Les Corps francs d'Afrique (CFA) sont un corps de volontaires français dont l'histoire s'enracine en Afrique du Nord après le débarquement américain en AFN. Leur durée d'existence assez éphémère - qu'il se soit agi d'une unité expérimentale ou d'une erreur des autorités militaires et politiques - ne doit pas faire oublier que ces hommes se sont battus. Ils ont marqué le renouveau de l'armée d'Afrique qui a entrepris la reconquête de la France avec la DB et la DFL issues des Forces françaises libres.

Historique Les forces alliées qui débarquent en Afrique du Nord (Maroc et Algérie) le , rencontrent une résistance armée plus ou moins intense selon le lieu. Il convient de rappeler que l'amiral François Darlan, chef des armées de Terre, Mer et Air de Vichy, qui se trouvait là par hasard, signe le un armistice. Le général Henri Giraud, évadé d'Allemagne, est également présent et bénéficie de l'appui des Américains en raison de son apolitisme. Est-ce qu'il faudrait mettre en place la seconde mâchoire d'une gigantesque tenaille. La seconde branche va se concrétiser au Fezzan avec le détachement Leclerc et les Forces françaises libres de la BFL du général Pierre Kœnig qui ont combattu à Bir Hakeim et avancent en Libye avec les Anglais de la ; Bir Hakeim a illustré le courage français.

Conflits d'officiers supérieurs Entre Darlan qui s'accroche, Giraud soutenu par Eisenhower et Charles Noguès (résident général de France au Maroc), vont se dérouler « deux jours d'intrigues, de coup bas, de criailleries aigres... ». Darlan ordonnera le à l'armée française de s'opposer aux troupes de l'Axe qui ont progressé vers la Tunisie avec l'accord de Vichy. Darlan conserve son titre de commandant en chef de la Marine (en Algérie), Giraud devient officiellement commandant en chef des forces de terre et de l'air. Le , Darlan sera assassiné à Alger par Bonnier de La Chapelle. Le général Giraud succède à Darlan comme chef des armées en Algérie.

Conséquences de l'assassinat de Darlan Le CFA est impliqué dans l'assassinat de l'amiral Darlan. Des armes ont disparu, le CFA est jugé comme un capharnaüm. Très vite, l'encadrement et l'entraînement sont renforcés en vue d'un envoi vers des zones de combat à venir, après une épuration ordonnée par Giraud. Cette épuration sera considérée comme effective par Monsabert qui en rend compte à Giraud le .

Création du corps franc Il apparaît qu'il existe là, au Maghreb, une résistance. Elle est multiple et mal coordonnée, peu discrète et d'efficacité limitée. La situation est très vite confuse entre partisans du régime de Vichy et ceux des nouveaux vainqueurs. Les Alliés ont de la peine à suivre et à comprendre ce déchirement de factions politiques. Il apparaît clair qu'il faut placer l'armée en position de belligérance active aux côtés des alliés, sous l'autorité du général Henri Giraud à qui les Américains font confiance. D'autre part, des officiers supérieurs dont le général Alphonse Juin sont opposés à la formation de corps de volontaires indépendants de l'Armée d'Afrique. Or, il existe des ressources en hommes dans les Chantiers de la jeunesse. Le , le Commissaire général des chantiers Alphonse Van Hecke confirme au général Giraud son intention de créer des corps francs capables de mener une guerre non conventionnelle, contre le point de vue de Juin et du général René Prioux, ce dernier étant chargé de la réorganisation de l'armée. Un partage de ces ressources en hommes laisseront un effectif théorique de pour d'éventuels corps francs. Les services spéciaux anglais et américains (OSS) commencent à fournir de l'armement entreposé dans une ferme du cap Matifou mise à la disposition de Van Hecke et d'Henri d'Astier de La Vigerie (ferme de Gilbert Demangeat baptisée camp Pillafort).

Le général de Monsabert est pressenti pour commander le futur corps franc. Celui-ci est officiellement créé le par la note du général Giraud, Commandant en chef de l'armée de terre et de l'air.

