Auguste Maquet, né à Paris le et mort à Sainte-Mesme le , est un romancier et dramaturge français, connu surtout pour sa collaboration avec Alexandre Dumas.
Biographie Aîné de huit enfants, Maquet naît à Paris, rue Quincampoix, dans une famille aisée. De 1821 à 1830, il est élève du lycée Charlemagne, où il a pour condisciples Théophile Gautier et Gérard de NervalCorinne Bayle, Gérard de Nerval, la Marche à l'étoile, Éditions Champ Vallon, 2001, 19-20, . et devint en 1831, à dix-huit ans, un professeur suppléant d'histoire.Le Correspondant, 1888, volume 150, partie 1, 350.. Docteur ès lettres, il se destine à l'enseignement, mais il est recalé à l'agrégation de lettres en 1832., puis il abandonne l'Université vers 1835 pour se lancer dans une carrière littéraireDumas et les Mousquetaires - Histoire d'un chef-d'œuvre, Simone Bertière, Éditions du Fallois, 2009, à la page 115..
Il se dirige vers la littérature indépendante, il publie poésies et nouvelles dans les journaux, qui le mettent en rapport avec les jeunes écrivains de l'époque. Pour le théâtre, il écrit d'abord L'Expiation ; la pièce est reçue mais non jouée.
Lié avec Théophile Gautier, il fait partie de la camaraderie du Bousingot ou Petit-Cénacle (1830), le groupe des romantiques de la seconde génération, sous le nom d’« Augustus Mac-KeatCharles Augustin Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, Paris, Michel Lévy frères, 1866, tome VI, 278.Corinne Bayle, Gérard de Nerval, la Marche à l'étoile, 55.Assassins, hors-la-loi, brigands de grands chemins : Mémoires et Histoires de Lacenaire, Robert Macaire, Vidocq et Mandrin, Éditions Complexe, 1996, 1183 , présentation de Michel Le Bris, 22.Sous ce nom « irlandisé », il a publié plusieurs poèmes dans des journaux et revues. Sous le pseudonyme de « Paul L'Édile », il a également publié des articles dans la Revue municipale. Voir Georges d'Heylli, Dictionnaire des pseudonymes, Georg Olms Verlag, 1977, 599, 135 . », et compose quelques essais avec Gérard de NervalLes deux hommes ont eu un projet d'adaptation du conte La Main enchantée pour le théâtre en 1850. Voir Corinne Bayle, Gérard de Nerval, la Marche à l'étoile, 55.. C'est par ce dernier qu'il fit la connaissance d'Alexandre Dumas en , probablement le 8 : le drame Un soir de carnaval, refusé, est remanié par Dumas à la demande insistante de Nerval. Rebaptisée Bathilde, la pièce est jouée au Théâtre de la Renaissance le 14 janvier 1839.
Maquet remet à Dumas Le Bonhomme Buvat, nouvelle sur la conspiration de Cellamare que la Revue des deux Mondes avait refusée ; remaniée par Dumas, la nouvelle devient le roman Le Chevalier d'HarmentalFerdinand Hoefer (dir.), Nouvelle biographie générale, Paris, Firmin Didot frères, 1860, tome 33, pp. 343-345., publiée en feuilleton dans Le Siècle. La collaboration des deux écrivains est effective à partir de 1843 et jusqu'en 1851. Outre l'écriture de dix-sept romans et de plusieurs adaptations théâtrales, ils font ensemble un voyage en Espagne et en Afrique du Nord en 1847.
La Révolution de 1848 ayant précipité la faillite financière d'Alexandre Dumas, ce dernier doit alors à Maquet plus de cent mille francs. Si elle est envisagée dès 1850, la collaboration des deux auteurs prend effectivement fin avec le départ de Dumas pour Bruxelles en décembre 1851. Un procès oppose Maquet à Dumas : Maquet demande à être déclaré coauteur des œuvres écrites avec Dumas et à recevoir la moitié des droits d'auteurs qui s'y rapportent ; il est débouté le 3 février 1858.
Maquet poursuit alors seul sa carrière littéraire. Il est pendant plus de douze années président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. Officier de la Légion d'honneur depuis 1861, il est candidat en 1881 à l'Académie française..
Il meurt le dans son château de Sainte-Mesme, gagné, comme il le disait gaiement, avec sa seule plume. Il est enterré au cimetière du Père-LachaiseVisite virtuelle du Père-Lachaise. à Paris.
