L’Inquisition (du latin inquisitio, « enquête », « recherche ») est une juridiction spécialisée (autrement dit un tribunal) créée au par l'Église catholique et relevant du droit canonique. Afin de combattre ce qu'elle qualifie d'hérésie, elle fait appliquer des peines variant de simples peines spirituelles (prières, pénitences) à des amendes lorsque l'hérésie n'est pas établie., et de la confiscation de tous les biens. à la peine de mort pour les apostats relaps. L'Inquisition se prononce sur la peine qu'elle juge souhaitable, mais se décharge de son exécution sur le bras séculier. En principe, l'Inquisition ne peut condamner que des catholiques non respectueux des dogmes., mais cette règle est en fonction des époques interprétée de façon très large. Ainsi, les membres de courants chrétiens rejetant l'autorité du Pape (tels que les Protestants) pouvaient tomber sous le coup de la juridiction inquisitorialehttps://fr.aleteia.org/2020/06/21/linquisition-perversion-de-la-mission-de-leglise/Jean-Pierre Dedieu. Préface. Qu’est-ce que l’Inquisition?. Torquemada, Dupuis, 2019, 9782800168432. ⟨halshs02265656⟩. Anne Brenon, spécialiste du catharisme, estime à le nombre de peines de mort prononcées par ces juridictions ecclésiastiques durant cinq siècles à travers l'Europe.

L'Inquisition médiévale en France a pour mission de lutter contre les rébellions cathare et vaudoise qui ont pris une dimension politique dans le Midi toulousain. En raison de ses excès, elle est supprimée par le roi qui la remplace par la juridiction de l'Official : celui-ci ne peut plus prononcer de peine sans décision d'une juridiction civile. L'histoire de l'Inquisition en France est largement déformée depuis le par un faussaire, Étienne de La Mothe-Langon, qui manipule des archives et les fait publier en 1829 dans une fantaisiste Histoire de l'Inquisition en France, pourtant reprises par tous les historiens, notamment Jules Michelet. Les procès intentés aux Templiers et à Jeanne d'Arc sont l'œuvre de juridictions exceptionnelles, créées pour l'occasion et supprimées ensuite.

À la fin du Moyen Âge, la portée de l'Inquisition s'étend en Espagne et au Portugal ainsi qu'à leurs colonies, en particulier sous l'influence des Franciscains et de Dominicains, pour traquer les Juifs marranes. et les musulmans morisques convertis de force au catholicisme, mais encore attachés à leur foi première. À la fin du , en particulier, l'Inquisition espagnole condamna environ hérétiques au bûcher., organisant des autodafés de grande ampleur qui instaurent une terreur durable ; ensuite, la proportion des peines les plus lourdes diminue au cours du après l'expulsion des Juifs et des musulmans.

Alors qu'elle est sur le déclin, les opposants à l'Inquisition insistent sur sa violence. L'opéra Don Carlos (1867) et le passage du Grand Inquisiteur dans Les Frères Karamazov (1879) ont contribué à asseoir la légende noire de l'Inquisition.

À l'exception des États pontificaux, l'institution est abolie en Europe au . Le pape la remplace en 1908 par la Sacrée congrégation du Saint-Office, puis, en 1965, le pape remplace le Saint-Office par la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui fait prévaloir sur l'aspect punitif de la condamnation l'aspect positif de la correction de l'erreur et de la préservation de la foiMotu proprio Integræ servandæ Integræ servandæ du , Présentation de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur le site du Vatican..

Il est possible de distinguer trois périodes : l'Inquisition médiévale, introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Grégoire IX en 1231 ; l'Inquisition espagnole, inféodée à la couronne d'Espagne, fondée en 1478 et supprimée en 1834, et l'Inquisition portugaise, inféodée à celle du Portugal, lesquelles opéraient aussi dans les colonies de ces pays ; l'Inquisition romaine (« Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle »), fondée en 1542 pour lutter contre le protestantisme, remplacée par le Saint-Office en 1908.

Racines de l'Inquisition vignette|redresse=1|Saint Dominique présidant un auto da fé, par Pedro Berruguete, vers 1495, musée du Prado. Image anachronique car Dominique de Guzman est mort deux siècles avant la création de l'Inquisition espagnole, et les exécutions avaient rarement lieu pendant les cérémonies d'auto da fé.

L'Inquisition est due à la conjonction de plusieurs idées : la notion d'hérésie (ou erreur religieuse), d'une part, et la notion de devoir religieux de l’État, d'autre part. Cette conjonction est déjà visible dans l'édit de Thessalonique en 380.

Avant la publication dExcommunicamus, l’acte fondateur de l'Inquisition médiévale confiée principalement aux Dominicains par le pape Grégoire IX en 1231, la lutte contre l’hérésie s'est développée en plusieurs étapes. On peut en particulier citer l’ébauche d'une législation contre l'hérésie dès le deuxième concile du Latran présidé par Innocent II en 1139, puis, à la suite de la promulgation de la bulle Ad abolendam par Lucius III en 1184, la création d'une « Inquisition épiscopale », menée de manière décentralisée par les évêques, suivie par une « Inquisition légatine », confiée aux Cisterciens par Innocent III en 1198, et enfin le choix de la procédure inquisitoire lors du quatrième concile du Latran en 1215. Le concile de Toulouse (1229) organise la première mise en place de l'Inquisition en Languedoc dans la répression des hérétiques cathares à la suite de la croisade des Albigeois.

Innocent III et Grégoire IX, tous deux à l'origine de l'Inquisition, étaient férus de droit romain, de sorte que ces tribunaux ecclésiastiques se caractérisent par leur dureté : le code de Justinien ordonnait en effet de mettre à mort l'hérétique.

