Les Balkans, comprenant principalement la péninsule Balkanique, sont une région géographique située dans l’Europe du Sud-Est. La péninsule est bordée par des mers sur trois côtés : la mer Adriatique et la mer Ionienne à l'ouest, la mer Égée au sud et la mer de Marmara et la mer Noire à l'est. Au nord, on la délimite généralement par les cours du Danube, de la Save et de la Kupa. Cette région couvre une aire totale de plus de et regroupe une population de près de d’habitants. thumb|Carte géologique de la péninsule des Balkans.
Origine et utilisation du terme Dans l’Antiquité, le nom des montagnes aujourd'hui nommées « Balkans » était (Haîmos en grec et Haemus en latin), mot utilisé en Thrace signifiant, selon , « neigeux ». Ce nom désignait la chaîne de montagnes traversant la Bulgarie d’est en ouest (« Grand Balkan »), qui est appelée Стара Планина (Stara Planina, « vieille montagne ») en bulgare, serbe, vieux-slave, tchèque, slovaque, lituanien, letton et estonien.
L’appellation utilisée à l'époque de l'Empire byzantinLa constantinopolarisation des Balkans dans l'Antiquité tardive. Aimos / Emmon / Emmona se retrouve dans la forme turque Emine-Balkan, l’adjectif balkan pouvant désigner en turc soit des « montagnes boisées », soit des « montagnes glissantes » (c’est l’un des sens des mots turcs bal : « poisseux », « miel », et kan : « gluant », « sang » ; mais, à l’époque romantique, les autres sens de ces deux mots ont donné naissance à une légende très populaire selon laquelle balkan signifierait « de miel et de sang » pour désigner aux yeux des Turcs un pays riche en douceurs, fruits, chaleur, richesses de la terre, mais farouchement défendu par d’indomptables guerriers..). En fait, les Ottomans désignaient leurs possessions du Sud-Est de l’Europe sous le nom de Roumélie (Rum-eli c'est-à-dire « pays des Romains ») ou, plus récemment, Avrupa-i Osmani (« Europe ottomane »).
Bien que l’appellation Balkan ne soit pas attestée avant le , les protochronistes, influents dans les Balkans (leurs thèses sont enseignées dans les écoles), attribuent à ce nom une grande ancienneté et le font remonter au proto-indo-européen bhelg (« arête, crête, faîte ») via bala-khana (« maison élevée » en persanPetăr Dobrev : Nepoznatata drevna Bălgarija (L'ancienne Bulgarie inconnue), éd. Ivan Vazov, Sofia, 2001, et Maria N. Todorova, Imagining the Balkans (1997) Oxford University Press, New York books.google.fr) ou via balkô (« chaîne rocheuse » en proto-germanique, à l’origine du vieux frison balka, du norrois balkr et du vieil anglais balca duquel dérive balk « bloc » en anglais moderne).
En 1808, l’expression « péninsule des Balkans » (Balkanhalbinsel) apparaît chez le géographe allemand August Zeune. En élargissant ainsi le terme de « Balkans » bien au-delà du Grand Balkan, Zeune lui donna la signification antique du nom « Haemos » qui désignait toutes les chaînes de l’Europe du Sud-Est, depuis les Alpes slovènes jusqu’à la mer Noire, avec une importance analogue aux Apennins pour la péninsule italienne. Malgré les critiques formulées par des géographes comme dès 1839, cette idée, discutable sur le plan géomorphologique, perdure dans le domaine politique et culturel, et comme concept géographique aux limites d’ailleurs variables selon les auteurs.
Au , lors des combats pour la libération des divers peuples de la région contre les dominations de l’Empire ottoman (Filikí Etería, guerre d'indépendance grecque, comitadjis, Orim, yougoslavisme) et de l’Autriche-Hongrie (austroslavisme, trialisme), une certaine condescendance a donné, dans l’historiographie occidentale, une connotation péjorative au terme « Balkans ». Ainsi, « balkanisation » désigne un processus de déstructuration politique ; en fait, cette « balkanisation » a surtout été voulue par le congrès de Berlin. Tout cela a conduit à utiliser le terme plus neutre d’« Europe du Sud-Est ». C’est ainsi que le journal en ligne Balkan Times s'est lui-même renommé Southeast European Times en 2003.
Limites vignette|Les Balkans, limités au nord par les fleuves Danube-Save-Kupa, excluant de facto la Slavonie croate et la Voïvodine serbe des Balkans.
