L'Oreillard montagnard (Plecotus macrobullaris) ou Oreillard alpin est une espèce de chauves-souris de la famille des Vespertilionidae peuplant les massifs montagneux du sud-ouest et du centre du Paléarctique, des Pyrénées au Moyen-Orient. Il mesure environ cinq centimètres du bout du museau à la base de la queue, pour un poids de et une envergure de . Comme tous les membres du genre Plecotus, il possède d'immenses oreilles, qui mesurent les trois quarts de la longueur de son corps. Il ressemble fortement à l'Oreillard roux (P. auritus), à l'Oreillard gris (P. austriacus) et à l'Oreillard des Balkans (P. kolombatovici), qui partagent en partie son aire de répartition, mais se distingue notamment de ces espèces par un petit triangle charnu sur la lèvre inférieure.
Espèce décrite en 1965 par Kuzjakin dans le Caucase, l'Oreillard montagnard se rencontre depuis le niveau de la mer jusqu'à d'altitude, mais s'il peut fréquenter les côtes et les plaines, il reste une espèce essentiellement montagnarde affectionnant les zones escarpées. Son régime alimentaire est presque exclusivement constitué de papillons de nuit, qu'il capture en milieux ouverts. Les colonies de mise-bas sont situées dans les combles ou les clochers d'églises, dans d'autres bâtiments, dans des crevasses rocheuses ou dans des éboulis. Elles comptent de quelques femelles à quelques dizaines de femelles, qui mettent bas en juin-juillet et qui restent avec leur jeune jusqu'en septembre.
Sa morphologie intermédiaire entre celle des oreillards roux et gris a fait que cette espèce distincte est demeurée non reconnue comme telle jusqu'au début du , bien qu'un nom scientifique, publié en 1965, concernant les populations du Caucase russe ait été exhumé pour le désigner. Deux lignées mitochondriales majeures existent, avec une zone de contact dans les Alpes dinariques, et sont parfois traitées comme des sous-espèces distinctes, mais leur statut reste à confirmer. Bien que la taille des populations et leurs tendances démographiques soient inconnues, l'Union internationale pour la conservation de la nature considère l'espèce comme de « préoccupation mineure ».
Description vignette|gauche|Un Oreillard montagnard dans une colonie de mise-bas à Léaz (Ain, France). Morphologie externe L'Oreillard montagnard est un oreillard (genre Plecotus) de taille moyenne à grande, pesant entre 6 et , dont la tête et le corps mesurent de long. L'avant-bras mesure de , pour une envergure comprise entre . Comme tous les membres du genre Plecotus, l'Oreillard montagnard a de très grandes oreilles, qui mesurent de , avec un tragus mesurant de long. Le pied mesure , le pouce , et sa griffe . Comme chez la plupart des chauves-souris, les femelles sont en moyenne plus grandes que les mâles.
Les oreilles sont brun clair, le tragus aussi, avec la base de couleur chair. Les yeux sont assez grands et noirs, la face est brun foncé. Le pelage est dense et long, à dominante gris clair sur le dos, avec des poils bicolores, sombres à leur base et plus clairs à leur pointe. Le pelage ventral est parfois blanc pur, mais souvent blanchâtre avec des traces jaunâtres sur les côtés du cou et les épaules. Le patagium est brun clair, glabre.
Émissions sonores Comme les autres oreillards, l'Oreillard montagnard émet des fréquences modulées, abruptes et marquées de plusieurs harmoniques. Les fréquences terminales sont de et la largeur de bande est de . La première harmonique commence autour de et se termine vers avec un pic de fréquence autour de , la seconde harmonique commence autour des et ne chevauche pas la première. Ces cris durent de , pouvant être aussi courts que dans les environnements encombrés, ou durer jusqu'à dans les environnements bien dégagés. Plus le signal est long, plus les fréquences utilisées sont basses. Les caractéristiques de ces émissions recouvrent celles d'autres espèces d'oreillards coexistant avec l'Oreillard montagnard, et leur structure est particulièrement proche de celle de l'Oreillard gris (P austriacus), bien que le montagnard soit plus étroitement apparenté avec l'Oreillard roux (P. auritus).