Évolution Dans la confusion qui règne à Alger, il s'ébauche peu à peu un processus qui va aboutir rapidement.

Équivoques Groupes francs, French commandos, corps francs des chantiers, Special détachment, corps franc d'Afrique (CFA). Tout cela s'éclaircit le quand une note du général Giraudnote n° 2 du Commandement en Chef, op. cit. Durand (1999), p. 32 crée officiellement l'unité. Le 28, un bureau de recrutement est installé à Alger, au 28 rue de Mogador. Le corps dépend directement du général Giraud. Monsabert et son adjoint PauphiletTémoignage de Bernard Pauphilet vont recruter dans le Special détachment (SD) qui les reçoit froidement car ils viennent écrémer des ressources indispensables.

Articulation Plusieurs bureaux de recrutement s'ouvrent et après la disparition de Darlan, les bureaux de recrutement s'ouvrent à Oran, Casablanca, Fez et Oujda. Le , alors qu'est lancée la mobilisation de la classe 39, l'état major du CFA est constitué : lieutenant-colonel Jamilloux, lieutenant-colonel Paris, les capitaines Collomb, Castaing, de Boishéraud, Morange, Deitveiler, Christy, les lieutenants Vrillon, Pauphilet, Angeletti, Couderc, Vallières, le sous-lieutenant Reichman, les aspirants Pauli, Gave et Castaing.

Le petit groupe est isolé de l'armée d'Afrique, rattaché à une armée britannique et responsable de volontaires qui ne lui ressemblent pas mais décidés à combattre. Pour les généraux Juin et Giraud, la création de ce corps de volontaires est opportune pour apaiser les alliés, face à la lente remise en marche des forces françaises d'AFN.

Vélites Les volontaires commencent à quitter leurs unités, leurs entreprises, leurs administrations, contre la volonté des autorités. D'âpres discussions et marchandages ont lieu. Les résistants du sont hostiles à ce corps.

La politique anti-juive de Vichy s'applique aux officiers et sous-officiers juifs qui avaient été exclus de l'armée régulière. Le CFA ne peut engager, en principe, ces volontaires qui s'engageront sans véritable opposition.

Monsabert décide de se tourner vers les réfugiés militaires espagnols. D'autres étrangers (italiens antifascistes, russes, légionnaires allemands, etc.) vont fournir un contingent de 15 % d'étrangers aguerris. Il se tourne aussi vers les Musulmans, anciens tirailleurs) qui fourniront 25 % d'effectifs.

Les volontaires continuent d'affluer : résistants animés de convictions gaullistes ou activistes, juifs, musulmans, espagnols et légionnaires, jeunes des mouvements de jeunesse, vieux soldats, membres de professions libérales, employés, sous-officiers d'active et de réserve, fonctionnaires, etc. Tous répondent à l'appel de Monsabert. À noter que Monsabert envisage des formations homogènes organisées selon les méthodes commandos anglaises. Une première compagnie dite du QG, un premier commando de trois unités d'assaut de soixante hommes et trois compagnies de fusiliers voltigeurs va regrouper 713 hommes. Le général pense alors à des unités françaises, des unités d'étrangers et des unités d'indigènes fortement encadrées par des Français.

Le commando est constitué le dirigé par le capitaine Bier. Le terme commando est transformé en bataillon léger. Les hommes seront appelés « Vélites », contraction de « Volontaire d'élite ». Le CFA garderait la tenue française.

Le est formée une demi-brigade à trois bataillons légers et une section de mitrailleuses lourdes et engins. Le , les engagements sont suspendus.

