Jacques-Charles de Berwick, duc de Fitz-James (, Paris - , Paris), petit-fils du maréchal de Berwick, est un général français.
Une carrière militaire classique sous l'Ancien Régime
La maison de Fitz-James C'est une famille noble d'origine anglaise, naturalisée française en 1703 à partir du maréchal de Berwick, fils naturel de James Stuart, roi d'Angleterre et d'Écosse sous le nom de Jacques II, qui a trouvé refuge en France en 1689 après avoir été détrôné par Guillaume III d'Orange. gauche|vignette|Régiments irlandais de Dillon, Berwick et Walsh (Nicolas Hoffmann 1740-1823). vignette|Esquisse du château de Fitz-James illustrée par le commentaire de Dubin en 1852. Une brigade irlandaise est alors créée en France, constituée de volontaires irlandais jacobites répartis sur plusieurs régiments. C’est dans le régiment d'infanterie de Berwick que les Fitz-James exercent leur carrière militaire. Au fil du temps, si les officiers sont toujours d’origine irlandaise, la troupe est nettement plus hétéroclite. Vers 1789, ce sont, à part 20% d’Anglais, des soldats mercenaires de toutes nations, en majorité, des Pays-Bas et d’Allemagne. Quand la paix règne - c’est le cas entre 1775 et 1790 - le régiment de Berwick est cantonné principalement dans le nord et dans l’ouest de la France et change régulièrement de garnison. Les municipalités qui ont l’obligation de loger et de nourrir les régiments le font de mauvaise grâce. Il arrive que le régiment soit emmené et passé en revue sur les terres acquises par feu M. le maréchal de Berwick dans l'Oise comme l'atteste le récit qui accompagne l'esquisse du château.
La carrière de Jacques-Charles de Fitz-James Fils du duc Charles de Fitz-James, maréchal de France, et petit-fils du maréchal de Berwick, il est destiné tout naturellement à la carrière des armes. Cornette au régiment de Fitz-James cavalerie en , il est promu mestre de camp en 1759 avant de devenir colonel propriétaire du régiment de Berwick en 1763, brigadier des armées du roi en 1769 et maréchal de camp le . Officier du Grand Orient de France et Pair de France, il est le dernier gouverneur du Limousin en survivance de son père le et en titre le Jean Duquesne Dictionnaire des gouverneurs de Province Éditions Christian Paris 2002 73.. À son décès, il devient le de Fitz-James. Contrairement à son fils naturel Jacques-Charles-Aimé Fitz-James, qui sert la Grande Armée et reçoit la légion d'honneurBase Léonore, cote LH/2784/118 Fitz-James, Jacques-Charles-Aimé, il ne reçoit aucune distinction militaire. Tout ce qu'il est et tout ce qu'il a, il le tient de ses aïeux : les titres, les charges, les terres et la fortune.
La vie privée du duc de Fitz-James
Un libertin vignette|Marie-Madeleine Dubois (1746-1779). vignette|Remise des clés par Carmontelle, chargé de l'aménagement du parc de Monceau, au duc de Chartres. Jacques-Charles de Fitz-James fait partie de la jeunesse dorée qui participe aux soirées libertines du duc de Chartres données en sa petite maisonLa folie de Chartres (aujourd’hui à l’emplacement du parc Monceau) aménagée pour servir de cadre à l’amour et aux fêtes libertines les plus somptueuses.. Quand le duc de Chartres reçoit à souper ses compagnons de débauche, on illumine les serres, tous les salons, tous les appartements et les guirlandes de fleurs, entremêlées de lampions, forment feston d'arbre en arbre. Les invités masculins sont le prince de Guémené, les ducs de Fronsac, Lauzun et Conflant, le marquis de Clermont, le comte de Coigny. Les invitées féminines sont de jeunes femmes belles et ardentes, principalement des danseuses de l'Opéra et des actrices de la Comédie Française. M. de Fitz-James s’amourache de Marie-Madeleine Dubois, fille de Louis Blouin dit Dubois, également comédien à la Comédie Française. On la dit une des plus jolies actrices de Paris, grande, bien faite, bien élevée par ses parents selon un rapport de police de 1759, sauf que le duc de Fronsac s’introduit chaque matin chez elle, travesti en limonadier, pour lui apporter son chocolat. Le duc de Fitz-James va jusqu’à lui faire un enfant, baptisé le A.N. registre des tutelles, Y49 58 B, à qui il donne son nom, en plus d'une rente et en 1787, d'une charge d'archer garde de la connétablieA.N. registre des tutelles Y 51 152 A. Ce dernier préfère s'installer limonadier dans une galerie du Palais-RoyalA.N. MC/ET/XXXVII/873: Inventaire après décès le 14 juillet 1814 de Jacques-Charles Fitz-James devant Me Louveau. La famille du marquis juge qu’il est temps de le marier, l’occasion rêvée pour le duc de Chartres d'organiser un souper appelé le souper des veuves à sa petite maison avec dans l’assistance, les maîtresses de ce prince et de différents seigneurs mariés ou sur le point de se marier.
