vignette|Captifs sur le marché aux esclaves de Zanzibar (Tanzanie), un des hauts lieux de la traite orientale, deuxième tiers du .

Les termes « traite négrière », « traite des nègres » et « traite des noirs » désignent le commerce d'esclaves noirs africains., phénomène historique qui concerne la déportation de dizaines de millions de victimes durant près de treize siècles.

Trois types de traite négrière ont abouti à la déportation de plusieurs millions de personnes, selon des estimations parfois contestées, et concernent des périodes de longueur très différentes : la traite orientale, dont la traite arabe était la composante principale ( de déportés, sur 13 siècles), la traite intra-africaine ( de déportés.), et la traite atlantique ou occidentale ( de déportés, dont sur , principalement au .). La traite orientale et la traite intra-africaine ont eu leur apogée au .

Le Portugal, les Pays-Bas, l'Angleterre et le Danemark, pays où l'esclavage décline depuis les années 1760-1770, sont les premiers à connaître un mouvement abolitionniste, qui vise d'abord les négriers, dans l'espoir de supprimer progressivement l'esclavage, avec l'aide d'une hausse du prix des captifs qui obligerait certains planteurs à moins les brutaliser, d'autres à les vendre ou à compter sur des naissances dans les plantations. En Angleterre, l'abolition est réclamée par une pétition au Parlement de 1783.., soutenue par Charles Middleton, chef suprême de la Royal Navy, puis d'autres, au nombre de 519, totalisant en 1792.

La Révolution française abolit l'esclavage, et donc également la traite, par le décret du 4 février 1794 ; mais Napoléon les rétablit en 1802-1803. En 1807, le Parlement britannique vote l'abolition de la traite atlantique, dont les flux chutent avec le droit de visite des navires étrangers imposé par la Royal Navy à partir de 1815 grâce à sa domination des mers. Cette même année, sous la pression du Congrès de Vienne, Napoléon abolit à son tour la traite des Noirs, mais pas l'esclavage. Ce n'est que la Deuxième République qui l'abolit sur tous les territoires français par le décret du 27 avril 1848.

Cependant la traite orientale, principalement arabe, ainsi que la traite intra-africaine, ininterrompues depuis de nombreux siècles, perdurent. L'esclavage dans ces régions est aboli par les Européens, avec l'interdiction de ces dernières traites aux .

Définitions, étymologie et historiographie Le mot « traite » vient du verbe latin « » signifiant échangerDictionnaire Nouveau Petit Larousse 1958 .. L’historien Joseph Miller a donc appelé les années 1500-1800 la période « en extraction » de l’histoire de la traite des NoirsChristopher L. Miller, « The French Atlantic Triangle: Literature and Culture of the Slave Trade » (Durham : Duke University Press, 2008), Miller, 11. et a observé que la relation était loin d’être égaleMiller, 12..

Selon le statut de Rome de la cour pénale internationale, statut de Rome de la Cour Pénale Internationale : art. 7, al.2, c), Cour Pénale Internationale, consulté le ..

Les historiens anglophones parlent de slave trade (« commerce d'esclaves ») mais Serge Daget rappelle que bon nombre d'entre eux étaient nés libres, et préfère parler de « captifs », l'esclavage ne commençant qu'à leur vente dans les coloniesDictionnaire de l'Académie française, , 1932-1935. : « la traite des noirs est le trafic consistant à échanger des marchandises contre des noirs africains ou à les acheter pour les employer ou les revendre en qualité d'esclaves », Le Trésor de la langue française informatisé.. Pour d'autres historiens, la captivité imposée pendant le voyage en fait des esclaves.

