vignette|La tour de la victoire de Delhi. L’art de l'Inde des sultanats est la production artistique réalisée dans les parties islamisées de l’Hindoustan avant la mise en place de l’empire moghol.
Contexte historique
La première incursion de l'Islam dans le sous-continent indien a lieu en 711-712, et aboutit à l'islamisation partielle du Hind, alors que Sind et Pendjab demeurent aux mains de gouverneurs locaux. Début , les Ghaznévides prennent en partie ces deux régions, et établissent peu après leur capitale à Lahore. Les Ghurides remplacent cette dynastie en 1186, et étendent leur domination sur un grand territoire au nord de l'Inde.
Sultanat de Delhi
Le sultanat de Delhi est le principal pouvoir de l’Inde, après la disparition des Ghurides. Comme pour les mamelouks d'Égypte, la dynastie des esclaves qui règne à Delhi, est d'origine servile. Fondée par Qûtb ud-Dîn Aibak en 1206, elle prend tout d'abord Lahore comme capitale, mais se rabat sur Delhi après le sac de la ville par les Mongols (1241). Le sultanat renforce les liens avec le reste du monde islamique et développe une importante activité militaire, une des plus importantes à cette époque, en réaction aux invasions mongoles. vignette|redresse|Inscriptions coraniques sur les murs des jardins de Lodhi, Delhi. En 1290, Jalal al-Din Firuz Shah II fonde la dynastie des Khaldjî. De nombreux Mongols islamisés fuient alors l'Iran et s'installent alors dans la région de Delhi. Cependant, des problèmes de succession apparaissent rapidement, et la capitale est prise par Ghiyath al-Din Tughlûq en 1320. De 1320 à 1414, la dynastie des Tughlûq règne sur le sultanat. Le règne de Mouhammed ibn Tughlûq (r. 1325-1351) marque sans doute l'apogée de la dynastie. Cet érudit, pétri de culture persane, grand scientifique et grand militaire, parvint à repousser les Mongols. Son règne connut cependant une grande famine, et le changement provisoire de capitale pour Daulatabad se solda par un véritable désastre. Après sa disparition, le pouvoir s'affaiblit progressivement, jusqu'à ce qu'un nouvel envahisseur, Tamerlan, mette la ville à sac en 1398.
La dynastie des Sayyîd (1414-1451) exerce un pouvoir limité à la seule ville de Delhi et reconnaît le timuride Chahrokh comme suzerain. En 1451, les Lōdīs, une tribu afghane, reprennent le sultanat, et mènent des campagnes dans le Bihar. Cependant, des révoltes à Jawnpur et dans le Pendjab poussent le sultan Ibrahim à demander de l'aide au Moghol Babur, qui en profite pour conquérir l'Inde et Delhi. À quelque temps de là, en 1540, l'Afghan Sher Shah Suri reprend le pouvoir, en chassant Humâyûn qui trouve alors refuge à la cour safavide. Celui-ci parvient pourtant à récupérer son trône quinze ans plus tard, marquant la fin définitive du sultanat de Delhi.
Sultanats indépendants
Le sultanat au Bengale est créé en 1336 pour le sultanat oriental et en 1339 pour le sultanat occidental, les deux parties opérant leur jonction sous Shams al-Din Ilas Shah, en 1345. Plusieurs lignées se succèdent rapidement dans ce lieu très important au point de vue commercial et stratégique. Au , deux capitales sont utilisées : Gaur et Pandua, mais seule la dernière continue à jouer son rôle au . De 1539 à 1564, une dynastie afghane se trouve au pouvoir, et se sert de la région comme base contre les Moghols, en vain.
À la période des sultanats, se développe une littérature bengalie, la langue vernaculaire, encouragée par un mécénat royal fort. Le commerce est alors très florissant.
Implanté dans le nord du Deccan, le sultanat bahmanide (1347-1527) naît en réaction face au pouvoir tughluqide déclinant. Après avoir réussi la révolte de Daulatabad, Hasan, fondateur de la lignée, transporte sa capitale à Gulbarga, et mène des guerres incessantes contre les royaumes hindous de Warangal (vaincu en 1425) et Vijayanagar (jamais atteint). En 1425 a lieu un nouveau déplacement de la capitale, vers Bîdâr. Les guerres se poursuivent, contre les sultans du Gujarat et du Mâlvâ. La cour bahmanide est un grand centre intellectuel, utilisant une importante administration (mécènes). Un nouveau style architectural, propre à la région, voit le jour sous leur influence.
