Sofonisba Anguissola, née à Crémone vers 1532 et morte à Palerme en 1625, est une artiste peintre italienne maniériste.

Spécialisée dans les portraits, elle arrive en 1559 à la cour d'Espagne de Philippe II et devient dame d'honneur de la reine née Élisabeth de France (1545-1568). Professeure de la reine et peintre officielle de la cour jusqu'en 1573, elle peint de nombreux portraits, dont ceux du roi, des reines Élisabeth, puis Anne, du poète de Crémone Giovanni Battista CaselliTous ces portraits sont conservés à Madrid au musée du Prado..

Biographie Née vers 1532, à Crémone dans une famille de petite noblesse., issue du mariage d'Amilcare Anguissola et de Bianca Ponzoni, Sofonisba Anguissola a été l'une des premières femmes peintres à atteindre, de son vivant, les sommets de la scène artistique européenne Sofonisba Anguissola e le sue sorelle, catalogue de l'exposition organisée par Mina Gregori, Rome, Leonardo Arte, 1994..

Sofonisba est l'aînée et la plus connue des six sœurs Anguissola (Sofonisba, Elena, Europa, Lucia, Anna Maria, Minerva). La famille compte également un frère, Asdrubal (né en 1551).

Humaniste imprégné de culture antique, son père, Amilcare Anguissola, encourage tous ses enfants à développer leurs talents artistiques.

Entre 1546 et 1549, il fait étudier la jeune Sofonisba et sa sœur Elena auprès du peintre lombard Bernardino Campi, alors connu pour ses portraits et ses tableaux religieux. Celui-ci, bien que n'appartenant pas à la famille crémonaise, plus connue, des Campi (Vincenzo, Giulio et Antonio), possède un style proche des maîtres du maniérisme, en vogue en Italie du Nord entre le . Bernardino Campi exerce ainsi une forte influence sur le style de la jeune Anguissola, qui en reprendra les traits essentiels dans son travail de prédilection, celui du portrait.

vignette|redresse|Bambin mordu par une écrevisse (vers 1554), musée de Capodimonte.

Quand Campi quitte Crémone pour Milan, les sœurs suivent l'enseignement de Bernardino Gatti (il Sojaro), un peintre originaire de Pavie, mais actif entre Crémone et Plaisance.

Impresario inlassable des talents de sa fille, Amilcare Anguissola travaille sans relâche, durant les années 1550, à la faire connaître auprès des ateliers de Mantoue, Ferrare, Parme, Urbino et Rome.

Il est certain que Sofonisba se rendit à la cour de Mantoue, auprès des Gonzague, où elle côtoya les élèves de Jules Romain.

Il est probable qu'elle ait séjourné à Parme, auprès des Farnese, et qu'elle y ait connu Giulio Clovio, peintre en miniature renommé, qui l'initia à cette technique. Même si l'on n'a pas de trace de miniatures de la main de Sofonisba Anguissola postérieures à sa période crémonaise, les sources de l'époque indiquent qu'elle continua à pratiquer cet art tout au long de sa vie.

Elle est citée dans les Vite de Giorgio Vasari F. H. Jacobs, (Pro)creativity. In Defining the Renaissance Virtuosa: Women Artists and the Language of Art History and Criticism, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, p. 27-63. grâce à Michelangelo Buonarroti qui soutenait que la jeune fille possédait un certain talentSofonisba Anguissola. Articulo di Sara Getz, SUNY Art Department..

Le père de Sofonisba avait en effet écrit à Michel-Ange pour lui présenter le travail de sa fille. Parmi les dessins qu'il lui avait soumis, figurait Bambin mordu par une écrevisse, dans lequel l'artiste, alors âgée d'un peu plus de vingt ans, avait saisi l'expression de la douleur enfantine d'une manière qui plut beaucoup au maître florentin. On retrouve d'ailleurs cette même grimace dans le Garçon mordu par un lézard du Caravage L'origine di un dipinto: Ragazzo morso da un ramarro..

