, dit « le Pacifique », né le au château de Chambéry et mort le à Genève, est comte de Savoie, duc de Chablais et d'Aoste, prince de Piémont, marquis en Italie (1391-1416), comte de Genève (1401), vicaire impérial (1398), puis duc de Savoie (1416-1440), et antipape sous le nom de (1439-1449). Il est le fils d’ et de Bonne de Berry.
est considéré comme le plus sédentaire des souverains de la maison de Savoie et parvient à ce que jamais sous son règne il n'y ait de combat en Savoie, en plein cœur de la guerre de Cent Ans. Cependant, il emploie la force à plusieurs reprises, créant une armée de vingt mille hommes, souvent sollicitée. Ces soldats sont répartis en différents corps auxiliaires, que le duc envoie selon ses besoins dans le royaume de France, dans les cantons confédérés de la Suisse primitive, dans la péninsule italienne, dans le saint-Empire romain germanique, et même jusque dans l'empire byzantin. Mais cette puissance militaire ne lui a pas servi d'instrument de conquête. Elle était plutôt un soutien à son activité diplomatique, particulièrement intense. Ses ambassadeurs et courriers sillonnent pour lui toute l'Europe, de Londres à Budapest, Prague, Paris, Francfort, Naples…
Il est considéré comme l’un des principaux fondateurs des États de Savoie, grâce à l’érection du comté en duché le par l'empereur Sigismond en visite à Chambéry. Cette érection s'explique avant tout par l'aide apportée par la diplomatie de Savoie à l'empereur germanique pour résoudre le Grand Schisme d'Occident. Elle s'explique cependant aussi par l’acquisition par les États de Savoie du puissant comté indépendant de Genève en 1401 (sans Genève, possession de l'évêque, mais avec Annecy, capitale politique et économique du comté). Amédée a su profiter de la mort du dernier comte de Genève, en 1394, et des intérêts politiques de l'héritier légal du comté, le récent gouverneur de Nice, à l'époque en disgrâce auprès de la Savoie, Odon de Villars. Ce dernier a en effet vendu le Genevois à la Savoie et obtenu son retour en grâce. Sous le règne d'Amédée, la Savoie a aussi bénéficié du retour de la principauté du Piémont, en 1418. Elle était jusqu'ici possédée en apanage par la branche cadette de Savoie-Piémont, et quand la descendance mâle de cette branche s'est éteinte, le Piémont est revenu dans le domaine personnel du comte de Savoie. En 1419, obtient le rattachement définitif aux États de Savoie du Comté de Nice dont la dédition (sujétion volontaire reconnue par contrat) datait de 1388.
En 1434, la convergence de plusieurs situations, échecs politiques, malheurs qui frappent sa famille, notamment la mort de sa femme quelques années auparavant, ainsi que sa foi, l'amène à prendre sa retraite à Ripaille. Cinq ans plus tard, il apprend que le concile de Bâle l'a élu pape. Malgré beaucoup d'hésitation, il accepte la charge et prend le nom de . Il s'engage à réformer l'Église, cependant l'ancien pape n'a pas démissionné et s'évertue à saper l'action de . Afin d'éviter le prolongement de ce schisme, démissionne laissant au nouveau pape la primauté et se retire dans ses terres de Savoie.
Ces différentes raisons font qu'Amédée de Savoie est vite surnommé le « Pacifique », comme son aïeul le comte Aymon (1329–1343). Æneas Sylvius Piccolomini, qui fut son secrétaire et le futur pape , le qualifie même de « Nouveau Salomon » ou « Salomon de son siècle ».., un arbitre ..
Jeunesse d'un prince devenu très tôt comte de Savoie Une éducation princière Amédée naît le au château de Chambéry... Il est le fils aîné du comte de Savoie , dit le comte rouge, et de Bonne de Berry, dite « Madame la Jeune ».. Celle-ci est la fille de Jean de France, duc de Berry, et également la nièce du roi de France . Deux sœurs naissent quelques années après, Bonne (1388 † 1432) et Jeanne (1392 † 1460). Il a également un demi-frère, Humbert (né vers 1377), dit le « Bâtard de Savoie », et une demi-sœur Jeanne (ou Jeannette), nés d'une liaison adultérine de son père..
