Tillia tepe, Tilia tepe, Tillya tepe, ou Tillā tapa ou ., ou est un site archéologique de la Bactriane afghane situé dans la province de Djôzdjân à proximité de Chéberghân et fouillé en 1978 par une équipe soviéto-afghane dirigée par l’archéologue russo-grec Viktor Sarianidi, un an avant l’invasion soviétique de l’Afghanistan de 1979.
Les fouilles du tell de l’âge du bronze ont permis de dégager un trésor de plus de pièces diverses dans six sépultures (cinq femmes et un homme), dont des éléments de joaillerie très raffinés et datés des environs du Parmi les éléments mis au jour, des milliers de pièces découvertes sont en or, en turquoise ou en lapis-lazuli. Le tout constitue selon Jean-François Jarrige . Les fouilles ont livré une selon Pierre Chuvin.. Le trésor est un . et en même temps le ..
Les découvertes faites alors ne se limitent pas au trésor : le site livra quantité d’autres éléments importants pour la connaissance historique. Bien des questions restent cependant en suspens comme l’identité des personnes inhumées ainsi ou les influences diverses qui transparaissent dans les œuvres mises au jour.
L'histoire du pays rattrape la fabuleuse découverte archéologique : .
Après sa découverte le trésor est considéré comme perdu pendant les conflits que subit l’Afghanistan : la guerre et l’occupation soviétique puis la guerre civile qui se poursuit jusqu’à ce que les Talibans soient chassés du pouvoir à Kaboul par l'intervention américaine de l'automne 2001. Cette période a été particulièrement dévastatrice, non seulement pour les populations mais aussi pour le patrimoine culturel du pays dont les sites archéologiques et le musée national qui perd la plus grande partie de ses collections.
Le trésor est redécouvert en 2003, il bénéficie depuis lors d’un éclairage international lors d’expositions organisées à l’étranger dont à Paris, au Musée national des arts asiatiques - Guimet, en 2006-2007. Il est prévu que l’or de Bactriane prendra place dans un nouveau musée à Kaboul non encore à l’ordre du jour du fait de l’instabilité chronique que connaît le pays.
Les découvertes sont essentielles, car il s’agit là selon l’expression de l'archéologue Véronique Schiltz d’un et d'.
Étymologie et localisation
thumb|alt=Carte de la Bactriane|Carte de la Bactriane. Tillia tepe est située dans la partie occidentale de l’ancienne région de Bactriane.
Tillia tepe est située en Bactriane, région dont le bassin est constitué par le fleuve Amou-Darya, antique Oxus, et partagée entre les actuels Afghanistan, Ouzbékistan et Tadjikistan. Les vallées possèdent des oasis avec un système d'irrigation précoce dès avant le millénaire , muni de barrages et de canaux. La région possède donc dès la plus haute antiquité un . et est une région de passage des voies commerciales venant d'Inde et de Chine..
La plaine du Nord de l'Afghanistan actuel et bordant le fleuve Amou-Daria , parcourus et explorés au moins superficiellement depuis les temps immémoriaux par les populations locales en vue de recueillir divers vestiges. Ces tertres sont baptisés de , ainsi « colline des infidèles », « colline de l'or » ou « colline des bijoutiers ».. Le site de Tillia tepe consiste avant les fouilles en une butte artificielle haute de quatre mètres et est ouvert sur la steppe.
La ville fortifiée d'Emchi tepe, à au nord-est de la moderne Chéberghân sur la route d’Akcha, est seulement à de la désormais célèbre nécropole de Tillia tepe et est à proximité des premiers contreforts de l'Hindou Kouch. Le site d’Emchi tepe a livré un palais, une citadelle et des remparts, et fut actif de l’époque gréco-bactrienne à l’ère kouchane.
La ville actuelle de Chéberghân est située à environ à l’ouest de Bactres..
Histoire
Histoire de la région thumb|alt=étendue du royaume gréco-bactrien vers 180 à l'époque de son apogée territorial|Le royaume gréco-bactrien vers 180 , à son apogée territorial, soit environ 80 ans avant la date haute du trésor de Tillia tepe. thumb|left|alt=Migration des Petits et Grands Yuezhi entre le et le |Migration des Petits et Grands Yuezhi entre le et le , ils sont en Bactriane au milieu du thumb|alt=L'empire kouchan vers 150|L'empire kouchan vers 150, soit un demi-siècle après la date basse du trésor de Tillia tepe.
