Les arènes de Nîmes sont un amphithéâtre romain construit vers la fin du dans la ville française de Nîmes, dans le Gard. Il s'agit de l’un des amphithéâtres antiques les mieux conservés au monde.

La construction de l'édifice débute vers Sa fonction est alors d’accueillir des divertissements pour la population de la colonie de Nemausus. Lors des grandes Invasions, les arènes se transforment en village fortifié où la population va se réfugier, puis constitue du Moyen Âge jusqu'au un quartier avec ses rues et ses boutiques. Jusqu'au début du ses habitants bénéficient d'une administration distincte de celle de la cité..

Au , le monument est dégagé puis reconverti en arène en 1863. Aujourd'hui, il accueille une vingtaine de corridas et courses camarguaises chaque année et diverses manifestations culturelles (concerts, reconstitutions historiques, comme les Journées romaines de Nîmes). En dehors de ces événements, l'édifice est ouvert à la visite toute l'année.

Cet amphithéâtre antique se distingue par l'allure générale de sa façade qui a conservé son attique de couronnement avec colonnes engagées et à chaque niveau, son système de circulation publique interne quasi intact et une grande partie de ses gradins (certes dégagés et restaurés au ).

Caractéristiques du monument Architecture vignette|Vue des consoles formant les bases de mât pour tendre le velum, au sommet de trois arcades. À gauche la pierre est cassée, montrant le canon cylindrique. vignette|Le non-respect de la règle de la superposition des ordres énoncée par Vitruve témoigne des contraintes des pierres calcaires dures rebelles au ciseauCes calcaires se révèlent difficiles à sculpter les chapiteaux très ornés des ordres ionique et corinthien. Cf , extraites des carrières voisines de Barutel et de RoquemaillèreLes pierres utilisées dans la construction et le décor de l’amphithéâtre de Nîmes. Vitruve définit les bases essentielles des amphithéâtres, qui sont les édifices les plus imposants du monde romain : « Il convient de répartir des voies d’accès nombreuses et spacieuses, en évitant que celles qui viennent d’en haut ne rencontrent celles qui viennent d’en bas ; on doit pouvoir les rejoindre à partir de toutes les places, en circuit direct et sans détour, de telle sorte que lorsqu’il quitte le spectacle, le peuple ne soit pas serré, mais trouve, quel que soit le siège qu’il occupait, une issue séparée et sans obstacle »« aditus complures et spatiosos oportet disponere, nec coniunctos superiores inferioribus sed ex omnibus locis perpetuos et directos sine inversuris faciendos, uti cum populus dimittatur de spectaculis, ne comprimatur, sed habeat ex omnibus locis exitus separatos sine inpeditione », De architectura, Livre cinquième..

En plan, l’amphithéâtre de Nîmes se présente comme une ellipse de de long sur de large, avec une piste centrale de sur . La façade, composée de deux niveaux de superposées et d’un attique séparés par une corniche, mesure de haut. Au sommet de la façade, on observe encore une partie des consoles, pierres en saillie perforées qui servaient à fixer les mâts supportant le velum. Celui-ci pouvait s’étendre au-dessus des gradins pour protéger le public du soleil.

vignette|center|redresse=2|Plan de l'amphithéâtre antique de Nîmes par Alphonse de Seynes, 1818.

La cavea, entourant la piste, divisée en rayonnantes et de gradins, pouvait accueillir . Les rangs de gradins de la cavea sont répartis en quatre maeniana horizontaux, séparés par un couloir de circulation et un muret, appelé balteus.

vignette|Galerie de l'étage intermédiaire. À gauche l'escalier descend vers les gradins. vignette|Des trous percés dans les gradins font partie du réseau d'évacuation des eaux pluviales, la cavea fonctionnant comme un immense entonnoir lors des orages cévenols. Chaque maenianum était réservé à une classe sociale, à savoir les plus aisés aux premiers rangs et les plus modestes aux derniers rangs. Chacun était desservi par une galerie voûtée, appelée vomitorium. Les vomitoria sont réunis entre eux par des escaliers, ce qui évite la confusion et l’engorgement lors de l’afflux de spectateurs. Cela évite aussi de mélanger les classes sociales. La façade est rythmée par des pilastres et des colonnes engagées d’ordre dorique.

