Anthony Munday (originaire du Staffordshire et baptisé à Londres le – mort le ) est un séminariste, un acteur, un page du comte d'Oxford, un espion, un poète, un dramaturge, un traducteur, un membre de la confrérie des drapiers et un écrivain anglais. Sous Élisabeth , puis sous Jacques , il écrit des ballades, des dialogues, des traités moraux, des pamphlets, des pastorales, un livre de voyage, des pièces de théâtre, des cortèges historiques, une chronique et d'interminables versions de romans chevaleresques.

Biographie

Jeunesse et éducation Il est baptisé le à l'église dans la Cité de Londres, fils de Christopher Munday, un papetier, et de Jane Munday, qui meurent tous deux vers , alors qu'Anthony n'est encore qu'un enfant.

La Cité de Londres s'occupe des orphelins de ses citoyens. Ceux-ci, en contrepartie, doivent demander l'autorisation de se marier avant vingt et un ans, et ne peuvent recevoir leur part d'héritage avant cet âge. Munday parvient toutefois à recevoir un peu en avance, en , la partie de l'héritage venant de sa mère. Il n'y a aucune trace de l'éducation qu'il suit, si ce n'est apparemment des études avec un huguenot londonien, Claudius Hollyband, dans les années 1570. Hollyband enseigne le latin, le français et l'italien, langues que Munday connaît certainement. Dans la préface de Mirrour of Mutabilitie, Munday fait référence à la libéralité d'un parent pour son éducation, peut-être chez Hollyband. Son père, Christopher, avait été membre de la confrérie des drapiers, mais il exerçait le métier de papetier, une occupation peu commune pour un marchand de tissus. Suivant l'exemple de son père, Anthony devient en 1576 l'apprenti de l'imprimeur John Allde pour la confrérie des drapiers, se liant à son maître pour une période de huit ans. Il obtient sa franchise de drapier le . La liste des franchisés de cette confrérie le décrit comme un « poète de Cripplegate », indiquant son lieu de résidence principale à Londres. Il signera « citoyen et drapier de Londres » ses textes imprimés ultérieurs. Il semble qu'il bénéficie aussi de la franchise de la confrérie des tailleurs.

À l'automne 1578, Munday abandonne son apprentissage et voyage en Europe avec un certain Thomas Nowell, principalement en France et en Italie. Il raconte les détails de son séjour à partir de au Collège anglais de Rome dans The English Roman Life. En , il est de nouveau à Londres. Il semble qu'il se rend aux Pays-Bas dans les années 1595-1596.

Au début des années 1580, Munday est apparemment acteur. Cette information nous vient en partie du pamphlet catholique, True Report of the Death of M. Campion Jesuit, écrit en réponse à l'ouvrage de Munday, Discovery of Edmund Campion. Dans cette réponse, l'auteur déclare en effet : «Munday, qui a d'abord été acteur après un apprentissage qui a déçu son maître,...». Cette dernière affirmation est contestée par Allde lui-même. L'auteur du True Report indique que Munday a tenté de faire des spectacles d'improvisation qu'il a abandonnés sous les sifflets.

Mariage et famille En 1582, Munday se marie avec Élisabeth, et ils ont cinq enfants selon le registre de l'église St Giles-without-Cripplegate. Un de ses fils, Richard, continuera la tradition familiale, en obtenant la franchise de drapier en 1613 et en exerçant la profession de teinturier-dominotier.

Religion On ignore toujours pourquoi Munday abandonne son apprentissage pour voyager en Europe, passant la plupart de son temps à Rome. Dans son English Roman Life, il dit que son but est de connaître d'autres cultures et d'apprendre les langues (« J'ai entrepris ce voyage pour mon plaisir et dans l'espoir d'acquérir quelques connaissances de la langue française »), mais certains chercheurs ont trouvé cette explication trop facile, et ont recherché ailleurs d'autres réponses. Certains, comme Tiffany Stern et Andrew Gurr, ont avancé qu'il est un espion, payé pour passer pour un catholique converti afin d'apprendre les plans et les techniques de l'ennemi, comme l'a fait aussi Christopher Marlowe, tandis que d'autres, comme Celeste Turner Wright, concluent qu'il est un catholique converti sincère, compte tenu des sensibilités catholiques de son maître de stage, John Allde, et de son patron, Édouard de Vere, comte d'Oxford, à qui il dédie ses premières œuvres, The Mirrour of Mutabilitie (1579) et Zelauto (1580). Ses futures dénonciations de catholiques n'auraient été pour Celeste Turner Wright qu'une façon de faire oublier son passé de séminariste catholique.

