Pierre Ruff, né le à AlgerArchives nationales d'Outre-Mer, territoire Algérie, commune d'Alger, acte de naissance , année 1877 (sans mention marginale de décès) et mort en déportation au Camp de Neuengamme (Allemagne) le , est un correcteur, syndicaliste et militant anarchiste français.

Avant la Première Guerre mondiale, il déploie (notamment avec Louis Lecoin) une intense activité antimilitariste.

Biographie Issu en 1877 d'une famille bourgeoise juive à Alger où son père, Michel Ruff tient une librairie jusqu'en 1912, il en est le fils aîné et a trois frères : Ernest Ruff, Charles Lussy (né en 1883) et Maurice Ruff (né en 1896 et père de Paul Ruff). Il obtient une licence de mathématique, mais il rompt avec son milieu en et suit des cours à la faculté de lettres de la Sorbonne en 1901.

Il commence à fréquenter le mouvement libertaire, où il apparait comme un actif propagandiste.

Militant antimilitariste et pacifiste Antimilitariste convaincu, il subit de nombreuses condamnations. Le , il est jugé par la cour d'Assises de la Seine et écope de 3 ans de prison pour « provocation à la désobéissance et au meurtre adressée à des militaires ».

Membre de la Fédération communiste révolutionnaire et gérant de la revue Le Mouvement anarchiste, il est arrêté ainsi que Louis Lecoin, secrétaire de la Fédération communiste anarchiste, en , et condamné à cinq ans de prison pour « provocation au meurtre, à l'incendie et au pillage »Neil Hollander, Elusive Dove : The Search for Peace During World War, McFarland & Co Inc, 2014, page 124. à la suite de la publication, en , d'une affiche appelant les conscrits à la désobéissanceFrancis McCollum Feeley, Les mouvements pacifistes américains et français, hier et aujourd'hui, Actes du colloque des 5, 6 et 7 avril 2007, Université de Savoie, Laboratoire langages, littératures, sociétés, 2007, page 100.Françoise Roux, La Grande Guerre inconnue - Les poilus contre l'armée française, Les Éditions de Paris Max Chaleil, 2006, page 257..

En , il signe l’appel « Aux anarchistes, aux syndicalistes, aux hommes » avec Louis Lecoin.

En , alors qu'il est libéré depuis un moisNicolas Faucier, Pacifisme et antimilitarisme dans l'entre-deux-guerres, 1919-1939, Paris, Éditions Spartacus, 1983, page 42., il est à nouveau arrêté avec Louis Lecoin et Claude ContentDictionnaire des anarchistes : Claude Content. « pour publication et distribution dans la rue d’un manifeste du Libertaire » intitulé « Imposons la paix »François Bernard, Le Syndicalisme dans l'enseignement, histoire de la Fédération de l'enseignement, des origines à l'unification de 1935, Toulouse, Centre régional de documentation pédagogique, collection documents de l'Institut d'études politiques de Grenoble, 1966-67-68, tome I, page 53.. imprimé à 12000 exemplairesRoland Lewin, Sébastien Faure et La Ruche ou l'éducation libertaire, Cahiers de l'Institut d'histoire des pédagogies libertaires, Éditions Ivan Davy, 1989, page 183..

L’année suivante, le , la correctionnelle le condamne à quinze mois de prison pour la publication sans autorisation, le , d’un numéro clandestin du journal Le Libertaire intitulé « Exigeons la paix »Anne Steiner, Les en-dehors : anarchistes individualistes et illégalistes à la Belle époque, Montreuil, l'Échappée, 2008, , lire en ligne..

En 1917 et 1918, il correspond avec Victor Serge, lui-même emprisonné qui saluait son courage et exprimait le regret de ne pas l’avoir côtoyé avant.

Dans l’Entre-deux-guerres, il reste un proche ami de Rirette Maîtrejean et de ses enfants.

Il est finalement libéré le , à la faveur de l’amnistie d’une partie des pacifistes.

Il livre un dernier article dans Le Libertaire du , puis cesse toute collaboration. Selon Alphonse Barbé, il aurait à l’époque adhéré au Parti communiste pendant quelque temps. Le , il adhère au syndicat des correcteurs.

« Un sinistre vieux est mort » En , Lecoin le persuade de revenir à l’Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR).

Dans Le Libertaire du , sous la signature d’Epsilon, il signe une nécrologie au vitriol de Georges Clemenceau : « Un sinistre vieux est mort ». Cet article entraîne des poursuites contre le gérant du journal, mais Pierre Ruff revendique l’article. Il est alors poursuivi et condamné en correctionnelle, le , à six mois de prison et 500 francs d’amende. Il est incarcéré du au .

De fin 1931 à 1935, il cesse à nouveau de militer, tout en restant en contact avec les milieux libertaires. Il n’y revint qu’en 1935, à la faveur de l’effervescence antifasciste. Il reprend alors sa collaboration au Libertaire sous les pseudonymes de Esliens, Gilbert Schwarz, Nobody ou Vilin, qui devint également son surnom courant dans le mouvement anarchiste.

Les 10 et , il participe à la conférence nationale contre la guerre et l’union sacrée tenue à Saint-Denis et, en novembre, il est désigné à la commission administrative de l’Union anarchiste (UA). Son mandat est reconduit au congrès d’, où il présente aux congressistes un rapport sur le fascisme.

Mort en déportation Pendant l’occupation allemande, il participe aux assemblées générales du syndicat des correcteurs.

Le fait d'avoir exprimé ouvertement ses opinions et son passé de militant anarchiste lui vaut d'être arrêté le , interné en octobre, puis déporté en Allemagne, et interné sous le matricule 30.574 (Block 6) au Camp de Neuengamme où selon Louis Louvet, il aurait été envoyé au crématoire la veille de l’arrivée des AméricainsMichel Sahuc, Un Regard noir : La mouvance anarchiste française au seuil de la Seconde Guerre mondiale et sous l'occupation nazie (1936-1945), Les Éditions du Monde Libertaire, 2008, page 103.Gilbert Guilleminault, André Mahé, L'épopée de la révolte : le roman vrai d'un siècle d'anarchie (1862-1962), J. Grou-Radenez, 1963, page 300..

Œuvres Contributions dans Le Mouvement anarchiste, mensuel édité par la Fédération communiste anarchiste, notice CIRA. L’Île des Cyprès Les Hétérodoxes

Bibliographie Louis Lecoin, Le Cours d’une vie, Paris, 1965. Les Temps Nouveaux, n°21 du , n°31 du . Le Libertaire, . Annie Kriegel, Aux origines du communisme français, 1914-1920, coédité par les Éditions Mouton et l'École pratique des hautes études-Sorbonne, 1964. . Notices Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social : notice biographique. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique. L'Éphéméride anarchiste : notice biographique. Centre International de Recherches sur l'Anarchisme (Lausanne) : notice bibliographique. René Bianco, 100 ans de presse anarchiste : notice.

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