La salle cruciforme Sous la piste, se trouvaient plusieurs galeries souterraines. Elles sont connues depuis le début du et ont initialement été interprétées comme des abris réalisés « par les premiers chrétiens pour cacher les cérémonies de leur culte naissant »hypothèse de M. Grangent citée par Révoil 1867.. Il s'agissait en réalité de coulisses permettant d'accéder directement à la piste durant les spectaclesLa salle cruciforme..

Les recherches réalisées par Henri Révoil en 1865 ont permis de dégager deux galeries en croix dans la partie centrale de la piste, connues depuis sous le nom de salle cruciforme. Les murs de la salle cruciforme portent deux inscriptions gravées en caractères cursifs indiquant probablement le nom de l'architecte du monument (ou d'un financeur) : T.CRISPIVS REBVRRVS FECIT, « Titus Crispius Reburrus a fait »Révoil 1867Darde 2005..

La salle cruciforme a fait l'objet de fouilles archéologiques sous la responsabilité de Richard Pellé (Inrap) en 2017.

Décoration L'amphithéâtre comporte encore un certain nombre d'éléments décoratifs en bas-relief ou haut-relief : une louve romaine allaitant Romulus et Rémus, des phallus, deux gladiateurs combattant, ainsi que deux bustes de taureau surmontant la porte d'honneur de l’amphithéâtre.

Monuments comparables L’amphithéâtre d’Arles L’amphithéâtre de Nîmes est comparable à celui d’Arles, datant de la fin du , qui est très proche sur le plan de la conception et de l’architecture. En effet, l’amphithéâtre d’Arles présente également deux niveaux d’arcades en façade très peu décorées. La cavea de l’édifice se composait de de gradins et pouvait accueillir jusqu'à .

Le Colisée L’amphithéâtre de Nîmes peut également être mis en relation avec le Colisée de Rome. Le Colisée, terminé en aurait servi de modèle dans la construction de l’amphithéâtre de Nîmes, ce qui montre que la ville de Nîmes voulait se rapprocher au mieux de la civilisation romaine. Il existe quelques différences entre les deux édifices. Le plan du Colisée est moins allongé que celui de l’amphithéâtre nîmois. La façade du monument de la ville éternelle se compose de quatre niveaux (dont trois niveaux d’arcades), alors que celui de Nîmes n’en comporte que deux.

Historique L'amphithéâtre romain La construction de l’amphithéâtre de Nîmes a débuté à la fin du de notre ère.

Cet édifice imposant a été bâti pour accueillir des spectacles très prisés des populations. Le spectacle le plus fréquent et le plus apprécié était le combat de gladiateurs. Il existait des écoles de gladiateurs qui formaient des volontaires, esclaves ou souvent hommes libres. Ces écoles étaient souvent le dernier refuge pour ces hommes déclassés, rejetés par la société. Les combats de gladiateurs se terminaient parfois par la mort de l’un des adversaires si le vaincu n’était pas gracié par le public. De nos jours, ces ludi (jeux du cirque) sont reconstitués chaque année, fin avril, lors des Grands Jeux romains auxquels participent plus de spécialistes de l'Antiquité.

De la forteresse wisigothe aux habitations médiévales vignette|Carte de Nîmes de 1569 montrant l'emplacement de l'amphithéâtre à proximité des enceintes de la ville.

Après l'interdiction des combats de gladiateurs en 404, les arènes furent transformées en forteresse par les Wisigoths : il leur suffit de boucher les arcades, d'ajouter quelques tours, de creuser un fossé et, peut-être, d'édifier une petite enceinte supplémentaire (vestiges dans le sous-sol du palais de justice). Elles seront même connues plus tard sous le nom de « château des chevaliers des arènes » avec l'édification de tours au sommet du monument (celles d'Arles ont été conservées).