Les Balkans peuvent avoir plusieurs étendues, selon la définition adoptée :
la plus ancienne, due aux géographes de l'Empire allemand et de l'Empire austro-hongrois, désigne la région bas-danubienne et balkaniqueHosch, Nehring, Sundhaussen (Hrsg.), Lexikon zur Geschichte Südosteuropas, S. 663, ., incluant les Balkans au sens strict, les pays de l'ex-Yougoslavie en entier, l'Albanie, la Roumanie et la Moldavie, région parfois élargie jusqu'à la Hongrie ; cette définition élargie renvoie davantage au concept d'Europe du Sud-Est, dont la première utilisation connue est due au diplomate et albanologue autrichien Johann Georg von Hahn ;
plus récemment, une définition plus restreinte est apparue, proposée par des géographes anglo-saxons : elle n'inclut que les territoires situés au sud du Danube, de la Save et de la Kupa, excluant ainsi des Balkans la Slavonie croate, la Voïvodine serbe, la Hongrie, la Roumanie et la Moldavie, y compris la Dobrogée roumaine, bien que celle-ci se situe au sud du Danube. ;
une définition intermédiaire (utilisée par exemple par Paul Garde dans Les BalkansPaul Garde, Les Balkans, Flammarion, 1999, .) y inclut les pays ex-yougoslaves en entier, l'Albanie et la Roumanie, mais pas la Moldavie, malgré le passé commun des deux paysLes géographes roumanophones de Roumanie et de Moldavie, arguant de l'origine et de l'histoire commune jusqu'en 1812, y incluent systématiquement leurs deux pays ; les géographes occidentaux et slaves, en revanche, en excluent la Moldavie et souvent aussi la Roumanie, la première en raison de son appartenance à la sphère d'influence de la Russie de 1812 à 1918, de 1940 à 1941 et depuis 1944, la seconde parce que seuls 10 % de son territoire (la Dobrogée du Nord) se trouvent au sud du Danube..
Géographie Dans la définition la plus communément acceptée, cette région couvre une aire totale de plus de . Sa limite au nord est fixée par les fleuves Danube-Save-Kupa. Le relief de la péninsule des Balkans culmine à au mont Musala dans le massif de Rila (Bulgarie) ; le mont Olympe (Grèce) est en deuxième position avec . La majeure partie de la péninsule est montagneuse, avec des altitudes moyennes de , des dénivellations importantes, des cours d'eau d'une longueur moyenne de 250 à , des bassins versants étroits et de petite taille ( à ).
Les plaines, petites et peu nombreuses, se situent le long des cours d'eau et des côtes. Quatre principales chaînes de montagnes, toutes datant de l'orogenèse alpine, rayonnent autour d'une région centrale, située autour du massif du Šar, au sud de la dépression du Kosovo-polje : la chaîne dinarique, qui longe la mer Adriatique vers l'ouest en direction des Alpes, et forme la ligne de partage des eaux entre cette mer et le bassin du Danube ; la chaîne du Pinde, vers le sud, qui forme la ligne de partage des eaux en Grèce continentale ; la chaîne du Grand Balkan, vers l'est en direction de la mer Noire, qui forme la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Maritsa et celui du Danube ; la chaîne du Rhodope, vers le sud-est en direction de la mer Égée.
Le climat est méditerranéen le long des côtes de la mer Adriatique et de la mer Égée, océanique et subtropical humide le long des côtes de la mer Noire, et continental dans l'intérieur et au nord du .
Une population de près de d’habitants vit dans la péninsule, soit une densité moyenne de .