La région est un pôle important dès l'époque achéménide entre le et le .. La conquête par Alexandre le Grand vers 331 av. J.-C. a laissé peu de traces. Les Bactriens se rallient au conquérant macédonien en 327 av. J.-C. lorsque ce dernier épouse une de leurs princesses et engage dans son armée des contingents locaux. Par la suite, elle est soumise aux Séleucides puis appartient au royaume gréco-bactrien après la sécession du gouverneur macédonien de la province en 246 , Diodote. La Bactriane s'étend au sud de l'Hindou Kouch sous le règne de Démétrios vers 200-190 av. J.-C.. Le royaume gréco-bactrien résiste aux tentatives de conquête des Séleucides ou du pouvoir parthe, maître du plateau iranien vers 160 av. J.-C. La civilisation grecque s'implante profondément comme en témoignent les fouilles réalisées à Aï Khanoum et laisse des .
Les nomades, dont les Yuezhi, chassés des confins de la Chine par les Xiongnu, vers 175 , atteignent le fleuve Oxus et renversent le royaume gréco-bactrien vers le milieu du ou vers 130 av. J.-C. selon Chuvin. Ils ont dans leur sillage expulsé les Saces, leur mouvement global étant lié à la pression d'autres peuples.
La question de l'identité des nomades responsables de la chute est complexe, déduite de quelques maigres éléments dans Strabon (XII, 8, 2) et également dans quelques sources chinoises qui évoquent seulement les Yuezhi. Strabon nomme sans doute Tochares le peuple yuezhi.
Aï Khanoum tombe vers 145 av. J.-C. et le règne d'Hélioclès, ultime souverain de la Bactriane grecque, s'achève en 130 av. J.-C.. En 129 av. J.-C., Zhang Qian décrit les Yuezhi sur la rive droite de l'Oxus mais non occupant la Bactriane, .
La période connaît des invasions successives dans toute la région et jusqu'en Chine, qui cherche à s'en protéger par la Grande Muraille de Chine. De nombreux peuples nomades arrivent sur la frontière orientale de l'empire parthe à partir du dernier tiers du Parmi ces peuples, les Saces ou Sacarauques s'installent en particulier dans la province de Seistan, , et alternant avec ce pouvoir parthe entre alliances et rivalités.
Des principautés indo-grecques se maintiennent au sud de l'Hindou Kouch et au Pendjab jusqu'au début de l'ère commune, jusqu'à environ 20 ap. J.-C..
Les nomades ayant atteint le fleuve Oxus et prenant la suite du royaume gréco-bactrien fondent cinq principautés dont l'une portait le nom de « Kuei Shuang » qui donne Kouchan par la suite. Emchi tepe est peut-être la résidence d'un gouverneur de province. Pour Bernard, les occupants de Tillia tepe sont des nomades sédentarisés de la région de Sheberghan dont la résidence était localisée à Emshi tepe. Cependant le même considère qu'au milieu du .
Les Kouchans finissent par s'emparer de la région et fondent avec leur empire une . L'empire kouchan est : il s'étend de l'Inde du Nord et l'Afghanistan jusqu'à l'Asie centrale, même si l'histoire événementielle en est assez largement méconnue.
Histoire du site La butte artificielle qui abritait les sépultures faisait trois à quatre mètres de hauteur et une centaine de mètres de diamètre. L’édifice fouillé possédait des salles à colonnes et une muraille, le tout en brique. L’établissement, un temple, est daté dans cette phase de la fin de l’âge du bronze et du début de l’âge du fer., vers 1600 av. J.-C. Il y avait un autel en forme de croix. L'établissement est utilisé pendant 500 ans.
Le site du temple est occupé ensuite par un habitat pendant une brève période puis abandonné. Les tombes sont aménagées dans les ruines au début de l’ère commune.. Des monnaies découvertes dans les nécropoles autorisent une datation entre 100 av. J.-C. et 100 , soit entre la fin du Royaume gréco-bactrien et l'Empire kouchan. Cette époque correspond à une pour la région selon Sarianidi.
