vignette|Gravure britannique représentant deux allégories des nations française et anglaise, en lutte contre une allégorie de l'Empire allemand, lequel est incarné par un aigle. Francis Ernest Jackson, Défense contre l'agression, 1917. Le sens moderne de nation, assez proche de celui de peuple, ajoute souvent l'idée d'État (souhaité, autonome ou indépendant)Cf. la définition du mot nation dans depuis 1976.. En effet, un peuple peut aussi se concevoir en tant que nation, et, à ce titre, se doter, ou non, de la structure d'un État. Dans une acception minimale, la nation peut ainsi se définir .
Ce terme n'est pas défini juridiquement. L'usage en politique internationale en fait un équivalent d'État souverain. Par exemple, la charte de l'ONU « fixe les droits et les obligations des États membres » et « le Préambule de la Charte des Nations unies exprime les idéaux et les buts communs de tous les peuples dont les gouvernements se sont réunis pour former l'Organisation des Nations unies »« Charte de l'ONU » sur leur site..
Dans les faits, contrairement à la dénomination "Nations unies", c'est le statut d’État qui est majoritairement reconnu et non la notion de nation qui permet l'accès à l’ONU. Une nation sans représentant et sans constitution ne peut être assimilée à un État.
Étymologie Le mot « nation » vient du latin natio, qui dérive du verbe nascere « naître » (supin : natum). Le terme latin natio désigne les petits d'une même portée, et signifie aussi « groupe humain de la même origine »Dictionnaire Le Petit Robert, édition 2002.. Chez Cicéron, le terme natio est utilisé aussi pour désigner une « peuplade », un « peuple » ou une « partie d'un peuple »Dictionnaire Latin-Français, Gaffiot..
Définitions
Dans les dictionnaires Pour le Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française de François Guizot (1822) : « un peuple est une multitude d'hommes, vivant dans le même pays et sous les mêmes lois. Une nation est une multitude d'hommes, ayant la même origine, vivant dans le même État et sous les mêmes lois« Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française » de François Guizot - 1822, page 19.. » Deux notions différencient ainsi pour l'auteur la nation du peuple : l'État et l'origine, sans précision quant à la nature de cette dernière.
Pour Le Petit Robert, une nation est « un groupe humain constituant une communauté politique, établie sur un territoire défini (…) et personnifiée par une autorité souveraine ».
Pour le Dictionnaire historique de la langue françaiseAlain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, , 2012, Le Robert., qui présente un long article : « La notion moderne de nation émerge véritablement au : avec la Révolution, la nation devient une entité politique identique au tiers état (1789, Sieyès), au peuple révolutionnaire, et prend sa définition de personne juridique constituée par l'ensemble des individus composant l’État. »
Pour le Dictionnaire de la langue française, la nation est un « ensemble de personnes vivant sur un territoire commun, conscient de son unité (historique, culturelle, etc.) et constituant une entité politiqueDictionnaire de la langue française. ».
Pour le Dictionnaire Hachette, « la nation est une communauté humaine caractérisée par la conscience de son identité historique ou culturelle, et souvent par l'unité linguistique ou religieuse. » « C'est aussi une communauté, définie comme entité politique, réunie sur un territoire et organisée institutionnellement en État. »
Pour le Dictionnaire international du Fédéralisme, « la nation est une communauté d'histoire et de culture, tandis que l'État est un ensemble d'institutions publiques autonomes, jouissant d'un monopole de coercition et d'extraction à l'intérieur d'un territoire délimité. La nation est aussi une unité territoriale et juridique, mais ses caractéristiques premières sont culturelles et historiques. Nous pouvons définir la nation comme une communauté de mémoire et de mythes partagés, une culture commune, un lien d'origine historique, une unité économique, ainsi que des droits et des devoirs communs pour tous ses membres. »Anthony D. Smith, "Nation et nationalisme", Dictionnaire international du Fédéralisme sous la dir. de Denis de Rougemont, éd. par François Saint-Ouen, Bruylant, Bruxelles, 1994, .
Politique Au sens moderne du terme, « nation » a une signification à dominante politique. Le terme peut désigner un État (comme dans l'expression « Organisation des Nations unies ») ou un peuple ayant l'objectif politique de maintenir ou d'instituer un État, ou du moins de se constituer en structure politique autonome. Dans cette seconde signification, une nation est en pratique un peuple dont une partie au moins des membres a des prétentions nationalistes.
À titre d'illustration, les nationalistes bretons, juifs, corses, basques, flamands, kurdes, écossais, algériens, catalans ou québécois ont ainsi revendiqué un État pour leur population de référence, certains finissant par l'obtenir.
Par exemple, la Chambre des communes du Canada a voté, le , à une majorité écrasante, en faveur d'une motion qui reconnait que ............., cette démarche se voulant surtout symbolique. Au Canada anglais, les critiques ont fusé et beaucoup craignaient que cela donne un nouvel élan aux souverainistes québécois.
Pour obtenir un État ou des droits spécifiques, les groupes se présentant comme une « nation » ont souvent tenté de définir cette « nation » et donc de la légitimer, par des critères historiques.
Sciences humaines L'optique des sciences sociales amène à regarder de manière critique l'idée de nation. Le concept même de nation est arbitraire. Donc, la définition dépend de l'émetteur de cette même définition.