Critères selon Grenouilleau Pour qu'il y ait traite négrière, selon l’historien Olivier Grenouilleau, il faut que les six éléments suivants soient combinés.. les victimes sont des Noirs ; les réseaux d’approvisionnement sont organisés et intégrés ; les populations esclaves ne peuvent se maintenir de manière naturelle (natalité/décès) ; le lieu de la capture et celui de la servitude sont éloignés l’un de l’autre ; la traiteOn dit traite des esclaves, de la gomme ou du sucre, lorsqu'on échange des marchandises de traite contre des produits connus, à des prix à peu près stables et lorsqu'on engage des capitaux importants en vue de bénéfices prévisibles dans la mesure où les risques appréciables — tempêtes, maladies, révoltes d'esclaves, piraterie — ne les réduisent pas, Henri Brunschwig, « La troque et la traite », Cahiers d’Études africaines, année 1962, 2, , 340. correspond à un échange commercial entre producteurs et acheteurs et l’esclave est donc considéré comme une marchandise; des entités politiques approuvent ce commerce et en retirent un bénéfice financier.

Le différend historiographique de 1969, Curtin contre Dunbar Jusqu'au milieu du , les historiens ont pris en compte les chiffres sur le commerce des esclaves estimés dans son livre de 1860, de , publié sous le titre « The Mexican papers », dont une partie a été traduite le dans la « Revue des deux mondes »Edward Ely Dunbar J. A. H. Hasbrouck & Company, printers, 1860 . puis republiée en 1863"History of the Rise and Decline of Commercial Slavery in America" par Edward Ely Dunbar, Carlton Publisher, 1863 ., par Edward Ely Dunbar (1812-1871)Tombe d'Edward Ely Dunbar . abolitionniste américain et se basant sur des connaissances encore partielles sur la répression de la traite au ""The Mexican papers", 1863.. Ces chiffres avaient été retravaillés en 1936 par l'économiste allemand Robert René Kuczynski, qui les a lui-même hérités de l'écrivain américain W. E. B. Du Bois, les publiant dans « The Negro ». Ces chiffres sont ensuite contestés par de nouveaux ouvrages, comme le livre de en 1969"The Atlantic Slave Trade: A Census", en 1969. proposant de « nouveaux » chiffres, mais lui-même contesté pour ne se référer à aucune source nouvelle. Dans « The Atlantic Slave Trade: A Census », il critique le fait que le chiffre de de déportés soit une extrapolation à partir de dossiers désormais perdus concernant la Jamaïque"Philip Curtin, 87, Scholar of Slave Trade, Is Dead", par William Grimes, nécrologie dans le New York Times .. Dans une démarche historiographique, il montre aussi le lien entre les chiffres d'Edward Ely Dunbar et ceux de W. E. B. Du Bois et Robert René Kuczynski"L'Afrique sous domination coloniale, 1880-1935" par Albert Adu Boahen UNESCO, 1987 ..

Le chiffre de d'esclaves estimé par Curtin, est souvent considéré comme le strict minimum pour ce qui est du trafic atlantique et n'inclut pas celui passant par l'océan Indien, autre traite marquée par la participation de l'Europe, dont l'ordre de grandeur est jugé encore plus difficile à estimer.

Les travaux de l'historien Patrick Manning dès 1969 Dans les années 1960, l'universitaire Patrick Manning observe que l’Afrique du Nord et l’Arabie furent au cours du premier millénaire les principales destinations des migrants subsahariens et lance des recherches audacieuses, estimant qu'elle fut sous-évaluée.

En 1969, il soutient sa thèse sur l’histoire économique du Dahomey entre 1880 et 1914, sous la direction de Philip Curtin, qui publie cette année-là The Atlantic Slave Trade. Au cours des années 1970, Manning se tourne vers des analyses démographiques de la traite à partir des terrains qu’il connaît, le golfe du Bénin, pour tenter d’affiner les données disponibles sur le nombre de personnes qui y ont été asservies ou déportées. Il constate que les débats sur la diaspora africaine ont régulièrement grandi en importance depuis les années 1960. Grâce à des programmes de simulation développés avec un collègue mathématicien, il estime en 1981 que la mortalité due à l’esclavage a entraîné un déclin démographique. Deux ouvrages synthétisent ces recherches : Francophone Sub-Saharan Africa (1988) et Slavery and African Life (1990). Mais l'étude de la traite n'est rapidement pour lui qu'un palier vers l’histoire migratoire, plus large, qui peut la faciliter, car il constate, à partir du , des et un .

