Lhabitat, dans le domaine de l'écologie, en premier lieu le milieu de vie d'une espèce ou d'une population d'une espèce, voire d'un groupe d'espèces symbiotes ou vivant en guilde (« habitat d'espèce »). Il peut varier en fonction du stade de développement, de la période de l'année Certains auteurs estiment qu'un habitat, parce qu'il évolue, n'implique pas une viabilité à long terme pour l'espèce qui y vit, mais au moins une viabilité à court terme Daniel K. Rosenberg, Barry R. Noon et E. Charles Meslow, « Biological Corridors: Form, Function, and Efficacy », BioScience, , , 1997, ..
Cette acception est utilisée pour la première fois par Carl von Linné en 1753 dans son ouvrage Species plantarum. Le concept évolue ensuite pour désigner un type d'environnement, généralement décrit par ses caractéristiques végétales, hébergeant une biocénose particulière (« habitat naturel »). Il se rapproche alors des notions d'écosystème et de paysage. Le concept est parfois confondu avec celui de biotope (comme dans le nom du référentiel européen « Corine Biotopes »).
Définition
Un habitat est généralement défini en tant qu'habitat d'espèce, ou par rapport à une biocénose ( l'habitat du Pic noir, qui implique la présence d'arbres morts ou colonisés par des organismes xylophages), soit par rapport à une communauté cohérente et équilibrée d'espèces (guilde, écosystèmes) ; d'abord parce que les espèces dominantes modèlent souvent leur habitat, autant qu'elles sont contraintes par lui, ensuite parce que nombre d'entre elles contribuent à le construire ou à le modifier en leur faveur (par exemple, les sphaignes qui résistent mieux que la plupart des autres plantes aux milieux acides, acidifient fortement les milieux où elles vivent, ce qui permet la persistance de tourbières à sphaignes sur des milliers d'années).
En France, le Comop TVB et, par suite, les SRCE distinguent les habitats d'espèces (ici d'espèces du critère de cohérences) et les habitats naturels ou semi-naturels en général ; le Comop TVB a demandé au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) de produire des listes d'habitats (listes non limitatives destinées à assurer la cohérence et non l'identification du SRCE), en faisant remarquer. qu'il manquait en France des données comparables à celles concernant les espèces et qui permettraient de déterminer la responsabilité nationale des régions en matière d'habitats. Il encourageait aussi des travaux scientifiques plus fins sur la connectivité entre milieux pour leur maintien.
Habitat d'espèce Pour le Muséum national d'histoire naturelle, l'habitat d'espèce est
Sauf précision contraire, on inclut généralement les « habitats de substitution » ainsi que les gîtes ou substrats artificiels dans l'habitat d'une espèce.
Pour certaines espèces, des conditions de calme (silence, absence de dérangement) ou de qualité de la nuit (environnement nocturne protégé de la pollution lumineuse) s'ajoutent à celle du milieu physique et écologique.
Pour des espèces très ubiquistes, migratrices ou exploitant de vastes surfaces ou volumes de l'environnement, les limites ou caractéristiques d'un habitat sont parfois floues (comme l'habitat de la baleine grise, ou celui de l'hirondelle de fenêtre qui peut ou non inclure ses corridors de migration et toutes ses zones de nourrissage).
Un habitat est parfois aussi un organisme, un super-organisme ( corail) ou un organe ( l'intestin humain abrite un ensemble de microorganismes symbiotes ou non pouvant peser jusqu'à plusieurs kilogrammes, dit « microbiote »). De nombreuses espèces très spécialisées (exoparasite, endoparasite, certains symbiotes) ont pour habitat un organe ou l'organisme d'une autre espèce.
Pour reconnaître ou repérer l'habitat qui leur convient le mieux, les espèces mobiles détectent des signaux ou stimuli tactiles (espèces fouisseuses…), visuels et chimiques (olfactifs en particulier).. Divers organes, variables selon les espèces, dont des antennes, permettent aux animaux de mieux se diriger vers le point d'origine d'une odeur dans un panache perturbé par les turbulences d'une masse d'air (antennes des insectes.) ou l'eau (barbillons de certains poissons, antennes des crustacés comme le homard.).
Pour un animal ou une espèce, une attraction irrésistible vers une source de signaux inappropriés peut être fatale, plaçant l'individu ou l'espèce dans une situation de piège écologique ( lumière attirant certains papillons).
Habitat naturel (définition élargie) Dans l'Union européenne, la directive Habitats (couramment appelée « directive Habitats-Faune-Flore » en France) définit la notion d'habitat naturel par
En d'autres termes, un habitat naturel (ou semi-naturel) est , même si ce sont souvent les caractéristiques végétales d'un habitat qui sont retenues pour le définir et le décrire (de plus en plus souvent au moyen de la phytosociologie et en Europe des codes « Corine Biotopes », en se basant sur le fait que les plantes reflètent en quelque sorte la nature et l'évolution du milieu, du substrat et des écosystèmes. Dans ces classifications, un habitat ( lande) est subdivisé en types d'habitats (lande acide à Bruyère, lande paratourbeuse, lande humide ou lande sèche).
La végétation est en effet considérée comme un bon indicateur, permettant de déterminer l'habitat (par les unités de végétation du système phytosociologique) ».
Réalité complexe et nuancée
La notion d'habitat est un concept « flou et variable », caractérisé par deux siècles d'évolution et de glissements sémantiques depuis son apparition au début du Vinvent Boullet, « Réflexions sur la notion d’habitat d’espèce végétale », rapport pour le ministère de l’écologie et du Développement durable, 2003, ..
