Roger Montandon est un navigateur suisse, né le . Il s’est distingué pour avoir traversé l’Atlantique à la rame, en solitaire, durant l'année 1996, en 60 jours, battant ainsi le précédent record détenu par Gérard d'Aboville en 1980, qui lui, l’avait effectué en près de 72 jours.

Enfance et jeunesse Cadet d’une famille de trois enfants, il a un frère et une sœur prénommés Georges et Marianne. Son papa exerce tout d’abord le métier d'éleveur de chevaux dans une ferme sur les hauts de la commune de Concise, et sa maman, est femme au foyer. À l’âge de six ans, la famille déménage à Fontaines-sur-Grandson, son papa ayant trouvé un travail comme scieur, tout en élevant cette fois, comme hobby, des lapins, avant que la famille ne s’établisse à Grandson un peu plus tard, au bord du lac de Neuchâtel, où cette étendue d’eau lui sert comme lieu de divertissement tous les après-midi. Il va même jusqu’à construire un radeau avec ses copains en s’inspirant de Thor Heyerdahl avec son radeau Kon-Tiki.

Mauvais élève, turbulent, insolant, il n’aime pas l’école, au point de sécher régulièrement l’école pour aller au lac. Il apprécie néanmoins les cours de géographie, tout en rêvant de devenir marin. Il rédige d'ailleurs une dissertation à ce sujet, avec pour thème, ce qu'il voudrait exercer comme métier quand il aura 20 ans. Il obtiendra pour sa dissertation, un 11 sur 10 ! L’été, durant les vacances scolaires, il les passe chez sa grand-tante et son grand-oncle au Locle, où il peut laisser libre cours à son besoin de liberté. Alors qu’il a 12 ans, sa maman décède, et deux ans plus tard, son papa à un accident de moto où il perd lui aussi la vie. Orphelin, son frère Georges devient son tuteur, et il est placé dans une famille d’accueil, composé de cinq enfants, qui vivent eux aussi à Grandson et avec qui il passe de bon moment, notamment durant leur virée au lac de Joux où il peut s'adonner au plaisir du patin à glace en hiver, lorsque le lac est gelé. Il reste néanmoins réfractaire à toute forme d’autorité et quitte l’école six mois avant le terme de sa scolarité obligatoire.

Après sa scolarité mouvementée, il veut entrer dans la compagnie maritime Suisse-Atlantique, mais pour cela il doit obligatoirement posséder une formation et son frère, étant son tuteur, le contraint d'abord à en suivre une. Il sera tout à tour un apprenti cuisiner, à Lausanne, car l’apprentissage ne dure que deux ans et demi, et cela pourrait lui être utile à bord d’un navire, mais il quitte son apprentissage au bout d’un mois, pour commencer une formation de constructeur de bateau, toujours à Lausanne, mais cette formation quant à elle dure trop longtemps et le travail est trop rébarbatif à son gout, alors il se rabat sur un apprentissage de facteur au PTT, dont la formation ne dure elle qu’une seule année. Il obtient son certificat fédéral de capacité, le et ne perd pas de temps pour prendre le large.

Marine marchande suisse Pleine emploi aidant, il embarque dix jours après l’obtention de son CFC dans la marine marchande suisse à Dunkerque, à bord du cargo Bregaglia, qui se rend à Necochea en Argentine, pour charger du blé et ensuite le décharger à Rotterdam. Sur ce cargo, il est mess boy, métier qui consiste à laver la vaisselle et servir l’équipage. Le Bregaglia était un cargo suisse d’environ 18 000 tonnes pour de long, avec un seul moteur de six cylindres de 7500 CV, qui selon lui, est "un bateau mal foutu, qui roulait même par temps calme et qui reculait quand il y avait une tempête". Le Bregaglia avait été construit au début des années 1960 sur les chantiers navals de Treci Maj, à Rijeka en ex-YougoslavieBibliothèque cantonale et universitaire, Scriptorium, 17 janvier 1962, Le Matin, page 2.

