thumb|Manuscrit médiéval en latin de la Physique d'Aristote.
Un manuscrit (du latin manu scriptusLe Petit Larousse illustré 2008, .) aussi appelé "livre médiéval" est, littéralement, un texte « écrit à la main », sur un support souple, que ce soit par son auteur (« manuscrit autographe ») ou par un copiste, avant l'invention de l'imprimerie. Le terme s'applique à différents supports (papyrus, parchemin ou papier) mais ne s'emploie pas pour des supports rigides, comme les tablettes de cire ou les inscriptions épigraphiques ou rupestres. Il existe toutefois, surtout dans le Sud-Est asiatique, des manuscrits sur tissu végétal (bois, lamelles de bambou, écorce de bouleau, feuilles de palmier) et sur textile (coton, soie, lin, avec ou sans broderie). Avant la mise au point et la diffusion de l'imprimerie, à partir du milieu du , tous les livres (en occident) étaient des manuscrits. Au-delà de cette période, le manuscrit peut être utilisé pour des textes de diffusion restreinte ou pour des documents préparatoires (prise de notes, brouillon, etc.).
Par extension, le terme désigne aujourd'hui le brouillon d'un texte original soumis à un éditeur en vue de sa publication. On désigne parfois ces manuscrits comme des tapuscrits quand il s'agit de documents tapés à l'aide d'une machine à écrire ou d'un ordinateur avec un logiciel de traitement de texte.
Cote d'un manuscrit vignette|Pentateuque d'Ashburnham, Paris, Bibliothèque nationale de France, Mme Nouv. Acq. Lat. 2334, fol. 6r. Histoire de Caïn et Abel avec en haut, Adam et Eve vêtus de peaux d'animaux, puis Eve allaitant un de leurs fils Les manuscrits conservés en bibliothèque sont identifiés par une cote, généralement précédée de l'abréviation ms (singulier) ou mss (pluriel). La cote est composée du nom du lieu de conservation, suivi de celui de l'institution qui conserve le document, du fonds où il est conservé quand il y a lieu (fonds français, latin, etc.), et du numéro d'inventaire du manuscrit, qui peut être simple (100) ou complexe (fol-lat-32).
On repère la cote des manuscrits dans les catalogues de leur lieu de conservation (par exemple, dans le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France).
La Bibliothèque nationale de France comporte un département des manuscrits, divisé en deux sections : manuscrits occidentaux et orientaux.
Histoire Dans les sociétés anciennes, la rédaction d'un papyrus (ancêtre du manuscrit) était confiée à un scribe. Cette fonction était hautement considérée à l'époque de l'Égypte antique et les royaumes de Mésopotamie. Pour devenir scribe, une formation d'une douzaine d'années était nécessaire.. Les scribes étaient donc très rares et recherchés. Ils formaient une classe sociale à part sous la protection du dieu Thot.. Plusieurs finissaient par occuper de hauts rangs en devenant juges, ambassadeurs ou officiers hauts gradés..
Dans les pays européens, la copie des manuscrits est restée une activité hautement spécialisée jusqu'à l'invention de l'imprimerie. Elle a longtemps été le domaine des monastères.
thumb|Production des manuscrits médiévauxEltjo Buringh et Jan Luiten van Zanden, « Charting the “Rise of the West”: Manuscripts and Printed Books in Europe, A Long-Term Perspective from the Sixth through Eighteenth Centuries », The Journal of Economic History, , , 2009, (416, table 1)..
Après une forte baisse due à la chute de l'Empire romain et aux invasions barbares, la production de manuscrits a connu une forte croissance au (estimée à ), puis au (362 %), et après un fléchissement aux deux siècles suivants, une augmentation au (263 %) et cette croissance continue aux siècles suivants (voir graphique ci-contre). La France, dont on connaît durant le , en a laissé du . Une augmentation est liée à la croissance économique. et la création d'un véritable marché, avec des versions illustrées par de riches enluminures.
