vignette|Carte simplifiée du Honduras actuel. vignette|Implantations indigènes vers 1500 vignette|Amérique centrale préhispanique vers 1500. vignette|Mésoamérique et espace Caraïbe vers 1600. vignette|Vice-royauté de Nouvelle-Espagne, 1819.
Le Honduras, en forme longue la république du Honduras (en espagnol : ), est un pays situé en Amérique centrale, dont il occupe le deuxième rang autant par sa superficie juste après le Nicaragua que par sa population après le Guatemala. La population du pays est estimée à environ de Honduriens en 2022, diaspora non comprise.
Avant 1500c : populations autochtones
Avant l'arrivée de Christophe Colomb, le Honduras fait partie d'une région que les historiens appellent Mésoamérique. À l'ouest du Honduras, se trouvent les Mayas. Aujourd'hui, on trouve des ruines dans la ville-État maya de Copán, située près de la frontière guatemaltèque. La civilisation maya se développe dans une région s'étendant jusque dans le sud du Mexique, pendant plus de deux millénaires, avant de commencer à décliner au . D'autres civilisations précolombiennes, telles celles des Travecias ou de la vallée d'Ulua ont laissé des traces dans l'actuel Honduras. Le Musée national de Tegucigalpa, capitale du pays, possède de nombreux objets de ces anciens peuples.
Arrivée des Espagnols, exploration, colonisation (1500c-1821) Christophe Colomb débarque à Trujillo, en 1502 ; il baptise cette région Honduras — littéralement profondeurs en espagnol — en raison de la profondeur des eaux de cette côte.
Le conquistador espagnol, Hernán Cortés arrive en 1524. Les Espagnols essaient de réduire les Indiens en esclavage. Certaines tribus et peuples résistent aux Européens à la fin des années 1530. Parmi ces rebelles à l’invasion se trouve Lempira, chef cacique des Lencas, un peuple indigène. C’est aujourd’hui un héros national et la monnaie du pays, le lempira hondurien, porte son nom en son hommage.
L’exploitation féroce des Espagnols décime tellement les populations indiennes que les colonisateurs doivent recourir à la traite des noirs (1542) pour se procurer une main d’œuvre. Les Espagnols commencent à bâtir des colonies le long des côtes. Le Honduras est inclus dans la capitainerie générale du Guatemalah (1542-1821). Les villes de Comayagua et Tegucigalpa se développent très tôt en raison de l'activité minière voisine.
Émancipation, indépendance, Empire mexicain, Provinces Unies (1821-1839) Le Honduras tout comme les autres provinces d'Amérique centrale s'émancipe de la couronne espagnole en 1821. Cette souveraineté est de courte durée, car Agustín de Iturbide, empereur du Mexique annexe la région de l'Amérique centrale le . L'autorité mexicaine est tout aussi éphémère, car en 1823, l'Amérique centrale redevient indépendante. En fait, les pays de la région restent associés pour former les Provinces Unies d'Amérique centrale, dont les pays membres sont : le Guatemala, le Salvador, le Honduras, le Nicaragua et le Costa Rica. Toutefois, les grandes différences sociales et économiques entre le Honduras et les pays voisins attisent les tensions entre les différents pays. Les divergences sont telles qu'elles entraînent l'éclatement de la fédération en 1838-1839. Le général Francisco Morazán, considéré comme un héros par les Honduriens, tente en vain de maintenir la fédération. D'ailleurs, les gouvernements successifs du Honduras continuent d'affirmer jusqu'à la Première Guerre mondiale qu'en matière de politique étrangère, la réunification est l'objectif prioritaire de l'État.
Court (1839-1900c) Au , le gouvernement veut construire un chemin de fer depuis la mer des Caraïbes jusqu'à la capitale, mais les ressources financières manquent lorsque les rails atteignent San Pedro Sula. Ainsi, San Pedro Sula s'industrialise considérablement et devient la seconde ville du pays en nombre d'habitants. Depuis l'indépendance du Honduras, le pays connaît quelque 300 rébellions — dont plus de la moitié se situent au —, guerres civiles et changements brusques de gouvernement.
