivain François Nourissier, qui présidera l’Académie Goncourt de 1996 à 2002, qualifiera de plus grand « scandale » de l'histoire du prix Goncourt.. Parmi les auteurs français reconnus, et parfois même nobélisés, qui ont été boudés par l'Académie Goncourt, les noms d'André Gide, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Albert Cohen, Claude Simon, Marguerite Yourcenar, Françoise Sagan, Antoine Blondin, Michel Butor et Jean-Marie-Gustave Le Clézio sont régulièrement cités. . En 1999, le magazine Lire résumait le problème en une phrase lapidaire : « Le Goncourt inconnu », Didier Sénécal, Lire de novembre 1999..
Certains critiques soulignent que la plupart des anciens lauréats sont tombés dans l'oubli..
Juger à l'aune d'un certain académisme En conséquence, les jurés du prix Goncourt se voient souvent reprocher un certain académisme dans leur approche de la littérature. En 1983, Michel Tournier déclarait à ce propos : GONCOURT : Marguerite Duras pour " l'Amant " Au secours de la victoire dans Le Monde du 13 novembre 1984. Trente ans plus tard, Télérama soulignait encore ce tropisme, vilipendant l'académie pour En distinguant Jean-Baptiste Andrea, l’Académie Goncourt ne remporte pas le prix de l’audace par Nathalie Crom sur telerama.fr du 7 novembre 2023.
Critique sur la place des éditeurs De nombreuses critiques visent également l'affiliation des jurés à de grandes maisons d'édition (et plus précisément à trois éditeurs : Gallimard, Grasset et Le Seuil, d'où le terme ironique de « Galligrasseuil ») qu'ils auraient tendance à privilégier au détriment des petites maisons d'édition« À qui profitent les prix ? », dossier France Info du 25 octobre 2007.. Comme évoqué ci-dessus, de nouvelles règles ont été instituées en 2008 pour éviter tout soupçon de connivence entre des membres du jury et ces grandes maisons d’édition : les jurés ont désormais l'interdiction d'être salarié dans l'édition« Du neuf à l'Académie Goncourt », Anne Crignon, Le Nouvel Observateur du 28 février 2008..
Des réserves ont cependant été émises sur ces nouvelles règles qui ne garantiraient pas une plus grande impartialité« Prix Goncourt, révolution dans un verre d’eau ? » par Joseph Vebret dans Le Nouvel Observateur du 9 février 2008.. Les jurés, en tant qu'auteurs, restent liés à leurs maisons d'édition, et comme le déclarait Bernard Clavel (démissionnaire de l'académie en 1977) : « Je n'ai jamais vu un seul juré voter au dernier tour contre son éditeur »Goncourt mode d'emploi par Jérôme Dupuissur lexpress.fr du 1er octobre 2007.
À la différence d'autres prix littéraires prestigieux comme le prix Pulitzer, le prix Cervantes ou le prix Booker, le prix Goncourt n'est pas décerné par un jury « tournant ». : les membres de l'Académie Goncourt n'étant pas remplacés d'année en année, ces soupçons continuent de peser sur leurs décisions« Les Prix littéraires à l'étranger », Capucine Roche, Lire de novembre 2004.. L'âge des jurés est également un sujet de controverse, voire de raillerie constante. Jules Renard écrivait déjà à ce sujet dans les années 1915: ..
Pour y remédier, l'Académie a changé son règlement en 2008 pour prévoir que les jurés perdront désormais leur droit de vote à 80 ans (basculement vers l'honorariat)..
Affaire Weyergans-Houellebecq
En , Michel Houellebecq, qui a suivi Raphaël Sorin quand il a rejoint Fayard, remet La Possibilité d'une île à Claude Durand. Ce dernier a transmis , alors qu'il ne sort que le . En même temps, François Weyergans, pressé par Olivier Nora, achève Trois jours chez ma mère dont le contrat a été signé en par Jean-Claude Fasquelle. Or .
Vision des écrivains Si le prix Goncourt suscite encore la convoitise, son attribution peut être ressentie par certains lauréats comme une forme de cadeau empoisonné. Sept ans après avoir reçu le prix, Jean-Louis Bory écrit : « Le Goncourt, une maladie honteuse ? » sur lexpress.fr du 2 novembre 2011..
L'écrivain Jean Carrière, lauréat de 1972, écrira en 1987 le livre Le Prix d'un Goncourt pour raconter sa longue traversée du désert à la suite de l'attribution de ce prix.
Vision des prix concurrents