La cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay est un monument majeur de l'art roman et de l'Occident chrétien. Elle a été érigée en basilique mineure par un bref apostolique de Pie IX, le . Son titre complet est Notre-Dame-de-l'Annonciation du Puy-en-Velay.

Une Vierge noire, objet de nombreux pèlerinages au cours des siècles, trône sur un maître-autel baroque. L'actuelle effigie remplace celle qui aurait été offerte par le roi Louis IX à son retour de la croisade d'Égypte, et qui fut brûlée lors de la Révolution française.

La cathédrale fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862 (cloître, université, cathédrale) ainsi que d'un classement en 1889 (bâtiments des mâchicoulis).. Elle a été inscrite en 1998 sur la liste du patrimoine mondial par l'UNESCO, avec l'hôtel-Dieu, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.

Histoire La légende de la « pierre des fièvres » ou « pierre des apparitions » vignette|redresse=1.1|La pierre des fièvres dans une abside de la cathédrale.

Les légendes locales du Puy-en-Velay évoluent autour d'une pierre, peut-être une dalle mégalithique, qui occupait le Mont Anis. Il reste de cette pierre basaltique une partie conservée dans une chapelle du Saint-Crucifix connue sous le nom de « pierre des fièvres » ou « pierre des apparitions », sorte de dalle de de longueur sur de largeur.

En 430, avant le concile d'Éphèse qui fixe le dogme de la Vierge Marie Théotokos., une matrone de CeyssacCf. Histoire de Ceyssac (Haute-Loire) de Louis de Bècourt, 1916, page 17. souffrant d'une fièvre quarte, aurait vu en songe la Vierge qui lui recommande de se faire porter sur le Mont Anis et s'allonger sur la pierre pour guérir. La veuve s'exécute et, guérie, aurait eu une apparition de la Vierge qui lui demande d'aller voir le premier évêque du Velay, pour qu'il fasse construire sur le Mont Anis les plans d'un modeste oratoire. L'évêque Evodius (vers 365–vers 385) se rend à Rome et obtient du pape l'autorisation de transférer le siège de l'évêché de Ruessio (capitale vellave gallo-romaine) à Anicium (nom gallo-romain du Puy-en-Velay, dont le radical « an » signifie en langue celtique « cercle, circuit, enceinte »). La légende raconte que l'évêque se rend au Mont Anis au mois de juillet et qu'il trouve la dalle recouverte d'une épaisse couche de neige. Sous ses yeux, un cerfCette légende s'est probablement formée à partir de la toponymie du rocher qui surplombe l'emplacement du sanctuaire actuel et qui porte le nom de Corneille dont l'étymologie dérive du cerf Cernunnos, dieu gaulois, le site étant un ancien souvenir du culte de cette divinité. aurait alors dessiné dans sa course les contours de ce qui deviendrait par la suite l'un des premiers sanctuaires mariaux de la Gaule chrétienne, avec Chartres, le plus ancien sanctuaire marial. On a retrouvé sous le pavé du chœur les fondations de cette première église qui mesurait  × ..

En réalité, la construction ne débute qu'à la fin du avec l'évêque Scutarius (vers 485–vers 555). Selon la tradition locale, l'église angélique est sanctifiée par des anges qui transfèrent de Rome des reliques..

Le sanctuaire marial devient rapidement le siège d'un pèlerinage, favorisé par une relique offerte par le roi Louis XI au chapitre de Notre-Dame du Puy une épine de la couronne du Christ.. Aujourd'hui encore, des pèlerins s'allongent sur la pierre pour en recevoir les bienfaits.

Si l'origine du culte de Notre-Dame-de-l'Annonciation se trouve dans la « pierre des fièvres », le Moyen Âge et les Temps modernes vénèrent surtout la Vierge noire.

Le jubilé du Puy-en-Velay

vignette|redresse=1.2|Sainte Famille, peinture de Barthélemy d'Eyck dans la cathédrale. vignette|redresse=1.2|Procession solennelle au Puy, le 15 août 1977.

La cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation possède un privilège pontifical en faveur d'un jubilé. Le , date de prédiction de la fin du monde du moine allemand Bernard de Thuringe lors de l'Annonciation qui coïncide en ce jour avec le Vendredi saint, le pèlerinage attire une telle foule que le pape Jean XV ou Calixte II décide la création d'un jubilé chaque fois que cette coïncidence se reproduirait.

Afin d'obtenir une indulgence plénière, il faut que les fidèles visitent la cathédrale du Puy, à condition de deux sacrements, confession et communion, puis d'y prier en faveur de l'intention du pape. Car, ce dernier attribue ce Grand Pardon non seulement à l'évêque du Puy mais aussi à la cathédrale. Cette obligation est effectivement respectée, à l'exception des années 1701 ainsi que 1796. En 1701, les pèlerins sont trop nombreux pour que tous les fidèles puissent accéder à la cathédrale. Cette dernière est occupée par les schismatiques en 1796. Le pape Pie VI doit supprimer provisoirement tous les privilèges précédents, sans que n'en profitent ces adversaires de l'Église.

Vraisemblablement issu de la liturgie locale, le Grand Pardon du Puy-en-Velay est le plus ancien jubilé avant ceux de Rome (1300), de Rocamadour (1428) ainsi que de Lyon (1451). Le premier jubilé de Notre-Dame du Puy aurait eu lieu en 1065. Le jubilé est documenté en 1407 pour la première fois, car de nombreux pèlerins périssent étouffés en raison de l'abondance de fidèles dans le bourg de cette petite ville.

D'où, les papes et les rois semblaient éviter ces périodes en faveur de leurs pèlerinages. Toutefois, c'est le roi de Naples René d'Anjou qui revient de l'Italie en 1440. Cela explique, dans la cathédrale, l'existence d'une œuvre de Barthélemy d'Eyck dont le Bon Roi était le patron. L'année suivante, le pape Eugène IV mentionnait le jubilé du Puy dans un bref sûr. Encore faut-il retrouver les brefs du pape Martin V, grand souteneur des jubilés en France au .

Le jubilé se distingue d'ailleurs de sa grande procession solennelle, partie de et retournant à la cathédrale. Même en dehors du jubilé, se déroule chaque année, le jour du , une grande fête dite de l'Assomption de la Vierge, au cours de laquelle la Vierge noire est portée en procession à travers les rues de la ville, en présence des plus hautes autorités civiles et religieuses et d'une multitude de participants. En 2016, la clôture du jubilé aura lieu, avec cette procession mariale.

Le , à l'occasion de la fête de l'Assomption célébrée au Puy, le pape Urbain II annonce la première croisade (1095–1098) et désigne l'évêque de la ville, Adhémar de Monteil, pour la mener à bien. Accompagné d'environ quatre cents croisés vellaves, l'auteur du célèbre Salve Regina quitte donc le Puy pour l'Orient. Il est mortellement blessé lors du siège d'Antioche, mais d'autres ont la chance de revenir dans leur patrie.

Durant le Moyen Âge, la cathédrale du Puy est à la fois une étape majeure pour le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle et elle est elle-même une destination importante de pèlerinage pour sa Vierge noire, attirant des pèlerins de toute l'Europe.

Architecture vignette|redresse=1.1|gauche|Plan au sol (le nord est en bas). vignette|redresse=1.2|La cathédrale en 1836, avant sa démolition-reconstruction.

De facture romane, la cathédrale Notre-Dame du Puy se dresse au pied du rocher Corneille, un promontoire d'origine volcanique dominé par une statue de la Vierge en acier moulé provenant des canons pris aux Russes à Sébastopol.

Érigée au , la cathédrale est insolite du fait de la diversité de ses styles, et témoigne de la richesse passée de l'art roman.

