Le quartier des Ternes est le quartier administratif de Paris situé dans le . Il est également considéré comme l'un des plus huppés de l'arrondissement, avec son voisin, le quartier de la plaine Monceau.

Il est délimité par la place de l’Étoile, l'avenue de la Grande-Armée, la porte Maillot, le boulevard périphérique (et légèrement au-delà depuis 1929), la porte de Champerret, la rue Rennequin, le boulevard de Courcelles jusqu'à la place des Ternes et l'avenue de Wagram jusqu'au retour à la place de l'Étoile.

Le quartier est longé au sud par le grand axe de l'avenue de la Grande-Armée, qui le sépare du quartier de Chaillot (anciennement Passy). Il est traversé de part en part par l'avenue des Ternes qui forme depuis des siècles son axe centralAncienne chaussée du Roule, route de Saint-Germain, rue de la Montagne-du-Bon-Air en 1793, vieille route de Neuilly (1813) puis route des Ternes, avant de devenir route départementale puis finalement avenue des Ternes (cf. Rochegude). Celle-ci se prolonge vers le centre de Paris par la rue du Faubourg-Saint-Honoré et vers l'ouest, en direction du pont de Neuilly et de la Défense, par l'avenue du Roule située entièrement sur la commune de Neuilly-sur-Seine.

Situation Le quartier des Ternes correspond à peu près à l'ancien village du Haut-Roule, situé au niveau de l’actuelle place des Ternes et à une partie de la plaine dite des Sablons qui s’étendait vers l'ouest jusqu'à la Seine. vignette|gauche|La place des Ternes, ancienne barrière du Roule. Cette plaine était déjà, avant les Romains, une des voies d’accès à Lutèce des plus fréquentées, car elle constituait « la » voie décumane sur l'axe Rouen-Sens. Cette chaussée du Roule empruntait la moins grande pente en passant entre la butte de l’Étoile (dite montagne du Roule, aujourd’hui très rabotée) et les hauteurs de Monceaux et de Montmartre. Elle allait jusqu'au gué de Neuilly, permettant un accès facile depuis la Bretagne et la Normandie jusqu'aux Halles de Paris (anciennement marché des Innocents).

Le nom de Roule vient très certainement des rouliers. Ils étaient des « commissionnaires qui reçoivent et se chargent de faire transporter toutes sortes de caisses, malles et ballots de marchandises, par toutes les villes du Royaume et des pays étrangers, à des prix convenus avec les commettants ». Ils fréquentaient en nombre cette grande pénétrante ouest, à l'extrémité du faubourg Saint-Honoré et du Roule. Cette entrée est une des plus importantes de Paris car elle est la route d’Évreux, de Caen, de Rouen et la haute Normandie. Les règlements de police excluant de la barrière de l'Étoile à l'arrivée de certaines voitures chargées, toutes les provisions qui viennent par le pont de Neuilly se présentent à la barrière du Roule. Le nombre des voitures qui chaque jour entrent dans Paris par cette voie est estimé à Abbé Bellanger, Notice historique sur les Ternes, 1849, .. Située également sur la route de Saint-Germain, l'avenue des Ternes actuelle n'en est qu'une faible section et ne draine plus qu'un faible trafic par rapport à l'avenue de la Grande-Armée, quasiment parallèle, qui n’existait pas alors. Elle forme aujourd’hui le grand axe de l'ouest de Paris, mais elle est de création tardive. C'est Louis XIV qui charge André Le Nôtre, vers 1670, d’aménager une promenade plantée jusqu'au niveau de l'actuelle place de l'Étoile. Elle ne sera prolongée jusqu'à la Seine que sous Louis XV et restera une promenade jusqu'au .

Historique Alentour et constitution du périmètre Aux temps préhistoriques, une immense forêt de chênes, la forêt de Rouvray s'étendait jusqu'aux portes de Paris. Le bois de Boulogne tout proche en est l'un des reliquats. vignette|Plan Trudaine de 1760. vignette|gauche|Les réserves de chasses royales autour des Ternes.