Toutefois, après son retour à Londres en 1579, il publie une série de tracts violemment anticatholiques, tels que A Breefe Discourse of the Taking of Edmund Campion (1581), A Discoverie of Edmund Campion and his Confederates (1582) et A Breefe Aunswer Made unto Two Seditious Pamphlets (1582). Edmond Campion et Robert Persons arrivent en Angleterre en , amenant avec eux un certain nombre de prêtres du College anglais de Rome. Munday témoigne en contre des prêtres qu'il avait rencontrés à Rome, et même contre Campion qu'il ne connaît pas. Ce dernier et plusieurs autres prêtres, dont les pères Sherwin et Luke Kirbie, qui avaient été si bons avec lui, sont torturés et exécutés en . Dans Zelauto, il fournit une manière d'excuse à sa conduite : « un homme, dans de telles affaires, fait du mieux qu'il peut pour sa propre sauvegarde, qui est son souci principal ».

Toujours est-il que Munday s'implique alors activement dans la traque des prêtres catholiques et autres réfractaires. Au cours des années 1580, il est employé par Richard Topcliffe comme agent de renseignements, puis comme agent de liaison par sir Thomas Heneage, trésorier de la chambre privée de la reine, qui le rétribue jusqu'à sa mort en 1595. De 1588 à 1596, Munday signe ses publications « Anthony Munday, messager de la Chambre de la reine ». Le , la reine Élisabeth le remercie de ses bons services en lui accordant des locations de réversion sur des domaines de la Couronne dans le Cambridgeshire, le Cumberland, le Merionethshire, le Norfolk, le Northamptonshire, le Nottinghamshire et le Suffolk, ainsi qu'à partir de 1611 de parts dans les pêcheries sur le fleuve Tamar en Cornouailles. Quel qu'ait pu être son zèle religieux à pourchasser les catholiques, Munday n'a pas moins profité financièrement de cette activité. Après la Conspiration des poudres, l'évêque de Londres, Richard Vaughan emploie Munday pour cette affaire. Jusqu'en 1612, le poète Hugh Holland est inculpé d'être un réfractaire sur le témoignage de Munday.

Munday déploie un zèle identique dans la traque des puritains. À la demande de l'Archevêque de Cantorbéry, John Whitgift, Munday s'implique dans la controverse de Marprelate à la fin des années 1580. Sa première tâche est de rechercher un pasteur nommé Giles Wigginton, que Munday livre à l'archevêque, après lui avoir fait révéler par la ruse son inclination pour le puritanisme et sa connaissance des tracts de Marprelate. Plus tard, Wiggington se plaindra : « J'ai été traité comme un chien ou un Turc... Ce Mundy paraissait être un partisan du pape. C'est un grand dissimulateur ». Le tract de Marprelate intitulé The Just Censure and Reproof of Martin Junior (1589) attaque en particulier Munday, disant qu'il est un Judas qui a déjà trahi les papistes. Ne parvenant pas à capturer Marprelate, les évêques finissent par abandonner la recherche, et Munday se tourne vers autre chose.

Mort Se sentant malade en , Munday fait son testament, dans lequel il nomme sa femme, et ses trois enfants survivants, Richard, Elizabeth et Priscilla. Bien qu'il leur annonce qu'il a peu de choses à leur léguer, n'accordant à chacun que douze pence (un shilling), sa propriété est estimée à . Il meurt en et il est enterré à l'église St Stephen de Coleman Street le .