Une rue du , entre le boulevard Murat et le boulevard Exelmans, lui rend hommage.
Ses frères Hector et Charles Maquet sont les fondateurs de la papeterie et maroquinerie de luxe Maquet.
Collaborateur ou prête-plume littéraire ? vignette|redresse|gauche|Auguste Maquet. Lithographie de C. Faber, 1847. La part d'Auguste Maquet dans la collaboration qui l'unit à Alexandre Dumas a fait l'objet de controverses.
Le pamphlet de Mirecourt L'un des premiers à accuser Dumas de sous-traiter l'écriture de ses romans est Charles Jean-Baptiste Jacquot. En février 1845, il publie sous le pseudonyme d'Eugène de Mirecourt un pamphlet intitulé Fabrique de romans : Maison Alexandre Dumas et compagnie. Il y désigne Auguste Maquet comme « le plus fécond, le plus habile » des collaborateurs de Dumas.
Le pamphlet rapporte notamment l'anecdote suivante :
Le 14 avril 1845, Mirecourt est toutefois contraint d'avouer que l'anecdote était fausse :Je dois déclarer apocryphe l'histoire des QUE relative à M. Auguste MaquetLettre publiée dans Le Courrier français le mercredi 16 avril 1845 ; citée dans ..Attaqué en justice en mars 1845, Mirecourt est condamné pour diffamation le 16 avril. Néanmoins, son pamphlet a porté la méthode de travail de Dumas dans le débat public. Ainsi, Balzac écrit à à propos du contenu du pamphlet : « C'est ignoblement bête ; mais c'est tristement vrai ! et comme en France, on n'écoute pas les bêtes et qu'on croit bien plus à une calomnie spirituelle qu'à une vérité sottement articulée, cela fera peu de tort à DumasCité par .. »
Dans sa chronique judiciaire du , le Feuilleton du journal de la librairie décrit, à l'occasion d'une autre affaire, un jugement du tribunal de commerce :, libraire-éditeur, rue des Mathurins-St-Jacques, a publié, en mars 1845, des prospectus et un catalogue dans lesquels il annonce, entre autres ouvrages édités par lui : Deux trahisons, 2 vol. in-8o, et le Beau Dangènes, 2 vol. in-8o, par Auguste Maquet, auteur du Chevalier d'Harmental et des Trois Mousquetaires.
M. Baudry, autre éditeur, et qui a acheté de le droit de publier un certain nombre d'exemplaires des Trois Mousquetaires, a assigné devant le tribunal de commerce, pour voir dire qu'il lui sera fait défense d'attribuer à les œuvres de , et pour s'entendre condamner à de dommages-intérêts.
est intervenu dans l'instance, et a conclu à 2,000 fr. de dommages-intérêts.
Le tribunal [...] a rendu le jugement suivant :
» Attendu […] que Recoules […] a donc commis une mauvaise action qui doit porter préjudice et à Baudry et à Alexandre Dumas [...]
» [le tribunal] fait défense à Recoules, sous peine de par chaque contravention, d'insérer ou publier que le sieur Maquet est l'auteur des Trois Mousquetaires et du Chevalier d'Harmental [...].
Procès de Maquet contre Dumas Lorsque survient le désastre financier d'Alexandre Dumas, Auguste Maquet attaque ce dernier en justice d'abord pour impayé, et ensuite pour récupérer ses droits d'auteur sur les œuvres auxquelles il avait collaboré. Il s'en explique lors des audiences du et devant le tribunal civil de la Seine. Il est considéré comme un simple créancier et, moyennant la somme de payables en onze ans, il renonce à mettre son nom à côté de celui d'Alexandre Dumas sur les livres qu'ils ont écrits ensemble.
À l'occasion de ce procès, les deux auteurs sont amenés à présenter leur version des faits et plusieurs lettres sont citées devant le tribunal civil. Deux longs comptes-rendus sont publiés dans la Gazette des TribunauxIls sont reproduits dans ., citant notamment de nombreuses lettres.
