La littérature en gaélique écossais désigne les textes littéraires écrits en gaélique écossais, une langue appartenant à la famille des langues gaéliques parmi les langues celtiques, avec la langue irlandaise et le mannois.
Avant 1200 Le gaélique écossais ou a Ghàidhlig (comme en français, on utilise l'article défini) fut utilisé en Écosse dès le , lorsque des colons venus d'Irlande s'installèrent dans l'ouest de l'Écosse. La date à laquelle la langue gaélique écossaise, la Gàidhlig (nom féminin), est devenue suffisamment distincte de celle utilisée en Irlande (la Gaeilge, nom féminin aussi), pour qu'on puisse la désigner comme étant du gaélique écossais fait toujours l'objet de controverses à ce jour. La tradition identifie trois langues dites « gaéliques » ou « goïdéliques », mais certains linguistes estiment que cette classification du gaélique est une construction mentale du siècle issu de l’académisme et de l’exotisme. En réalité, durant la majeure partie du Moyen Âge, les élites gaéliques éclairées d'Écosse et d'Irlande restèrent en contact permanent et partagèrent une forme littéraire distincte des variétés orales.
La majeure partie de la poésie en gaélique à laquelle on peut prêter des origines écossaises fut produite par la communauté monastique (familia) de Saint Columba à IonaClancy, "Scottish Gaelic literature (to c. 1200)", .. Dallan Forgaill (fl. fin du ) fut à l'origine d'un éloge dédié à Columba, Amra Choluim Chille, qui figure en place d'honneur parmi les premières œuvres littéraires composées en irlandaisVoir ., et Beccán mac Luigdech (fl. ) écrivit au moins deux poèmes en l'honneur du saint patron. Parmi les nombreux poèmes vernaculaires écrits sur Columba ou qui lui sont attribués, quelques-uns seulement peuvent prétendre à une origine écossaise. La Betha Adamnáin (vie de Adomnán) contiendrait des éléments qui permettraient de supposer qu'elle vient de Iona.
Des origines écossaises ont été évoquées pour le récit rapporté dans le texte en prose datant du ou du Scéla Cano meic Gartnáin, relatant les pérégrinations du roi d'Écosse exilé Cano mac Gartnáin. Le Lebor Bretnach, une traduction en gaélique datant du de l'Historia Brittonum, est considéré comme une œuvre produite par l'élite littéraire gaélique florissante du monastère d'Abernethy.
Il est possible que plus de textes en moyen irlandais qu'on ne le croit furent composés en Écosse durant le Moyen Âge, mais ceux-ci n'ont pas survécu car l'élite littéraire gaélique de l'est écossais s'est éteinte avant le . Quelques textes en gaélique écrits en Écosse ont survécu dans des sources irlandaises.
Un petit corpus de poésie écossaise médiévale a survécu. Il semblerait que la poésie en gaélique ait bénéficié du mécénat des derniers rois pictes. Au , Muireadhach Albanach, un poète irlandais du clan de poètes O'Dálaigh écrivit des éloges pour les comtes de Lennox. Il fut le patriarche de la famille de bardes MacMhuirich, une dynastie de poètes écossais. Muireadhach a probablement joué un rôle important dans l'introduction du nouveau style de poésie qui s'était développé en Irlande durant le . L'ami de Muireadhach, Gille Brighde Albanach, fut sans doute le poète écossais le plus prolifique dont la poésie ait subsisté. Vers 1218, Gille Brighde écrivit un poème, Heading for Damietta (En route pour Damietta), inspiré de sa participation à la cinquième croisade.
Le haut Moyen Âge Le gaélique bénéficie d'une riche tradition orale (beul-aithris) et écrite, ayant été la langue de la culture barde des clans des Highlands. Cependant, selon Peter Berresford Ellis, les seuls manuscrits ayant subsisté qui soient plus anciens que le Leabhar Deathan Lios Mòir (littéralement « Livre du doyen de Lios Mòir ») datant du consistent en quelques notes écrites en marge du Book of Deer, un poème du et la Charte d'Islay de 1408, le reste ayant vraisemblablement été "détruit par les dirigeants opposés au gaélique du pays"Peter Berresford Ellis: MacBeth, High King of Scotland, 1040-57, 1980.
