alt=Très important dans l'histoire de la guerre |vignette|299x299px|La croix de Lorraine, choisie par le général de Gaulle comme symbole de la RésistancePharand (2001), 169.. La résistance intérieure française (RIF) ou résistance française de l'intérieur (RFI), appelée en France la Résistance, englobe l'ensemble des mouvements et réseaux clandestins qui durant la Seconde Guerre mondiale ont poursuivi la lutte contre l'Axe et ses relais favorables à la collaboration franco-allemande sur le territoire français depuis l'armistice du jusqu’à la Libération de la métropole en 1944.

Alors que Radio Londres est régulièrement et le plus souvent brouillée par les Allemands et toute la presse légale soumise à la censure allemande qui les accuse de , les Résistants ont pour activité première la diffusion d'une presse clandestine abondante et variée : entre 1940 et 1944, près de (journaux) clandestins ont existé, qui ont tiré au total environ d’exemplaires, Combat tirant parfois jusqu'à exemplaires par jour, Le Franc-Tireur jusqu'à , Libération jusqu'à et Défense de la France jusqu'à 450 000.

Malgré les difficultés à agir, sans guère de moyens, face à un occupant massivement présent et armé, les mouvements organisés de Résistance ont rassemblé 2 à 3 % de la population française, et n'auraient pu survivre ni agir sans de multiples complicités populaires au-delà de leurs rangs. Sans en être officiellement membres, cent mille mineurs du Nord-Pas-de-Calais font grève en mai-juin 1941 pour priver d'énergie et de transports la machine de guerre allemande, tandis que les grèves patriotiques d'octobre 1942 en France partent d'un atelier SNCF à Oullins, près de Lyon.

Les actions de renseignement militaire et de sabotage sont très nombreuses aussi, tout comme la fabrication de faux papiers pour l'évasion et le sauvetage de prisonniers de guerre, de réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), d'Alsaciens et de Mosellans fuyant l'Alsace-Moselle annexée et de Juifs persécutés. Elle a peu à peu trouvé des lieux isolés où dissimuler des maquis qui ont préparé la libération de nombreuses petites villes.

Cette « armée des ombres » a rassemblé des hommes et des femmes de tous horizons, recrutés en fonction de leur capacité à intervenir au bon endroit et au bon moment, mais aussi à échapper aux repérages, filatures, arrestations et tortures, sans dévoiler d'informations à l'ennemi : Reichssicherheitshauptamt (RSHA : Office central de la sécurité du Reich dont fait partie la Gestapo), Abwehr, Wehrmacht et autorités françaises du régime de Vichy.

Le général de Gaulle, chef de la France libre réfugiée à Londres, tisse des liens avec la Résistance intérieure via les réseaux du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) ou d'envoyés tels que Jean Moulin, Pierre Brossolette, Jacques Bingen et Christian Pineau. La création du Conseil national de la Résistance (CNR) par Jean Moulin, le , puis celle des Forces françaises de l'intérieur (FFI) par Jacques Bingen, le , marquent les jalons essentiels d'un processus d'unification parfois difficile, sous l'égide de Londres puis du gouvernement provisoire d'Alger.

Organisation et unifications France libre et Résistance intérieure Le , sur les ondes de la BBC, le général de Gaulle a appelé à la radio tous les Français qui avaient une quelconque compétence militaire à venir le rejoindre à Londres. Ceux qui ont répondu à son appel sont considérés comme membres de la « France libre » ou résistants de l'extérieur.

La résistance de l'intérieur concerne ceux qui sont restés en France, soit en zone occupée, soit en zone libre, et se sont organisés pour transmettre des renseignements militaires aux Alliés ou mener des actions contre les forces de l'Allemagne nazie et les structures du gouvernement de Vichy. Les initiatives isolées se structurent progressivement et le mot de s'impose d'après le nom du bulletin du réseau du musée de l'Homme, Résistance, publié dès .

La France libre crée en métropole des réseaux de renseignements dès et les premiers contacts avec les mouvements de résistance intérieure sont établis à compter d'. L'unification des deux résistances sous l'égide du général de Gaulle est opérée notamment par Jean Moulin en 1942-1943. C'est pour symboliser cette résistance commune de la « France captive » et de la « France libre » que cette dernière est renommée « France combattante » en Journal officiel de la France combattante, 9, vendredi , 52.

Réseaux et mouvements Dès l'année 1941, on peut distinguer parmi les différents groupes de résistance balbutiants deux types d'organisation : les réseaux et les mouvements.

Selon Claude Bourdet, « un réseau, c'est une organisation créée en vue d'un travail militaire précis, essentiellement le renseignement, accessoirement le sabotage, fréquemment aussi, l'évasion de prisonniers de guerre et surtout de pilotes tombés chez l'ennemi… Un mouvement, au contraire, a pour premier objectif de sensibiliser et d'organiser la population de la manière la plus large possible… ».

Unification de la Résistance Au début de l'Occupation, les réseaux et mouvements de résistance sont très isolés ; mais progressivement, la Résistance tend à s'unifier. Cependant, même si la construction de l'unité de la Résistance française peut être présentée dans un ensemble simple et linéaire, elle ne doit pas occulter certains aspects qui échappent à l'histoire de son unification :

Ainsi, les nombreux réseaux contrôlés par les Britanniques ou les Américains ne sont pas concernés par l'unification de la résistance tandis que ceux de la résistance communiste ne le sont que partiellement : le contact entre les envoyés de de Gaulle et les communistes ne s'établit qu'à la fin de 1942. De même, la libération de la Corse en , qui constitue un des plus grands faits d'armes de la Résistance, est surtout l'œuvre de FTP communistes qui ne sont pas encore intégrés à l'Armée secrète et de giraudistes, qui ne sont pas partie prenante dans l'unification politique de la Résistance.