Combats en Tunisie thumb|upright=2|Carte de Tunisie pendant la campagne 1942 - 1943 Situation militaire à l'Est de l'Algérie En Tunisie occupée, les Allemands gouvernent avec habileté et efficacité. L'amiral Jean-Pierre Esteva, le Bey et l'administration vichyste essaient de contrecarrer les actions italiennes en jouant la carte allemande. La vie est dure pour les Français, notamment les familles d'officiers qui ont rejoint les Alliés ainsi que les gaullistes connus, les Juifs et les ressortissants britanniques d'origine maltaise. Des jeunes s'échappent vers le Special detachment et le Corps franc, vers l'ouest. Les Italiens ont mobilisé des compatriotes pour constituer des bataillons de volontaires. Les Allemands suscitent la création de corps de volontaires tunisiens (Deutsche-Arabische Lehr Abteilung ou Freis Arabien). La Phalange africaine fait le pendant local de la Légion des volontaires français. Les forces de l'Axe sont sous la responsabilité du colonel Barenthin. Celui-ci se sert des Arabes (10 à 12 par compagnie) comme agents de liaison, soldats, saboteurs derrière les lignes. Des douars bien placés font l'objet de toute la sollicitude allemande.

Les forces de l'Axe (ici l'Italie et l'Allemagne) ont de solides positions dans le Nord tunisien : des communications nord-sud faciles, des itinéraires est-ouest peu praticables et faciles à défendre. La zone comprise entre la côte et Medjez el-Bab dépend de Von Broich qui dispose des parachutistes allemands et du de Bersaglieri. La place de Bizerte est sous le commandement du général Gaeta. Le secteur côtier est sous les ordres du général allemand qui commande le la Flak division. La couverture aérienne est assurée par 160 chasseurs et vingt bombardiers en piqué Stukas.

Les Anglais ont tenté le une opération commando vers Bizerte, repoussée par les Bersaglieri.

Engagement Monsabert va acheminer les et légers sur Tabarka. Ces formations « raillées » par l'Axe (Radio Stuttgart) sont : le (Balensi), arrivé la première semaine de , le (Mozzoli) arrivé à La Calle le . Le CFA reçoit de nouveaux officiers et procède à des réorganisations pour améliorer la valeur militaire des vélites. Le CFA se livre à des activités de patrouilles, les vélites tendent des embuscades, visitent des villages.

Monsabert démissionne le .

Engagements durs Le reflux de l'Afrikakorps de Libye en Tunisie ouvre de nouvelles perspectives. Le général Erwin Rommel tente de percer à Kasserine entre les 19 et . Les opérations Ochsenkopf puis Enteladung (Explosion) vont viser diverses unités alliées dont la anglaise et le Corps franc.

Les Germano-Italiens attaquent le la demi-brigade du CFA et son dispositif clairsemé, démuni d'armes lourdes et peu doté en munitions. Le (capitaine Mozzoli), sans mitrailleuses et également peu doté en munitions résiste héroïquement. Les vélites se font hacher sur place. Dans certains secteurs, les combats tournent à l'avantage du CFA, là où les Bersaglieri italiens commettent une faute stratégique. Le capitaine Capuzzi, chef du de bersaglieri se dirige vers un cul-de-sac, prêtant le flanc à ses adversaires. Le lieutenant Puech-Sanson () charge avec ses vélites ces fantassins lourdement armés en chantant La Marseillaise. L'aspirant Tilly et sa compagnie de « copains bien gonflés », baïonnette au canon déboule en chantant. Tilly sera trois fois blessé et tué. La compagnie du lieutenant Marchal vient à la rescousse. Des armes sont récupérées et retournées. Le commandant italien a été tué, livrant tout le plan de l'opération Auslading. 380 prisonniers, un abondant matériel est pris. L'exploit de Kef Zilia a été réalisé à un contre deux. Le général Giraud citera le I/CFA à l'ordre du jour pour son succès.

À côté, la britannique retraitait face aux Allemands abandonnant plus de prisonniers et un abondant matériel.

Retraite La se replie vers le Djebel Tamara à trente kilomètres des positions du . Le corps franc, sous la pluie, dans la boue, sans matériel de bivouac est regroupé autour de la maison forestière de Mehibeus. Le , la compagnie est attaquée, encerclée et dégagée par la . Les médecins se sont distingués, les armes à la main. Ceci et le succès au Kef Zilia motiveront la citation à l'ordre de l'armée du I/CFA. Le général Allfrey répercute à ses hommes le message d'Anderson, chef de la armée : « Tenez fermement close la porte de la cage jusqu'à ce que la bête soit épuisée [...] la bête griffe sauvagement à travers les barreaux ».