Par ses coupoles sur trompes en enfilade, la cathédrale du Puy-en-Velay est fortement influencée par l'architecture byzantine, et elle rappelle en cela fortement d'autres églises du sud-ouest de la France, comme la cathédrale Saint-Front de Périgueux ou la cathédrale Saint-Étienne de Cahors. Construite à partir de pierres volcaniques de divers coloris, la façade occidentale, faite de pierres polychromes, de parements mosaïqués, d'arcades en plein cintre et de petits frontons, possède un porche à trois arcs auquel on accède, depuis une rue de la ville, par un large et long escalier en pierre de 134 marches. Si de très belles statues et mosaïques décorent le portail, l'intérieur abrite de superbes fresques dorées.

La couleur sombre des pierres donne à l'intérieur un aspect austère, mais l'on est impressionné par la hauteur des six coupoles, l'abondance des voûtes qui la couronnent et par le soubassement voûté sur lequel elle s'appuie.

Le chœur repose directement sur le rocher, mais pour agrandir la cathédrale aux afin d'accueillir les pèlerins toujours plus nombreux, quatre travées supplémentaires ont été audacieusement construites sur le vide ; pour rattraper un dénivelé de , d'importants piliers soutiennent les hautes arcades.

Cette basilique, construite en plusieurs campagnes, peut être datée du pour l'abside, le carré du transept et les deux dernières travées. Toutefois, l'édifice menaçant ruine au début du , il fit l'objet, entre 1844 et 1870, dans sa quasi-totalité, d'une démolition suivie d'une reconstruction à l'identique, hormis l'abside et la coupole de croisée, qui furent refaites sous une forme différente.

Le groupe épiscopal La cathédrale est inscrite dans un vaste ensemble architecturale toujours visible qui inclut son cloître, avec la salle capitulaire et le bâtiment des mâchicoulis, un hôtel-Dieu, le baptistère Saint-Jean, le palais épiscopal. Certains éléments ont été perdu, comme la tour Saint-Mayol, ancien donjon des chanoines.

La façade vignette|redresse=1.1|La façade occidentale.

La façade de la cathédrale se dresse au haut d'un grand escalier. Elle comporte cinq étages d'architecture en appareil polychrome, avec des arcs en plein cintre aux claveaux de couleurs alternées, ainsi qu'une décoration de pierres disposées en losanges comme une mosaïque (opus reticulatum), et provenant des carrières de la région. Ces décors en alternances de clair et sombre, assez fréquents dans l'architecture romane de toute l'Europe (comme la basilique de Vézelay en Bourgogne, les cathédrales de Sienne (dôme roman) et de Lucques en Italie, ou encore la cathédrale de Spire et les églises romanes de Cologne en Allemagne), étaient déjà omniprésents dans l'art du haut Moyen Âge européen. Ils proviennent de l'architecture romaine antique (exemple aux thermes de Cluny à Paris).

Ils étaient également très répandus dans l'architecture byzantine dont la cathédrale s'inspire fortement par ailleurs par son architecture intérieure, mais aussi et surtout dans l'architecture carolingienne (le portail de l'Abbaye de Lorsch, les arcs de la Chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle de Charlemagne, également d'influence byzantine, l'Abbaye de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu ou encore les arcs de l'Église Notre-Dame-de-la-Basse-Œuvre de Beauvais) et même dans l'architecture mérovingienne (arc de l'abside de la crypte Saint-Oyand de Grenoble, décoration des façades du transept mérovingien du baptistère Saint-Jean de Poitiers).

Il est donc très possible que la cathédrale romane actuelle reprenne simplement une ornementation qui existait déjà sur les monuments d'époques précédentes qui occupaient le même emplacement, ce décor étant facilité par les roches polychromes de la région. Cependant certains préfèrent voir l'origine de cette ornementation, perçue comme « mozarabe », dans le nombre considérable d'Espagnols qui fréquenta, au Moyen Âge, le pèlerinage à la Vierge noire. D'autres l'attribuent à l'influence des Croisés, mais en réalité c'est l'architecture arabe qui s'inspire directement de l'architecture paléochrétienne d'occident et de l'architecture byzantine qui l'ont précédée en la matière.

Avec ses arcs en plein cintre, cette façade appartient au style roman et peut être datée de la fin du .