Dans le domaine de la pédologie et de l'écologie, la régression et la dégradation sont des processus d'évolution correspondant à la rupture d'équilibre d'un sol antérieurement caractérisé par une structure stable.

La régression d'un sol est essentiellement due à l'érosion. Elle correspond à un phénomène de rajeunissement d'un sol (retour vers l'état opposé au stade climacique).

La dégradation d'un sol résulte souvent d'une combinaison de facteursBrochure « Le compactage des sols et les pneumatiques » (Agri Réseau / Agriculture, Pêcheries et Alimentation Québec), incluant éventuellement la régression, qui conduisent le sol vers une évolution différente de l'évolution naturelle liée au climat et à la végétation locale. Elle est généralement directement liée à l'action de l'homme.

Selon le rapport Global Land Outlook publié en 2022 par la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, 40 % des sols de la planète sont dégradés, ce qui affecte la moitié de la population mondiale..vignette|redresse=1.7|Carte mondiale de la dégradation des sols établie en 2017. Selon le rapport de 2015 de la FAO et l' sur l'« État des ressources du sol dans le monde », un tiers des terres arables40 % des sols agricoles sont modérément dégradés, 9 % sont très dégradés. Cf . de la planète sont plus ou moins menacées de disparaître10 millions d'hectares par an de terres arables sont perdus ou fortement dégradés. 26 milliards de tonnes de sol arable sont emportés vers la mer chaque année (d'où les crises saisonnières d'eutrophisation), soit 2,6 fois plus que processus naturel. Cf (.. Les principales menacesCe rapport identifie d'autres menaces : salinisation et sodification, perte de la biodiversité, contamination, acidification, compaction, inondations, imperméabilisation des sols et occupation des terres. Cf Orgiazzi, A., Bardgett, R.D., Barrios, E., Behan-Pelletier, V., Briones, M.J.I., et al (eds.). 2016. Global Soil Biodiversity Atlas. European Commission, Publications Office of the European Union, Luxembourg qui affectent les sols sont leur érosion (par l'eau, le vent ou le labour)L'érosion emporte de 12 à 15 milliards de tonnes de couche superficielle par hectare et par an, soit 0,8 à 1 mm/an. 11 % des sols en sont victimes et 80 % des surfaces agricoles mondiales sont sujettes à une érosion forte : les taux estimés d'érosion des sols dans les terres arables ou intensivement pâturées sont 100 à fois plus élevés que les taux d'érosion naturelle et nettement supérieurs aux taux de formation des sols. Cf Montgomery, D. 2007. Soil erosion and agricultural sustainability. Proceedings of the National Academy of Sciences 104: 13268- 13272., la perte de carbone organique et les déséquilibres nutritifs liés principalement au changement d'affectation des sols (urbanisation, défrichement), ainsi qu'à l'intensification de l'agriculture et de la déforestation Rapport Status of the World's Soil Resources publié en décembre 2015 à l'occasion de la clôture de l'Année internationale des sols. Éléments historiques L'érosion des sols commence généralement avec la destruction du couvert végétal, phénomène déjà cité par Platon (400 ans ) dans le Critias : « Notre terre est demeurée, par rapport à celle d’avant, comme le squelette d’un corps décharné par la maladie. Les parties molles et grasses de la terre ont coulé tout autour, et il ne reste plus que la carcasse nue de la région »

Quelques siècles plus tard, les chroniqueurs décrivaient la disparition de près de 600 localités antérieurement prospères le long de la côte africaine entre l’Égypte et le Maroc, à la suite de la déforestation imposée par l’Empire romain qui venait là se servir en bois pour ses bateaux et chars de guerreHarrisson, Robert (1992) citant David Attenborougth in Forêts. Essai sur l’imaginaire occidental, Flammarion, p. 18.. Les sédiments issus des labours et de la déforestation ont comblé la mer Égée sur cinq kilomètres en aval du port d'Éphèse, autrefois célèbre pour abriter le temple d'Artémis à Éphèse. Au début du , 20 % des zones arides du mondesource : Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (2005) et 25 % des sols cultivées, pâturages, forêts et régions boiséesOrganisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (2011) se dégradaient sur terre. L’Objectif 15 des Objectifs de développement durable (ODD) de l'ONU est de restaurer, préserver et gérer durablement les écosystèmes terrestres et notamment les sols (qui sont aussi des puits de carbone). L'ONU a également porté la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNUCLD), convention cadre signée et ratifiée par la plupart des pays et en vigueur depuis 1996.

Description thumb|upright=1.3|Haie de saules incorporant des fascines en fagots pour stabiliser des terrains soumis au ruissellement, Pas-de-Calais, France.

thumb|L'érosion hydrique se traduit en aval par une turbidité chronique et anormale des cours d'eau, et par des coûts de curage importants, jusqu'en mer. (ici l'Aa après une période pluvieuse).

Types de dégradation vignette|Types de compaction du sol. On distingue souvent la régression et la dégradation des sols, qui peuvent se combiner.