Durant les deux ans et demi qu’il passe à bord du Bregaglia, il navigue sur toutes les mers, en ne se privant pas de faire la fête à chaque port où il accoste. En 1965, il passa stewart, dont la charge consiste à servir les officiers, puis plus tard, , où il ne sert là, plus que le capitaine et l’ingénieur-chef. Durant cette période, il effectue aussi un voyage à bord du Cargo Silvapana (un tas de rouille de , selon ces termes), de Calais en passant par les Trois Lacs pour revenir sur Liverpool. Dans le Bregaglia, il fait la connaissance d’un officier de machine montreusien, Jean-Pierre Vuillomenet, qui avait écrit un livre intitulé, La planète à vélo où il raconte son périple à vélo, qui l’avait notamment conduit à naviguer sur le fleuve l’Amazone en bateau. Confidences qui ne quittèrent plus son esprit, tout comme la scène de galériens ramant au rythme des tambours qu’il avait vu précédemment dans le film Ben-Hur à Lausanne.

En janvier 1966, il rencontre sa future épouse, Yolande, lors de sa première permission qu'il passe en Suisse. Leur premier enfant, Jean-Pierre, nait au printemps 1967. Cette naissance l'incite à quitter la marine marchande pour revenir s’établir en Suisse et rester auprès de sa famille, car pour lui, il estime important d’être un père présent, lui qui avait perdu le sien alors qu’il n’avait que 14 ans. En Suisse, il redevient facteur au PTT à Genève et vit désormais avec sa famille à Vernier dans le quartier du Lignon.

En , il est incorporé dans l’armée suisse, comme cycliste à Winterthur. Bien loin de déposer dans les fougères sa bicyclette pour se rouler dans les champs, comme le chante Yves Montand dans sa chanson La bicyclette, il doit porter sur sa bicyclette en plus de son paquetage, une mitraillette A51Mitraillette A51. Affichant ouvertement son antimilitarisme, son insolence et ses idées marxistes, jusqu'à épingler un drapeau de l’URSS dans la chambre de la caserne, d’être membre de l’association culturelle Suisse-URSS et d’être abonné au journal Pravda, il est libéré au bout de deux mois, le .

De retour à Genève, il reprend son métier de facteur, et malgré un dériveur 420 au port de Versoix, qui lui permet de naviguer, ils ressentent, lui et son épouse, le besoin de retourner au bord du lac de Neuchâtel, ne supportant plus la cage à lapin où ils vivent et le bruit des avions de l’aéroport de Genève.

Chantier naval, magasin de pêche et candidature au Conseil d’État Installé à Grandson en 1969, il trouve du travail dans le chantier naval Staempfli dans cette même ville. Moulage de coques, montage des bancs et des chaises, tel est son quotidien.

En 1970, il projette avec son ami Roland de traverser l’Atlantique à la rame. Pour cela, il prend comme modèle l’un des bateaux « super vent blanc », qu’il fabrique en série dans le chantier naval. Il s’agit d’un insubmersible, mais décide de renforcer la coque, de modifier le pont et ajoute un réservoir d’eau douce qui ferait office de balancier si l’embarcation se mettrait à chavirer. Le départ est fixé pour l'année 1971, mais son ami renonce finalement à l’accompagner, car selon lui, cette traversée comporte trop de danger. En plus de ce désistement, Natacha, la fille de Roger Montandon, est née durant ce projet. Rétrospectivement, il réalisera plus tard lorsqu'il traversera l'Atlantique, le danger que pouvait représenter une telle expédition à cette époque, en raison de la technologie qui n’était pas encore au point, ne serait-ce que la possibilité d’avoir simplement un dessalinisateur à bord, qui permet de désaliniser l’eau de mer. En 1974, son troisième enfant Tania voit le jour, et il fait la promesse à son épouse Yvonne de ne pas tenter d’expéditions tant que leurs enfants ne seraient pas devenus grands et autonomes.