De la résistance individuelle à la résistance unifiée.

L'évolution de la Résistance est née du refus de la défaite et de l'occupation, ainsi que de la lutte contre le nazisme et le fascisme. Dans ses Mémoires, Daniel Cordier a écrit que le combat des résistants a été fondé sur « des valeurs incluant la vérité, le débat démocratique et la liberté d'opinion et d'expression, au même titre que la libération, l'honneur ou l'amour de la patrie ». . Aussi, l'appel du général de Gaulle de a non seulement encouragé des individus à rejoindre la France libre, mais en a aussi lancé quelques-uns dans la résistance intérieure. La Résistance quitte alors la réaction purement individuelle pour s'organiser.

Les résistants se regroupent avec les noyaux initiaux et deviennent des mouvements dont l'action vise l'information pour réaliser un journal clandestin afin de contrecarrer la propagande du gouvernement de Vichy et celle des Nazis.

En zone nord de France, la présence des Nazis rend très périlleuse l'activité des mouvements nés très tôt : l'Organisation civile et militaire, la Libération Nord, les différentes organisations de Résistance et de Libération, le Front National pour l'indépendance de la France, la Défense de la France (et bien d'autres), même s'ils n'ont pas ou peu de lien entre eux.300px|vignette|Organisation géographique de la Résistance française.

Arrivée de Jean Moulin à Londres L'histoire de l'unification de la Résistance est indissociable de celle de Jean Moulin. En 1941, une Résistance intérieure commence à se former, incarnée en zone sud par des mouvements créés autour d'Henri Frenay, d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie ou de François de Menthon, indépendamment des agents de la France libre. Pour affirmer sa légitimité, cette dernière a besoin d'être reconnue par la Résistance intérieure, qui elle-même a besoin du soutien matériel et financier de la France libre. C'est parce qu'il a compris que cette rencontre reste à faire que Jean Moulin va jouer un rôle déterminant dans le rapprochement des Résistances intérieure et extérieure.

Préfet d'Eure-et-Loir en 1939, Jean Moulin a fait partie du cabinet du ministre de l'air Pierre Cot. Il a ainsi tissé un solide réseau de relations dans les milieux antifascistes. Dès , il a l'idée de recenser avec son ancien collègue Gaston Cusin un certain nombre de résistants potentiels, mais ce n'est qu'au cours de l'été 1941 qu'il a les contacts les plus décisifs, notamment avec Henri Frenay dirigeant du mouvement qui ne s'appelle pas encore Combat, mais Mouvement de libération nationale. Il a également des contacts avec le mouvement Liberté, de François de Menthon . Dans le rapport qu'il rédige à l'intention de de Gaulle, il parle de ces trois mouvements en les regroupant sous l'acronyme LLL. C'est la fusion de Liberté et du Mouvement de libération nationale qui donnera naissance au mouvement Combat.

Jean Moulin arrive à Lisbonne le , prend contact avec le Special Operations Executive (SOE) puis rejoint Londres où il rencontre de Gaulle le . Il parvient à se faire passer pour le représentant des trois Mouvements LLL aux noms desquels il demande une aide financière et logistique. Moulin fait également état de contacts avec le colonel Groussard, ancien cagoulard, ce qui donne à sa mission un caractère encore plus éclectique. Les contacts qu'il a eus avec les différents mouvements sont réels, mais les mandats dont il se prévaut le sont moins.

Mission de Jean Moulin vignette|gauche|upright|Jean Moulin. Le courant passe bien entre les deux hommes : Jean Moulin, homme de gauche, reconnaît un démocrate en Charles de Gaulle, homme de tradition. Le général lui confie la mission de rallier et d'unir les mouvements de résistance, et de créer une armée secrète unifiée, établissant ainsi une distinction entre forces militaires et organisations politiques.

Moulin est parachuté dans la nuit du au avec des fonds (un million et demi de francs) pour les mouvements, et du matériel de transmission. Il agit avec doigté et fermeté auprès des différents chefs de mouvement pour obtenir leur allégeance à la France libre. Durant l'année 1942, Moulin, dont le pseudonyme est Rex avant de devenir Max se concentre sur la zone sud où un nouveau mouvement est apparu, le mouvement Franc-Tireur dont le principal dirigeant est Jean-Pierre Lévy. Le rapprochement entre les deux fortes personnalités que sont Frenay et d'Astier n'est pas aisé, et Moulin et Lévy doivent souvent jouer les modérateurs pour apaiser les conflits.

D'Astier, résolument antifasciste penche pour une action politique qui prendrait appui sur les couches populaires tandis que Frenay, surtout antiallemand prône la primauté du militaire sur le politique. À partir de fin 1941, la relative clémence dont la police de Vichy a fait preuve à l'égard des mouvements clandestins non communistes prend fin et des militants des diverses organisations se font arrêter. D'Astier a beaucoup de mal à supporter que Frenay aille s'en expliquer avec le ministre de l'intérieur Pierre Pucheu.