Les Gaulois de Camulogène ont probablement campé sur ces hauteurs avant de se faire étriller par les légions de Labiénus, permettant à celui-ci de conquérir la petite île nommée Lutèce. Au , ce territoire faisait partie de l'énorme domaine royal de l’époque, centré autour de Clichy-la-Garenne. Les rois mérovingiens y possédaient leur résidence qui s'étendait à l’est jusqu'aux portes du Louvre. Dagobert et ses successeurs y avaient un de leurs principaux palais (sedes regni) où se tinrent des conciles et des assemblées de grands du royaume.

Au , la paroisse de Clichy englobe les Ternes, la plaine de Monceaux, Villiers-la-Garenne, Courcelles, Levallois, le Roule et la Ville l'Évêque jusqu'à la porte Saint-Honoré de l’époque (près du Louvre). La paroisse de Clichy est ensuite coupée en deux pour créer la paroisse de Villiers-la-Garenne, dont dépend les Ternes.. C’est aussi par-là que Jeanne d'Arc, au début du , passe avec ses troupes pour donner l’assaut aux Anglais et aux Bourguignons qui occupent Paris.

À l'est, en 1690, le quartier du Roule est érigé en paroisse puis, en 1722, il se détache des terres de Villiers-la-Garenne et Clichy et devient alors partie intégrante de Paris, laissant le quartier des Ternes hors les murs. Les Ternes sont intégrés à la commune Neuilly en 1792 lors de la création de celle-ci.

En 1840, Neuilly comme beaucoup d'autres communes fut coupée en deux par la construction de l'enceinte de Thiers, puis en 1863, la partie intérieure (les Ternes) fut annexée à Paris dont elle devint le quartier.

Le village des Ternes Au , les Ternes sont un modeste village de campagne entouré de forêts et de marécages, sur les pentes d’une colline boisée et giboyeuse réputée salubre appelée la « montagne du Roule ». Hormis quelques cultures et de maigres pâturages, cette plaine de chasse royale et de garenne, de petit bois avec remises de chasse, restera vouée au plaisir des seigneurs et des rois jusqu’à la Révolution.

Deux actes datés de 1236 et 1245 indiquent une donation, par l'abbaye de Saint-Denis à la maladrerie du Roule, de terres proches de la granchiam de Ternis (ferme des Ternes). D'autres textes, en 1320 et 1412, font état d'une villa externa : « ferme externe », décliné en « Estern », puis « Ternes », l'explication la plus communément admise pour l'origine de ce nom.

La villa externa fait partie du domaine de l’évêque de Paris, extérieur à Paris et à la Ville l’Évêque..

Aux Ternes (comme à Monceau), le premier noyau urbain ne s'est pas constitué autour d'un établissement religieux mais d'une résidence féodale. Cette ferme se transforma en un château que fit construire au milieu du le calligraphe Pierre Habert, poète et valet de chambre de Henri III, qui en avait fait l'acquisition. Son petit-fils obtint de Louis XIII que les droits de fief lui fussent reconnus en 1634.

C’est autour de ce château que se développa le hameau des Ternes. Les premières grandes transformations subies par le château initial sont dues à Mirey de Pomponne, un financier receveur des consignations des requêtes de l'Hôtel de ville de Paris qui le fit rebâtir et réaménagea le parc qui fut très admiré. Le marquis de Galiffet donna dans ce château des fêtes magnifiques, à la fin du règne de Louis XV. Le père de Boileau, qui était greffier au Parlement, Bossuet, d'Houdetot, Adanson et le général Dupont ont habité ce château des Ternes. En 1778, l'architecte Lenoir ouvre un chemin qui traverse le château de part en part et crée la rue de l'Arcade. Le seul vestige est le passage voûté de l'actuelle rue Bayen au niveau de la rue Pierre-Demours.

vignette|alt=Route de la Révolte Plan Roussel de 1730|Route de la Révolte, plan Roussel de 1730.

La route de la Révolte

Le nord-ouest du quartier était bordé par la « route des Princes » qui venait de Versailles par l'allée Royale du bois de Boulogne, passait par l'actuelle porte Maillot et se prolongeait en ligne droite jusqu'à la basilique Saint-Denis.