À partir du , il apparaît des manuscrits autographes. Ils étaient extrêmement rares auparavant, voire inexistants, à part dans le monde du théâtre, où les auteurs établissaient eux-mêmes des copies de leur travail pour la réalisation du spectacle..
Avec l'élaboration de la notion et du droit d'auteur, le manuscrit venant de la main de l'auteur lui-même apparaît comme une garantie attestant de sa qualité.
Dans le monde musulman ottoman, la tradition manuscrite s'est maintenue bien au-delà du , en raison de l'interdiction en 1485 de l'imprimerie par le sultan Bayézid II, interdiction en vigueur jusqu'au début du Toby Huff, , Cambridge University Press, 2011, ..
Manuscrits médiévaux Dans l'histoire du livre, le Moyen Âge est une période importante qui s'insère entre deux révolutions techniques, soit le codex au et l'invention de l’imprimerie à caractères mobile par Gutenberg vers 1460. Le codex est formé par l'assemblage de feuilles pliées en deux, assemblées en cahiers reliés par une couture. Il a donné la forme parallélépipédique du livre que l'on connait aujourd'hui. Si on le compare aux traditionnels rouleaux ou volumen, le format du codex est plus économique et compact. Il est possible d'y écrire des deux côtés d'une feuille.
Jusqu'au , la production de livres manuscrits était réalisée par des moines (et des monialesDu tartre ..) copistes. Les ateliers de copies appelés scriptorium étaient presque exclusivement liés à un monastère ou à un ordre religieux. La règle de Saint-Benoît qui imposera aux moines la lecture des livres de la liturgie chrétienne augmenta l'importance du rôle du scriptorium dans la vie quotidienne et intellectuelle des moines.
Chaque manuscrit représentait un travail long et fastidieux pouvant s'étaler sur plusieurs mois. La vitesse moyenne des copistes était environ quatre pages par jour. Pour accélérer la production d’un manuscrit, une pratique courante était de diviser chaque manuscrit en cahiers entre plusieurs copistes. Ensuite, le chef de l'atelier assemblait les cahiers en prenant soin de corriger les erreurs.
Outre les copistes, la production de manuscrit exigeait la collaboration entre diverses personnes, dont un préparateur de copie qui traçait les lignes sur le parchemin, un rubricateur qui dessinait et peignait les titres des sections ou de chapitres en rouge (rubricator), un correcteur d'épreuve et un relieur.
Avant le papier, le parchemin fut le support privilégié par les copistes médiévaux, car la peau des animaux était plus résistante et avait une plus grande durabilité que le papyrus ou le papier. De plus, il était possible de gratter et nettoyer le parchemin pour effacer une erreur ou modifier des sections. Le prix élevé des parchemins fit en sorte qu'on chercha à les réutiliser et la technique du palimpseste fut progressivement mise au point. Un palimpseste pouvait être obtenu en laissant tremper un parchemin toute une nuit dans du lait puis brossé à la pierre ponce pour finalement être blanchi à la craie. Il pouvait ensuite être réutilisé.
Enluminures Les manuscrits dotés d’enluminure ou de miniatures étaient plus rares. Plus coûteux à produire, ils ont été par le fait même mieux conservés et sont devenus rapidement des objets de collections. Les principales fonctions des enluminures étaient d’embellir et de représenter le contenu du texte pour en éclairer le sens. Les illustrations servaient également à orienter le lecteur en représentant le contenu d'un chapitre ou d'une section à lire, similaire à un index imagé. L'étude des manuscrits inachevés a permis de constater que les espaces prévus pour les enluminures étaient déterminés avant le travail d'écriture du copiste.
Peuvent être considérés comme des variations de l'enluminure : les notitia dignitatum antiques, la tapisserie de Bayeux (1066-1083), et diverses autres ouvrages de broderie, les codex mésoaméricains, les armoriaux médiévaux, et différents moyens anciens de gravure (hors inscription lapidaire) et d'illustration.
