Comnène (en grec byzantin : ), né le et mort en octobre 1183, est un empereur byzantin de 1180 à 1183. Fils de et de Marie d'Antioche, il épouse en 1180 Agnès de France, fille de et d'Adèle de Champagne et rebaptisée Anna.

est couronné co-empereur deux ans après sa naissance et succède à son père quelques mois après son mariage. Sa mère, Marie d'Antioche, assume la régence avec le protosébaste Alexis Comnène, neveu de . Leur régime favorise à tel point les marchands italiens et l'aristocratie du palais que le mécontentement populaire permet à Andronic Comnène, un autre membre de la maison Comnène, de fomenter une révolution qui chasse la régence à la suite du massacre des Latins de Constantinople. Affectant la plus parfaite loyauté à l'endroit de l'empereur, Andronic fait couronner Comnène une deuxième fois le . D'un caractère faible, surtout porté vers les plaisirs, l'adolescent est totalement sous la coupe d'Andronic, y compris en condamnant à mort sa propre mère l'année suivante. En , se fait couronner co-empereur, puis, n'ayant plus besoin d', fait étrangler celui-ci deux mois plus tard. Par la suite, plusieurs personnages prétendent être pour revendiquer le trône.

Sources Né une dizaine d'années avant et membre de la petite noblesse, Nicétas Choniatès est la principale source de référence pour la période 1118-1206. D'abord fonctionnaire dans la région de la mer Noire, il revient par la suite à Constantinople. Retiré de la vie publique durant le règne d', il reprend du service lors de l'avènement d'. Après la chute de Constantinople aux mains des croisés, il s'enfuit à Nicée à la suite de l'empereur . C'est là qu'il complète son Histoire des temps (Chronike diegesis) en 21 volumes. Celle-ci commence là où s'achève le récit d'Anne Comnène et retrace en détail l'histoire des troisième et quatrième croisades. Il y rédige également une autre œuvre, moins importante, « Sur les statues détruites par les Latins ».

Succession de Comnène

vignette|redresse=1.3|alt=Carte représentant en rouge l'aire dominée par l'Empire byzantin|L'Empire byzantin en 1180. thumb|L'Empire byzantin en 1180. Sous , toute la côte méridionale de l'Anatolie, Chypre et une partie des Balkans ont été perdus. Le règne de (1143-1180) avait marqué l'apogée de la « restauration Comnène ». En 1161, il avait épousé en secondes noces Marie d'Antioche, sœur du prince et fille de Raymond de Poitiers. Étrangère et première Latine à régner à Constantinople, celle-ci ne fut jamais acceptée ni par la famille Comnène ni par le peuple de Constantinople. Manuel, alors au sommet de sa puissance, en paix avec les Normands et l'empereur du Saint-Empire Frédéric Barberousse, avait signé une trêve avec l'émir d'Alep Nur ad-Din et avec le sultan Seldjoukide qui s'étaient reconnus vassal de l'Empire. Il voulut profiter de la mort du roi pour mettre au pas ce pays qui, avec la Serbie, constituaient une source constante d'agitation et les forcer à rendre à l'Empire la région de Smyrne et la Dalmatie. Deux prétendants au trône s'affrontaient : qui, en tant que collatéral le plus âgé, était reconnu par la loi comme le prétendant légitime et , fils de . Lorsqu' l'emporta l'année suivante, conclut avec lui un traité en fonction duquel le jeune frère de celui-ci, Béla de Hongrie, serait envoyé à Constantinople et fiancé à Marie Comnène, fille du basileus. Ayant reçu le titre de despote et Manuel n'ayant pas d'héritier mâle, il serait appelé à lui succéder, réunissant ainsi la Hongrie à l'Empire. percevait les intentions de Manuel, et, s'il accepta d'envoyer Béla à Constantinople, il retint son apanage, c'est-à-dire Smyrne et la Dalmatie. Une guerre de six ans s'ensuivit au terme de laquelle Manuel parvint à reconquérir ces deux territoires.