À la cour d'Espagne (1559-1573)

Le duc Sessa, gouverneur de Milan, lui obtient une recommandation auprès de la cour d'Espagne. En 1559, Sofonisba Anguissola quitte définitivement la Lombardie pour rejoindre la cour de Philippe II. Elle arrive juste à temps pour assister, à Guadalajara, au mariage du roi avec Élisabeth de Valois, dont elle devient rapidement dame d'honneur et à laquelle elle enseigne le dessin. Cette charge vaut à la famille restée à Crémone une rente annuelle de 200 écus qui, bien qu'adressée nommément à Sofonisba Anguissola, sera toujours encaissée par Amilcare, puis par Asdrubal.

vignette|redresse|Sofonisba Anguissola ou Alonso Sánchez Coello, Les Infantes Isabella Clara Eugenia et Catalina Micaela (1570), Royal Collection. Jusqu'à la mort de sa protectrice en 1568, Anguissola réalise de nombreux portraits des membres de la famille royale et de leurs familiers. Cependant, son statut particulier l'empêche de vendre ces toiles et d'avoir un atelier. Ces raisons, ainsi que l'incendie de l'Alcazar, peuvent expliquer l'oubli qui a longtemps entouré son travail pictural à la cour d'Espagne. Ce n'est que grâce à un long travail de recherche qu'un grand nombre de portraits a pu lui être progressivement réattribué, souvent au détriment du peintre Alonso Sánchez Coello (1531-1588).

À la mort d'Isabelle de Valois, ses suivantes regagnent leurs cours d'origine, sauf Sofonisba Anguissola, dont le retour à Crémone s'avère difficile à organiser et qui reste donc attachée, pendant que la cour lui cherche activement un époux et réunit sa dot, aux infantes Isabella Clara Eugenia et Caterina Micaela.

Premier mariage Redevable envers l'ancienne dame de compagnie de la reine, la cour d'Espagne se met à la recherche d'un mari pour Sofonisba Anguissola, qui a exigé qu'il soit italien et non espagnol. Les recherches finissent par aboutir et, en elle épouse à Madrid, par procuration, un jeune noble sicilien, , cadet du prince de Paternò.

Elle le rejoint en Sicile à l'automne, apportant dans ses bagages la dot réunie par la cour d'Espagne, à savoir une somme importante, des bijoux et une pension annuelle de . Le couple vit alors dans des déplacements incessants entre le palais de la famille Moncada à Paternò (environs de Catane) et Palerme.

Il n'existe pas de trace d'activité picturale concernant cette période, si ce n'est un écrit contemporain qui indique que le travail de Sofonisba

En 1578, don Fabrizio Moncada périt en mer, au large de Capri, lors d'un voyage à la cour d'Espagne. Il semble que cette disparition ait mis la belle-famille dans l'embarras et que les relations se soient tendues autour de questions juridiques regardant la restitution de la dot.

Second mariage vignette|redresse|Autoportrait (1610), Winterthour, Fondation Gottfried Keller. vignette|redresse|Antoine van Dyck, Portrait de Sofonisba Anguissola (1624), Swindon, National Trust. La cour d'Espagne propose de recueillir Sofonisba Anguissola, mais celle-ci préfère, avec l'aide de son frère Asdrubal, quitter la Sicile et rejoindre sa Lombardie natale. Les vicissitudes du voyage de retour la conduisent à faire étape en Ligurie. Elle passe quelque temps à Livourne, puis à Pise, où elle rencontre, vers la Noël 1579, Orazio Lomellini, jeune capitaine de navire et enfant naturel d'une grande famille génoise. Elle l'épouse, en secondes noces, malgré les objections de son frère, de la cour d'Espagne et du grand-duc de Toscane, auquel elle répond, dans une lettre écrite de sa main .

Le mode de vie du couple sera dès lors lié aux navettes incessantes qu'Orazio effectue, pour les besoins de son négoce, entre Gênes et la Sicile, tout d'abord comme capitaine d'un vaisseau de la République (La Patrona), puis à son propre compte, assumant progressivement des fonctions de plus en plus élevées au sein de la « nation génoise » installée à Palerme.

Malgré les accrocs à l'étiquette , les relations d'Anguissola avec la cour d'Espagne se recomposèrent assez rapidement. Dès 1583, elle reçoit un paiement una tantum en dédommagement de la perte de don Fabrizio. Un an plus tard, une troisième pension annuelle lui est adressée, qu'elle peut percevoir en Sicile.

Par ailleurs, l'artiste peintre est la première artiste à se représenter âgée. Cet autoportrait, peint vers 1610, affirme son statut d'artiste accomplie, mais ne cherche pas à rajeunir ses traits. Elle se dépeint avec une grande majesté, et la sévérité des poses des hommes de pouvoir. Le tableau est adressé à Philippe III d'Espagne, comme en témoigne la lettre pliée dans la main droite, qui indique : .