Études et témoignages Pour Joseph-Marie Quérard, bibliographe contemporain des deux auteurs, plusieurs ouvrages ou passages sont du seul MaquetJoseph-Marie Quérard, Les supercheries littéraires dévoilées. Galerie des auteurs apocryphes, supposés, déguisés, plagiaires et des éditeurs infidèles de la littérature française pendant les quatre derniers siècles, Paris, L'éditeur, 1847, 1, 419-584. Selon lui Auguste Maquet est « le principal, sinon l'unique, auteur du roman Les Trois Mousquetaires » (p. 474). De même, il rapporte que, selon Eugène de Mirecourt, Le Chevalier d'Harmental et Sylvandire sont l'œuvre du seul Maquet (502-503). En revanche, Le Comte de Monte-Cristo aurait été rédigé par Fiorentino pour la première partie et par Maquet pour la seconde (507). Pour Le Bâtard de Mauléon, Maquet doit achever tout seul le roman, Dumas n'ayant pas écrit les deux derniers des huit volumes prévus (515).. En revanche, pour Fernand Chaffiol-Debillemont, « Dumas avait seul conçu le plan, dessiné les personnages ; bref il avait été l'architecte de l'édifice dont Maquet ne fut que le maçon. Et la page une fois composée, il y apportait les retouches définitives qui vivifiaient la prose languissante du bon Maquet ; la verve, l'éclat, l'esprit sont bien de sa plumeFernand Chaffiol-Debillemont, Petite suite excentrique, Mercure de France, 1952, 178.». De même, pour Alain Decaux, « comme pour les peintres de la Renaissance, il faut que l'on prépare tes fresques mais à la fin celui qui tient la plume, c'est toiDiscours prononcé par Alain Decaux lors du transfert des cendres d’Alexandre Dumas au Panthéon, 30 novembre 2002.. »
Dans cette vision, le travail d'Auguste Maquet consistait à rédiger une première copie à partir de ses connaissances historiques. Ensuite, celle-ci était réécrite par Alexandre Dumas, qui ajoutait son style romanesque. Simone Bertière, étudiant le manuscrit du travail que Maquet fournit pour Les Trois Mousquetaires, constate qu'un passage occupant douze pages sous la plume de Maquet, en occupait soixante-dix après la réécriture de DumasPréface et annotations à Vingt Ans après, La Librairie générale française, 1989..
vignette|redresse|Auguste Maquet. Caricature par Nadar, 1854. Cependant, certains éléments montrent qu'au moins certaines parties étaient reprises sans aucune modification de la part de Dumas. Il y a par exemple une lettre de Matharel de Fiennes à Auguste Maquet :
Gustave Simon a publié des documents qui, selon lui, établissent que des feuilletons entiers étaient de la main du seul Maquet, aussi bien pour Le Vicomte de Bragelonne que pour Ange PitouGustave Simon, Histoire d'une collaboration, Alexandre Dumas et Auguste Maquet. Documents inédits, portraits et fac-similés, Paris, Éditions Georges Crès & Cie, 1919, 204.. Maquet est l'auteur du dernier chapitre du Vicomte de Bragelonne, qui met en scène la mort de d'Artagnan. Louis Perrée, le directeur du Siècle, trouvant que Dumas avait terminé le roman trop abruptement, commanda à Maquet un dernier chapitre pour clore définitivement l'histoire. Maquet écrivit le chapitre, puis l'envoya à Dumas, qui le remania. On constate à la lecture de ce chapitre, que Dumas n'en a pas retouché les premières pages, mais qu'il en a refondu toute la deuxième moitié, lui infusant ainsi un peu de vie. La différence de style est assez apparente pour qu'il soit possible de faire la part de ce qui revient à chacun.
La Revue du monde catholiqueRevue du monde catholique, volume 15, . résume la situation dans son résumé de Critiques et Croquis, une œuvre d'Eugène Veuillot :
La relation d'Auguste Maquet avec Alexandre Dumas est le thème du film L'Autre Dumas réalisé par Safy Nebbou et de la pièce de théâtre Signé Dumas co-écrite par Cyril Gély et Eric Rouquette.
Œuvres collectives Dumas-Maquet
Romans
Le Chevalier d'Harmental (1842) Sylvandire (1843) Les Trois Mousquetaires (1844) Le Comte de Monte-Cristo (1844-1845) Vingt ans après (1845) La Reine Margot (1845) Une fille du Régent (1845) Le Chevalier de Maison-Rouge (1845-1846) La Guerre des femmes (1845-1846) Joseph Balsamo (1845-1848) La Dame de Monsoreau (1846) Le Bâtard de Mauléon (1846-1847) Les Quarante-cinq (1847-1848) Le Vicomte de Bragelonne (1848-1850) Le Collier de la reine (1849-1850) La Tulipe noire (1850) Ange Pitou (1851) Olympe de Clèves (1851-1852) Ingénue (1854) Théâtre
Œuvres de Maquet Auguste Maquet a écrit seul :