Le premier concile de Nicée est une assemblée d'évêques chrétiens convoquée par l'empereur romain , qui se réunit à Nicée en Bithynie, aujourd'hui İznik en Turquie, du 20 mai ou du 19 juin à la première semaine de juillet 325. Considéré comme le premier concile « œcuménique » de l'histoire du christianisme, il rassemble environ 250 évêques, principalement issus des provinces orientales de l'Empire.

Réuni dans une période marquée par la fin de la Tétrarchie et la volonté de Constantin de stabiliser son autorité après les guerres civiles, ce concile vise à résoudre plusieurs conflits qui divisent alors les communautés chrétiennes : les dissidences religieuses comme le donatisme en Afrique ou le schisme mélitien en Égypte, les dissensions liturgiques au sujet de la date de célébration de Pâques, mais surtout les débats christologiques qui opposent à Alexandrie le prêtre Arius à son évêque Alexandre sur la pleine divinité du Fils.

À son terme, le concile adopte un symbole de foi affirmant que le Fils est « consubstantiel » — en grec homoousios — au Père, condamnant ainsi les thèses dites « ariennes » dans une formulation, controversée et absente des textes bibliques, qui cristallise durablement les débats théologiques. Le concile promulgue également vingt canons disciplinaires relatifs à l'organisation ecclésiastique, à la discipline cléricale, à la hiérarchie des sièges épiscopaux et aux règles liturgiques. Il statue par ailleurs sur la fixation de la date de Pâques, qui doit désormais s'affranchir du calendrier juif.

Bien que ses décisions rencontrent des résistances et que les controverses se poursuivent durant des décennies après 325, le concile de Nicée n'en demeure pas moins une étape fondatrice dans l'histoire du christianisme, tant sur le plan doctrinal — en posant les bases de la christologie trinitaire —, que dans la définition des rapports entre l'Église et l'Empire.

Sa mémoire, progressivement sacralisée, constitue un pilier central de l'identité chrétienne. L'Église orthodoxe le célèbre le septième dimanche après Pâques, à travers le Dimanche des Saints Pères.

Contexte

Repères chronologiques

Année Évènements clés (Empire / Église) 250 Persécution de Dèce 260 Édit de tolérance de Gallien 284 Avènement de Dioclétien293 Instauration de la Tétrarchie 303–311 « Grande persécution » 311 Édit de tolérance de Galère 312 Bataille du pont Milvius ; conversion de Constantin 313 Édit de Milan 314 Concile d'Arles (donatisme, date de Pâques) 318-321 Départ de la controverse Alexandre / Arius à Alexandrie 324 Victoire de Constantin sur Licinius ; Constantin seul empereur 325 Premier concile de Nicée

Politique Lorsqu'il débute au cours du printemps 325, le concile de Nicée s'inscrit dans un moment charnière de l'histoire de l'Empire romain, où la consolidation du pouvoir impérial passe par la gestion des divisions internes, y compris celles qui touchent au christianisme. Constantin, qui vient de sortir victorieux des guerres civiles ayant marqué le début du , cherche à stabiliser son autorité sur l'ensemble de l'Empire.

De la Tétrarchie aux guerres civiles Tout au long du , l'Empire romain est en proie à des crises et luttes de pouvoir qui se règlent temporairement dans la dernière décennie du siècle avec la mise en place par Dioclétien de la Tétrarchie qui voit un collège de quatre empereurs régner simultanément : Dioclétien choisit Maximien comme collègue en 286 et les deux empereurs seniors (ou Augustes) élèvent Constance et Galère en tant qu'empereurs juniors (ou Césars) en 296. vignette|Les campagnes de Constantin contre Maxence et Licinius.Mais après la retraite des empereurs Dioclétien et Maximien en 305, l'expérience ne tarde pas à se désintégrer dans une nouvelle série d'usurpations et de guerres civiles. Constance et Galère deviennent Augustes, et Sévère et les nouveaux Césars. Après la mort de Constance en 306, les légions de Bretagne élisent son fils Constantin pour le remplacer, tandis qu'à Rome, la garde prétorienne acclame le fils de Maximien, Maxence, comme empereur. Les luttes et retournements d'alliance qui s'ensuivent poussent Maximien et Dioclétien à sortir de leur retraite, occasionnent la disparition de Sévère puis la promotion de Licinius en tant qu'autre Auguste, si bien qu'en 308, comme le relève leur contemporain LactanceDe Mortibus Persecutorum, 29,1, il y a « six empereurs à la fois ».

Après la mort de Galère en 311, Constantin défait Maxence fin 312 tandis que Licinius vainc Maximin en 313. Après la disparition de leurs rivaux, les deux empereurs victorieux se partageant le pouvoir impérial et s'allient temporairement : ils se rencontrent à Milan en février 313 pour y conclure une paix qui est renforcée par le mariage de Licinius avec Constantia, la demi-sœur de Constantin.

C'est également dans ce cadre que les co-empereurs promulguent un rescrit favorable aux chrétiens, connu sous le nom d' « Édit de Milan », qui constitue une forme d'actualisation de l'édit promulgué par Galère peu avant sa mort. et marque une nouvelle étape vers l'intégration du christianisme au sein de l'Empire, bien que les chrétiens restent encore vulnérables du fait des politiques impériales changeantes.

Constantin seul empereur Les rapports se dégradent entre les deux empereurs restants qui se livrent vers 316 une première guerre civile, au terme de laquelle Licinius doit céder presque toutes ses possessions européennes à son collègue. La paix précaire qui s'ensuit est mise à mal par diverses vexations réciproques, si bien qu'une nouvelle guerre s'engage fin 322 — justifiée, pour les auteurs chrétiens, par la persécution que Licinius aurait dirigée contre leurs coreligionnaires mais, pour les auteurs païens, plutôt motivée par l'ambition de Constantin — qui se conclut par la défaite définitive de Licinius à la bataille de Chrysopolis le 18 septembre 324..