Après la mort du dernier souverain bahmanide (1527), cinq dynasties fondées par leurs anciens serviteurs — les sultanats du Dekkan, Berar, Bijapur, Ahmadnagar, Bîdâr et Golkonda — tiennent le pouvoir, jusqu'à l'inévitable conquête moghole.
La province du Gujarat est particulièrement riche, mais n'est adjointe que très tard au monde islamique : ce n'est qu'en 1298 qu'Ala al-Din Muhammad Khlij parvient à s'en emparer. Moins d'un siècle après sa conquête, un gouverneur proclame son indépendance (1391). Sa lignée continuera à diriger le sultanat jusqu'à l'invasion moghole, menant des campagnes contre les hindous et annexant le Mâlvâ. Dès le , une guerre les oppose aux Portugais, qui s'emparent du nord de la province. C'est à cause de cette menace que le sultan en place fait appel au moghol Akbar, qui en profite pour conquérir le sultanat (1573) ; malgré une résistance de la part de Muzaffar III, le royaume tombe définitivement aux mains des Moghols en 1583.
Comme pour le Gujarat, la conquête du Mâlvâ par le sultan de Delhi Ala al-Din Khalij est tardive (1305) et particulièrement sanglante. L'indépendance, proclamée en 1401, entraîne l'utilisation de la cité de Mândû comme capitale, de nombreuses guerres contre les autres sultanats, et un changement de lignée en 1436. Les sultans du Gujarat finissent par annexer le territoire en 1531.
Commerce
Une grande route de commerce maritime reliant Siraf à Canton utilise l'Inde comme escale, favorisant les échanges entre les mondes islamique et extrême-oriental, et expliquant la présence de céramique chinoise et islamique dans le Sind et dans les îles Maldives. Au , ce sont les sultanats indiens et les Portugais qui prennent le contrôle du commerce maritime.
Urbanisme
La ville de Delhi
Le site de Delhi est occupé depuis le , mais subit un abandon entre le et le . La ville servit de capitale entre 1211 et 1853 : elle fut alors un grand centre de culture et d'enseignement, et constitua de refuge au moment des invasions mongoles.
Son urbanisme est dynastique, chaque nouvelle lignée embellissant la ville et y ajoutant des quartiers. Delhi est donc composée de différents centres de pouvoir : les « sept villes ».
Qila Ray Pithora est bâti sous la dynastie muezzi, autour de la petite forteresse de Lalkot. Le quartier contient la mosquée Quwwat al-Islam (1192), la première mosquée connue du Hind.
Siri est construit par le Khalij Ala al-Din Muhammad Shah, au nord de Kila Ray Pithora. Il s'agissait d'une zone de garnison, formant un faubourg de la vieille Delhi, mais elle fut détruite au .
Tughlaqabad, comme son nom l'indique, est édifié par Tughluq à à l'est de Kila Ray Pithora, sur un site de inhabité. Il s'agit de la plus ancienne "ville" du sultanat bien conservée, fouillée depuis 1990. Entourée d'un mur, sur un modèle islamique, elle comprenait à l'est une citadelle, au sud le palais du sultan et une grande mosquée. En face, sur un lac artificiel, se tenaient le tombeau et la madrasa de Ghiyath al-Din Tughluq. Cette ville fut la source d'inspiration d'Ahmedabad et de Beidan.
Le fort d’Adilabad (appelé aussi Jahanpanah) est érigé vers 1325, par Muhammad ibn Tughluq. Sa chaussée fait barrage aux eaux du lac.
La nouvelle ville de Jahanpanah est contemporaine d'Adilabad, et fait la jonction entre Kila Ray Pithora et Siri. Son enceinte enveloppe les faubourgs déjà existants de Klia Ray Pithora.
Firuzabad est édifiée par Firuz Shah Tughulq au nord-est de Delhi, cette ville fut recouverte à la période moghole, mais sa citadelle, le Firuz Shah Kotla, subsiste : il s'agit d'un grand monument pyramidal, avec une « colonne d'Ashoka » considérée par la plupart des sources historiques comme un minaret.