Le libéral Miguel Rafael Dávila (1907-1911), proche allié de José Santos Zelaya, le président du Nicaragua, proclame avec celui-ci la Grande république d'Amérique centrale (1896-1898), censée aboutir à une union des États de la région et repousser les projets expansionnistes des États-Unis. Ces derniers réagissent en soutenant financièrement les conservateurs de Manuel Bonilla. Dans un contexte de détérioration des relations commerciales, des mercenaires américains organisent un raid contre le port d'Acajutla ; Davila les repousse et traite les prisonniers en « flibustiers ». Les États-Unis suscitent alors de nouveau Manuel Bonilla contre lui. Le vaisseau de guerre USS Tacoma, dans les eaux du Honduras, prête un appui opportun à Bonilla pour renverser le gouvernement. Le président qui émerge après cette crise, Francisco Bertrand Barahona, constitue un gouvernement très favorable aux intérêts des États-Unis. Les importations en provenance des États-Unis peuvent ainsi doubler entre 1910 et 1913.
Des entreprises américaines installent de grandes plantations de bananes le long de la côte. La compagnie United Fruit Company exporte sa première cargaison de bananes en 1899 depuis le port de La Ceiba sur la côte caraïbe. C'est à partir de ce moment que le pays gagne sa triste réputation de « république bananière ». Durant un demi-siècle, la United Fruit règne en maître sur le petit État et fabrique l'histoire du pays en organisant, en sous-main, des coups d'État qui toujours servent ses intérêts en laissant les salaires à des niveaux de misère, et en supprimant toute taxe à l'exportation.
Le général Tiburcio Carías Andino (1876-1969) reste au pouvoir jusqu'en 1948. Galerie présidentielle partielle
En 1954, de grandes grèves sont à l'origine de plusieurs réformes agraires. L'ampleur du mouvement aboutit à la légalisation des syndicats et à la création d'une législation sur le travail en 1957.
En 1963, le président libéral Ramón Villeda Morales est renversé par l’armée au nom de la lutte contre le communisme. Il s'était trouvé engagé dans un conflit avec une partie de l'oligarchie hondurienne après l'application d'une première ébauche de réforme agraire. Le , deux escadrons d'avions de chasse survolent le palais présidentiel tandis qu'un message lui parvient, exigeant sa démission. La Garde civile est neutralisée au prix de plusieurs dizaines de morts. À la radio, le commandant en chef des forces armées Oswaldo Lopez Arellano annonce : « En réponse à la croissante clameur et à l'inquiétude du peuple, les forces armées patriotiques sont intervenues pour en terminer avec les viols flagrants de la Constitution, l'anarchie, et pour empêcher la fraude qui se prépare pour l'élection présidentielle ». Ramón Villeda Morales quitte aussitôt le pays pour les États-Unis.
Un bref conflit éclate entre le Salvador et le Honduras en juillet 1969 après que des rencontres de football ont exacerbé les tensions entre ces deux pays (voir guerre de Cent Heures).
Dictature (1972-1983)
Le mécontentement des citoyens favorise le renversement du président Ramón Ernesto Cruz Uclés par le général Oswaldo López Arellano. Le Honduras sert alors aux États-Unis pour déstabiliser le Salvador et le Nicaragua. En 1975, Oswaldo López Arellano est destitué pour avoir reçu de la multinationale United Brands pour réduire les impôts sur l’exportation des bananes.
Éclaboussé par des scandales, le général Lopez sera à son tour contraint de se retirer. Le général Melgar Castro (1975-1978) et le général Paz Garcia (1978-1983) lui succédèrent. Ces deux officiers améliorèrent les routes et construisirent un réseau de télécommunications. Grâce aux exportations et à des emprunts, le pays bénéficia d'une rapide croissance économique.