Caractères crâniens vignette|Vue dorsale, ventrale et latérale d'un crâne et vue latérale de la mandibule d'un Oreillard montagnard conservé au Muséum d'histoire naturelle de Genève (MHNG-MAM-1492.060). Le spécimen, une femelle, a été collecté en par Villy Aellen dans le Val Müstair, aux Grisons (Suisse).
La formule dentaire de l'Oreillard montagnard est la suivante (incisives, canines, prémolaires, molaires) : . Son crâne est semblable à celui des autres oreillards, et les espèces du genre sont difficiles à distinguer sans l'utilisation de multiples critères (voir le paragraphe Espèces similaires). La plus grande longueur du crâne est de (en moyenne ), la longueur condylocanine (mesurée depuis la partie la plus postérieure des condyles occipitaux jusqu'au bord antérieur de la canine) de (en moyenne ), la longueur condylobasale de (en moyenne ), la hauteur de la boîte crânienne de (en moyenne ), la largeur de la boîte crânienne de (en moyenne ), la largeur interorbitale de (en moyenne ), le diamètre de la bulle tympanique de (en moyenne ), la largeur de la partie antérieure du palais de (en moyenne ), la largeur du maxillaire de (en moyenne ), la longueur de la rangée dentaire supérieure mesurée depuis la première incisive jusqu'à la troisième molaire de (en moyenne ) et la longueur de la rangée dentaire supérieure mesurée depuis la canine jusqu'à la troisième molaire de (en moyenne ).
Espèces similaires vignette|gauche|Détail de la tête d'un Oreillard montagnard photographié à Vezzani, en Corse. La forme du triangle charnu à bords concaves sur la lèvre inférieure est un caractère diagnostique pour l'espèce.
Dans de nombreuses zones d'Europe, l'Oreillard montagnard coexiste avec l'Oreillard roux (P. auritus), l'Oreillard gris (P. austriacus) et l'Oreillard des Balkans (P. kolombatovici), desquels il est difficile à différencier. En moyenne, l'Oreillard montagnard est légèrement plus grand que le roux, et son masque facial est moins marqué que chez le gris. La coloration du tragus (couleur chair sur le tiers basal et pigmenté de gris en son extrémité), le poil très blanc sur le ventre et à pointes foncées sur le dos sont donnés comme critères complémentaires, mais il existe une très forte variation dans la coloration du pelage, qui peut varier du gris au brun pour les trois espèces d'Europe de l'Ouest. La longueur du pouce a également été donnée comme diagnostique pour distinguer l'Oreillard montagnard du gris ou de celui des Balkans . Le meilleur caractère distinctif pour identifier l'Oreillard montagnard des deux autres espèces reste un triangle charnu présent sur la lèvre inférieure, d'une forme distinctive en triangle aux bords concaves, se terminant en pointe vers le menton.
vignette|L'Oreillard roux (Plecotus auritus) est l'une des espèces dont la morphologie externe est des plus ressemblantes à celle de l'Oreillard montagnard.
Chez les mâles, la forme du pénis peut aussi servir de caractère distinctif : chez l'Oreillard montagnard, le pénis a des bords parallèles et il se termine en pointe ; chez l'Oreillard gris et l'Oreillard des Balkans, les bords s'élargissent et l'extrémité du pénis est arrondie ; enfin, chez l'Oreillard roux, le pénis est globalement conique, les bords se rapprochant régulièrement depuis la base jusqu'à la pointe. Pour les individus mâles morts, la taille et la forme du baculum (l'os pénien) est également diagnostique d'une espèce à l'autre : l'Oreillard roux a un baculum nettement plus grand et allongé que ceux du montagnard et du gris, et la base du baculum est plus massive chez l'Oreillard montagnard que chez les deux autres espèces.