thumb|alt=Manuel .|left| Comnène, père d' Comnène.

naquit le et remplaça alors Béla comme héritier légitime. Ce dernier fut rétrogradé au rang de césar et ses fiançailles avec Marie rompues. Il demeura cependant à la cour de Constantinople et épousa Agnès d'Antioche, demi-sœur de l'impératrice. Un nouveau conflit aurait pu éclater après qu'Alexis eut été couronné co-empereur en 1171. Cependant, mourut en 1173, une délégation hongroise vint alors demander que Béla retourne à Budapest pour lui succéder. accepta à condition que Béla lui jura de maintenir les intérêts de Constantinople, se comportant ainsi en véritable suzerain. Les relations avec la Hongrie devaient continuer à occuper une place importante pendant le court règne d'.

mourut le alors que son fils n'avait que onze ans. Quelques mois auparavant, afin de compléter sa réconciliation avec roi des Francs, il avait marié le jeune Alexis à la fille de le Jeune, Agnès de France, elle-même âgée de neuf ans. En cas de minorité, il avait confié la régence à Marie d'Antioche à condition que celle-ci prenne l'habit monastique. Obéissant aux volontés de son époux, Marie revêtit la mandya et prit le nom de « Xena », l'étrangère. Ceci ne l'empêcha nullement toutefois de continuer à vivre au palais et de prendre un amant, le protosébaste Alexis Comnène, neveu de Manuel et oncle de la reine de Jérusalem, avec qui elle continua à diriger les affaires de l'État. Si les succès militaires de compensaient aux yeux des Byzantins son penchant pour tout ce qui venait d'Occident, ils n'avaient pas la même tolérance pour son épouse qui, en plus d'être latine, avantageait les marchands italiens et francs lesquels, en vertu des privilèges qui leur avaient été accordés, menaient une concurrence jugée déloyale aux marchands locaux.

Rapidement, une conspiration ourdie par des membres de la famille Comnène se forma autour de la fille de Manuel, Marie Comnène et de son mari Rénier de Montferrat. Le but était probablement d'assassiner le protosébaste et de permettre aux membres de la famille d'exercer la régence au nom d'. Dénoncés, Marie et Rénier se réfugièrent à Sainte-Sophie sous la protection du patriarche Théodose le Boradiote, de mercenaires géorgiens et italiens ainsi que de gens du peuple. Ils y demeurèrent deux mois marqués par une agitation toujours plus vive. Finalement, ils consentirent à se rendre moyennant une amnistie accordée par la régence. Le patriarche, pour sa part, fut envoyé en exil provoquant un nouveau soulèvement. Faisant à nouveau preuve de faiblesse, la régence lui permit de revenir en grande pompe à Constantinople : [Faisant remarquer que Marie était elle-même mariée à un Latin, Harris met en doute l’existence d’un véritable sentiment antilatin à Constantinople, soulignant davantage la haine de la famille Comnène à l’endroit des étrangers, jalousie que partageait sans doute Nicolas Choniatès dont le témoignage n’est pas toujours impartial]..

Guerres contre de Hongrie et thumb|upright|alt=Béla III de Hongrie.|Le roi , grand ami de , se hâta de reprendre la région de Smyrne et la Dalmatie à la mort de ce dernier.

Pour sa part, ne semblait montrer aucune disposition pour le pouvoir. Nicétas Choniatès le décrit comme :

Devant la faiblesse de la régence, que ne retenait plus son amitié personnelle pour , se hâta de reprendre la Dalmatie, la plus grande partie de la Croatie et la région de Smyrne en 1181. En 1183, avec l'aide du grand joupan Stefan Nemanja de Serbie, il attaqua l'Empire : Belgrade, Braničevo, Niš furent conquises et pillées. En Asie mineure, réussit à couper le lien entre l'Empire et la côte en s'emparant de Cotyaeum (aujourd’hui Kütaya) en Phrygie, de Sozopolis en Pisidie, et se rendit jusqu'à Antalya, pendant que le roi d'Arménie, , s'avançait en Cilicie byzantine.

