Le crash du vol Air Algérie 5017 (AH5017) concerne un vol international régulier, devant relier l'aéroport international de Ouagadougou à l'aéroport d'Alger - Houari-Boumédiène, qui s'est écrasé le , dans le centre du Mali, avec 110 passagers et 6 membres d'équipage à bord. Le McDonnell Douglas MD-83 assurant le vol, affrété par Air Algérie auprès de la compagnie aérienne espagnole Swiftair, a disparu des radars une cinquantaine de minutes après le décollage. Il n'y a eu aucun survivant parmi les 116 personnes à bord.

Les autorités malienne, en appui du Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA) français, a publié en un rapport d'enquête concluant que, alors que l'avion volait en croisière avec le pilotage automatique engagé, l'accumulation de glace sur les moteurs, en raison de la non-activation par les pilotes du système de protection contre le givrage, a provoqué une réduction de la poussée qui a conduit à un décrochage à haute altitudeLe crash du vol d'Air Algérie lié à un problème de givre - Le Monde/AFP, 4 avril 2015. L'équipage n'a pas pu sortir du décrochage à temps, peut-être par manque de formation, et l'avion s'est écrasé au sol sans qu'aucune manœuvre de récupération n'ait été effectuée.

La commission malienne et le BEA a émis plusieurs recommandations à Air Algérie, à la Federal Aviation Administration (FAA) des États-Unis ainsi qu'aux gouvernements du Burkina Faso et du Mali. Sur le plan judiciaire, la compagnie espagnole Swiftair, propriétaire de l'appareil, est jugée pour homicides involontaires devant le tribunal correctionnel de Paris à partir du , douze ans après les faits.

L'avion vignette|gauche|Le MD-83 impliqué dans l'accident, alors en service chez Austral Líneas Aéreas (LV-BHN), photographié à Buenos Aires en . L'appareil impliqué est un McDonnell Douglas MD-83 âgé de 18 ans et immatriculé EC-LTV (numéro de série 53190/2148). Cet avion de ligne court/moyen courrier, construit en , appartenait à la compagnie aérienne espagnole Swiftair EC-LTV Swiftair McDonnell Douglas MD-83 - cn 53190 / ln 2148, sur le site planespotters.net consulté le 27 juillet 2014. Au moment de l'accident, il totalisait 38 362 heures de vol, effectuées en 32 390 cycles (décollage/atterrissage), et était équipé de deux turboréacteurs de type Pratt & Whitney JT8D-219.

Cet avion a été acquis par Swiftair et réenregistré EC-LTV en 2012, après avoir été utilisé par plusieurs compagnies aériennes, telles que Flash Airlines, Avianca et Austral Líneas Aéreas, depuis sa mise en service en 1996. Il a été loué avec l'équipage (Wet lease) à Air Algérie en , pour fournir des capacités de transport supplémentaires pendant la saison estivale 2014.

Les pilotes Le commandant de bord était Agustín Comerón Mogio, 47 ans, totalisant de vol à son actif, dont en tant que commandant de bord, et sur MD-80. La copilote était Isabel Gost Caimari, 42 ans, totalisant de vol, dont 6 180 heures en tant que copilote sur MD-80.

Les deux pilotes étaient employés comme saisonniers. Ils avaient repris les vols le , après une période d'inactivité de huit mois, sans stage de réadaptation. Ce point a été au cœur des mises en cause ultérieures de la compagnie par la justice française, qui a mis en examen Swiftair en ..

Déroulement des faits Le vol 5017 décolle le à (heure locale) de l'aéroport international de Ouagadougou à destination de l'aéroport Houari Boumédiène d'Alger avec 116 personnes à son bord...

À , la compagnie Air Algérie annonce avoir perdu le contact alors que l'appareil survolait le Mali. L'information est rapidement confirmée par l'affréteur Swiftair, puis par l'aviation civile algérienne, qui ne précise cependant pas s'il s'agit d'un accident ou d'un attentat. L'hypothèse d'un tir de missile lors du survol du Nord du Mali, en guerre depuis 2012, est rapidement écartée par les experts..