Avec cette victoire, Constantin devient le maître incontesté de l'Empire, inaugurant une nouvelle ère dans laquelle le christianisme — auquel il s'est personnellement converti en 312 à l'occasion de la bataille du Pont Milvius — joue un rôle de plus en plus central dans la politique impériale. Toutefois, si Constantin voit dans le christianisme un outil d'unification, celui-ci n'en est pas moins confronté à de sérieuses dissensions internes qui menacent par conséquent la paix civile et l'unité politique auxquelles aspire le monarque.

Religieux vignette|La chrétienté au .

Reconnaissance impériale et diversité ecclésiale La reconnaissance du christianisme et de son clergé par les autorités politiques ne traduit pas pour autant son unité : s'il apparaît plus organisé que n'importe quelle religion antique avant lui, le christianisme du début du s'apparente à un réseau informel et hétérogène d'Églises locales, reliées entre elles par les réunions régulières de leurs évêques, mais présentant encore des différences notables dans leurs identités, leurs pratiques religieuses ou encore dans les subtilités de leurs croyances..

Ces communautés chrétiennes sont traversées par différentes dissensions doctrinales et disciplinaires occasionnant débats christologiques, querelles liturgiques, dissidences schismatiques... Ces différends les confrontent puis les divisent profondément, en particulier en Orient et en province d'Afrique où ils génèrent des troubles parfois graves. L'empereur converti à cette religion encore minoritaireLes études récentes estiment que les chrétiens devaient représenter environ 10 à 20 % de la population de l'empire au moment du concile, avec une certaine disparité selon les provinces. Selon une modélisation proposée par Rodney Stark, le nombre de chrétiens dans l'Empire romain aurait atteint environ en 325, soit environ 22 % de la population totale, sur la base d'une croissance estimée à 40 % par décennie depuis l'an 300 ; cf. . se voit contraint, sans être théologien, d'intervenir dans les affaires ecclésiastiques, moins sur l'aspect doctrinal des problèmes que sur les désordres qu'ils provoquent, dans une attitude qui atteste de sa volonté de stabiliser l'Empire en encadrant l'Église. Néanmoins, les dynamiques internes du christianisme rendront en définitive cet objectif impossible à atteindre.

Principales controverses pré-conciliaires

La date de Pâques vignette|Calendrier pascal du , Musée archiépiscopal de Ravenne.Des divisions d'ordre liturgiques divisent également les communautés chrétiennes, particulièrement concernant la fête de Pâques, la plus importante pour les communautés chrétiennes, qui est célébrée par diverses Églises d'Orient à des dates différentesSur la querelle pascale voir .. Certaines communautés ont conservé la célébration de Pâques à la date de la Paque juive, le 14 nisan, correspondant au jour de la pleine lune du premier mois lunaire tandis que d'autres, à partir du , dans le but de se distinguer des juifs, choisissent le dimanche suivant cette fête.

De plus, lorsque les Juifs commencent à ne plus tenir compte de l'équinoxe de printemps pour fixer la fête, certaines communautés chrétiennes continuent de s'aligner sur leur pratique, tandis que d'autres calculent elles-mêmes la date en fonction de la pleine lune. En outre, même parmi les Églises qui célèbrent Pâques le dimanche, il y a des différences de calendrier, certaines Églises comme celles de Rome et d'Alexandrie ne s'accordant pas sur la même date..

Cette situation suscite d'intenses polémiques entre les Églises chrétiennes, au point qu'elles font l'objet chaque année de railleries chez des païens« Les divisions étaient avant le temps de Constantin et … cela était un objet de raillerie, les païens parlant et se moquant du désaccord dans l'Église », Épiphane de Salamine, Panarion 70, 14, 3. si bien que Constantin — qui entend fonder l'idée de la paix religieuse sur l'unité du culte plutôt que sur l'identité des croyances théologiques — la considère comme un « mal très pénible » et demande aux évêques réunis à Arles en 314 d'arbitrer. Les participants y décident que la fête soit célébrée à la même date « dans le monde entier » mais cette décision reste sans lendemain en Orient.

Le donatisme en Afrique vignette|Buste de Constantin , c.325-370, Metropolitan Museum. Dès la première décennie du , une importante controverse déchire l'Église de la province d'Afrique où se fait jour une dissidence traditionnellement appelé « donatisme », du nom de son plus fervent défenseur, Donat de Casae Nigrae, qui s'oppose au parti « catholique » mené par l'évêque Cécilien de Carthage. Ces dissidents rigoristes soutiennent notamment que les sacrements administrés par des membres du clergé apostats ayant failli. sous la récente persécution de Dioclétien — les lapsi (ceux qui sont « tombés ») et les traditores (« ceux qui ont livré » [les Écritures].) — sont invalides et doivent être répétés.

Le conflit qui sépare littéralement le christianisme local en deux Églises concurrentes prend des proportions considérables, occasionnant même des violences voire des massacres entre les factions, qui amènent Constantin à prendre position contre les donatistes et tenter de résoudre le conflit par l'arbitrage, puis la persécution puis la tolérancevoir ..

Bien qu'elles se soient avérées infructueuses, les interventions de Constantin dans ces affaires religieuses constituent un important précédent et une ingérence inédite du temporel dans les affaires épiscopales : la décision de réunir un concile sous sa propre autorité à Arles en 314, convoquant des évêques de toutes les provinces occidentales de l'Empire dont il assure transport aux frais de l'État, montre dès lors que l'empereur n'a pas l'intention de jouer un rôle passif dans la gouvernance des affaires chrétiennes.