Les agents intéressés à en produire une définition arrêtée sont généralement les mêmes sui sont impliqués dans cette définition, c'est-à-dire les nationalistes eux-mêmes. Selon Hobsbawm, « la “nation” telle qu'elle est conçue par le nationalisme peut être reconnue à titre prospectif, alors que la nation réelle ne peut être reconnue qu'à posteriori ». Dans une position de type interprétatif, Benedict Anderson propose de parler de communauté politique imaginée. L'approche d'Anderson défie alors le caractère objectif souvent attribué à l'idée de la nation. Cette communauté a des éléments géographiques avec des frontières plus ou moins variables et son élément principal réside dans les caractéristiques qui font que telles personnes sont incluses ou non : Max Weber et Christian GiordanoGiordano Christian (2017) "Nation", in Anthropen.org, Paris, Éditions des archives contemporaines. parlent alors d'une « communauté partiellement ouverte vers l’extérieur parce qu’il est inacceptable [dans son imaginaire] que n’importe quel membre du genre humain en fasse partie ».
Il existe deux modèles principaux pour étudier le concept de la nation, conçus à partir des expériences nationales françaises et allemandes.
Le premier est issu de la philosophie allemande du début du , défendu par exemple par Johann Gottlieb Fichte, selon lequel les membres d'une nation ont en commun des caractéristiques telles que la langue, la religion, la culture, l'histoire, voire les origines ethniques, tout cela les différenciant des membres des autres nations.
Le second, lié à la Révolution française, provient de la philosophie française du et des Lumières et insiste sur la volonté du « vivre ensemble », la nation étant alors le résultat d'un acte d'autodéfinition. C'est ainsi la vision d'Ernest Renan.
Le premier modèle est parfois nommé « objectif », et le deuxième, « subjectif »Droit constitutionnel et institutions politiques par Jean et Jean-Éric Gicquel, Montchrestien-Lextenso éditeurs, .. Dès lors, chacun est libre de préférer soit la nation civique soit la nation ethniqueRethinking nationalism, édité par Jocelyne COUTURE, Kai NIELSEN et Michel SEYMOUR, Calgary, Alta., Canada: University of Calgary Press, 1998. .
Les analyses des historiens français sont plutôt basées sur des études socio-historiques de la constitution du sentiment d'identité nationale, en essayant d'en cerner les différents mécanismes individuels et collectifs, conscients et inconscients, volontairement construits et involontaires. Il ressort, à l'issue de certaines de ces études, que l'État y joue souvent un rôle moteur, que les communications, en particulier économiques, soient déterminantes.
Selon François Fontan, la nation repose sur des facteurs ethniques et linguistiquePrincipes de l'ethnisme / François Fontan.. Il constate la pluralité de définitions :
La définition étatiste : se contente d'enregistrer et de valoriser les résultats de rapports de force momentanés, c'est-à-dire identifie la nation à l'État. Elle ne repose sur aucune base scientifique, seulement sur un fait de domination momentanée que ces conceptions tendent à valoriser. Entre également dans cette définition la valorisation d'un État qui n'existe plus actuellement et qui a été autrefois, ce qui n'est bien sûr pas davantage scientifique (par exemple, l'idée d'une nation Bretonne comprenant Rennes et Nantes, siège de l'ancien état breton). La définition volontariste : c'est la définition de la philosophie libérale démocratique bourgeoise qui a été exprimée le mieux par Renan : une nation c'est l'ensemble des gens qui veulent vivre ensemble. Cela serait vu comme illusoire dans la mesure où la volonté des gens serait un élément non déterminé par des causes objectives, précises, analysables. Les gens seraient animés de cette volonté de vivre ensemble. Fontan voit cette définition comme purement subjective et pré-scientifique. La définition ethniste : la nation serait l'ensemble des hommes parlant, ou ayant parlé une même langue, c'est-à-dire entre lesquels existe l'intercompréhension provenant de similitudes phonologiques, grammaticales et lexicales, comme le serbo-croate ou les langues tchécoslovaques. Pour François Fontan, certaines nations se retrouvent divisées :Il est évident que la Pologne a pu pendant des siècles avoir une économie féodale, puis être coupée en trois marchés "nationaux" pendant tout le , et n'a cependant pas attendu 1918 pour former une des nations les plus vigoureuses d'Europe. Si l'on mettait "unité de planification" au lieu de "marché national", il n'y aurait plus alors qu'une seule nation en U.R.S.S., tandis que l'Allemagne orientale et l'Azerbaidjan soviétique seraient des nations différentes de l'Allemagne occidentale et l'Azerbaidjan annexé à l'État persan. Il existe des États nationaux et des États uniquement de classe. Un État est toujours l'expression des intérêts d'une ou de plusieurs classes d'une certaine nation. Mais il est également, ou n'est pas, l'expression de la conscience qu'à un peuple d'appartenir à une communauté culturelle et l'expression des intérêts de ce peuple vis-à-vis des autres peuples. Par exemple l'État luxembourgeois est simplement l'organe d'une fraction locale de la bourgeoisie allemande qui estime avoir intérêt à conserver un État particulier. Le Pakistan exprime uniquement les intérêts des grands propriétaires fonciers et d'une caste cléricale, conjugués avec ceux de la bourgeoisie impérialiste anglo-américaine. L'État est le produit de rapports de force entre nations, entre classes. Même stables, comme l’ont été la Suisse, l’Autriche-Hongrie, l’U.R.S.S., Monaco et l’Uruguay, les États ne sont pas un indice permanent de la nation.
Droit Juridiquement, le terme de « nation » n'est pas défini en droit international et l'est en droit constitutionnel.
La théorie classique du droit international ne reconnait comme sujet que l'État souverain. Si le terme est parfois utilisé, en Europe, en préambule d'actes de fonction constitutionnelle, telle la Constitution française du 4 octobre 1958, il ne joue aucun rôle juridique.