La poésie de John Barbour (mort en 1395), ainsi que de nombreux autres indices, montrent clairement que le Cycle fenian bénéficiaient d'une popularité grandissante en Écosse. On trouve également des allusions à des personnages légendaires gaéliques dans la littérature anglo-écossaise (orale et écrite) qui se développa par la suite.
Le Walter Kennedy (mort vers 1518), l'un des makars qui fréquentaient la cour de Jacques IV d'Écosse, a peut-être écrit des textes en langue gaélique, bien que seuls certains de ses poèmes en scots subsistent.
Le Book of Common Order (un manuel de prière) fut traduit en gaélique écossais par Séon Carsuel (John Carswell), Évêque des Îles, et imprimé en 1567. Celui-ci est considéré comme le premier livre imprimé en gaélique écossais bien que la langue soit très similaire à l'irlandais classiqueFelicity Heal Reformation in Britain and Ireland - Page 282 2005 "In Irish the catechism long preceded the printing of the New Testament, while in Scottish Gaelic the Form of Common Order was printed in 1567, the full Bible not until 1801. Manx Gaelic had no Bible until the eighteenth century:".
Le Leabhar Deathan Lios Mòir est une collection de vieux manuscrits recueillis entre 1512 et 1526, sous le règne de Seumas V d'Écosse (Jacques V en français), l’un des derniers rois d'Écosse dont le gaélique écossais était la langue maternelle. Le livre contient des manuscrits en gaélique écossais, mais aussi en irlandais et en scots retranscrits en gaélique écossais. Ce livre doit son nom au doyen de la cathédrale de Lios Mòir de cette époque, Seumas MacGriogair, qui a rassemblé les manuscrits avec l'aide de son frère Donnchadh, qui était barde.
Quatre vers de Soraidh slàn don oidhche a réir, un poème de Niall Mòr MacMuireadhaigh nous sont parvenus.
Le Màiri nighean Alasdair Ruaidh (Mary Macleod pour les anglophones) fut une poétesse célèbre au .
Iain Lom (environ 1624–1710), de son vrai nom Iain mac Dhòmhnaill mhic Iain mhic Dhòmhnaill mhic Iain Àlainn fut un poète gael royaliste, qui fut nommé poète lauréat par Charles II durant la Restauration écossaise. Il prononça un éloge lors du couronnement du roi et demeura loyal envers les Stuarts après 1688, s'opposant aux partisans de Guillaume III et, plus tard, à l'Union des Parlements de 1707, avec son texte Oran an Aghaidh an Aonaidh qui la critiquait sévèrement.. Les bardes gaels étaient souvent affublés d'un surnom. Lom signifie « chauve » ou « nu » ce qui pourrait indiquer qu'il était chauve ou imberbe. Toutefois, au figuré, le terme est synonyme de « sincère » ou de « franc » ce qui pourrait indiquer que son style s'appuyait sur le franc-parler. Il portait aussi le surnom de Manntach, mot qui signifie « bègue » en gaélique et qui indiquerait donc une particularité de son élocution.
Ruairidh MacMhuirich, surnommé le "harpiste aveugle" (an Clàrsair dall) est un barde gael originaire d'Écosse. Après s'être formé en Irlande, il parcourt l'Écosse et propose ses services de harpiste, notamment au Château de Dunvegan, où il séjourne une partie de sa vie. On lui doit notamment des chants en l'honneur du clan MacLeòid de Skye.
Le thumb|La plaque portant une inscription en gaélique du monument dédié au poète Duncan Ban MacIntyre, né en 1724 à Druim Liaghart et mort en 1812. L'usage du gaélique écossais a souffert en raison de la persécution des habitants des Highlands après la bataille de Culloden en 1746, et durant les Highland Clearances.
