vignette| Jacques-Louis David : Les licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils (1789), musée du Louvre.

La peinture néo-classique est un courant pictural issu du néo-classicisme qui apparaît à la seconde moitié du et se poursuit jusqu'aux débuts du , succédant au rococo, et précédant la peinture romantique.

Comme les autres disciplines artistiques (architecture, sculpture, arts graphiques et décoratifs), la peinture néo-classique se situe dans le mouvement de retour à l'antique lancé à partir de 1750 par les écrits des archéologues et amateurs d'art dont Winckelmann et Caylus. Elle connaît une évolution vers un style de plus en plus rigoureux en se détachant de l'influence du rococo par le choix d'une composition inspirée des bas-reliefs antiques, avec des tons généralement sombres, des sujets inspirés de l'histoire antique, de la mythologie grecque ou romaine, et d'une technique « lisse » ne laissant pas apparaître de traces de brosses. Cependant, le néo-classicisme pictural entend dépasser la représentation des seuls sujets antiques pour aller vers des représentations de sujets contemporains (La Mort du général Wolfe, le Sacre de Napoléon) de portraits et de paysages.

Les principaux chefs de file de ce mouvement furent, successivement, Anton Raphael Mengs entre 1760 et 1779 et Jacques-Louis David de 1784 à 1824.

Contexte L'apparition du néo-classicisme à la fin du siècle des Lumières est marqué par un recul de l'influence artistique française en Europe à partir de la guerre de Sept Ans. La rigueur et la simplicité des formes qui le caractérise, est une réaction de rejet d'un style français fait de grandiloquence et de frivolité qui marque l'art rococo, que les Anglais et les Allemands jugent pernicieux et superficiel. Anton Raphael Mengs intitule l'un de ses cours donné au Vatican, Contre le goût français caractérisé par la profusion d'ornements insignifiants. Par contre l'essor de l'influence anglaise et particulièrement l'anglomanie favorise l'intérêt pour les cabinets de curiosité et les découvertes archéologiques. Pierre Cabanne note cependant que c'est en France que le néo-classicisme aura le plus d'importance. Parallèlement les fouilles effectuées à Pompéi et Herculanum ravivent l'intérêt pour l'Antiquité romaine.

Caractéristiques Formes générales vignette|redresse|Joseph-Marie Vien : La Douce Mélancolie (1756), Cleveland Museum of Art. Dans la peinture néo-classique et plus spécifiquement dans le genre de la peinture d'histoire, le cadre se caractérise par une composition à la perspective frontale. Les différents plans sont parallèles les uns aux autres, avec un espace fermé et délimité par des éléments d'architecture (colonnes, murs, portes…), qui constitue une sorte de boîte dans laquelle les personnages et les éléments sont inscrits comme dans une scène de théâtre.. La facture des tableaux est lisse, et ne laisse pas apparaître de trace de brosse. Elle s'inspire à la fois des fresques antiques de Pompei, et des peintures primitives de la Renaissance italienne. En dehors de la peinture à l'huile médium généralement employé par les artistes de ce courant, certains d'entre eux expérimentent des techniques anciennes, comme Joseph-Marie Vien et Paillot de Montabert qui redécouvrent la peinture à l'encaustique, ou encore Jean-Auguste-Dominique Ingres qui peint Romulus, vainqueur d'Acron à la tempera.

Les couleurs sont accessoires et soutiennent le dessin. Le système des valeurs prime sur celui des couleurs, les peintres privilégiant les tons rompus. la gamme des couleurs est réduite jusqu'à l'achromatisme. L'évolution de Jacques-Louis David est représentative de ce rejet de toute couleurs vives. L'artiste privilégiant les tons rompus et les gris, n'ajoutant parcimonieusement que quelques couleurs franches dans certaines de ses œuvres comme le Portrait des époux Lavoisier où la nappe rouge tranche sur les tons noirs blancs et gris du tableau. David ne revient à une palette plus vive qu'avec les œuvres peintes lors de son exil, dont Mars désarmé par Vénus et les grâces qui, par l'emploi de couleurs bleues, roses et de ton dorés inhabituels chez lui, peut témoigner d'une influence du Jupiter et Thétis d'Ingres. L'enseignement de la couleurs selon la doctrine néo-classique dans les traités de peinture, persiste jusque dans les années 1860.

Les ombres contrastées et violentes font référence au clair-obscur hérité du caravagisme. L'enseignement académique impose la règle classique du modelé, le clair-obscur étant la norme. Pour Marie-Élisabeth Cavé dans son manuel Le Dessin sans maître (1851), .

Technique et composition vignette|Exemple de composition orthogonale basée sur la frise, Romulus, vainqueur d'Acron; d'Ingres (1812). Le baroque et le rococo se caractérisaient par des compositions basées sur la structure pyramidale, le néo-classicisme change les règles de composition picturale, en proposant des constructions en frise à l'exemple des bas-reliefs de l'Antiquité. Cette conception du cadre se retrouve dans le Parnasse de Anton Raphael Mengs, dans les tableaux d'histoire de Jacques-Louis David, du Serment des Horaces à Mars désarmé par Vénus, ce qui lui vaut une critique de Jean-Baptiste Pierre : Jacques-Louis-Jules David, Le Peintre Louis David 1880, 37, ou dans Romulus, vainqueur d'Acron d'Ingres.

Basée sur le principe du rabattement des petits côtés du rectangle, la surface est délimitée par des lignes orthogonales. Les attitudes et les gestes des personnages s'appuient sur les diagonales, verticales et horizontales qui en résultent. Un dessin de Girodet, préparatoire à son tableau Hippocrate refusant les présents d'Artaxerxès, conservé à l'école nationale supérieure des Beaux-arts, montre un exemple de cette constructionCharles Bouleau, Charpentes, la géométrie secrète des peintres 197.

