Agoudat Israel (en , en français Union d’Israël) est un parti politique juif fondé en 1912 dans la ville polonaise de Katowice, qui faisait partie alors de l'Empire allemand, comme bras politique du judaïsme orthodoxe.
Agoudat Israel existe de nos jours en tant que parti politique en Israël et en tant que mouvement international sous la dénomination . L'Agoudat s'oppose aux tendances laïques.
Avant la création de l'État d'Israël
Le parti Agoudat Israel est fondé en Pologne en par des dirigeants rabbiniques de Pologne, Lituanie, Russie et Allemagne pour défendre et promouvoir la halakha (loi juive).
Le programme de ce parti du judaïsme orthodoxe est basé sur le respect des principes de la Torah et prône l'observance stricte de la loi religieuseWalter Laqueur : Le sionisme, t. II, & suiv.éd. Gallimard, Tel, 1994, . Parmi ses fondateurs, il y a les rabbins Hafetz Haïm, Chaïm Ozer Grodzensky, Haïm Soloveitchik et Abraham Mordechaj Alter.
Raisons de la création
Lorsque le sionisme apparaît au , la grande majorité des rabbins en Europe centrale s’y oppose violemment à cause de son acceptation du savoir et de la culture occidentale.
À l'époque, il s’agit donc d’organiser les juifs religieux comme une force politique afin de lutter efficacement pour la préservation de leur mode de vie traditionnel, centré sur la communauté et isolé autant que possible de l’environnement non-religieux. Il s’agit également de combattre les influences modernistes et toute tendance d'assimilation au sein du judaïsme.
La décision de mettre en place un programme éducatif nationaliste laïc prise lors du congrès sioniste est un facteur déterminant pour l'union des orthodoxes au sein de l’Agoudat. Le sionisme politique laïc considère le retour à Sion comme une nouvelle dimension du peuple juif. Ce nationalisme devient non plus seulement un moyen d’avoir un foyer national, mais un idéal en soi. L’Agoudat considère que l’idéal national ne peut pas remplacer l’idéal religieux. Le rabbin Haïm Soloveitchik de Brest (ou Brisk en yiddish) déclare : Cité par .
Bien qu'antisioniste au nom de l'orthodoxie juive qui ne prévoit le retour à Sion qu'avec la venue du Messie qui seul peut rétablir un État juif en Palestine, l'Agoudat sera améné à modifier sa position après l’avènement du nazisme, la violence déclenchée par les Arabes de Palestine à partir des années 1920 (voir Émeutes à Jérusalem en 1920 et Émeutes en 1929 en Palestine), la Shoah et la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël en 1948.
Orthodoxes et ultra-orthodoxes
Lors de la création de l’, trois courants principaux du judaïsme orthodoxe se réunissent : les Juifs allemands, disciples du rabbin Samson Raphaël Hirsch, les Juifs d’obédience hassidique et les Juifs tenant des yeshivoth, les deux derniers groupes vivants essentiellement sur les anciennes terres de la république des Deux Nations (Pologne-Lituanie) au sein de laquelle les Juifs jouissaient pendant des siècles d'une grande autonomie culturelle et religieuse.
Lors du congrès fondateur de Katowice , le grand rabbin Haïm Soloveitchik de Brest déclara : .
Instance dirigeante du mouvement
Le parti est centré autour d’un Conseil des sages de la Torah, assemblée de plusieurs rabbins constituant l’instance dirigeante du mouvement. Le Conseil est composé des plus grands rabbins représentants les courants qui ont créé le parti. Ce conseil n’est pas élu et il y a deux façons pour devenir membre du conseil : la cooptation et la nomination. Dans le premier cas, les membres du Conseil choisissent eux-mêmes un nouveau membre parmi les rabbins de haut rangs. Dans le cas de la nomination, c'est une structure membre de l'Agoudat, par exemple une communauté hassidique, qui désigne son représentant, en pratique il s'agit presque toujours de son chef. Ainsi, la distribution s’opère-t-elle sur un mode quasi aristocratique qui rappelle l’influence respective des dynasties ashkénazes.
Pendant longtemps, la langue yiddish est la langue usitée dans les débats.