Il passe son enfance au château de Ripaille, où sa grand-mère, Bonne de Bourbon, surnommée « Madame la Grande », fait aménager une résidence. Elle est entourée d'une petite cour et elle accueille son fils qui participe à de grandes chasses sur le domaine de Ripaille.
La grand-mère du futur se trouverait à l'origine de son goût pour la musique, tandis que sa mère l'initie aux manuscrits. Le jeune prince reçoit une éducation due à son rang, notamment sous la direction du prévôt de Lausanne, Jean de Bettens.. Il semble être .. Jean de Grandville, le médecin de son père, s'était proposé de le guérir de ce défaut visuel..
Son père chute de cheval lors d'une partie de chasse, dans les environs de Ripaille : grièvement blessé, il meurt au château, des suites de ses blessures le jour des Morts de l'année 1391. Mal soigné, le bruit court qu'il aurait été empoisonné., alors que l'on soupçonne plutôt aujourd'hui, une grave crise de tétanosFondation et Marie-José de Savoie, Académie Saint-Anselme, La Maison de Savoie et la vallée d'Aoste, Umberto Allemandi, Torino, 1989 : , le comte rouge, , passage : . On dénonce l'incompétence de son médecin, Jean de Granville, et de son apothicaire Pierre de LompnesClaudius Blanchard, Histoire de l'abbaye d'Hautecombe en Savoie avec pièces justificatives inédites, Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, Tome 11 (1867), 744 pages, (lire en ligne).
Le jeune Amédée devient comte de Savoie, alors qu'il n'a que huit ans.. Par son testament, le comte rouge laissait la tutelle de son héritier à sa mère, Bonne de Bourbon et non à son épouse, Bonne de Berry, ce qui provoque une vive opposition entre les deux princessesCharles Buet, Les ducs de Savoie aux , Tours, éd. Mame, 1878, .
Des soupçons se font à l'encontre de Bonne de Bourbon et de son entourage par les proches de la comtesse Bonne de Berry. Jean de Granville avait en effet tenté de se réfugier auprès d'Othon de Grandson, protégé de la comtesse de Bourbon, mais il a été pris.. Soumis à la torture, il accuse Bonne de Bourbon et Othon de Grandson. La situation de Madame la Grande devient sensible.
Un début de régence difficile Mineur, Amédée est soumis à la tutelle de sa grand-mère, Bonne de Bourbon., sous l'autorité de son gouverneur, Odon de Villars.
Face aux suspicions d'empoisonnement, une véritable crise touche la régence de Bonne de Bourbon, pour les sept années à venir. Les deux princesses s'opposent.. Elles sont chacune soutenues par leurs partisans à la cour de Savoie dans deux camps: l'un à Chambéry pour Bonne de Bourbon, l'autre à Montmélian pour Bonne de Berry.. Elles sont aussi soutenues par leurs familles respectives, les Bourbon d'un côté et les Berry avec les Bourgogne de l'autre, auxquels s'ajoutent les membres de la famille de Savoie qui n'ont pas été mentionnés dans le testament, notamment le prince d'Achaïe, Amédée de Piémont. Ce dernier souhaite jouer un rôle, devenant .
Le duc de Bourbon fait appel à l'arbitrage du roi de France, . Le , le conseil royal de France trouve un compromis. Le testament du défunt comte doit être respecté : le conseil de régence, sous l'autorité de Bonne de Bourbon, est désormais composé de douze conseillers choisis par moitié entre les deux partis, et l' on pousse Bonne de Berry à quitter Chambéry. Écartée de la tutelle et même de l'éducation de son fils, elle se désiste de son douaire et quitte la Savoie. Bonne de Bourbon s'entoure des conseillers de justice de son défunt fils et continue une existence fastueuse et occupée dans ses belles résidences des lacs : Le Bourget, Chillon, Lausanne, Évian, Thonon, Ripaille.. L'apothicaire est condamné à mort et Othon de Grandson à l'exil avec confiscation de l'ensemble de ses biens.