Peu après, des cellules de crise sont mises en place aux aéroports de Paris-Charles de Gaulle et de Marseille, compte tenu du nombre important de ressortissants français à bord. Un numéro d'urgence est ouvert par le ministère français des Affaires étrangères.

Localisation du site de l'accident Deux avions de chasse Mirage 2000D de l'armée française basés à Niamey participent aux recherches.. Ils repèrent dès les traces du crash, et selon la coopération de défense, demandent l'intervention au sol de l'armée burkinabé. À son tour, l'armée de l'air du Burkina Faso repère les traces de l'appareil avec un hélicoptère AS 350 et un Da-42 aux alentours de 18 h 20, en présence de gendarmes qui ont pris les premières photographies.

Le , le général burkinabé Gilbert Diendéré annonce dès que les restes de l'avion et des cadavres ont été trouvés par des bergers, près de la frontière entre le Mali et le Burkina Faso.

Grâce à ces indications, la confirmation de la présence de l'épave est ensuite donnée — grâce à sa détection infrarouge — par un drone Reaper français près du village de Boulekessi, dans les environs de Gossi, à une cinquantaine de kilomètres du Burkina Faso. Dans la nuit du 24 au , le gouvernement français annonce avoir retrouvé l'avion. L'armée française basée à Gao, à environ au nord-est du lieu de l'accident, envoie un premier détachement héliporté de qui sécurisent l'épave vers du matin (UTC). Il est suivi par un deuxième détachement français de avec trente véhicules, ainsi que par maliens et néerlandais de la MINUSMAL'armée française est sur le site du crash de l'avion d'Air Algérie - Boursier.com/Reuters, 25 juillet 2014.

La localité de Boulékessi, située dans la commune de Mondoro, est alors tenue par les rebelles du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), du Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA) et du Mouvement arabe de l'Azawad (MAA)..

Victimes Passagers par nationalitéCommuniqué, Air AlgérieNationalitéPassagers et équipage 51 28 6 (équipage) 6 6 5 4 2 1 1 1 1 1 1 1 1 Total à bord 116

Le , le président de la République française François Hollande annonce qu'il n'y a « aucun survivant » parmi les 110 passagers et six membres d'équipage à bord de l'avion d'Air Algérie. Le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius précise que les victimes comprennent 54 Français issus de , certains ayant une double nationalité, les autres étant ressortissants de différentesDrapeaux en berne à compter de lundi en signe de deuil national - Le Figaro, 24 juillet 2014.

Toute une famille française fut décimée sur plusieurs générations lors de ce crash., ainsi que les cinq membres d'une autre famille — les parents et leurs trois fils..

Enquête Enquête technique Le président de la commission d'enquête N'faly Cissé a présenté trois groupes de travail composés d'une vingtaine d'enquêteurs appartenant aux pays suivants : Algérie, Burkina-Faso, Espagne, États-Unis, France et Mali. Aucun de ces enquêteurs ne travaillera à plein temps sur l'enquête : le groupe Aéronef, chargé de cartographier la scène de l'accident, de reconstituer autant que faire se peut l'avion, et de déterminer les causes d'une éventuelle avarie ; le groupe Système, chargé de reconstituer le déroulement du vol ; le groupe Opération, chargé de recueillir toutes les données externes, images radar, dossier météorologique, etc.

Les deux boîtes noires du MD-83, qui sont d'anciens modèles à bande magnétique — le FDR (Flight Data Recorder) et le CVR (Cockpit Voice Recorder) — ont été remises le par les autorités maliennes aux enquêteurs français. et transférées scellées sous escorte de gendarmerie le au laboratoire du BEA de Brétigny-sur-Orge. Si le FDR (placé en queue de l'appareil) a pu être lu sans difficultés, le CVR (placé dans la soute électronique avant de l'avion) semble avoir souffert de l'impact..

Le , lors de la présentation de la commission d'enquête à la presse, Rémi Jouty, directeur du BEA, explique que la bande magnétique du CVR, froissée et rompue., a été réparée mais ne pourra probablement jamais être exploitée, en raison d'une défaillance technique antérieure à l'accident. Les signaux ont été qualifiés d'« inexploitables » par les experts.