Son imagination reste néanmoins prolifique au chantier naval, car il se met à concevoir un bateau qu’il nomme Le vent du nord, un pêcheur/promenade beaucoup plus stable que le bateau de série qu’il fabrique dans le chantier naval, au point que son patron finira par lui acheter l’idée une dizaine d’années plus tard, en 1983. D’autres idées lui viennent à l’esprit, en rapport avec la pêche, notamment des traîneaux en polyester censés écarter les lignes des barques. Le tableau s’assombrit toutefois pour lui, car il est pris de violentes sciatiques paralysantes pendant son travail. Les médecins lui diagnostiqueront la maladie de Bechterev, dont il gardera des séquelles durant les périodes de froid.

En 1983, il ouvre son magasin de pêche à Grandson, Au fin pêcheur, et comme les affaires fonctionnent bien, il décide de déménager son magasin dans une halle industrielle à Yverdon-les-bains et continue à inventer des articles de pêche : Une machine pour la ligature des anneaux, des valises pour le transport des cannes, des pontons et, cerise sur le gâteau, une canne à pêche télé réglable à éléments coniques et son système de frein, qui lui valent les honneurs d’un salon de pêche à Paris. Sa fille Natacha est également de la partie, car elle y effectue son apprentissage d'employée de commerceBibliothèque cantonale et universitaire, Scriptorium, 4 juin 1987, 24 heures, page 3.

Le , une très mauvaise nouvelle, lourde de conséquence, vient ternir les affaires de son magasin de pêche. La du canton de Vaud annonce que les ardillons sont dorénavant interdits, ce qui est en soi, mieux pour les poissons, selon la société protectrice des animauxVingt ans après son interdiction en rivières, l’ardillon recroche à la ligne, 19 décembre 2008, 24 heures. Manque de chance pour lui, il a pour francs suisses de stock. Après diverses tentatives pour entrer en contact avec le chef de la conservation de la faune, sans résultat, il se rend dans les bureaux de l'administration à Lausanne, avec une hache à la main et profère des menaces contre le département de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, et son chef, Raymond Junod, qui n'était pas présent, puis, sans mettre à exécution ses menaces, il repart à Grandson, où il est arrêté par la police, interrogé, puis relâché le jour même, car entretemps, la plainte a été retirée, estimant qu’il ne présentait plus un danger pour la sociétéBibliothèque cantonale et universitaire, Scriptorium, 16 mars 1988, Le Matin, page 9. Après s’être battu au tribunal, pour recevoir un dédommagement de la part des autorités, elles refusent d’entrer en matière, de peur que cela face jurisprudence pour d’autres cas de figure. Après l’école, l’armée, son mépris pour tout ce qui vient des autorités s’accentuent encore un peu plus. En colère et n'ayant rien à perdre, il se présente la même année à l’élection du conseil d’État, sous la liste, indépendant des partis politiques pour tenter de pourvoir le poste du conseiller d’état Raymond Junod qui vient de démissionner et dont le département qu'il dirigeait était l’instigateur de cette décision concernant les ardillons. Pour pouvoir être candidat, il doit présenter des signatures de soutien, et il en obtient plus que nécessaire, 121 signatures pour être précis, en moins de trois joursBibliothèque cantonale et universitaire, Scriptorium, 11 mai 1988, 24 heures, page 17. En face de lui, il a pour seul adversaire le radical Jacque MartinBibliothèque cantonale et universitaire, Scriptorium, 22 juin 1988, 24 heures, page 19. Le , Roger Montandon perd l’élection mais obtient tout de même 28 % des voix, avec bulletins en sa faveur. Un score tout à fait surprenant pour un inconnu du monde politique, bien qu’il ait profité des voix des électeurs votant habituellement à gauche, qui n’avait pour ainsi dire fait campagne que dans la région du nord du canton de Vaud où il habite et travaille. Cette élection n'a par contre pas déplacé les foules, comme l’atteste la faible participation de 16,14 % des électeursBibliothèque cantonale et universitaire, Scriptorium, 27 juin 1988, 24 heures, page 4 et 5 / 27 juin 1988, Le Matin, page 7.