De son ancien statut de capitale impériale sous plusieurs vastes empires depuis l’an 395, Istanbul a hérité la place de première ville des Balkans, dépassant de loin toutes les autres, comme tout au long de son histoire : Istanbul (jadis Κωνσταντινούπολις / Konstantinoupolis / Constantinople, Turquie, onze millions d’habitants côté européen, donc balkanique, sur 14 au total) ; Athènes (Αθήνα / Athina, Grèce, quatre millions d’habitants avec l’agglomération) ; Belgrade (Serbie, 1,6 million d’habitants avec l’agglomération) ; Sofia (Bulgarie, 1,4 million d’habitants) ; Zagreb (Croatie, 1,2 million l’agglomération), ( au sud de la Save, donc dans les Balkans, sur 1,2 million au total) ; Tirana (Albanie, ) ; Thessalonique (Θεσσαλονίκη / Thessaloniki, jadis Salonique ou Selanik, Grèce, avec l'agglomération) ; Sarajevo (Bosnie-Herzégovine, ) ; Skopje (Macédoine du Nord, ) ; Split (Croatie, avec l’agglomération) ; Pristina (Kosovo, ) ; Constanța (Roumanie, ) ; Plovdiv (jadis Φιλιππούπολη / Philippoupoli ou Filibe, Bulgarie, ) ; Varna (Bulgarie), ) ; Banja Luka (Bosnie-Herzégovine, ) ; Ljubljana (Slovénie, ) ; Niš (jadis Ναϊσσός / Naissus, Serbie, ) ; Podgorica (Monténégro, ) ; Rijeka (en italien Fiume, Croatie, ) ; Edirne (jadis Ἁδριανούπολις / Andrinople, Turquie, ).
Biogéographie Selon les données palynologiquesB. Diaconeasa, S. Farcaş, Aspects concernant les refuges glaciaires, à la lumière des analyses palynologiques de séquences datées C14 ; Contribuţii Botanice, 2002 et paléontologiques disponibles, à la fin de la dernière glaciation, celle du Würm, les Balkans ont joué le rôle de « refuge glaciaire » pour la biodiversité végétaleG Lang, Some aspects of European late- and post-glacial flora history; Acta Botanica Fennica, 1992 (résumé) dont diverses espèces d'arbresBennett, K.D., Tzedakis, P.C., Willis, K.J., 1991, Quaternary refugia of north European trees, Journ. of Biogeogr., 18: 103-115. ainsi que pour les espèces animalesRS Sommer & A. Nadachowski, Glacial refugia of mammals in Europe: evidence from fossil records ; Mammal Review, 2006 - Wiley Online Library ; 36: 251–265. doi: 10.1111/j.1365-2907.2006.00093.x ([Résumé]). Il y avait aussi d'autres refuges en Europe : les péninsules Ibérique et Italienne, le sud de la France et probablement les Carpates méridionales. Mais les Balkans ont été le refuge le plus important. De nombreuses espèces ont survécu aux glaciations dans les Balkans où le climat était moins rigoureux qu'en Europe centrale, ce qui explique la présence aujourd'hui de nombreuses espèces reliques qui ont subsisté dans la péninsule mais qui n'ont pas encore pu reconquérir le reste de l'Europe, à cause des barrières écologiques (montagnes, plaines et fleuves parallèles aux latitudes, bloquant les migrations nord-sud de nombreuses espèces) ou de la lenteur de leur capacité de recolonisation (le début de l'Holocène étant récent). C'est ce qui explique en partie la biodiversité actuelle plus importante dans les Balkans que dans le reste de l'Europe, outre les différences actuelles de climats.
Pour ce qui est de la grande faune, on trouve aujourd'hui le cerf élaphe, le daim, le chevreuil, le sanglier. Mais l'auroch, le bison d'Europe, le tarpan, l'onagre et le castor ont également été présents dans la péninsule au nord des Rhodopes, comme en témoignent fossiles et les toponymesAlexandru Filipașcu : Animaux sauvages du temps de nos ancêtres (ro : « Sălbăticiuni din vremea strămoșilor noștri », Ed. Științifică, Bucarest 1969.. Parmi les prédateurs, le loup gris, l'ours brun et le lynx boréal sont toujours présents de nos jours mais confinés aux régions les plus sauvages. Le lion peuplait aussi autrefois la péninsule, selon les fossiles de l'Holocène et les récits datant de la Grèce antiqueR. S. Sommer, N. Benecke, Late Pleistocene and Holocene development of the felid fauna (Felidae) of Europe: a review, 2006, .
Géologie gauche|vignette|Le mont Olympe. vignette|La chaîne des Balkans centraux, en Bulgarie. vignette|Belgrade, la ville blanche, la plus grande ville slave des Balkans, en Serbie. vignette|Église de style byzantin du sur les rives du lac d'Ohrid en Macédoine du Nord. vignette|Forteresse de Tsarevets dans la capitale de la Bulgarie médiévale, Veliko Tarnovo. vignette|Vieille ville de Raguse, à Dubrovnik, en Croatie. vignette|Pont ottoman du , rebâti en 2004, à Mostar, en Bosnie-Herzégovine.