Ce chemin prendra officiellement le nom de « route de la Révolte » en 1750 à la suite, dit-on, d'une colère de Louis XV qui contourna la ville en évitant les Parisiens. Il fit restaurer l'ancien chemin qui était en fort mauvais état, à tel point que le cortège funèbre de son arrière-grand-père Louis XIV, le Roi Soleil, s'était embourbé dans un virage, en 1715. C’est également ce tracé que suivra le convoi funèbre de Louis XV en 1774 jusqu'à la basilique de Saint-Denis. Mais ce nom comme celui de la porte Maillot pourrait bien plutôt rappeler la révolte des Maillotins de 1382 qui « s'étalèrent devant Montmartre en longues files » avec « les paysans de Clichy et des Ternes ».

L'entrée du parc du château des Ternes se situait sur cette route qui devint tristement célèbre 13 juillet 1842, lorsque le duc d'Orléans (Ferdinand-Philippe, le fils aîné du roi Louis-Philippe) y mourut des suites d'un accident de voiture à cheval. La mémoire de cet événement est conservée dans le quartier par la chapelle funéraire de l'église Notre-Dame-de-Compassion et par le nom donné à la paroisse dénommée Saint-Ferdinand des Ternes.

Le mur des Fermiers généraux vignette|Arrivée de Louis XVI à Paris le 25 juin 1791.

En 1782, devant la recrudescence de la fraude, la Ferme générale proposa d'encercler Paris d'un mur continu percé de barrières. Au bord du quartier des Ternes « le mur murant Paris, [qui] rend Paris murmurant » était percé de trois portes : la barrière de l'Étoile, composée de deux grands bâtiments carrés ornés de colonnes à bossages cubiques, situés au débouché des rues de Presbourg et de Tilsitt ; la barrière du Roule, important bâtiment coiffé d'une coupole, situé à l'emplacement de l'actuelle place des Ternes. Elle vit passer Louis XVI à son retour de Varenne ; la barrière de Courcelles, à l'extrémité du chemin de Courcelles, présentait un monument disproportionné eu égard à sa faible fréquentation un véritable temple grec, une maquette de future église de la Madeleine.

Une des conséquences de cette enceinte fut de favoriser le développement des villages limitrophes. Aussitôt, des guinguettes s'établirent aux abords des barrières, accueillant le soir et en fin de semaine une foule de peuple assoiffé de bon air et de plaisirs champêtres et aussi de vin de Suresnes ou de Montmartre « hors taxes » puisque servi à l'extérieur de l'octroi. Ce sera dès 1812 l'origine du caractère festif du haut de l'avenue de Wagram. En 1812, Dourlans, un vétéran de la Garde impériale, juge le moment opportun pour y ouvrir une guinguette qui deviendra la salle Wagram, à distance réglementaire de l'enceinte des Fermiers généraux, entre la barrière de l'Étoile et celle du Roule, à qui, selon l’ordonnance royale du 10 avril 1783, stipulait « qu’il ne seroit point élevé de construction sur les terrains qui resteront hors l’enceinte, qu’à 50 toises de distance de la clôture » (soit ).

L'enceinte de Thiers

vignette|upright|Les fortifications de Thiers sur un plan de Vuillemin de 1872. La construction des fortifications de Thiers interrompt la route de la Révolte et isole le quartier des Ternes du reste de la commune de Neuilly à laquelle il resta administrativement rattaché jusqu'en 1863 et son annexion par Paris. Quatre bastions ( et ) protégeaient le quartier entre lesquels s'ouvraient sept portes : la porte Maillot, la porte des Ternes, la porte de Sablonville, la porte de Villiers, la porte Champerret, la porte de la Révolte et la porte de Courcelles.

La route départementale assure alors la continuité entre la porte Maillot et la porte de Champerret en contournant les forts par l’extérieur. Le tronçon longeant intérieurement l'enceinte fortifiée, futur boulevard Gouvion-Saint-Cyr, devient un élément de la rue militaire.

Ferdinandville et l'urbanisation des Ternes Le hameau des Ternes était très modeste jusqu'à la fin du puisqu'il ne comptait en 1755 que 18 maisons. Le village des Ternes ne se développera qu'au début du , quand Paris connaîtra sa ruée vers l'ouest.