« Tout est tendu de noir. Les femmes sont en habit de deuil, les hommes de même. Les flambeaux de l'Amour s'éteignent et se trouvent remplacés par les flambeaux de l'Hymen. Ces deux dieux sont dans une rivalité continuelle à cette fête : en un mot tout y caractérise le tombeau des plaisirs et l'empire de la raison.»
Huit jours avant son mariage, le duc de Fitz-James dit au prince : thumb|La duchesse de Fitz-James, née Marie de Thiard de Bissy.« Monseigneur, je veux être honnête homme ; je veux bien vivre avec ma femme ; je quitte ma petite maison, et je renonce aux filles. — Cela est fort bien fait, mon cher Fitz-James, lui répondit le prince, mais les noces ne sont que dans huit jours. Il faut que tu viennes après-demain souper à ma petite maison avec moi, pour y faire tes adieux à nos coquines. — Cela est juste, répartit M. de Fitz-James, j'aurai l'honneur de m'y rendre. Le jour marqué, il part effectivement après l'opéra. Il est reçu d'abord par un valet de chambre en pleureuse. Il monte, il trouve l'antichambre tendue de noir, la chambre en noir, et trois demoiselles en crêpe et dans le plus grand deuil des veuves. Pour consoler ces pauvres affligées, ces messieurs firent un souper très gaillard, qu'ils poussèrent bien avant dans la nuit. »
Le couple Thiard-Fitz-James gauche|vignette|Plans, coupes et élévations de l'hôtel du comte de Saint-Florentin situé sur la place Louis XV à Paris. gauche|vignette|Le château de Maillebois. vignette|Voyage particulier de M. Charles en machine aérostatique le . gauche|vignette|Dernière lettre de la reine Marie-Antoinette à sa dame du Palais, de Fitz-James. Le marquis épouse à l'âge de 25 ans, le , Marie-Claudine-Sylvie de Thiard qui a tout juste . Elle est la fille unique d’Henri de Thiard de Bissy et d’Anne-Elisabeth Brissard, fille du fermier général du même nom. Même si trois enfants naissent de leur union, Henriette-Victoire en 1770, Charles-Jean en 1773 et Edouard en 1776, le ménage ne vit pas dans la meilleure harmonie. Son mari la trompe à tours de bras. Elle va se consoler de ses infidélités conjugales dans les bras d’un jeune homme rencontré dans la cathédrale de Reims lors du sacre de Louis XVI. Qui est le jeune amant ? Forcé à être ecclésiastique, il sort du séminaire Saint-Sulpice. C’est le futur Talleyrand. Dans ses Mémoires, il écrira : « C’est du sacre de Louis XVI que datent mes liaisons avec plusieurs femmes que leurs avantages dans des genres différents rendaient remarquables et dont l’amitié n’a pas cessé un moment de jeter du charme sur ma vie. » de Fitz-James le partage avec ses amies, la duchesse de Luynes et la vicomtesse de Laval. C’est que de Fitz-James est à l’époque une belle jeune femme, dame du palais de la reine Marie-Antoinette de jusqu’à la révolution. Elle mène avec son mari la vie fastueuse des aristocrates bien en cour. À la campagne, ils possèdent deux châteaux, celui de Fitz-James dans l’Oise et celui de Maillebois dans l’Eure-et-Loir. À Paris, ils ont acquis en 1777 l’hôtel de Saint Florentin moyennant . La vie est légère. C'est l'époque où Jacques Charles expérimente son ballon à hydrogène qui s’envole du Champ de Mars et parcourt jusqu’à Gonesse, où le duc de Fitz-James et le duc de Chartres