Obliquant vers l'histoire migratoire en 1983, Patrick Manning élabore à Bryn Mawr College un projet de cours « Histoire de trois mondes (Afrique, Europe, Amérique) », puis un an plus tard déménage à Northeastern University, où il le reprend. Au même moment, le Zimbabwéen Robin Cohen publie en 1995 une grande synthèse sur la migration mondiale, puis en 1997 un livre sur les diasporas mondiales, remarqué par Patrick Manning, qui s'aperçoit que les études sur chaque diaspora ont eu tendance à , offrant un potentiel de connexion.

En 2005, Patrick Manning publie Migration in World History, reprenant ses travaux sur l'histoire mondiale, dont deux chapitres entiers traitent de la dispersion de l’humanité à partir de l’Afrique sur très longue durée. Puis en 2009 c'est une étude de la « diaspora africaine », cette fois resserrée à une période qui ne débute qu’en 1400, qu'il décrit comme un ensemble de communautés en provenance d’Afrique subsaharienne, sur le continent comme ailleurs sur la planète, et qu'il segmente en plusieurs « régions », en développant le concept de , réseau d’intercommunications locales permettant l’échange culturel.

Liens et comparaison contestée entre les traites négrières Les trois traites négrières ont des liens : la traite atlantique, lorsqu'elle a gagné en importance au , a causé une forte croissance de la traite interafricaine, à qui les Européens sous-traitent des rafles, razzias et expéditions qu'ils réalisaient eux-mêmes au siècle précédent. Les victimes sont alors comptabilisées dans chacune des deux traites. Pour la même raison, la traite interafricaine est aussi liée à la traite arabe. Jusqu'en 2004, les historiens ne comparaient pas et n'ajoutaient pas les estimations des différentes traites, en raison de périodes de longueur très différentes et de ces doublons.

En , historien français Olivier Grenouilleau est le premier à faire une comparaison chiffrée des trois types de traite négrièreLes traites négrières, par Olivier Grenouilleau., la traite orientale, la traite atlantique et la traite intra-africaineTraites négrières, esclavage : les faits historiques Jérôme Gautheret, Le Monde, ., en publiant une compilation bibliographique d'autres auteurs, récompensée par un prix du Sénat. Cette comparaison est reprise peu après dans des articles de presse critiquant la Loi Taubira, classant les traites négrières dans les crimes contre l'humanité, au moment du vote de la loi du 23 février 2005, exigeant au contraire une place dans les programmes scolaires pour , elle-même contestée par un Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire.

Une « Affaire Olivier Grenouilleau » démarre ainsi lors de l'entretien d'Olivier Grenouilleau accordé au Journal du dimanche du , accusant la Loi Taubira d'être responsable des déclarations antisémites de Dieudonné et les descendants d'esclaves d'être peut-être des descendants de négriers. La militante Odile Tobner dénonce de son côté un livre à obtenant une couverture médiatique disproportionnée en qualifiant abusivement de traite négrière , et les traites orientales frappaient « Une négrophobie académique ?, Olivier Pétré-Grenouilleau, ou la banalisation de la Traite » par Odile Tobner, sur "Les mots sont importants" ..

Dès les années 1960, l'universitaire Patrick Manning avait étudié l'importance de la traite orientale en soulignant ses débuts dès le premier millénaire. Selon Patrick Manning, Olivier Grenouilleau avait puisé dans son livre de 1990, Slavery and African Life, des estimations statistiques sur les populations en Afrique et sur la mise en esclavage afin d'affirmer en 2004 .