Œuvres Munday a passé la majeure partie de sa vie à écrire, autant pour gagner sa vie que pour développer son réseau de relations. Pour le premier point, il répond constamment aux goûts du public, passant du tract anticatholique, à l'essai, à la traduction de romans et aux pièces de théâtre. Hill le compare à un vendeur qui s'adapte avec souplesse aux demandes du marché. Cependant dans son tract A second and third blast, il fustige sévèrement ceux qui écrivent pour de l'argent : « celui qui écrit pour une récompense ne considère ni la vertu, ni la vérité, mais s'engage dans les mensonges, car il flatte par intérêt ». Pour le second point – développer son réseau de relations – Munday dédicace ses œuvres à des hommes, petits ou grands, afin d'obtenir leur patronage, ou simplement jugeant de son intérêt d'entrer dans leurs bonnes grâces, même si certains ont une funeste réputation, comme les tortionnaires Richard Topcliffe et Richard Young.

Premiers écrits littéraires English Roman Life Selon Philip J. Ayres (Anthony Munday : our best Plotter ?, 1980), cet ouvrage de Munday offre aux historiens du catholicisme anglais une description unique et détaillée de la vie quotidienne au College anglais de Rome à cette époque, et un compte rendu, par un de ses participants, de cette période cruciale dans le développement du College, de la rébellion réussie des étudiants anglais contre leur recteur gallois, Maurice Clenoke, et enfin de sa prise de contrôle par les Jésuites. D'autres sources ont confirmé l'exactitude du récit. Munday dédicace astucieusement ce texte à sir , Lord Chancelier, à William Cecil, Burghley, et à Robert Dudley, comte de Leicester, pensant, comme l'écrit Munday, que leurs faveurs lui garantissent une sécurité aussi absolue que celle d'Ulysse sous le bouclier d'Ajax.

Munday commence par le récit de ses voyages en Europe avec Nowell, passant par Paris, Lyon, Milan, Bologne, Florence et Sienne, avant d'atteindre Rome. Sa description vivante de la vie quotidienne au College anglais oscille régulièrement de l'attraction à la répulsion. Visiblement, certains aspects de la vie du séminaire le séduisent, tandis que d'autres, comme la flagellation, lui répugnent. Il écrit à ce sujet : « Certains Jésuites doivent se fouetter eux-mêmes avec une cordelette de crin jusqu'à ce que la perte de sang leur fasse perdre connaissance ». Ayant assisté à une auto-flagellation accompagnée de prières, Munday se lamente de ce « spectacle de si grande folie ». Finalement Munday quitte le séminaire quelque temps après Pâques 1579, tandis que Nowell y reste encore quelque temps avant d'être renvoyé pour inaptitude à la prêtrise.

The Mirrour of Mutabilitie (1579) À son retour de Rome en 1579, Munday commence sa carrière littéraire, qui se révélera diverse et abondante. Deux premières œuvres en 1577 sont perdues, sa première production survivante étant The Mirrour of Mutabilitie, or, Principall Part of the Mirrour for Magistrates (1579), une imitation de Mirrour for Magistrates, imprimé par son ancien maître, John Allde, ce qui prouve la bonne entente régnant entre eux deux. Dans la dédicace, Munday évoque ses récents voyages à l'étranger. Munday divise son ouvrage en sept parties, correspondant aux sept péchés capitaux, et écrivant chacune des tragédies dans une forme de strophe différente. Il utilise des personnages de l'Ancien Testament, qui incarnent différents caractères, généralement des vices. Par exemple, Nabuchodonosor représente l'orgueil, Salomon la soumission excessive à sa femme, Ahab l'idolâtrie. Chaque personnage parle et l'auteur lui répond. Turner écrit : « The Mirrour of Mutabilitie insiste à chaque occasion sur la morale, parfois aux dépens de la narration ». Munday souligne que ces exemples sont d'excellentes histoires, à la fois plaisantes et profitables, ce qui est le but d'une telle publication.

The Paine of Pleasure (1580) Munday examine en vers trente-deux « plaisirs », comme la beauté, l'amour, l'honneur, la musique, l'étude, qui ont tous une « peine » antagoniste, qui gâte le plaisir. Cette énigme se résout dans le vingt-troisième plaisir, la Divinité, qui conduit Munday à exhorter que :