Lors des Grandes Invasions de l'Antiquité tardive puis au Moyen Âge durant les périodes d'insécurité, la population se réfugia dans l'enceinte de l'édifice qui fut alors utilisé comme village fortifié, le , qui contenait deux églises, , ainsi qu'un petit château. On imagine aisément les conditions d'insalubrité d'une telle densité… Bon nombre de gradins servirent de carrière pour l'extraction des pierres nécessaires à l'édification de ces bâtiments.

La réhabilitation vignette|Arrêt du Conseil d’État du roi concernant la restauration des arènes de Nîmes.

Lors d'une visite à Nîmes au début du , s'émeut de l'état de l'édifice et préconise son dégagement pour la première fois, ce qui reste lettre morte. À cette occasion, il reçoit des autorités locales une réplique en argent du monument, pièce d'orfèvrerie aujourd’hui perdue.

La restauration des arènes est ordonnée à la fin du par le décret en Conseil du roi du . Elle implique la destruction des habitations se trouvant à l'intérieur de l'amphithéâtre ou prenant appui sur le bâtiment à l'extérieur. Ces travaux s’inscrivent dans un grand plan d'embellissement de la ville engagé depuis le milieu du (jardins de la Fontaine dès 1740–1750). Ce plan prévoit également la destruction des remparts médiévaux de la vieille ville afin de créer boulevards et promenades du tour de ville. La période révolutionnaire porte un coup d'arrêt provisoire à ces travaux. Ils reprennent à la suite du décret impérial du .

L'intégralité du monument est finalement dégagée de ses constructions anachroniques en 1812. Il faut attendre la seconde moitié du , sous le Second Empire, pour qu'une vaste campagne de réhabilitation, voire de restauration importante de certaines parties, soit réalisée (notamment sous la direction de l'architecte Henri Révoil).

Recherches archéologiques Paul-Marie Duval a dirigé les fouilles des arènes de Nîmes de 1961 à 1969.

Aménagements et restauration contemporaine Entre la fin des et le début des , les arènes étaient recouvertes en hiver d'un toit démontable translucide, surnommée la bulle, permettant la tenue d’événements sportifs disputés en salle.

Depuis 2009, une restauration des arènes a été mise en œuvre« Restauration des arènes », www.nimes.fr. Elle concerne les façades extérieures du monument et les gradins. En 2022, ce sont au total quinze travées qui ont retrouvé leur éclat d'origine. L'opération devrait se poursuivre jusqu'en 2034.

Le parvis des arènes a également été entièrement réaménagé en 2007, dans le cadre du projet Arènes - Esplanade - Feuchères. Sur ce nouveau parvis, inauguré lors d'une cérémonie présidée par la comédienne gardoise Bernadette Lafont, on peut admirer la statue en bronze du matador , gravement blessé dans les arènes d'Arles en 1989.

Les arènes contemporaines Un monument antique ouvert à la visite Depuis 2021, le site est géré en délégation de service public par Edeis ; une nouvelle visite offre aux touristes du monde entier la possibilité de découvrir l'histoire de l'amphithéâtre de Nîmes, grâce à un audioguide en sept langues, des panneaux pédagogiques illustrés et deux espaces muséographiques : le premier sur le vestiaire des gladiateurs (présentation de fac-similé d'armes, de casques que les visiteurs peuvent toucher, extraits de film, théâtre optique) et le second sur l’histoire du taureau depuis l’antiquité.

Pour les personnes malvoyantes, de la documentation en braille ainsi qu’en gros caractères est proposée. De même, sur le parcours de visite, une maquette tactile des arènes permet de faire découvrir les détails de son architecture au . Un audioguide en audiodescription est à disposition à l'accueil des arènes.

Pour les personnes malentendantes, l'accueil visiteur est équipé de boucles d'induction magnétique (BIM) pour faciliter le parcours des personnes malentendantes. De plus, une visite gratuite, en langue des signes sur une tablette, est mise à disposition à l’accueil sur simple demande.