Après un abandon temporaire en 1398-99, Delhi est un peu négligée : ni les Sayyides, ni les Lōdīs n'y construisent. Il faut attendre 1523 pour qu'Humayun initie un nouveau programme de construction, en y édifiant une citadelle.
Autres villes dépendant du sultanat de Delhi
Construite en 1327 pour devenir la nouvelle capitale du sultanat, la ville de Daulatabad est située à un endroit stratégique, au nord du Deccan. Cherchant à y établir une élite musulmane, les Tughluqides y déportèrent des habitants de Delhi en 1329 ; cependant, les raids mongols firent avorter cet essai de nouvelle capitale, et obligèrent les sultans à retourner dans l'ancienne. La cité, dominée par un grand fort, connut un renouveau sous les Bahmanides.
Agra est une forteresse, édifiée au sur les rives de la Yamuna, en Uttar Pradesh. Elle fut tout d'abord gouvernée par des chefs Rajput pour le compte des sultans de Delhi, puis le Lōdī Nizam Khan Sikandar y transféra sa capitale. Située à un emplacement stratégique, sur les routes menant au Mâlvâ et au Gange, Agra devint rapidement un grand centre intellectuel et marchand, disposant en permanence de troupes armées. Après sa prise par Babur en 1526, elle devint l'une des plus grandes capitale mogholes.
Villes du sultanat Bahmanide
Les capitales des Bahmanides sont Gulbarga (ou Arslanabad) et surtout Bîdâr (ou Muhammadabad) édifiée par des architectes persans et turcs, ville composée d'une forteresse incluant un ancien fort hindou et d'un fortification reconstruite plusieurs fois. On peut remarquer les tigres sculptés sur la façade du fort, caractéristiques des forts du Deccan.
Villes des sultans du Gujarat vignette|Mosquée de Rani Rupavati à Ahmedabad. Comme les Bahmanides, les sultans du Gujarat utilisent deux capitales.
Ahmedabad est construite par Ahmad en 1411, cette ville fortifiée de murs et de tours se situe sur la rive du Serbamathi. Elle contient de nombreux monuments, dont une citadelle devant laquelle s'étale un maydan, une grande place, et un important atelier monétaire. Ses constructions sont réalisées en pierre, avec un décor sculpté foisonnant sur les contreforts, un trait typique du Gujarat.
Actuellement ruinée, Mahmudabad (Champaner) servit de capitale entre 1484 et 1536. Il s'agissait d'une ville fortifiée, contenant un nouvel atelier monétaire et un palais de sept étages. L'influence de Ahmadabad est particulièrement sensible dans la mosquée Sahan Wali (1523), qui reprend le même modèle.
Villes des sultans du Mâlvâ thumb|Le Jahaz Mahal à Mândû. De 1401 à 1434, les sultans du Mâlvâ utilisèrent Dhar comme capitale, avant de transférer le centre du pouvoir à Mandu.
Mândû, ou Shadiabad, abritait une forteresse construite sur un très haut plateau dominant la chaîne de montagnes Vindhya. Le site était occupé depuis le , mais de grands bâtiments furent édifiés sous Alp khan Hushang, grâce à des spolia de temples. Restauration des fortifications, portes, grande mosquée, palais et pavillons furent édifiés à cette période. Le plus important palais était le Jahaz Mahal : construit en grès rouge entre deux lacs, il mesurait de longueur.
Architecture Généralités Plusieurs traits caractérisent l'architecture de l'Inde des sultanats : Utilisation le plus souvent de la pierre comme matériau. La pierre était déjà le matériau traditionnel employé dans les temples hindus et jaïns, c'est pourquoi on note de fréquents remplois de colonnes, de soubassement notamment. À partir du , l'usage du grès rouge et du marbre blanc se généralise. Adoption et adaptation de techniques indiennes Importante influence persane dans les formes (pishtak, iwan) Traduction de formes de briques dans la pierre et utilisation de terrasses Sobriété du décor, qui met en valeur les matériaux et les lignes architecturales.
L'architecture dans l'Inde des sultanats emprunte donc à la fois au monde islamique et au monde indien pré-islamique. Le style varie néanmoins beaucoup, en fonction des régions et des époques.
Sous le sultanat de Delhi Mosquées