La grande figure des Lumières écossaises est Alasdair mac Mhaighstir Alasdair. Il est l'auteur du premier livre séculier imprimé en gaélique écossais : Leabhar a Theagasc Ainminnin (1741), un glossaire gaélique-anglais. Le deuxième livre séculier en gaélique écossais publié fut son recueil de poèmes Ais-Eiridh na Sean Chánoin Albannaich (La Résurrection de la langue écossaise ancestrale). Sa lexicographie et sa poésie se basaient sur ses études de vieux manuscrits en gaélique, un intérêt pour les livres anciens qui eut également une influence sur l'orthographe qu'il employait. En tant qu'expert de la nature écossaise et que rebelle jacobite, Alasdair mac Mhaighstir Alasdair fut le poète gaélique le plus ouvertement nationaliste du . On dit que son recueil Ais-Eiridh na Sean Chánoin Albannaich fut brûlé en public par le bourreau d'Edimbourg.. Il fut autant influencé par la série de poèmes de James Thomson Les Saisons que par les "poètes ruraux" tels qu'Iain Mac Fhearchair (John MacCodrum). Appartenant à la littérature orale des Highlands, une infime partie des œuvres de ces poètes ruraux fut publiée à l'époque, bien que certaines aient été rassemblées depuis.
Les poètes qui composaient en gaélique écossais écrivirent des complaintes déplorant les défaites jacobites de 1715 et 1745. Mairghread nighean Lachlainn et Christina Ferguson sont deux poétesses parmi d'autres qui examinèrent les effets dévastateurs que les représailles consécutives aux soulèvements jacobites eurent sur la culture gaélique traditionnelle. Le sentiment d'affliction qui en découla imprégna l’œuvre d'écrivains gaéliques tels que Dughall Bochanan, qui reproduisaient un certain nombre des thèmes abordés par les graveyard poets (littéralement, les "poètes du cimetière") anglais. Plus tard, James Hogg compila (et adapta) une partie de cet héritage de poésie jacobite dans ses Jacobite Reliques (1819).
Donnchadh Bàn Mac an t-Saoir (connu sous le nom de Duncan Ban MacIntyre en anglais; – )Calder, George (editor and translator). The Gaelic Songs of Duncan MacIntyre. Edinburgh: John Grant, 1912. est l'un des poètes gaéliques les plus célèbres et a joué un rôle important durant l'âge d'or de la poésie gaélique dans l'Écosse du . Il est surtout connu pour son poème Beinn Dorain; "Moladh Beinn Dòbhrain" ("éloge de Ben Doran"). La plupart de ses poèmes sont descriptifs et l'influence d'Alasdair MacMhaighstir Alasdair sur son œuvre est évidente. Bien que les soulèvements jacobites aient eu lieu de son vivant, ce fut son expérience de garde-chasse en Argyll et dans le Perthshire pour le compte du duc d'Argyll qui influença le plus sa poésie. Moladh Beinn Dòbhrain découle de cette période de sa vie. L'importance de la poésie imprégnée de nature de Duncan Bàn est telle qu'elle a été décrite, tout comme celle de MacMhaighstir Alasdair, comme étant "l'apogée de la poésie gaélique traitant de la nature"Gaelic Song - An Introduction.
Les Poèmes d'Ossian de James Macpherson
James Macpherson (1736–96) fut le premier poète écossais à atteindre une renommée internationale. Affirmant avoir trouvé des poèmes écrits par Ossian, il publia des traductions du gaélique qui devinrent populaires dans le monde entier, puisqu'elles furent considérées comme l'équivalent celte des poèmes épiques de l'Antiquité. Le poème Fingal, écrit en 1762, fut rapidement traduit dans de nombreuses langues à travers l'Europe, et son intense description de la beauté de la nature ainsi que la tendre mélancolie avec laquelle il traite des anciennes légendes en font le poème précurseur du romantisme dans la littérature européenne, et surtout allemande, puisqu'il influença Herder et Goethe. Plus tard, il devint clair que ces poèmes n'étaient pas des traductions fidèles du gaélique mais d'élégantes adaptations destinées à combler les attentes esthétiques du public de l'époque.
La traduction de la Bible