L'hôtel de Monaco est un hôtel particulier du , situé au 57 rue Saint-Dominique, proche de l’esplanade des Invalides.
Il est depuis 1938 le siège de la résidence de l’ambassadeur de Pologne en France.
Origines du terrain Selon Paul Jarry.Selon Sillery l’origine du bien est différente puisque vers 1730, une maison est construite par le fils aîné du marquis de Pomponne qui acquiert des terrains à l'extrémité du faubourg Saint-Germain. Puis, toujours sans étayer ses propos, il laisse penser que l’ensemble lui est acheté par la princesse de Monaco. ., qui s’appuie sur des notes du spécialiste Maurice Dumolin, le terrain sur lequel est construit l’hôtel s’étend à l’ouest du faubourg Saint-Germain, initialement de la rue Saint-Dominique à la rue de Grenelle.
Le premier propriétaire connu serait la famille Varet. Cette propriété est constituée de trois lots. Le premier comporte une maison en aile de deux étages construite en 1718. Une porte cochère sur la rue Saint-Dominique accède à une cour, derrière se trouve un jardin. Le second lot donne aussi rue Saint-Dominique et comprend des bâtiments simples avec derrière des marais. Enfin une série de maisons est construite sur la rue de Grenelle entre l'hôtel Chanac de Pompadour et le couvent Sainte-Valère..
Catherine Varet, veuve d'André de Voulges, seigneur de Chanteclair, vend ce terrain les 10 et à Pierre de Bragouze, trésorier de la maison du roi.
À la suite d’une liquidation judiciaire, le Marie-Marguerite Legendre, récente veuve d’Antoine Crozat l’« homme le plus riche de France », porte une adjudication et le est définitivement déclarée adjudicataire.
Un premier héritage, le , laisse la propriété indivise. Mais au décès de l’un des trois fils, en 1750, elle échoit à deux petits-fils d’Antoine Crozat : Armand-Louis de Gontaut Biron duc de Lauzun et Étienne-François de Choiseul duc de Choiseul-Stainville.
Ceux-ci vendent, le , la propriété au riche Jean-Joseph de Laborde, vidame de Chartres, ancien banquier de la cour.
Il la revend, le , à Marie-Catherine Brignole, épouse séparée de corps et de biens, du prince Honoré III de Monaco.. Le terrain est similaire à celui de 1719.
Premier hôtel Architecte Alexandre-Théodore Brongniart vignette|alt=Lithographie noire et blanche d'un homme en buste de face regardant sur sa droite.|Alexandre-Théodore Brongniart.Lithographie de Béranger d’après Gérard et Arnoult.Alexandre-Théodore Brongniart né en 1739 meurt en 1813 avant de terminer à Paris le palais de la Bourse – dit palais Brongniart. Admis à l’Académie royale d'architecture en 1781, il est l'élève de Jacques-François Blondel puis d’Étienne-Louis Boullée..Bien qu’il concoure à de nombreuses reprises au prix de Rome il échoue et commence probablement comme assistant de Boullée..
Ayant achevé les hôtels de Montesson et de Bondy, Brongniart termine le pavillon d’Orléans lorsque la princesse de Monaco lui demande de construire son hôtel en 1774..L'origine de la recommandation n’est pas connue. La fille du duc d’Orléans et le fils du prince de Condé se marient en 1770 rapprochant ainsi les deux familles. Mais il parait peu probable que , épouse du duc d’Orléans, présente son architecte à la maitresse du prince de Condé. Il est plus vraisemblable que le précédent propriétaire du terrain, Jean-Joseph de Laborde, le recommande.
Décorateurs Gilles-Paul Cauvet Gilles-Paul Cauvet, né en 1731 et décédé en 1788, est un sculpteur ornementaliste qui assure la décoration du salon de l’hôtel..En 1762 il est admis à l'Académie de Saint-Luc dont assure la direction en 1766. Très apprécié par Monsieur – frère du Roi et futur –, qui lui confie de nombreux travaux, il porte le titre de sculpteur ordinaire des bâtiments de Monsieur.. Il abandonne le rococo pour revenir à des formes plus épurées inspirées de la période antique qui marquent le style Louis XVI..