Redécouverte
thumb|alt=Soins apportés à un pendentif|Soins apportés à un pendentif (photographie de 2012).
L’archéologue Viktor Sarianidi, ., et son équipe débutent des fouilles dans la région en 1968.. La mission comprend outre Viktor Sariadini l'archéologue afghan (et désormais franco-afghan) Zemaryalaï Tarzi. Ils explorent la rive gauche de l’Oxus afin de compléter des travaux entrepris en Ouzbékistan et au Turkménistan, et les plaines de loess du Nord de l'Afghanistan à partir de 1969.. Ils ouvrent le site appelé Tillia tepe durant l’hiver 1978-1979 après en avoir commencé l'étude en 1970 selon Dupaigne.. Un repérage a lieu en 1977. Les tessons de poterie collectés alors sont immédiatement perçus comme spécifiques. La fouille est exemplaire de précision, en dépit des difficultés liées au contexte politique.
Le , l'équipe souhaite fermer le chantier du fait de la faiblesse des résultats obtenus. Elle se poursuit cependant, avec de grands résultats. La fouille de la première sépulture commence le 15 novembre. Les fouilles livrent, outre le matériel en métaux précieux, des ossements humains qui furent étudiés par des laboratoires d’anthropologie, des éléments de tissu, .. Le découvreur qualifie sa trouvaille de .
Les archéologues travaillent .. Le , les objets sont transportés à Kaboul. Viktor Sarianidi quitte l’Afghanistan en février.. Cependant, en décembre 1979, l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS empêche la reprise des fouilles. Malgré tout, des éléments semblables à ceux trouvés lors des fouilles continuent d'affluer chez les marchands d'antiquités, à Peshawar ou même sur Internet au début des années 2000, preuve de fouilles clandestines, peut-être dans la septième tombe du site, .
Certains éléments sont exposés au Musée national afghan de Kaboul en 1980, puis transférés au palais Kouti Baghtcheh en 1985..
Le responsable de la mission dirige un inventaire photographique en 1982 suivi d’une riche publication en 1985 sous le titre . La fouille est publiée en 1989 sous le titre .
Certains éléments des fouilles sont exposés au Musée de Kaboul en 1988.
Perte et nouvelle redécouverte : le trésor retrouvé
thumb|alt=Vue du palais présidentiel, l'Arg, qui abrite le trésor durant un quart de siècle|Vue du palais présidentiel, l'Arg, qui abrite le trésor durant un quart de siècle.
En 1988, du fait d'une sécurité dégradée à Kaboul, les responsables du Musée national proposent au Président de la République Mohammed Nadjibullah le transfert d'œuvres, parmi lesquelles le trésor de Tillia tepe, dans des lieux sécurisés.. Elles sont enfermées dans les coffres de la Banque d'Afghanistan, l'Arg, sous le palais présidentiel de Kaboul, et ., même si .
Le trésor disparaît et cet . En 1988, la rumeur que le trésor a quitté l'Afghanistan, volé par les Soviétiques, circule. Elle est relayée par Le Monde dans un article publié le 15-16 mai.. La même rumeur circule au moment du retrait de l'armée soviétique d'Afghanistan en mars 1989. Bien d'autres rumeurs circulent en particulier dans les années 1990, .
L'année 1989 est la dernière année où le trésor de Tillia tepe est vu., il est ensuite cru perdu durant un quart de siècle, jusqu'à l'ouverture des coffres de la Banque centrale d'Afghanistan.. Une exposition d'une journée de quelques objets avait cependant eu lieu en 1991 au palais Kouti Baghtcheh.
thumb|alt=Affiche de l'exposition |Affiche de l'exposition
Une vérification des scellés a lieu en 2002 et l'information de la sauvegarde de la majeure partie des pièces du trésor de Tillia tepe est rendue publique en 2003 par les autorités afghanes. Selon Dupaigne, le contrôle des scellés a lieu le et un inventaire fait en juin 2004, financé par la . objets sont alors portés manquants.