(en ), le plus souvent traduit par Pacte des vertueux, est une alliance parmi les Quraych conclue en 590 à La Mecque. en vue d'établir la justice pour tous par l'action collective, en particulier pour ceux qui n'avaient aucun lien de protection avec une tribu. La participation du futur prophète de l'Islam Mahomet lui donne un rôle important dans l'éthique islamique.
Contexte La création du Hilf al-Fudul a lieu 20 ans après l'année de l'éléphant, en 590 CE, au retour de Quraysh de la bataille de Fijar : la bataille de Fijar a eu lieu à Shawwal et Hilf al-Fudul a été faite à Dhu l-Qa'da Aḥmad b. Abī Yaʿqūb al-Yaʿqūbī, Tārīkh al-Yaʿqūbī, vol. 2, p. 18.. Cette guerre permet aux Mecquois de reprendre des Perses le contrôle de la route commerciale entre Al-Hira et le Yémen William Montgomery Watt, Muhammad: Prophet and Statesman. Oxford University Press..
Le principe mecquois de hilf, conçu plut tôt par Hachim ibn Abd Manaf consistait à établir de nouvelles alliances entre marchands de rangs équivalents, qu'ils soient mecquois ou étrangers. Cela permettait de former des alliances commerciales en dehors de La Mecque et de modifier la balance du pouvoir à l'intérieur de la société mecquoise. La pratique pouvait être à l'origine de nouveaux clans, comme ce fut le cas pour les Banu Fihr Ibrahim, Mahmood (Aug. 1982). "Social and Economic Conditions in Pre-Islamic Mecca." International Journal of Middle East Studies, 14(3): 355. Cambridge University Press.. Ces alliances transformèrent la socialisation tribale traditionnelle et les relations sociales mecquoises Eric R. Wolf, 1951, The Social Organization of Mecca and the Origins of Islam, University of Chicago, Southwestern Journal of Anthropology, Volume 7, Number 4 ..
Le succès des nouvelles institutions mises en place par Hashim, le hilf, mais aussi le ilaf, qui permet des accords commerciaux, va déborder la structuration tribale traditionnelle des Quraysh. Les nouvelles alliances devenant plus structurantes que les liens de parentés et les rapports de solidarités. Un clan était maintenant formé autour d'un sayyid, marchand, et ses alliés halif. Des marges se forment en dehors de la structuration tribale, des esclaves,qinn, et des mawla, ancien esclaves, personnes endettées auprès des marchands, et le surplus des tribus environnantes, parfois endettées également, venant travailler à La Mecque.
Déclenchement Un marchand yéménite de la tribu Zubaid est arrivé à La Mecque avec des marchandises, qu'il a vendu à Al-As ibn Wa'il al-Sahmi (Banu Sahm, le père de Amr ibn al-As) l'un des nobles Quraysh. Sachant que le yéménite n'avait aucun allié, il a ensuite refusé de le payer. Le Zabidi a demandé l'intervention des Quraysh mais ils ont refusé d'intervenir, à cause de la position d'Al-As ibn Wa'il. Plus tard, le vendeur a décidé de monter sur Abu Qubays, une montagne près d'al-Masjid al-Haram et a répété à haute voix des poèmes appelant à la justice :
Pour rendre le pacte impératif et sacré, les membres sont entrés dans la Ka'aba et ont versé de l'eau dans le récipient pour qu'elle coule sur la pierre noire. Alors chacun y but. Ensuite, ils ont levé la main droite au-dessus de leur tête pour montrer qu'ils seraient solidaires dans cette entreprise. Le pacte a été écrit et placé à l'intérieur de la Ka'abaJoseph Chelhod (Nov. 1991). "La foi jurée et l'environnement désertique." Arabica, 38(3): 301.. Puis ils sont allés à al-As ibn Wa'il et lui ont pris ce qu'il devait au Zabidi et l'ont remis. Un autre aspect du pacte était qu'il ouvrirait le marché de la Mecque aux marchands yéménites, qui sans lui en auraient été exclus.
Les clans mecquois Les clans Quraych qui forment le hilf sont Banu Hachim, Banu Zuhrah, Banu Muttalib, Banu Asad et Banu Taym. William Montgomery Watt note la continuité avec le hilf al-Muthayyabun (le pacte des parfumés), lors du conflit de succession de Qusay, à l'exception notable des tribus 'Abd Shams et Nawfal, qui s'étant enrichies dans leurs affaires commerciales avaient rejoint les Ahlafs (les confédérés, principalement Banu Makhzum et ) en 905 William Montgomery Watt (1986). "Kuraysh". Encyclopedia of Islam. Vol. V: Khe–Mahi (New ed.). Leiden and New York: Brill. pp. 434–435. ..
Pour Watt, les Abd Shams et Makhzum ayant pris le contrôle du commerce avec le Yémen, si les marchands yéménites ne venaient plus à La Mecque, les autres clans auraient été définitivement exclus du commerce avec ce pays. M. Watt note que les musulmans qui ne s'exilèrent pas en Abyssinie faisaient partie des tribus du hilf al fudhul, et que lors de la bataille de Badr, ces clans sont toujours en oppositions puisque tous les chefs mecquois proviennent des clans plus puissants.
Suites Ce pacte a marqué le début d'une certaine notion de justice à La Mecque, qui serait plus tard répétée par Mahomet lorsqu'il prêcherait l'islamPeterson (2006), p. 43.. Mahomet continuera plus tard de reconnaitre la validité et la valeur du pacte, bien que la plupart des membres soient non musulmans. Plus tard, après avoir proclamé l'islam, il dit : "Dans la maison d'Abdullah ibn Jud'an, j'étais présent à une alliance qui était telle que si j'étais invité à y participer maintenant en Islam, je le ferais encore." Son mariage et sa participation au Hilf al-Fudul sont les derniers événements historiques connus de Mahomet avant l'Islam. Il a alors 20 ans et les 20 années suivantes de sa vie sont peu documentéesFrançois Déroche, « Mahomet », dans Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, 2007.Maxime Rodinson, Mahomet, Seuil, Paris, 1968, rééd. 1993...
À l'époque omeyyade, à certaines occasions des menaces ont été faites de faire appel à nouveau à ce pacte. Par exemple, sous l'ère du calife Muʿawiya Ier, ('Abd Shams) s'appuyant sur le fait qu'il était le neveu du calife, a commis une injustice au détriment d'Al-Hussein ibn Ali a propos de certains bien qu'ils possédaient en commun. Al-Husayn, scandalisé par la démarche arbitraire du gouverneur Omeyyade, déclara que si Al-Walid ne reconnaissait pas ses droits,il ferait appel à l'alliance du Fudul. Des Mecquois influents, tels que Abd Allah ibn az-Zubayr (Assad), Al-Miswar bin Makhrama Al-Zuhri et 'Abd al-Rahman ibn Uthman al-Taymi ont juré de l'aider conformément aux engagements du pacte et le gouverneur al-Walld, troublé par la peur des conséquences possibles, a cédé à tous égards à al-Husayn.
Notes et références
Bibliographie William Montgomery Watt, Mahomet Henri Lammens, La Mecque à la veille de l'Hégire, 54 sq. Muhammad Hamidullah, Le prophète de l'Islam, Paris 1959, i, 47-8. (Cn. Pellat) Ibn Hichâm, Sira, éd. Sakka
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