Dans le salon de compagnie, au-dessus des quatre portes se trouvent des bas-reliefs sculptés. Ceux-ci sont constitués de . Le souci de la perfection de la Princesse est certain puisqu’elle fait refaire à Cauvet la corniche afin que chaque ove tombe à l’aplomb de chaque modillon. De même, avant de les exécuter, Cauvet a dessiné deux consoles grandeur nature pour mieux se rendre compte de leur effet. Elles doivent se placer entre les portes-fenêtres du jardin. Avec un dessus en marbre blanc, les ornements sont en bronze doré. Néanmoins il doit supprimer deux aigles déjà sculptés sur la rainure.
Jean-André Lepaute Jean-André Lepaute, né en 1709 et décédé en 1789, applique avec virtuosité des observations physiques à l’horlogerie.Il présente ses chefs-d’œuvre à la Cour et devient horloger du Roi. Certaines de ses réalisations sont sur des édifices tels que le palais du Luxembourg, le château de Bellevue ou encore le château des Ternes. Il travaille aussi pour des amateurs éclairés de la haute société...
Il réalise avec des artisans prestigieux une pendule à cercles tournants – parfois dite au globe terrestre ou l'étude de la géographie – posée sur la cheminée du salon de compagnieSelon Christie's cette pendule est offerte par le prince de Condé et se trouve au musée du château de Fontainebleau. .. Elle a une fonction décorative avec ses personnages de la mythologie grecque.La muse Clio, jeune fille debout, drapée et couronnée de lauriers pose son coude gauche sur le globe terrestre. Sa main gauche désigne avec un stylet l'heure. Son livre est à terre sur une colonne de temple antique brisée et une section de tronc d'arbre. Le globe, gravé des continents et de certains pays, repose sur un piédestal qui cache les rouages accessibles par deux portes avant et arrière discrètes. L'équateur est divisé en deux cercles indépendants l'un de l'autre qui tournent progressivement dans le sens horaire. Sur le cercle supérieur les minutes sont inscrites en caractères arabes sur des plaques émaillées séparées par des feuilles gravées dans des cadres ovales. Sur le cercle inférieur les heures sont inscrites en caractères romains jusqu'à XII séparées par des feuilles dans des losanges. De l'autre côté se trouve au sol un génie du temps représenté par un putto ailé ceint d'un tissu. Cet angelot à califourchon sur le tronc tient une faux. L'ensemble est en bronze doréPendule de A.-J. Lepaute strictement identique à celle de la princesse de Monaco sur Christie's..Le mouvement témoigne du savoir-faire de l'horloger. De surcroit, à la demande de la Princesse, la sonnerie cesse de minuit à midi..
François-Honoré-Georges Jacob-Desmalter François-Honoré-Georges Jacob-Desmalter, né en 1770 et décédé en 1841, appartient à une dynastie d'ébénistes qui sert déjà la Couronne avant la Révolution. Il satisfait l’Empereur et sa famille ainsi que les dignitaires du régime et les têtes couronnées européennes..
Présent à l'Exposition des produits de l'industrie française de l’ et de l’, il obtient les médailles d’or et d’argent comme ébéniste.Le dessin de ses meubles, auquel se prêtent parfois les architectes et décorateurs Charles Percier et Pierre Fontaine, se caractérise par des lignes simples à juger sur un ameublement complet. Sur l’acajou, il associe des bronzes en collaboration avec des fondeurs et des ciseleurs de renom. Les autres essences sont employées comme incrustations. .
Pour l’hôtel de Monaco le maréchal Davout fait appel à lui. Il rappelle dans une lettre du à son épouse que – des sièges nous sont parvenus avec l’étiquette indiquant la destination de ces meubles. Il livre des fauteuils au rez-de-chaussée dans la chambre d’apparat de la MaréchaleFauteuil de Jacob-Desmalter, commandé par le maréchal Davout pour le rez-de-chaussée de la rue Saint-Dominique page 28/364 du catalogue des ventes aux enchères du 2 décembre 2013 de la maison Mac-Arthur Kohn.. D’autres sont placés au premier étage dans le salon. Courant mars ou il propose un prêt au Maréchal alors en proie à de sérieuses difficultés financières..