Conservation et accessibilité des manuscrits Les bibliothèques, qu’elles soient publiques, nationales ou spécialisées, ainsi que les musées et les centres de documentation ou d’archives sont des endroits où les manuscrits peuvent être conservés. La Bibliothèque de l’Arsenal, qui fait partie de la Bibliothèque nationale de France, a, par exemple, un fond de lettres et de manuscrits très richeVilleneuve Paquerette. En flânant au Musée des Lettres et des Manuscrits. In: Vie des arts. 2005, . .. Certains manuscrits étant considérés comme importants pour le patrimoine du pays en question peuvent être rassemblés dans les bibliothèques nationales ou patrimoniales et dans les centres de documentation patrimoniaux.
La conservation des manuscrits doit être prise en charge par des institutions qui connaissent les techniques se rapportant spécifiquement aux manuscrits qu’ils conservent. Le manuscrit pouvant se désagréger rapidement s’il n’est pas conservé correctement, le bibliothécaire ou le spécialiste chargé de sa conservation doit être encore plus vigilant contre l’humidité et la poussière, les deux ennemis principaux des manuscritsThompson Edward Maunde. Sur l'arrangement et la conservation des manuscrits. In: Bibliothèque de l'école des chartes, 1887, tome 48, ..
Ce soin de préservation et de conservation des manuscrits entraîne parfois un accès limité, voire une inaccessibilité, au grand public pour la consultation. Certains endroits donnent accès librement aux manuscrits à toute la communauté qu’ils desservent, soit autant aux chercheurs, aux historiens, aux érudits, aux journalistes et aux étudiants qu’aux gens curieux voulant explorer le monde des manuscritsLegendre Françoise. Les bibliothèques vers un patrimoine partagé. In: Études normandes, année, , 2001, Patrimoine, Tourisme, Développement, .. D’autres font la même chose, mais avec des conditions strictes, par exemple, consultation dans un espace défini de la bibliothèque ou interdiction de manger et de boire. Le Musée britannique fait l’acquisition de manuscrits afin que le public y ait accès, seul endroit en Angleterre où l’accès aux manuscrits est permis pour le grand public. Par contre, d’autres bibliothèques, comme la Bibliothèque nationale de France, ne donnent accès à certains manuscrits qu’à des chercheurs dont, par exemple, les historiens ou ceux dont le sujet d’étude est le manuscrit en tant qu’objet, qui font donc de la génétique des textes.
Des chercheurs utilisant un « modèle d’espèce invisible » ont estimé que 90 % des manuscripts de la littérature médiévale ont disparu. À partir des et de catalogués dans les bibliothèques, il devait y avoir approximativement de ..
Codex d'Archimède Le codex d’Archimède, aussi connu sous le nom du palimpseste d'Archimède, est l’un des manuscrits les plus importants du monde mathématique et scientifique. Les codex A, B et C forment ensemble le palimpseste d’Archimède, et regroupent la totalité de ses écrits et de ses théories. Ces documents ont permis au monde entier d’avoir accès à la pensée du mathématicien, physicien et penseur grec Archimède de Syracuse, né vers -287 avant J-C. À l’époque, les gens écrivaient sur la peau des animaux: sur des parchemins. Toutefois, comme plusieurs autres manuscrits, ceux d’Archimède ont longtemps été perdus, puis retrouvés, avant de disparaître pour de bon. C’est le cas pour les codex A et B. En 1564, un humaniste italien égare le codex A, et le codex B qui se trouvait dans la bibliothèque du pape à Viterbe en 1311 disparaît à son tour. Heureusement, grâce au travail des copistes, des exemplaires ont été créés, puis conservés à travers les siècles. L’existence de ces copies a ensuite permis d’accéder à la pensée d’Archimède et d'explorer ses théories.