Paléologue (en grec : ), né le à Constantinople, et mort le dans la même ville, est un empereur byzantin de 1425 à 1448, fils de , empereur byzantin, et d'Hélène Dragaš. D'abord régent pour le compte de son père vieillissant, il se heurte bien vite à la puissance ottomane renaissante et subit un siège à Constantinople avant de devoir se rendre une première fois en Europe pour tenter, vainement, d'obtenir des renforts. En 1425, à la mort de Manuel II, il prend seul le contrôle de l'Empire alors vacillant et tente de parer au risque de plus en plus aigu de sa disparition. Il essaie en particulier de renforcer le despotat de Morée, province encore prospère, en aidant ses frères, notamment Constantin, à éliminer la présence latine dans la région. Il se met aussi au service d'une politique d'union avec la papauté, qui seule paraît en mesure d'inciter les puissances chrétiennes à venir au secours de Constantinople. Pour cela, il s'illustre par son déplacement au concile de Florence en 1438-1439, marchant sur les traces de son père qui s'est déjà lancé dans un voyage diplomatique à l'aube du . S'il contribue à alimenter la passion renaissante de l'Italie et de l'Europe occidentale pour la culture grecque antique, il ne parvient guère à provoquer de soutiens concrets pour la cause de son Empire et se heurte à une opinion et à un clergé byzantins largement hostiles aux concessions demandées par la papauté. Les dernières années de son règne sont marquées par l'échec d'une tentative de croisade à la bataille de Varna et par l'affirmation de la puissance ottomane, capable notamment d'annihiler tout espoir de reconquête depuis la Morée en 1444. Quand il meurt en 1448, sans descendance, son frère Constantin XI lui succède. Quelques années plus tard, Constantinople tombe et l'Empire byzantin disparaît.
Régent sous Manuel II (1421-1425) Jean VIII est l'aîné des nombreux fils de Manuel II Paléologue et de Hélène Dragaš, une princesse serbe. Il naît en 1392 et devient rapidement le successeur désigné de Manuel II. Aux côtés de ses frères les plus proches en âge, dont Théodore, Andronic et Constantin (mort jeune, il ne s'agit pas du futur Constantin XI), il voit son éducation confiée à Théodore Kaukadénos. Il semble particulièrement versé dans la culture classique, d'autant que son père est connu pour son goût pour la culture, laissant notamment plusieurs écrits à destination de Jean pour le conseiller dans les affaires du gouvernement. Isidore de Kiev loue particulièrement la finesse des connaissances de Manuel et de Jean, sans savoir où commence la flatterie et où s'arrête la réalité. De même, il reconnaît ses talents martiaux, tant sur terre que sur mer et le décrit comme un amateur d'équitation et de chasse, ce qui est classique pour un dirigeant tel que lui.
vignette| Paléologue, enluminure du début du tirée de l’Oraison funèbre de Paléologue, BnF, ms. sup. gr. 309. Rapidement, il se voit confier la régence à Constantinople pendant le voyage de son père à Thessalonique et dans le Péloponnèse entre 1414 et 1416. Ensuite, gouverneur de Thessalonique, il reçoit dans les murs de la cité le prince ottoman Mustafa Çelebi, révolté contre son frère, le sultan et vaincu par lui ; à la suite de cette défaite, Mustafa est interné par les Byzantins sur l'île de Lemnos. Il s'intéresse de près au gouvernement de la région et prend plusieurs actes à propos des monastères du Mont Athos. Quand il quitte la ville, il laisse sa direction à Andronic Paléologue, l'un de ses frères. Il se rend alors dès 1417 en Morée, aux côtés de son autre frère, Théodore II Paléologue, pour combattre les seigneurs latins toujours dans la région. La principauté d'Achaïe déclinante, contrôle encore quelques territoires dans la péninsule et les deux frères s'emparent de Kalamata avant de restaurer l'Hexamilion, au prix, semble-t-il, d'une pression fiscale accrue. Dès , Jean Paléologue peut rentrer à Constantinople.
vignette|Le sultan Mourad II par Paolo Veronese (). Au début de l'année 1421, Manuel II, vieillissant, décide de faire couronner son fils Jean comme co-empereur pour préparer au mieux la succession. Jean VIII semble alors partisan d'une ligne plus dure envers les Ottomans, comme d'autres aristocrates de la cour qui estiment que Manuel a fait trop de concessions. Si le vieux dirigeant parvient encore à faire triompher ses vues et à accorder une escorte maritime à Mehmed quand celui-ci demande à traverser le Bosphore, sa mort, qui intervient juste après, place l'Empire byzantin dans une situation nouvelle. Comme souvent, la succession au poste de sultan se joue entre différents candidats, en l'occurrence Mustafa Çelebi et le futur Mourad II. Si Manuel est partisan du second, favori au sein de la cour ottomane, Jean VIII préfère Mustafa, espérant un accord fructueux en cas de succès car Mustafa est alors détenu au sein de l'Empire byzantin. Il renoue avec la diplomatie byzantine d'après 1402 qui vise à , espérant peut-être une partition de l'Empire ottoman. Quoi qu'il en soit, il le fait transporter de Lemnos à Gallipoli et Mustafa parvient un temps à gagner la partie européenne de l'Empire à sa cause. Mais quand il se rend en Asie Mineure, il est vaincu à Brousse par Mourad avant d'être mis à mort après une brève fuite. Pour Jean VIII, c'est un camouflet qui expose gravement l'Empire à un Mourad II vengeur. Ce dernier décide alors de mettre le siège devant Constantinople.
