vignette|280x280px|La Maison carrée de Nîmes, temple romain le mieux conservé au monde.
La religion de la Rome antique ou les religions des Romains est l'ensemble des pratiques et croyances religieuses que les Romains considéraient comme proprement romaines (on peut alors parler de Religion romaine, ou de religion publique de Rome), ainsi que les nombreux cultes importés à Rome ou pratiqués par les populations faisant partie de l'Empire romain. En latin, le mot religio ne signifie pas « religion » mais plutôt « obligation rituelle » et s'emploie souvent au pluriel. Il faut garder cette nuance à l'esprit pour éviter les confusions terminologiques.
Chaque communauté humaine a ses propres partenaires divins.
Les Romains se considéraient eux-mêmes comme profondément religieux, et ils attribuaient le succès de leur empire à leur piété collective () qui permettait de conserver de bonnes relations avec les dieux. D'après l'histoire légendaire des premiers siècles de Rome, la plupart des institutions et des rites religieux de Rome remontent aux premiers fondateurs de Rome, particulièrement Numa Pompilius, le second roi légendaire de Rome. Peu à peu, le droit romain se sépare de la religion.
Étude de la religion romaine En dehors de quelques témoignages archéologiques et épigraphiques, notre connaissance directe de la religion romaine ne remonte pas au-delà du avant J.-C. Il est donc difficile de reconstituer formellement les strates les plus archaïques de la religion romaine, certaines théories sont abandonnées comme celle des dieux di indigetes et di novensides. Outre les influences indo-européennes, la religion romaine nous apparaît, aussi loin que les documents écrits nous permettent de remonter, influencée aussi à la fois par les Étrusques et par les Grecs (les premiers étant eux-mêmes déjà largement influencés par les seconds sur le plan religieux).
Les méthodes d'étude sont donc différentes suivant les différentes périodes étudiées : la période archaïque se fonde principalement sur la mythologie comparée. L'étude de la religion romaine à la fin de la République et sous l'Empire est quant à elle basée principalement sur l'ensemble des témoignages littéraires, archéologiques et épigraphiques.
Traits principaux La caractéristique principale des pratiques religieuses romaines est l'orthopraxie, soit un culte fondé sur la bonne exécution des rites et non sur une foi ou une croyance en un dogme. Ainsi, selon John Scheid, la religion romaine est une ..
Les Romains ont néanmoins des croyances, à commencer par l'efficacité de leurs rites adressés à de nombreuses puissances divines, c'est-à-dire surhumaines, les divinités. Ces divinités ont des champs d'action qui peuvent être liés à un lieu ou à une fonction. Elles peuvent avoir une « puissance topique » (liée à un lieu) comme Jupiter Capitolin (de la colline du Capitole à Rome) ou Zeus Olympien (Olympie en Grèce). Mais ils peuvent avoir également une spécialité dite « fonctionnelle », comme Mars qui est le « dieu de la Guerre » (combat aussi bien militaire que pour les récoltes contre les insectes).
Pour les Romains, les dieux sont dans le cosmos, le monde, ils sont avec eux. Ils sont soit aériens, dans l'air, soit astraux. Aux yeux des Anciens, le mouvement circulaire des astres est éternel et donc divin, ce qui explique aussi la forte importance de l'astrologie à l'époque antiquePetite introduction à l’histoire des origines de l’astrologie, entre mythes antiques et modernes et ce que l’Histoire peut en dire..
Origines de la religion romaine La religion romaine se distingue des autres religions indo-européennes par l'absence quasi totale de mythes religieux mettant en scène leurs dieux : . (on les retrouve en grande partie réutilisés dans l'écriture des origines de Rome). La comparaison de la religion romaine avec les mythes des autres religions indo-européennes permet pourtant de mieux comprendre les rites religieux des Romains. De ce fait, les dieux romains présentent un visage à bien des égards étrange : d'un côté l'attention se focalise sur leur puissance d'action (numen) et leur intervention dans l'histoire, car ils ne possèdent pas de « sur-histoire » métaphysique ; de l'autre, comme conséquence, ils ne sont que de pâles figures mal personnalisées. Ils sont d'abord des puissances. Et les Romains, faute de mythes propres, adopteront ensuite les mythes grecs.
Le mythe fondateur de Rome est celui de Romulus et Rémus, deux frères abandonnés sur les bords du Tibre et miraculeusement allaités par une louve. Romulus, fort du présage extraordinaire des dieux constitué par douze vautours, traça les contours de la ville de Rome sur le Palatin et tua son frère après que celui-ci eut franchi le sillon d'un air moqueur. Aussi Rome devint pour les Romains non seulement un espace d'habitation mais aussi un sol consacré.
D'après Tite-Live, c'est après le règne de Romulus que Numa Pompilius, second roi de Rome, institua les pratiques religieuses officielles. Après la mort de Romulus, il transféra une partie du pouvoir religieux du roi, alors à la fois guerrier, législateur et prêtre, vers des collèges sacerdotaux, sélectionnés parmi les Pères, personnages constituant la noblesse choisie par Romulus. Il fonda le temple de Janus, étendit les collèges des flamines à Mars et à Quirinus, et créa l'ordre des Saliens. Il nomma un grand pontife, chef religieux responsable de la bonne exécution des rites.