À certaines époques, les décisions de l'Agoudat sont influencées par des rabbins prestigieux extérieurs aux structures du parti, comme c'est le cas du rabbin Avrohom Yeshaya Karelitz, dans les années 1940–1950.
L’influence des élus du parti est subordonnée au Conseil des sages.
Au sein de l'État polonais
Lorsque l'Etat polonais se reconstruit à la fin de la Première Guerre mondiale à l'intérieur de ses frontières d'avant les partages de ce pays en XVIIIe siècle, l'Agoudat Israël devient l'un des partis juifs les plus influents et participe activement à la vie politique du pays. Le parti participe aux élections et des députés d'Agoudat siègent au Parlement polonais.
Le parti obtient son plus grand succès électoral grâce à la coalition électorale, le Bloc des minorités nationales. Ses militants les plus connus sont : le rabbin Chaim Ozer Grodzinski, le rabbin Yitzhak-Meir Levin, le rabbin Meir Shapiro, , , , ou encore . Les députés du parti juif orthodoxe Agoudat Israël siégent au Parlement polonais avec leur kippa.
L'État polonais accorde aux Juifs l'égalité de droits et une autonomie culturelle. Le réseau des heders est reformé et le réseau d'écoles religieuses pour filles, Beit Yaakov, se développe. Créé par Sarah Schenirer, une véritable pionnière dans l’éducation juive orthodoxe, Beit Yaakov ne possède qu'une seule école en 1917, mais en 1925, il en a déjà 54.
En Palestine mandataire vignette|Vidéo où l'on voit divers notables et notamment le Hofetz Chaim, lors du World congress of Agudas Jisroel à Vienne (août 1923) En 1912, une branche de l’Agoudat est créée en Palestine mandataire au sein de l'ancien Yichouv, sous l'impulsion des rabbins Yosef Chaïm Sonnenfeld et Yizhok Yerouham Diskin. Les religieux traditionalistes installés dans le pays depuis des siècles nourrissent un fort ressentiment envers des sionistes qui commencent à arriver en Palestine à compter de la fin du et qu'ils perçoivent comme une menace pour leur mode de vie ancestral.
En 1922 est créée la Poale Agoudat Israel (PAI), à l’origine une branche ouvrière de l’Agoudat qui finira par devenir autonome. Tout en critiquant son côté trop laïque, la prend des positions plus ouvertes sur le sionisme et crée des kibboutz et des mochav sur le modèle des sionistes socialistes.
Le premier congrès mondial de l'Agoudat Israël se tient à Vienne les 15 et au cours duquel le projet du Daf Yomi (étude quotidienne d’une page du Talmud) du rabbin Meir Shapiro est adopté à l'unanimité.
Cependant, le conflit politique entre l’Agoudat de Palestine et le Yichouv sioniste est de plus en plus aigu. L'un des dirigeants locaux de l’Agoudat, Jacob Israël de Haan ira jusqu'à préconiser l'alliance avec les Arabes palestiniens contre les sionistes. Il sera assassiné en 1924 par la Haganah, une organisation paramilitaire d'autodéfense juive.
L'ancien Yichouv palestinien refuse tout rapport avec le nouveau grand-rabbinat de Palestine du rabbin Abraham Isaac Kook, mis en place par les institutions sionistes et le pouvoir britannique en Palestine mandataire en 1921. Un réseau de tribunaux rabbiniques spécifique et indépendant du grand-rabbinat est donc négocié avec les Britanniques, sous la direction du rabbin Sonnenfeld.
En 1938, l’Agoudat de Palestine connait une scission. Des communautés ultra-orthodoxes surtout des États-Unis et de Jérusalem se regroupent alors au sein de l’Edah haHaredit qui existe jusqu'à nos jours, et demeure toujours hostile au sionisme. Le mouvement Neturei Karta de Méa Shéarim, qui fait également scission de l’Agoudat de Palestine est encore plus antisioniste.
Des politiques hostiles aux Juifs et la pression sur le judaïsme européen deviennent très fortes et la direction de l’ décide d’augmenter l’émigration vers la Palestine. Pour cela, elle accepte une collaboration limitée avec les sionistes car c'est l’Agence juive, une organisation sioniste, qui a le monopole de la distribution des certificats d’immigration pour la Palestine mandataire attribués par les Britanniques.