Architecture Extérieurs L’entrée se fait rue Saint-Dominique par une imposante porte cochère. Celle-ci, comprise dans une maçonnerie à refend, est encadrée par deux colonnes doriques. L’entablement soutient une archivolte dont le tympan est sculptéPorte d’entrée de l’hôtel en 1797-1798 selon Jean-Charles Krafft sur Gallica..En 1808, le maréchal de l’Empire Davout fait porter sur le tympan son écu avec ses armoiries et les signes extérieurs qui marquent sa qualité de duc. Les sculptures qui entourent ses armoiries rappellent ses campagnesDessin de la porte cochère et détails du tympan de l’hôtel en 1810 selon Jean-Charles Krafft sur Internet Archive..
Cette porte cochère donne accès à une allée bordée d'arbres qui aboutit à la cour. De façon originale pour l’époque il n'existe ni ailes ni communs pour enserrer la cour. Le corps de logis à un étage est isolé. Ainsi la façade nord donne sur cour et les côtés comme l’autre façade se trouvent entourés par le jardin. Le bâtiment, de de long sur de haut, parait reposer au milieu d’un îlot de verdure.Dans la cour, à l'est de l'allée, une parcelle est louée le au comte de Valentinois beau-frère de la Princesse. Le contrat prévoit qu’il construise à ses frais un hôtel – appelé aussi petit hôtel de Monaco – qui, à son décès, doit revenir à la Princesse. En fait elle le rachète avant pour y loger sa maisonnée. À l'ouest de l'allée se trouvent l'écurie et la remise.Le visiteur est accueilli par une façade ornée de colonnes d’ordre toscan qui encadrent neuf hautes fenêtres cintrées. Elle connait deux légères avancées aux extrémités. Devant les trois portes-fenêtres du centre se trouve un péristyle en arc de cercle auquel on accède par huit marches. Ce péristyle sert de balcon au premier étage. Les appuis de fenêtres y sont composés de balustres rappelés dans la balustrade située au ras du toit. Celui-ci parait plat mais cache des combles. Les entablements du premier étage et du toit avec leurs balustres et leurs denticules donnent deux lignes fortes qui allongent la façadeLa façade côté jardin est différente puisque les colonnes d’ordre colossal s’élèvent sur toute la hauteur de l’édifice et majorent l'impression de hauteur. Les chapiteaux sont d'ordre composite.
Les jardinsSchéma du jardin (numéroté 2) (avec légendes) sur un plan général de l’hôtel en 1797-1798 selon Jean-Charles Krafft sur Gallica. à la français et à l'anglaise vont jusqu'à la rue de Grenelle. Depuis le salon s’étale un vaste gazon avec des salles de verdure. De part et d’autre, deux allées bordées de vases en fonte et de charmilles basses conduisent à la maison du jardinier à l'est et à une chapelle à l'ouest. Celle-ci est contiguë avec celle du couvent de Sainte-Valère et communique par une fenêtre percée entre les deux murs. La Princesse achète par an la possibilité d’assister ainsi aux messes..
Bien que n'étant pas inscrit ou classé au titre des monuments historiques, l'ensemble de bâtiments est protégé dans le cadre du plan de sauvegarde et de mise en valeur du 7e arrondissement.
Distribution vignette|alt=Pan du rez-de-chaussée d'un hôtel particulier du .|Plan du rez-de chaussée selon Jean-Charles Krafft gravé par Charles Ransonnette (1797-1798)Plan du rez-de-chaussée (avec légendes) en 1797-1798 selon Jean-Charles Krafft sur Gallica..L’habitation est répartie en deux espaces. En entrant, au milieu et à droite, se trouvent les pièces de réception. Les appartements de la Princesse se situent à gauche. Enfin le plan divise le logis en deux sur toute sa longueur sans axe traversant.