Une trajectoire modélisée et provisoire de la chute de l'appareil a été présentée par le BEA en fonction des paramètres recueillis par le FDR. On y observe que le MD-83 s'établit en croisière au FL310, accélère jusqu'à ( environ), puis perd de la vitesse, vire à gauche à , part en virage engagé sur l'aile gauche et chute vers le sol en deux vrilles pratiquement verticales, pour percuter le sol à ().

Le , une première famille de victimes française dépose une plainte pour homicide involontaire avec constitution de partie civile.. Raphaëlle Agenie-Fécamp et Sabine Kheirisdes, deux juges d'instruction parisiennes, sont désignées pour diriger cette enquête.

Données médico-légales Environ d'ADN ont été effectués sur le site de l'accident (pour 116 victimes)Air Algérie: la cause du crash toujours inconnue - Libération/AFP, 20 septembre 2014VIDEO. Crash d'Air Algérie : les passagers «n'ont pas souffert», selon un enquêteur, Le Parisien, 6 août 2014. par l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale. L'impact à grande vitesse a provoqué la mort instantanée de tous les passagers et membres d'équipage.

Premier rapport du BEA (2015) Les premiers éléments d'enquête du BEA sont dévoilés le Accident survenu dans la région de Gossi (Mali) le 24 juillet 2014 à l'avion McDonnell Douglas DC-9-83 (MD-83), immatriculé EC-LTV , exploité par Swiftair SA, vol AH 5017 - Communiqué de presse du BEA, 2 avril 2015.

Un consensus s'est dégagé sur le fait que des valeurs erratiques et erronées du (EPR) sont apparues sur les deux moteurs deux à trois minutes après la mise en palier, à une altitude de 31 000 pieds (9 400 m). L'EPR est le principal paramètre de gestion de la puissance des moteurs d'un avion ; il est obtenu par des capteurs de pression situés aux entrées de chacun des moteurs. Ces capteurs étaient probablement obstrués par de la glace, un givrage normalement empêché par un système de réchauffage à air chaud qui n'avait vraisemblablement pas été activé par l'équipage pendant la montée et la croisière.

Les valeurs erronées de l'EPR ont amené l'automanette à limiter la poussée à une valeur bien inférieure à celle nécessaire pour maintenir la stabilité à l'altitude de croisière. Le pilote automatique a alors essayé de maintenir l'altitude en augmentant l'angle d'attaque, jusqu'à provoquer le décrochage. Vingt secondes après le décrochage initial, le MD-83 a soudainement basculé vers la gauche jusqu'à se retourner presque complètement, lorsque le pilote automatique s'est désengagé, et a piqué brusquement du nez.

vignette|N823NK, l'appareil impliqué dans l'incident du vol 970 de Spirit Airlines, ici photographié en . Le BEA a noté deux incidents similaires antérieurs impliquant des appareils de type MD-82 et MD-83. Le premier était le vol 970 de Spirit Airlines (, altitude de ) : l'équipage avait remarqué la baisse de vitesse à temps et désengagé le pilote automatique avant le décrochage. Le second était un MD-83 exploité par Swiftair lui-même, survenu en , un mois seulement avant le crash du vol AH5017 : là encore, l'équipage avait réussi à récupérer la situation à temps. Dans les deux cas, les systèmes anti-givrage des moteurs n'avaient pas été activés.

Analyse du journal de bord Le BEA a révélé que l'avion présentait plusieurs défauts techniques récurrents sur le système EPR dans les mois précédant le crash :

Le , des pannes intermittentes sur l'automanette ont conduit au remplacement du capteur EPR du moteur n°2. Le , l'indicateur EPR du moteur n°1 était défectueux et son afficheur a été remplacé. Le , l'actionneur de l'automanette a été remplacé ; lors de la remise en service, le message de panne « EPR LH » s'est affiché, entraînant le remplacement de l'émetteur EPR gauche.