Genre et thèmes Peinture d'histoire vignette|droite|Le Combat des Romains et des Sabins interrompu par les femmes sabines, par François-André Vincent en 1781. La peinture d'histoire est le genre associé à la peinture néo-classique. Les thèmes exaltant des valeurs d'héroïsme ou de vertus morales sont repris des récits antiques d'Homère ou de Plutarque. L'histoire romaine et grecque (le Serment des Horaces, les Sabines, Léonidas aux Thermopyles, la Mort de Socrate), la mythologie (Andromaque pleurant la mort d'Hector, l'Éducation d'Achille), la peinture d'histoire moderne et contemporaine (Molé et les factieux , Bonaparte au pont d'Arcole), et la peinture d'histoire religieuse.

Portrait Le portrait néo-classique connaît une évolution, à partir du début du mouvement, encore sous l'influence de l'esthétique du portrait baroque et rococo. Le genre quitte les cercles académiques pour devenir un genre aristocratique et bourgeois marqué par les premiers portraits de société.. Pompeo Batoni se fait une spécialité des portraits de voyageurs anglais et russes qui font leur Grand Tour. Ses portraits mettent en scène le modèle dans un décor de vestiges antiques où l'on peut reconnaître certaines sculptures classiques en arrière plan. L'artiste traduit les théories du peintre Joshua Reynolds, défenseur du portrait intellectuel, dont le but est de proposer une représentation sociale du modèle dépassant la simple ressemblance. David satisfait aussi à cette nouvelle tradition, avec son portrait équestre du comte Potocki, présentant l'amateur d'antiquité polonais sur un cheval à la manière des portraits de Van Dyck..

Après la Révolution, l'antique influence la mode vestimentaire féminine. Les femmes adoptent la robe « à l'antique » marquée par la simplicité de la coupe, et les transparences des étoffes.. Cette mode se traduit dans les portraits féminins néo-classiques, dont l'exemple le plus significatif est le portrait de Madame Récamier de David. Le caractère antique du tableau est renforcé par la simplicité du traitement pictural, caractéristique de l'artiste, en particulier avec les fonds nus peints en frottis.

Nu Thème central dans le néo-classicisme (autant en peinture qu'en sculpture), le nu est le type de représentation destiné à montrer la perfection des formes. Le retour vers un idéal formel hérité de l'antique s'oppose aux exagérations du baroque et à la sensualité du rococo.. Il s'agit pour les artistes, de revenir à des considérations morales et vertueuses et à débarrasser le nu de sa nature libertine. De l'apparition à cette période de nus masculins de tendance héroïque symbolisant le courage, la vertu, au style net et lisse, et à la carnation sobre, inspirée par les marbres antiques.. Les peintres néo-classiques vont présenter une grande diversité dans la représentation du nu, des nus héroïques des peintres d'histoire, jusqu'aux expérimentations plastiques d'Ingres. La formation académique de David l'orientait naturellement vers la représentation du nu, mais ce n'était pas un thème de prédilection. En dehors de certaines académies peintes à Rome, l'importance qu'il accorde au nu se manifeste dans le cadre de ses peintures d'histoire avec les Sabines jusqu'à Mars désarmé par Vénus.. Une des rares exception est sa Psyché abandonnée, longtemps considérée comme perdue et retrouvée dans les années 1990, seul exemple connu d'un nu féminin dans sa peinture. Le style épuré, avec peu d'effets expressifs en dehors du visage, rattache cette toile aux académies d'atelier codifiées par le concours du prix Latour. Cette forme de nu avait inspiré en 1791 son élève Antoine-Jean Gros avec une baigneuse en demi-figure. Autre élève de David, Anne-Louis Girodet défraye la chronique en 1799 avec un nu féminin qui est une charge contre la comédienne Mademoiselle Lange, portraiturée nue en Danaé, toile qui fit scandale au Salon de 1799.. Ingres fait du nu le thème central de plusieurs de ses toiles et privilégie le nu féminin. Son néo-classicisme est marqué par la pureté des contours, un modelé discret et une défiance vis-à-vis de la couleur, fidèle au dogme du retour à l'antique. Cependant cette recherche de perfection de la forme est trahie par la sensualité du traitement de ses nus, qui le rapproche de Rubens..

Paysage Le genre du paysage néo-classique doit plus à l'influence de Nicolas Poussin et de Claude le Lorrain qu'à celle de l'antique, dont trop peu de témoignages existaient en peinture. En l'absence de modèles picturaux antiques, les artistes suivent la tradition classique du paysage historique représenté au par Poussin. En France Pierre-Henri de Valenciennes en est le principal représentant.. Il publie en 1799 un traité théorique et influent sur la peinture de paysage : Élémens de perspective pratique à l'usage des artistes, suivis de réflexions et conseils à un élève sur la peinture et particulièrement sur le genre du paysage où il expose sa vision du genre, qui se démarque de la manière considérée plus anecdotique de Joseph Vernet, grand représentant du paysage au , ou d'Hubert Robert.. Il est suivi par Nicolas Antoine Taunay, son disciple Jean-Victor Bertin et Jean-Joseph-Xavier Bidauld. Le paysage néo-classique se caractérise par la représentation d'architectures antiques à la manière de Poussin, inspirées de thèmes historiques ou mythologiques, avec des perspectives géométriques marquées, une facture claire et la netteté des plans. Le paysage néo-classique inspira des peintres comme Camille Corot, qui fut élève de Bertin, ou Joseph Mallord William Turner, qui peint plusieurs paysages d'inspiration néo-classique, où il fait référence à Valenciennes et aux compositions verticales de Bertin, en y ajoutant une touche plus personnelle..