Sélection de l'habitat La sélection de l'habitat par un organisme vivant pour y réaliser une partie de son cycle de vie est un concept fondamental en écologie évolutive. L'évolution de ce trait d'histoire de vie est induite par l'hétérogénéité spatiale de la qualité des habitats. Les individus développant des traits leur permettant de s'installer sur les habitats de meilleure qualité ont une valeur sélective supérieure à celle des individus s'installant au hasard, du fait d'une survie et/ou d'une fécondité supérieure, et sont donc sélectionnés..
Limites d'un habitat Dans la réalité, les limites d'un habitat peuvent être un peu floues, avec des passages doux d'un habitat à un autre habitat, ou plus souvent une mosaïque de milieux tous favorables (ou neutres) vis-à-vis de l'espèce considérée. Le concept d'« habitat » n'implique pas toujours la viabilité d'une espèce à long terme, au moins celle à court terme..
Habitat optimal et micro-habitat vignette|La chute de cet arbre (chablis) a créé un micro-habitat provisoire de type falaise ou ravin ; la galette de terre maintenue par les racines, caillouteuse et verticale, est devenue le support d'une petite population de fougères dont les spores pourront s'établir sur un autre chablis proches quelques années plus tard. Dans le creux laissé par l'arbre tombé, un milieu humide propice à certains amphibiens peut aussi perdurer un certain temps. Les chablis sont ainsi une source permanente d'hétérogénéisation et de complexification du milieu, propices au maintien de la biodiversité. Au sein d'un habitat (forestier ou marin. par exemple), on trouve différents sous-ensembles (ou « micro-habitats »), qui évoluent dans le temps, et qui sont chacun plus ou moins « optimaux » pour l'espèce considérée. Ils peuvent être utilisés comme abris lors de déplacements et de manière différente selon l'heure (rythme nycthéméral…). Les micro-habitats présents sur un arbre (vivant ou mort) sont dénommés dendromicrohabitats.
Un habitat ou micro-habitat est dit « optimal » si dans cet élément de la mosaïque écopaysagère, la réussite reproductive (fitness) de l'espèce est optimale.. On parle d'« habitat sous-optimal » s'il s'agit d'un milieu de substitution (naturel ou artificiel) où l'espèce survit, mais difficilement et avec un succès reproductif anormalement bas.
Habitat comme somme de caractéristiques Par extension, le mot peut qualifier la somme des caractéristiques particulières du domaine de vie d'une espèce, défini par des facteurs abiotiques et biotiques, spécifiques de l'espèce à l'un des stades de son cycle biologique, ou pour tout son cycle. Ce concept a une dimension spatiale forte (une taille trop petite rend un habitat non viable pour une espèce qui n'y trouverait plus les conditions de sa survie ; au-delà, on parle souvent d'habitat relictuel). L'habitat a aussi une dimension volumétrique importante pour les organismes capables de voler ou se déplaçant sous l'eau, et une dimension temporelle et biogéographique.
Modifications anthropiques Depuis ans, la plupart des phénomènes de régression de la biodiversité et extinction d'espèces semblent directement corrélés aux effets des activités de population humaine, avec une accélération depuis l'apparition de l'agriculture et de son industrialisation....
La destruction, l'altération et la fragmentation des habitats par l'Homme seraient des causes possibles de disparition d'espèces et de régression de la biodiversité..
Les modifications anthropiques du paysage ont imposé à de nombreuses espèces de vivre dans des habitats dits « sous-optimaux » ou de substitution dans lesquelles elles peuvent survivre un certain temps, et avec un taux de reproduction ou une durée de vie diminués. Dans certains cas, ces habitats peuvent même devenir des « puits » (constitués d'éléments physiques, chimiques ou alimentaires non durables ou rapidement épuisables) attirant des espèces et leur permettant de se développer à court terme, mais pour les précipiter ensuite en quantité massive dans ce qu'ils deviennent : des pièges écologiques.
Cas du râle de l'île Lord Howe
On a ainsi montré. dans les années 1980 qu'une espèce australienne menacée., le râle de l'île Lord Howe (Galliralus sylvestris), à la suite de l'introduction du sanglier par l'homme dans l'île où cet oiseau vivait, avait dû pour survivre se réfugier dans un habitat sous-optimal (aux sommets de l'île). L'espèce y avait survécu, mais en régressant et en populations relictuelles, avec un taux de reproduction très diminué.
Une éradication du sanglier sur toute l'île a effectivement été rapidement suivie du retour de l'oiseau dans son habitat optimum, accompagné d'un succès reproducteur restauré.
Dans ce cas, l'habitat était physiquement toujours présent et apparemment optimal, mais il avait été rendu inaccessible à l'espèce par l'introduction d'une autre espèce, le sanglier.
Milieu artificiel
Par extension, le concept évoqué ci-dessus peut inclure des milieux artificiels susceptibles de jouer un rôle de substitution en permettant la survie provisoire d'une espèce (le bocage est artificiel, mais constitue un bon habitat de substitution pour de nombreuses espèces des lisières forestières), ou des milieux nécessaires à leur survie et cycle de reproduction (par exemple s'il joue le rôle d'un corridor biologique ou d'un refuge transitoire), le milieu qui lui fournit de quoi subvenir à ses besoins.
Cas particulier des habitats marins
Certains habitats naturels marins ont des limites matérielles fixes ( récif rocheux, facile à représenter par une carte au trait), et beaucoup ont des limites immatérielles ou temporellement variables (salinité par exemple), alors plus difficiles à cartographier (par exemple en raison de leurs interactions avec les phénomènes de variations de la hauteur de la colonne d'eau (zone intertidale) et des mouvements des masses d'eau dans les zones de fort courant). En outre, les habitats marins sont fortement tri-dimensionnels et peu accessibles à l'observation directe (notamment dans les zones turbides et/ou très profondes)..