Elles se manifestent par : le remplacement de la végétation primitive diversifiée (dite climacique) par une végétation secondaire (monoculture dans le pire des cas), qui modifie l'humus et ralentit la formation du sol ; une diminution des taux de matière organique induite par une surexploitation du sol (non retour, ou retour insuffisant de la matière exportée), son lessivage ; la destruction de l'humus et des complexes argilo-humiques insolubles par le labour qui enfouit et détruit les couches supérieures vivantes du sol, ou par un travail excessif (trop intensif ou trop fréquent) du sol ; l'acidification, la salinisation et éventuellement la désertification qui peuvent être induits ou exacerbés par les changements climatiques, mais aussi par l'irrigation ; l'érosion (hydrique ou éolienne) ; elle est facilitée par le labour, le désherbage et le surpâturage qui laissent les sols nus trop longtemps (ils sont alors déstructurés et dégradés par l'action des sécheresses ou l'impact des pluies qui les lessivent ; la pollution par des métaux lourds ou des substances biocides (pesticides ou autres polluants) qui tuent des organismes essentiels à la cohésion et capillarité du sol (champignons, vers de terre, etc.) ;

la compaction (tassement du sol) et leur asphyxie. Elle se manifeste par l'apparition d'une croûte de battance induite par les pluies ou d'une semelle de labour dans le cas des sols labourés ; le tassement qui entraîne une forte baisse de la porosité naturelle. Le tassement du sol est une des formes les plus graves et les plus courantes de la dégradation des sols. La compaction des sols (notamment hydromorphes et riches en limons) a un impact négatif, direct et durable sur leur activité biologique et sur leurs caractéristiques hydrologique. Les sols tassés sont moins productifs, plus sensibles à l'érosion et contribuent moins à leurs fonctions épuratrices et « tampon ». Partout dans le monde, des sols utilisés par l'Homme tendent à se tasser, perdant de leur porosité, souvent sur 10 à . Cette compaction est le plus souvent due aux engins agricoles et forestiers, mais le surpâturage et la surfréquentation d'un milieu par l'homme peuvent y contribuer localement l'utilisation excessive ou inadaptée d'engrais et d'amendements chimiques (alors que les fumiers, composts, et autres engrais organiques améliorent la qualité des sols). Ainsi contribuent-ils à déstructurer et tasser les sols (par éclatement des agrégats, et diminution de l'activité biologique), toujours au détriment de la pénétration des réseaux racinaires qui normalement - avec les organismes fouisseurs - aèrent et construisent les sols.

Mesure centré|vignette|385x385px|Profil d'un sol dégradé (podzol). Ce type de sol est généralement acidifié et tassé sur l'ensemble du profil. Le tassement peut être évalué par des mesures physiques (dont densité et résistivité électrique du sol) parfois à partir de carottages, mais il faudrait idéalement pouvoir comparer chaque paramètre à un sol identique non tassé ou non dégradé, ce qui n'est pas toujours possible.

L'examen in situ du profil de sol reste le meilleur moyen de constater son état sur les divers horizons. Il oblige généralement à creuser des fosses.

Symptômes Les sols tassés - selon leur nature - se reconnaissent extérieurement à divers symptômes : changements floristiques (plantes malingres, moins résistantes à la sécheresse, moins vertes, de tailles anormalement variables, apparition d'espèces adaptées aux sols compacts avec par exemple joncs poussant dans les ornières en forêt tempérée), levée retardée. mauvaise pénétration de l'eau (flaques ou eau superficielle persistant en surface, plusieurs heures après une forte pluie, plusieurs minutes après une faible pluie). Les résidus végétaux ou de récolte se décomposent mal, même plusieurs mois après leur incorporation au sol phénomènes érosifs anormaux, eaux boueuse dans les fossés et creux.

Constats Les constats et plus encore les comparaisons entre pays sont difficiles à faire car le sujet est encore considéré comme secondaire par de nombreux États et les définitions de « zones touchées par la désertification » et de « populations concernées » diffèrent selon les pays.

Dans le monde Selon Ulf Helldén (Université de Lund en Suède),

Futura Science (2018), Désertification : une menace alarmante qui reste à comprendre, consulté le 31 mars 2018.

Tous les quatre ans des pédologues du monde entier se rassemblent en un Congrès mondial des sciences du sol (WCSS) pour faire le point sur les bilans et avancées en recherche fondamentale et appliquée sur les sols. En 2007, 150 experts venus de 45 pays en Islande pour le centenaire du Soil Conservation Service (ONG créée en 1907) ont insisté sur le fait que alors que la dégradation et la désertification des sols progressent presque partout sur la planète et que ce problème reste . Andres Arnalds, directeur adjoint du Soil Conservation Service évoque une .

Selon les bilans régulièrement dressés par le WCSS la dégradation des sols se généralise et s'aggrave dans le monde, avec plusieurs causes qui combinent synergiquement leurs effets : pollutions accidentelles et chroniques, imperméabilisation et périurbanisation, généralisation des pesticides et autres pratiques agricoles non durables, déforestation, et dérèglement climatique. Elle altère les puits de carbone, la qualité de l'air et de l'eau, en diminuant les services écosystémiques (dont dépend la production alimentaire mondiale).

Les sols - là où ils n'ont pas simplement disparu - perdent des nutriments et leur productivité. Ceci est source d'inondations, de sécheresses, d'une perte de résilience écologique, de coûts et de pertes dévastatrices de moyens de subsistance, et donc de migrations économiques (95 % de notre nourriture vient directement ou indirectement du sol rappelle la FAO). La dégradation et désertification des sols affectent aussi le climat : les sols dégradés sont sources de poussière, d'incendies, de modification de l'albédo, contribuant .

L'ONU et la FAO alertent depuis plusieurs décennies sur la dégradation croissante de nombreux sols, tropicaux notamment, avec de graves phénomènes de désertification et de salinisation. Elles alertent également sur l'érosion des terres arables alors que la demande alimentaire induite par la croissance démographique et des élevages, augmente à un moment où la productivité alimentaire par habitant commence à diminuer.