dressent le procès-verbal de son arrivée. Cependant les dettes s’accumulent et atteignent un montant de si bien que l’hôtel de Saint-Florentin doit être vendu à la duchesse de l’Infantado. Le couple part habiter au château du Louvre. La Révolution gronde, devient réalité et leur fait craindre le pire. Le , alors que le couple est séparé de biens, le duc cède toute sa fortune à sa femmeA.N. MC/ET/LVI/369: mobilier, duché de Fitz-James, domaine de Maillebois, rentes. La duchesse, encouragée par la reine, prend la route de l’exil et trouve refuge à Parme. Son projet initial était de rejoindre à Rome le cardinal d’York, cousin éloigné de son mari. La reine, au retour de Varennes, lui envoie le sa dernière lettre. Le duc, fidèle au roi, part rejoindre l’armée des Princes, de l’autre côté du Rhin. Un an avant, le , est né d'une liaison avec Anne Bibiane Beauvaland un deuxième fils illégitime, Charles-Jacques-Aimé, qui fera honneur à son nom en embrassant une brillante carrière militaire sous Napoléon.
L'émigration
En Allemagne gauche|vignette|Lettre du général Olivier Harty qui brigue la légion d'honneur et relate son intervention à Wissembourg. Le duc de Fitz-James est bien amer du fait que l’ordonnance de l’Assemblée nationale du renomme non seulement son régiment irlandais de Berwick, le d’infanterie, mais lui en ôte la propriété. Par un singulier concours de circonstances, le régiment a changé de cantonnement en 1791 et se retrouve à Landau, la partie allemande des États du cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg. Landau est situé en plein Pays de Bade, non loin de Coblence. M. de Fitz-James après avoir informé les princes de son arrivée, par l’intermédiaire du lieutenant-colonel, comte de O' Mahony prend la route de la frontière, le . Arrivé à la garnison, il fait tout pour persuader officiers et soldats de déserter et de reconstituer le régiment de Berwick au service des princes à Coblence. Lorsque les commissionnaires arrivent pour leur faire prêter serment, ils se heurtent au refus d’une majorité d’officiers et d’une partie des soldats. Les versions diffèrent : selon les uns, le duc s’échappe de nuit de Landau avec et une majorité d’officiers. Selon d’autres, les soldats en route pour Wissenbourg sortent de la colonne et crient « Vivent le roi et les princes » et affluent sur Ettenheim. M. de Fitz-James passe sous silence les qui sont restés fidèles à leur serment et qui ont fait leur entrée à Nancy le avec les drapeaux et la caisse, emmenés par le capitaine Olivier Harty qui ne veut pas déserter le pays qui l'a accueilli.
Le duc de Fitz-James espère que son exemple sera suivi par d’autres, tout comme les officiers français réunis à Coblence qui écrivent le au comte de Provence et au comte d’Artois :
« Monseigneur, les officiers, bas-officiers, grenadiers et soldats du régiment irlandais de Berwick, remplis des sentiments d’honneur et de fidélité qui sont héréditaires en eux, supplient Monseigneur de mettre aux pieds du roi le dévouement qu’ils font de leur vie pour le soutien de la cause royale et d’employer leurs armes avec confiance dans les occasions les plus périlleuses. »
Le colonel-propriétaire de Berwick écrit de son côté à ses amis la lettre suivante :