En 1615, elle revient à Palerme où son mari a désormais la majeure partie de ses intérêts. Le couple y acquiert une maison dans l'ancien quartier arabe de Seralcadi. Elle continue à y peindre, malgré la baisse importante de sa vision, qui finira par lui faire abandonner la peinture.

À l'été 1624, Sofonisba Anguissola reçoit la visite du célèbre peintre Antoine van Dyck, appelé à Palerme pour faire le portrait du vice-roi Emmanuel Philibert de SavoieFils de l'infante Caterina Micaela.. Le jeune peintre croque alors dans ses carnets le portrait de la vieille femmePortrait de dame Sofonisba peintre (pittricia), fait sur le vif, à Palerme, l'an 1624, le 12 du mois de juillet. Âgée de 96 ans, elle a encore la mémoire et l'esprit très vifs […] la main encore ferme et sans tremblement aucun. Londres, British Museum. et note que, malgré sa vue très diminuée : , pendant que , elle , ainsi que

Sofonisba Anguissola meurt l'année suivante, le . Elle est inhumée à Palerme, dans l'église de San Giorgio, appartenant à la « nation génoise ». La pierre tombale apposée quelques années plus tard par son époux porte la mention suivante : <poem> Sophonisbae uxori ab Anguissolaecombitus ducenti origine [M] nobilitate, forma extraordinariisque 'natura dotibus in illustres mundi mulieres relatae ac in exprimendis hominum imaginibus adeo insigniut pare[m] aetatis suae nemine habuisse sit aestimataHoratius Lomellinus ingenti affectus maerore decushoc extremum et si tantae mulieri exiguum mortalibus vero maximu[m]dicavit 1632 G. Frizzoni, « La pietra tombale della celebre pittrice Sofonisba Anguissola », in Rassegna bibliografica dell'arte italiana, Ascoli Piceno, 1990, pp. 53-55.. </poem>

Les archives espagnoles concernant Sofonisba Anguissola ont brûlé dans l'incendie qui a totalement détruit l'Alcazar royal de Madrid, entre le 24 et le .

Œuvres

Liste tirée du catalogue de l'exposition Sofonisba Anguissola e le sue sorelle organisée en 1993 par Mina Gregori Peinture vignette|droite|Portrait du prince Alexandre Farnèse, vers 1560.

Portrait de nonne (Elena ?), 1551, Southampton, City art gallery. Autoportrait 1554 , Vienne, musée d'Histoire de l'art, galerie de peintures. Autoportrait à l'épinette, vers 1555, Naples, Museo nazionale di Capodimonte. Portrait des sœurs de l'artiste jouant aux échecs, 1555, Poznàn, Pologne, Muzeum Narodowe. Portrait d'un dominicain astronome, 1555, autrefois à L'Aquila, dans la collection Gino Caligaris. Portrait d'un chanoine du Latran, 1556, Brescia, Pinacoteca Tosio Martinengo. Portrait de Giulio Clovio, 1556, Mentana, collection Federico Zeri. Autoportrait, vers 1556, Boston, musée des Beaux-Arts. Autoportrait au chevalet, 1556, Łańcut, Pologne, musée Zamek. Portrait de femme (Bianca Ponzoni Anguissola, sa mère), 1557, Berlin, Staatliche Museen Preussischer Kulturbesitz, Gemäldegalerie. Portrait de Massimiliano Stampa, 1557, Baltimore, Walters Art Museum. Portrait de Lucia à l'épinette, Chichester, West Sussex, Royaume-Uni, Goodwood House. Lucia à l'épinette, Althorp, collection Spencer. Portrait d'Amilcare, Minerva et Astrubale Anguissola, vers 1559, Nivaa, Nivaagaards Malerisamling. Bernardino Campi peignant le portrait de Sofonisba Anguissola, vers 1559, Pinacothèque nationale de Sienne. Autoportrait en miniature, Florence, Musée des Offices. Autoportrait, 1550 , , Florence, Musée des OfficesCollection d'autoportraits du Musée des Offices, .. Autoportrait, Paris, Fondation Custodia. Autoportrait, Milan, collection privée. Portrait de femme, Chantilly, musée Condé. Portrait d'un homme barbu, 1557-1558, Stamford, Lincolnshire Royaume-Uni, Burghley House. Autoportrait, 1560-1561, Milan, Pinacoteca di Brera.