Le duc de Bourgogne Philippe, dit le Hardi profite de l'accord pour marier sa fille. Ce projet d'alliance entre les deux principautés voisines est imaginée par le duc depuis la naissance de sa fille en 1386. Il est par ailleurs le frère du duc de Berry, donc proche de sa fille Bonne de Berry, et la soutient pour la régence..
vignette|left|alt=Portrait d'homme de profil vers la gauche, coiffé d'une toque|Portrait du duc de Bourgogne le Hardi. École française, fin du , musée des beaux-arts de Dijon. Amédée, alors âgé de dix ans, épouse le , jour de la saint Michel.. à Chalon, Marie de Bourgogne, la fille de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et de , qui a sept ans. Elle ne se rend auprès du comte que lorsqu'elle atteint . Toutefois, il semble que le comte lui rendait de nombreuses visites..
Vers l'émancipation Lors du mariage, le duc de Bourgogne élève Amédée au rang de chevalier. Cette action permet d'émanciper le jeune prince de la tutelle des deux comtesses ; il rentre alors dans le jeu politique de la Savoie. Par ailleurs, les ducs de Berry et de Bourgogne se sont accordés pour qu'Amédée malgré son jeune âge, . Bonne de Berry se remarie dès décembre avec . Madame la Grande est convoquée à Lyon, en , par les ducs de Berry, Bourbon et d'Orléans qui lui intiment de ne plus s'immiscer dans les affaires politiques de la Savoie. Comme le rappelle le médiéviste Bruno Galland . Le conseil comtal est constitué, à la suite de l'ordonnance du des ducs de Bourgogne et de Bourbon, par Odon de Villars, qui s'occupe du gouvernement du comte, Aimon d'Aspremont, qui obtient la garde du jeune prince, le seigneur de Montjovet, Girard de Thury, ainsi que le chancelier Jean de Conflans.
Malgré la mise en place de ce conseil comtal, ce sont les deux ducs qui contrôlent la politique de la principauté de Savoie. Cette situation dure cinq ans. Toutefois les tensions au sein du conseil du royaume de France entre les ducs de Bourgogne et d'Orléans permettent au jeune comte l'obtention d'une émancipation. En effet, cette rivalité accapare l'attention de Philippe le Hardi, qui délaisse peu à peu les affaires de la Savoie. Le , le jeune comte se rend à Paris, ce qui lui permet d'assister aux dernières séances de l'assemblée du clergé du royaume à propos de la soustraction d'obédience ou non envers le pape .. Amédée, entre sa quinzième et dix-septième année, trouve le chemin de l'émancipation politique et commence à gouverner seul.. Cette année est marquée également par l'« obtention du vicariat impérial perpétuel » et donc par la reconnaissance de l'autonomie politique retrouvée de la Savoie.
Les historiens de La Savoie de l'an mil à la Réforme, (1984) observent que face aux différentes épreuves endurées, le jeune prince développe un comportement . Ils considèrent que cette propension à ménager les différents partis ait été un enseignement d'Odon de Villars, qui a su gérer avec les influences diverses sur la Savoie depuis 1393. Plus récemment, Bernard Demotz (2000) observe qu'Amédée est un prince , que ses prédécesseurs, mais souligne qu'il leur ressemblera tout de même en ayant développé un . L'arrivée de Marie de Bourgogne à partir de 1403 apportera à son époux.
La jeune comtesse, , prend l'habitude de venir résider dans le nouveau château de Thonon, qu'elle a fait reconstruire « plus grand et plus confortable »... Amédée, à partir de 1410, fera d'ailleurs défricher et construire un prieuré dédié à saint Maurice.
Un prince-diplomate Positionnement face à l'antipape
L'alliance bourguignonne