De 1972 à 1983, le Honduras est gouverné par des militaires. L'influence des États-Unis est si forte que l'expression « proconsul » est utilisée pour désigner leur ambassadeur. Dans les années 1980, l’administration Reagan utilise le pays comme plate-forme dans sa guerre contre le gouvernement sandiniste du Nicaragua et les guérillas de gauche du Salvador et du Guatemala. L’aide militaire des États-Unis au Honduras est portée de 4 millions de dollars en 1981 à 77,4 millions en 1984.. Tout en soulignant en interne que les forces gouvernementales honduriennes commettent des « centaines de violations des droits humains (…), dont la plupart pour des motifs politiques », la CIA donne son appui aux escadrons de la mort qui, en particulier le Bataillon 3-16, torturent, assassinent, ou font disparaître par dizaines des syndicalistes, des universitaires, des paysans et des étudiants. Des documents déclassifiés ultérieurement indiquent que l’ambassadeur John Negroponte intervient personnellement pour faire obstacle à d'éventuelles divulgations de ces crimes d’État, afin d’éviter de « créer des problèmes de droits humains au Honduras ».
Dans les années 1970, le pays est l'un des plus pauvres et inégalitaires du continent. Le revenu moyen d’un Hondurien dépasse à peine 250 dollars par an, Alors que la moitié de la population doit se contenter de 13 % du revenu national, 5 % de privilégiés en perçoivent le tiers. Le nombre d’analphabètes s’élève à plus de 50 %.
Présidence Suazo (1982-1986) Après l'accession au pouvoir de Daniel Ortega en 1979 au Nicaragua, le Honduras devient le principal allié des États-Unis dans leur lutte contre l'influence de l'URSS et de Cuba en Amérique Centrale. Conformément à l'évolution de la doctrine américaine que synthétise la publication du manuel « Low Intensity Conflit » en 1981, Washington pousse à la mise en place d'une façade démocratique.
Le , se tiennent des élections désignant une Assemblée constituante auxquelles ne sont pas autorisées à participer les formations jugées « trop à gauche », ce qui inclut la modérée Démocratie chrétienne. Malgré les préférences des militaires en place en faveur du Parti National, les réformistes modérés du Parti Libéral l'emportentAndré-Marcel d'Ans, Le Honduras : difficile émergence d'une nation, d'un état, KARTHALA Éditions, 1997, .
Peu après, avec l'accession en août du colonel Gustavo Alvarez Martinez à la tête des Forces de Sécurité Publique (FUSEP) et de la Police d'investigation (DNI), les États-Unis disposent d'un fidèle allié à une position clé au sein des forces militaires. Le dispositif d'influence américain fut complété l'année suivante par la nomination de John Negroponte comme ambassadeur.
Après l'adoption d'une nouvelle constitution, des élections générales débouchent le sur l'accession du libéral Roberto Suazo Córdova, qui dispose d'une majorité absolue au parlement, à la présidence de la république. Comme aux États-Unis, les élections ont lieu en novembre, mais les présidents entrent en fonction en janvier, d'où une présidence qui va de à .
Élu contre les militaires sur le thème « de la révolution de l'honnêteté et du travail »Alain Rouquié, Hélène Arnaud, Les Forces politiques en Amérique centrale, 1991, KARTHALA Éditions, Roberto Suazo fit nommer le colonel Gustavo Alvarez Martinez commandant en chef le avant de l'élever au grade de général trois mois plus tard au grand dam des autres officiers indignés de cette carrière éclairAndré Marcel d'Ans, Le Honduras, 1997, KARTHALA Éditions. Au cours de son mandat, il se montra fort complaisant face à l'interventionnisme américain et plus préoccupé de distribuer honneurs et prébendes que de mener une réelle action politique. Ceci explique sans doute l'impopularité de son gouvernement confronté à une crise économique mondiale qui toucha durement le Honduras, entrainant une baisse de 20 % du PIB par habitant entre 1980 et 1984.