Pour les spécimens adultes, différents caractères crâniens peuvent permettre l'identification des oreillards européens. La longueur de la rangée dentaire et de la bulle tympanique sont parfois données comme diagnostiques, mais un grand recouvrement existe entre l'Oreillard roux (crâne aux petites dimensions), l'Oreillard montagnard (intermédiaire) et l'Oreillard gris (grandes dimensions). D'après une étude réalisée en Croatie, le crâne de l'Oreillard des Balkans est encore plus difficile à différencier de celui de l'Oreillard montagnard, mais la largeur inter-orbitale figurerait parmi les meilleurs caractères séparant ces deux espèces, mesurant en moyenne chez l'Oreillard des Balkans et chez le montagnard. Sur les crânes intacts, une combinaison de treize caractères crâniens permet de distinguer les quatre oreillards d'Europe continentale (le montagnard, le roux, le gris et celui des Balkans).
Toutes ces espèces d'oreillards se distinguent sans ambiguïté sur la base de marqueurs mitochondriaux, que ce soit le cytochrome b (cyt-b) et la région de contrôle du mitogénome (CR), la première sous-unité de la cytochrome c oxydase (COI) et l'ARN ribosomique 16S. Pour permettre une identification moléculaire par simple PCR sans besoin de séquençage, plusieurs amorces ont été mises au point pour amplifier des fragments du 16S de tailles différentes et diagnostiques de P. macrobullaris, P. austriacus et deux lignées de P. auritus.
Écologie et comportement Alimentation vignette|La Gnophos claire (Yezognophos dilucidaria), géomètre montagnard, a été identifiée génétiquement dans le guano d'Oreillards montagnards gîtant en plaine dans le bassin genevois.
En Europe de l'Ouest, le régime alimentaire de l'Oreillard montagnard est essentiellement constitué de papillons de nuit (entre 87 et 98 %), notamment de la famille des Noctuidae. Il compte aussi des diptères et coléoptères. En Turquie, la présence de restes d'hémiptères et d'orthoptères dans les crottes a été rapportée. En plus des lépidoptères, diptères et coléoptères, les études par métabarcoding de crottes ont livré en petites proportions des araignées, hémiptères, hyménoptères et névroptères, ainsi que quelques blattes, trichoptères, dermaptères, mécoptères, orthoptères, psoques et raphidioptères. La détection génétique de mouches tachinaires (diptères de la famille des Tachinidae) provient probablement de la consommation par les chauves-souris de chenilles de noctuelles infectées par les larves de ces insectes parasitoïdes. De nombreux papillons de nuit disposant d'organes tympaniques, et détectant donc les cris d'écholocalisation de la plupart des chauves-souris, ont été retrouvés dans le régime alimentaire de l'Oreillard montagnard. En effet, les oreillards sont des chauves-souris dites « chuchoteuses » ou « murmurantes », connues pour émettre en chasse des cris de très faible intensité leur permettant de consommer les papillons tympanés qui les éviteraient sinon. À l'inverse, ils utilisent leur vision et l'écoute passive de leurs proies pour les détecter et les capturer. Par rapport aux autres oreillards partageant son aire de distribution, l'Oreillard montagnard chasse dans des milieux ouverts ou montagneux (prairies, pelouses, pentes, éboulis et habitats rocheux). Parmi les proies de son régime alimentaire reflétant bien ses préférences écologiques distinctes, on peut notamment citer les noctuelles Euxoa aquilina et Bryophila domestica, ou les géomètres Gnophos furvata, Hemistola chrysoprasaria, Horisme radicaria, Nychiodes obscuraria et Yezognophos dilucidaria.
Déplacements Comme les autres oreillards, l'Oreillard montagnard se déplace globalement peu pour s'alimenter, les terrains de chasse se trouvant généralement à moins de du gîte. Cependant, des déplacements de dans une nuit de chasse dans les Pyrénées, ou de en Corse ont été rapportés. Les terrains de chasse couvrent plusieurs centaines d'hectares, jusqu'à plus de pour certains individus. En Arménie, un déplacement de initialement attribué à l'Oreillard gris avant la découverte de l'Oreillard montagnard pourrait bien concerner cette dernière espèce.
Reproduction vignette|Une mère et son jeune photographiés au gîte, en Isère.