Usurpation d' Comnène

Andronic Comnène entra alors en scène. Fils d'Isaac Comnène le frère de , il avait été élevé à la cour du sultan d'Iconium en compagnie de son cousin germain, le futur empereur Comnène avec qui il se brouilla à maintes reprises. Contrairement au futur empereur, il détestait autant la noblesse féodale que l'esprit pro-occidental régnant à la cour. Esprit cultivé, excellent soldat, fin courtisan, c'était aussi un homme dénué de tout scrupule, avide de pouvoir et fort ambitieux. Sa liaison avec la sœur de la maîtresse du basileus lui avait valu d'être écarté de Constantinople et envoyé comme duc de Cilicie en 1151. Convaincu de complot contre l'empereur, il avait abouti en prison en 1154 d'où il s'était échappé pour trouver refuge à la cour du grand prince . Réconcilié une première fois avec Manuel, il retrouva son poste de gouverneur de Cilicie, mais ne tarda pas à le perdre à nouveau par son inconduite. Commença alors une vie errante qui le conduisit à Beyrouth, Damas, Bagdad, Mardin puis Erzerum. Réconcilié à nouveau avec , peu avant la mort de celui-ci, il revint à Constantinople, lui jurant fidélité éternelle ainsi qu'à son fils Comnène. Autant par sagesse politique qu'en raison du scandale que représentait la liaison d'Andronic avec la cousine de celui-ci, la reine Théodora Comnène, veuve du roi , avec qui il avait eu deux enfants, Manuel l'éloigna de la capitale et en fit le gouverneur de la province du Pont sur la mer Noire.

thumb|alt=Mort d'Andronic Ier.|left|Au cours de son règne, Comnène tenta de réformer l'administration en profondeur. Mais ne connaissant d'autre méthode que la violence, il sera rapidement renversé et littéralement mis en pièces par la population de Constantinople.

C’est là qu'Andronic apprit le décès de et l'hostilité grandissante dont la régence faisait l'objet.

Il commença par envoyer une lettre à l'empereur et au patriarche pour dénoncer les abus de la cour et les pouvoirs du protosébaste. Puis, en , sentant le moment venu d'entrer en action, il marcha sur Constantinople avec une petite armée. Les troupes envoyées par la régence et commandées par Andronic Doukas Ange pour lui barrer la route auraient dû s'avérer suffisantes pour arrêter sa marche. Toutefois, il parvint à les défaire près de Nicomédie, à la suite de quoi les troupes d'Andronic Doukas Ange se rallièrent à lui tout comme l'amiral de la flotte impériale, Kontostephanos, en Chalcédoine. Désormais en position de force, il rejeta le compromis offert par le protosébaste, fit arrêter celui-ci, le fit jeter en prison et quelque temps après le fit aveugler. Il exigea également l'entrée définitive de Marie d'Antioche dans un couvent. En mai, le peuple de Constantinople qui s'était entre-temps rallié à donna libre cours à la fureur accumulée depuis des années contre les Génois et les Pisans. Nombre de ceux-ci s'étaient déjà enfuis à l'approche des troupes d'. Ceux qui restaient furent assassinés. Les rescapés qui réussirent à atteindre la Syrie répandirent des récits d'horreur, comme celui de l'hôpital des chevaliers de Saint-Jean où les malades furent tués dans leur lit, ou celui du légat papal décapité par la foule dont la tête fut attachée à la queue d’un chien, y mêlant les accusations habituelles de schisme et de collusion avec le monde musulman. Il n'en fallait pas moins pour unir contre Constantinople les cours européennes, la papauté et les royaumes latins détruisant ainsi le potentiel de bonne volonté accumulé par .

vignette|Le supplice d'. Miniature du . BnF Ms 2630.