Selon Georges Dumézil, l'histoire légendaire des origines romaines trahit un archétype indo-européen : le premier roi, Romulus, se concentre sur l'art militaire et fait de Rome une véritable puissance. Le second roi, Numa, fonde les cultes et offre aux Romains une nouvelle force : celle de lutter pour une bonne cause, les déités. La triade divine, Jupiter, Mars, Quirinus, se répartit sur trois fonctions, comme dans la religion indienne antique la trilogie des dieux Varuna, Indra et Nasatya. Jupiter représente la fonction de souveraineté sacrée, Mars la fonction guerrière et Quirinus, à cette période dieu de la masse, la fonction de production et de féconditéGeorges Dumézil, La Religion romaine archaïque. Avec appendice sur la religion des Étrusques, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique Payot », 2000, concernant notamment la théorie développée des fonctions tripartites indo-européennes.. Cette triade précapitoline a été ensuite remplacée par la triade capitoline classique : Jupiter, Junon, Minerve.
Espaces sacrés Dans la Rome antique, le pomerium était la limite sacrée de la ville, formant une frontière à la fois juridique et religieuse.
Le templum, différent de temple, était un espace terrestre ou céleste dédié aux dieux. On distingue le templum terrestre, qui pouvait être un temple ou un autre lieu choisi (comme la Curie), du templum céleste, qui servait lorsqu'un augure (magistrat destiné aux rites et cultes) demandait à un dieu son avis pour une action immédiate (différent de la divination, qui visait à lire l'avenir).
La divination pouvait se faire par la prise d'auspice, par l'observation du vol des oiseaux. L'augure dessinait un templum (une fenêtre) dans le ciel pour l'observation. Si des oiseaux y passaient, c'était bon signe. Si l'oiseau venait de gauche (sinistra), c'était mauvais signe ; s'il venait de droite (dextra), c'était bon signe. L'espèce des oiseaux observés était aussi considérée comme un message des dieux. La présence d'un ou plusieurs aigles était très favorable. Avec la lecture des entrailles (haruspicine), le templum ainsi observé était souvent le foie de l'animal sacrifié. L'augure jugeait du bon état du foie et pouvait ainsi comprendre l'avis du dieu sollicité. Cette pratique entre le rite religieux et la divination était réalisée par des augures spécialisés appelés des « haruspices » (du latin haruspex.). Par ailleurs, l'armée romaine en déplacement avait besoin d'avoir l'avis des dieux avant de livrer une bataille. Le « poulet sacré » était le moyen pratique d'avoir un templum en dehors de Rome ou d'une cité romaine. Si le poulet mangeait le grain donné, c'était un bon signe.
Pratiques religieuses
Sacrifices Le sacrifice (du latin sacer et facere : « rendre sacré ») est le rite le plus important car il permet de maintenir la pax deorum (paix des dieux) en reconnaissant leur supériorité (leur maiestas) en échange d'un vœu. Le sacrifice se distingue en deux catégories, privé et public, selon le groupe devant bénéficier du sacrifice.
Sacrifices publics et privés Sacrifices publics vignette|338x338px|Bas-relief de Domitius Ahenobarbus. Représentation d'un suovétaurile lors du rite public du lustrum. Fin du , musée du Louvre. Le sacrifice public est réalisé pro populo romano, « pour le peuple romain », et ne peut être célébré que par un magistrat à imperium, illustrant les liens indissociables entre religion et politique. Les sacrifices publics sont l'occasion de sacrifier et de consommer les bêtes les plus prestigieuses comme lors du suovétaurile, le sacrifice d'un porc, d'un mouton et d'un taureau. Celui-ci est réalisé par exemple lors du lustrum, la cérémonie accompagnant le census, le recensement des citoyens tous les cinq ans.
Sacrifices privés Le sacrifice privé désigne tous les sacrifices n'étant pas réalisés pro populo romano, pouvant être fait au nom d'une famille, d'une sodalité, d'un quartier ou de tout autre groupe constitué. Le sacrifice privé ne signifie pas nécessairement l'absence de fastes ou l'exclusion des magistrats publics. Ainsi, sous la République, le rite de la confarreatio dans un mariage patricien impliquait la présence du pontifex maximus et du flamen Dialis mais demeurait un rite privé.
Sacrifices sanglants et non sanglants Sacrifices sanglants Le sacrifice est sanglant s'il implique le sacrifice d'animaux domestiques. Un partage de la victime est alors réalisé. Les exta, les abats de la victime, sont offerts à la divinité en les brûlant tandis que les hommes bénéficient du reste de la viande de la victime. Diane, chasseresse, est la seule déesse qui peut recevoir du gibier en sacrifice. Les sacrifices réalisés pour les divinités chthoniennes comme Proserpine ont lieu non pas sur un autel mais dans un trou réalisé dans le sol. L'ensemble de l'animal est brûlé, formant ce que l'on appelle l'holocauste.
Sacrifices non sanglants Le sacrifice n'impliquant pas d'animaux est dit végétal ou non sanglant. Il s'agit d'une offrande puisqu'aucun partage n'est fait entre les hommes et la divinité. John Scheid souligne les interrogations que soulève le terme de fruges, soit les « fruits de la terre ». Ce terme inclut généralement les aliments tels que le miel, le fromage, le pain ou les galettes. Tout est brûlé sur un autel ou au sol. Il est utilisé principalement lors du rite de la supplicatio et des sacrifices destinés aux divinités chtoniennes.
Les Romains offrent aux dieux des animaux domestiques D'autres animaux comme des chiens lors des Robigalia et des chevaux lors de loctober equus sont possibles. Une offrande ne peut avoir lieu si l'animal ne tient pas en place, s'il est effrayé, malade ou s'enfuit. Dans ce cas, pour maintenir l'offrande, les Romains doivent choisir une autre bête docile en bonne santé.
Les étapes du sacrifice Le sacrifice se déroule en plusieurs étapes qui doivent être impérativement respectées dans le bon ordre pour des offrandes réussies.
La præfatio est l'offrande inaugurale avec l'utilisation du vin qui symbolise la reconnaissance des dieux, mais également des encens.