Manuel II, de moins en moins capable de gouverner, délègue la défense de la cité à Jean VIII. Ce dernier profite de l'absence de marine ottomane pour concentrer ses forces sur les murailles terrestres, suffisamment solides pour tenir les Ottomans en respect. Jean Kananos, qui a livré un récit détaillé du siège, loue l'action de Jean VIII dans le succès byzantin, notamment lors de l'assaut décisif du . Cependant, il semble que Manuel II contribue aussi à la victoire sur un plan diplomatique, en menaçant de soutenir un autre prétendant au trône ottoman, en l'occurrence Küçük Mustafa, qui vient de se soulever en Anatolie. Mourad II aurait alors été contraint de concentrer ses efforts contre cette nouvelle sédition et, en septembre, il abandonne le siège de Constantinople. Néanmoins, dans le même temps, il a aussi mis le siège devant Thessalonique, deuxième cité de l'Empire reprise par les Byzantins en 1402. Rapidement, ces derniers doivent céder la ville aux Vénitiens, mieux à même d'en assurer la défense, ce qui représente une perte d'importance. Par ailleurs, Jean VIII est contraint d'entamer un voyage en Occident pour tenter de susciter des renforts, d'abord à Venise, qui craint pour ses possessions méditerranéennes mais rechigne à un effort d'importance sans l'intervention d'autres puissances et le royaume de Hongrie, lui aussi menacé mais en froid avec la Sérenissime République.
Dans l'intervalle, si Manuel II est toujours en vie, le pouvoir est confié aussi à Constantin Paléologue, frère cadet de Jean VIII. Un accord est négocié avec Mourad II qui entérine des pertes territoriales mais assure une paix au moins précaire aux Byzantins, ce qui compense partiellement l'absence de toute perspective d'intervention des puissances chrétiennes quand Jean VIII revient à Constantinople le . Quelques mois plus tard, le , Manuel meurt et Jean VIII devient seul empereur d'un Empire qui a perdu la plupart des territoires récupérés à la suite de la crise ottomane provoquée par la bataille d'Ankara en 1402. Si les Byzantins tiennent encore l'essentiel du Péloponnèse au travers du despotat de Morée et quelques îles égéennes comme Lemnos, ils ne contrôlent plus que les alentours directs de Constantinople dont une bande côtière sur la mer Noire comprenant notamment Anchialos et Messembrie. A nouveau, ils se retrouvent à la merci des Ottomans et la quête d'une survie espérée de l'Empire devient le principal objectif du règne de Jean VIII.
Le règne Comme souverain, Jean VIII doit composer avec ses nombreux frères, qui se répartissent tant bien que mal les lambeaux de l'Empire. Constantin gouverne Messembrie et Anchialos, tandis que le despotat de Morée est dirigé par Théodore II Paléologue, qui exprime rapidement une grande lassitude face à la charge du gouvernement. Il est secondé par Thomas Paléologue, tandis qu'Andronic Paléologue, qui a cédé Thessalonique dont il était gouverneur, il a aussi rejoint la péninsule pour embrasser la vie monastique. Enfin, Démétrios Paléologue, le plus jeune fils de Manuel II et, à bien des égards, le plus turbulent, ne détient aucune responsabilité particulière mais se montre rapidement avide d'en obtenir. Dans tous les cas, c'est bien la Morée qui constitue la province la plus dynamique de l'Empire, animée notamment d'une vie intellectuelle intense, incarnée par Gémiste Pléthon. Celui-ci a notamment proposé tout un programme de rénovation politique et sociale du gouvernement de la Morée à Manuel II et Théodore II.
La consolidation du despotat de Morée ayant exprimé le désir de se retirer dans un monastère, décide de redistribuer les cartes entre les frères : faire de le despote de Morée, et attribuer Messembrie à son autre frère Démétrios Paléologue. et se rendent dans le Péloponnèse à l'automne 1426, mais entre-temps a changé d'avis. Les frères Paléologue attaquent la ville de Glarentza, qui appartient à , comte palatin de Céphalonie et Zante, et au début 1427 ils défont ce dernier dans une bataille navale des Îles Échinades. Tocco abandonne à la portion du Péloponnèse qu'il contrôle et lui donne la main de sa fille ; y ajoute la partie ouest du domaine de . Il découpe d'autre part un petit territoire dans le nord de la péninsule pour le plus jeune de ses frères, Thomas Paléologue. Au-delà de ce partage, l'empereur édicte plusieurs chrysobulles qui confient notamment la propriété de quelques villages à Gemiste Pléthon ou un autre qui affirme l'autorité du métropolite de Monemvasie sur plusieurs évêchés locaux, avant de rentrer à Constantinople avant le début de l'année 1429. Sur le trajet, il semble s'arrêter au Mont Athos puisqu'il est l'auteur d'un acte fusionnant deux couvents vers cette époque et il se pourrait aussi qu'il ait cédé Samothrace à la famille génoise des Gattilusio, attestés sur l'île en 1431, 61..
Par la suite, Théodore II finit par se retirer en 1443 et c'est Constantin ainsi que Thomas qui se partagent la gestion de la province, qu'ils tentent de consolider. Plus encore, Constantin lance une conquête du duché d'Athènes qui permet un temps aux Byzantins de reprendre pied en Grèce centrale mais, bien vite, Mourad II lève une grande armée qui perce l'Hexamilion, ravage la péninsule et réduit les despotes au statut de vassal. Quand Jean VIII meurt en 1448, le despotat de Morée n'a plus guère les moyens de soutenir Constantinople en cas d'assaut ottoman.
L'union des églises