En 1937, alors que les émeutes arabes se poursuivent en Palestine, le Congrès Mondial de l'Agoudat Israël se tient à Marienbad (Tchécoslovaquie). Les débats se concluent par un appel aux Juifs du monde à participer à la construction du pays juif selon l’esprit de la Torah. Toujours opposé au rapprochement avec les sionistes, certains rabbins et les communautés qu'ils dirigent quittent l'Agoudat en 1938 pour fonder Edah Haredit.
À partir de 1939–1940, des Juifs orthodoxes qui arrivent en catastrophe d’Europe orienteront l’Agoudat dans un sens plus modéré vis-à-vis du sionisme.
Dans l'État d'Israël
Après la Shoah, le monde de la Torah est totalement anéanti ainsi que les communautés juives d’Europe. La branche palestinienne, puis israélienne de l'Agoudat Israel devient dominante, même si aujourd’hui, certains des rabbins décisionnaires du parti sont toujours basés hors d’Israël, principalement aux États-Unis. Les yéchivot (écoles talmudiques) sont remises sur pied, grâce au soutien du Comité de sauvetage des rabbins d’Amérique, branche exécutive de l’Agoudat Israël.
En 1947, lors de l’enquête du Comité spécial des Nations unies sur la Palestine concernant la création d’un État juif, l'Agoudat Israel accepte de ne pas prendre position contre celui-ci, mais ne le soutient pas. Dans une lettre solennelle, le fondateur de l’Etat israélien, David Ben Gourion, s'engage à ce qu'aucune atteinte ne soit portée aux droits dont les religieux jouissaient dans le Yichouv, la communauté juive de la Palestine mandataire. Cette lettre, signée par les dirigeants sionistes au gouvernement est qualifiée de "lettre du statu quo". Ainsi, les questions d’état civil continuent à être traitées par les tribunaux rabbiniques selon la halakha (loi juive), le Shabbat et les jours de fête sont des jours chômés, les cantines des services publics et de l’armée sont strictement casher, etc.
En 1950, l’État exonère les ultra-orthodoxes du service militaire.. La lettre du statu quo et l’exemption du service militaire sont encore aujourd’hui la base de l’actuelle politique israélienne vis-à-vis des ultra-orthodoxes juifs.
Malgré son hostilité au sionisme, l’Agoudat Israel participe à toutes les élections parlementaires d’Israël, seul ou en coalition.Le partenaire privilégié de ces coalitions est jusqu’aux le Poale Agoudat Israel, puis le parti Degel HaTorah. Cette dernière alliance est connue sous la dénomination du Yahadut Hatorah (Judaïsme unifié de la Torah). La participation aux élections est pragmatique et relativement peu idéologique. Le soutien de l’Agoudat Israel au gouvernement en formation (de gauche ou de droite) est conditionné par le soutien matériel de l'État à ses écoles religieuses et autres institutions communautaires du mouvement. Le parti joue de sa position souvent essentielle à la survie de la majorité gouvernementale pour faire passer des lois renforçant le respect des lois juives en général et du Shabbat et de la casher en particulier.
Période 1948-1952
Pendant cette période, le parti participe à la coalition gouvernementale avec le Parti travailliste : le Mapaï. Ses centres d’intérêts sont essentiellement religieux et c’est à ce titre qu’il obtint en 1950 l’exemption du service militaire pour les étudiants des yeshivot, ceux-ci sont à l’époque peu nombreux. Mais leur augmentation numérique rapide finira par créer des tensions importantes avec la société civile israélienne qui ne comprend pas toujours ce « privilège ».
L’alliance avec les travaillistes est rompue en 1952 à cause de l’insistance de ceux-ci sur le service militaire des jeunes filles. Pour les haredim, toute domination autre que celle du père ou du mari sur la femme est inacceptable.
Période 1952-1977
Ensuite le parti passe dans l’opposition qui est radicale sur le plan idéologique mais beaucoup moins sur le plan politique.