Évolution de la notion d'hérésie Si l'Église avait connu une période de calme relatif après le , les courants jugés hérétiques se multiplient aux , souvent en suivant les routes de pèlerinage : les voyageurs discutent entre eux et avec les villageois lors des étapes, alimentant des questions et des réponses hors du pouvoir régulateur de la paroisse.

Au haut Moyen Âge, l'hérétique est considéré comme un lépreux qu'il faut éloigner du corps sain des fidèles par l'excommunication, puis par l'exil ou la confiscation des biens. Au bas Moyen Âge, l'hérésie constitue une rupture du lien social. Régine Pernoud écrit :

Dans la bulle pontificale (), Innocent III assimile même l’ à un crime de lèse-majesté, concept romain redécouvert à cette époque par les autorités laïquesJacques Chiffoleau, « Note sur la bulle , la lutte contre les hérétiques du Midi et la construction des majestés temporelles », dans Innocent III et le Midi (Cahiers de Fanjeaux, 50) Toulouse, Privat, 2015, . Texte latin et traduction de dans ..

Après la création de l'Inquisition, la définition de l'hérésie (pour laquelle elle devient progressivement le seul tribunal compétent) s'élargit constamment, au point d'inclure des éléments de plus en plus divers : l'apostasie de Juifs et Musulmans convertis, ou encore la sorcellerie, laquelle leur est assignée formellement en 1326 par dans la bulle Super illius specula.. On appelle aussi hérétiques les schismatiques à l'occasion de la lutte contre ou, au , du grand schisme d'Occident — ou encore ceux qui refusent de payer les dîmes. La frontière se brouille aussi entre indiscipline et hérésie : appelle l'Inquisition à lutter contre les dissidents de l'ordre Franciscain, puis contre les béguins.

Les prérogatives grandissantes de l'Inquisition explique sa toute-puissance au : les inquisiteurs prennent l'habitude de travailler seuls, sans rendre de comptes, ce qui accroît leur autonomie vis-à-vis de l'Église.

Contestation de l'ordre social L'hérésie n'est pas seulement affaire de doctrine : elle est vue comme un crime global contre Dieu, les princes, la société . Étant une rupture du lien social, la lutte contre l'hérésie est une question d'ordre public. Les princes sont donc intéressés par sa répression à plusieurs titres, et l'autorité civile, pour préserver l'ordre public, se met à lutter contre des hérésies et sanctionner des hérétiques de manière potentiellement autonome : la décrétale (1184) de fait de la répression de l'hérésie un élément constitutif du pouvoir de l'Empereur, en l'espèce Frédéric Barberousse.

Cette confusion entre domaines spirituel et temporel est assez générale, en Europe, au . En revanche, dans le Midi de la France et tout au nord du royaume d'Aragon, la liberté de culte est très répandue (par exemple : des Juifs sont élus consuls à Toulouse, cité dans L'Histoire générale du Languedoc par Dom Vaissete). L'établissement du premier tribunal de l'Inquisition à Carcassonne, après les « croisades albigeoises », est donc, sans doute, une façon de s'assurer la coopération des nouveaux seigneurs locaux après s'être débarrassé des anciens.

Cette implication des autorités laïques entre en conflit avec l'autorité de l'Église : des tribunaux royaux ou impériaux se prononcent sur des problèmes de doctrine. Ce conflit de juridiction est tranché par l’arrangement de Vérone (1184) : . Inversement, l'Église oblige les autorités « laïques » (dont la légitimité se fonde sur un modèle de société chrétienne) à rechercher les hérétiques, sous peine d'excommunication ou de déposition.

Dès le début, l'Inquisition est donc fondée sur le principe de la collaboration et du partage des tâches entre l'Église et les autorités laïques, chacun intervenant dans son domaine et suivant sa responsabilité propre.

Lutte contre l'hérésie avant l'Inquisition La lutte contre les hérésies n'est pas née avec l'Inquisition. Avant l'institution de cette dernière, la recherche des hérétiques est confiée à l’ordinaire (le plus souvent, l'évêque) et la punition au juge séculier.

La lutte anti-hérésies n'est pas du seul domaine de la papauté : au contraire, en raison de ses dimensions sociales, les États s'en chargent eux-mêmes. Ils collaborent avec la papauté. Les premières formes de répression étaient apparues au début du : à Noël 1022 (hérésie d'Orléans), Robert le Pieux avait fait brûler dix clercs de la cathédrale d'Orléans. C'était le premier bûcher de l'histoire de la lutte contre l'hérésie en Occident. Faisant suite à l'accord de Vérone entre et Frédéric Barberousse, la décrétale (1184) fait ainsi de la répression de l'hérésie un élément constitutif du pouvoir de l'Empereur.

Ces dispositions bientôt ne suffisent plus : le pouvoir des évêques reste limité à leur territoire alors que l'aire d'influence des hérésies est mouvante, et couvre souvent plusieurs diocèses. Dans ce cas, l'évêque ne peut réprimer que la partie qui est dans sa juridiction, ce qui est peu efficace. En outre, les évêques sont confrontés aux pressions locales : l'hérésie se développe également dans la noblesse ou chez les bourgeois des villes, et un évêque peut avoir un proche parent hérétique.

La doctrine cathare étant bien plus répandue et grandissante que les petites hérésies habituelles, le système des évêchés ne suffit plus. Certains prêtres catholiques changent même de camp pour rejoindre les « bons hommes ». Le pape envoie alors deux légats, en 1198, « répandre la Parole de Dieu », et leur donne tous les pouvoirs et une méthode de jugement.