Dans certains pays, le droit de vote et d'éligibilité est conditionné par la possession de la nationalité du pays en question. D'autres, pour des motifs divers allant du principe révolutionnaire américain « » (pas de paiement d'impôts sans droit de regard sur la façon dont leur produit est dépensé) à la conception d'une citoyenneté supranationale, en passant par l'encouragement à l'immigration dans des nouveaux territoires (Ouest américain au ), ont décidé, à un moment de leur histoire, d'étendre à des degrés divers et dans des conditions diverses ces droits à tout ou partie des résidents étrangers sur leur territoire.

Le traité de Maastricht, voté en 1992, a imposé la réciprocité en la matière entre les États membres de l'Union européenne, limitée aux élections locales, mais cette obligation existait déjà pour l'élection du Parlement européen. Dans plusieurs pays européens, le débat sur la question du droit de vote des étrangers a dès lors pris une nouvelle tournure, puisque certains résidents étrangers avaient désormais le droit de vote, et pas d'autres. Le Luxembourg, puis la Belgique, et avant eux la Lituanie et la Slovénie, ont donc étendu ce droit, dans des modalités diverses, à tous les résidents étrangers, ce qui était déjà le cas en Suède, au Danemark, en Finlande et aux Pays-Bas.

Le débat existe également aux États-Unis, où une vingtaine d'États et de territoires ont admis pendant des décennies le vote des étrangers, le dernier à l'abolir étant l'Arkansas en 1926. La Constitution du Maryland reconnaît aux municipalités l'autonomie en la matière, et plusieurs villes, dont Tacoma Park (), l'ont introduit en 1991. Deux villes du Massachusetts, Amherst et Cambridge, ont voulu faire de même en 1998 mais ont été bloquées par l'assemblée de cet État. Des propositions de loi ont également été introduites au Texas (où il avait existé jusqu'en 1921) et en Californie, et de nombreux politiciens y sont favorables à New York..

Dans un autre pays fédéral, la Suisse, ce sont également les entités fédérées qui ont un pouvoir décisionnel en la matière, huit cantons reconnaissent déjà le droit de vote des étrangers, et trois autres, Appenzell Rhodes-Extérieures, les Grisons et Bâle-Ville, laissent à chaque municipalité le droit de légiférer en la matière. Des votations (référendums) ont eu lieu dans d'autres cantons sur le sujet, sans succèsJean-Luc Gassmann, Jura et Neuchâtel : L’extension du droit d’éligibilité des étrangers se poursuit, Institut du fédéralisme, Université de Fribourg, juin 2007 .

Le Parlement européen, le Conseil de l'Europe et la Conférence des pays de la Mer baltique ont émis diverses recommandations en faveur de l'introduction du droit de vote et d'éligibilité à tous les résidents étrangers pour les élections locales. Une Convention sur la participation des étrangers à la vie publique au niveau local du Conseil de l'Europe a été ouverte à signatures et à ratifications le .

Précurseurs Constitution montagnarde de 1793 L'article 4 de la Constitution du 24 juin 1793 (jamais appliquée) accordait la citoyenneté « à tout étranger qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout étranger enfin qui sera jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l'humanité »La définition de la citoyenneté dans les pays occidentaux, La Documentation française.

Canton de Neuchâtel Le canton suisse de Neuchâtel a reconnu dès 1850 le droit de vote, mais pas d'éligibilité, des résidents étrangers aux élections municipales. Il faut rappeler qu'au le droit de vote et d'éligibilité n'était pas automatiquement garanti aux citoyens d'un canton dans un autre cantonThierry Christ, « Il est juste que ceux qui paient puisse voir ce qu'on fait de leur argent » : Le droit de vote des étrangers dans les débats politiques neuchâtelois de la seconde moitié du , Revue historique neuchâteloise (Des chartes de franchises à la nouvelle Constitution: une histoire des institutions neuchâteloises), janvier/juin 2002, .

Nouvelle-Angleterre et États-Unis

Applications contemporaines Amériques Argentine Le droit de vote (y compris celui des étrangers) aux élections municipales et provinciales est dévolu aux provinces et à la ville autonome de Buenos Aires.

Canada

Le droit de vote au niveau fédéral est exclusivement réservé aux citoyens canadiens.. Colombie britannique L'Election Amendment Act de 1984 (Bill 20) a mis fin à la possibilité pour des ressortissants britanniques de s'inscrire sur les listes d'électeurs, la nationalité canadienne est donc désormais exigée pour voter, comme dans la quasi-totalité des autres provinces ainsi qu'au fédéral..

Nouveau-Brunswick « En vertu de la Loi électorale, un électeur doit être citoyen canadien ou sujet britannique résidant dans la province depuis une date antérieure au . Cette exigence ne figure pas dans la Loi sur les élections municipales. Un électeur peut donc être inscrit sur une liste et non sur l'autre, en raison de cette exigence de citoyenneté. » « Tout comme les qualités d'électeur, l'éligibilité des candidats varie entre les lois provinciales et municipales. La Loi sur les élections municipales ne contient aucune disposition précisant que le maire ou le conseiller doit être citoyen canadien. »Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, Réforme électorale au Nouveau-Brunswick: Document de travail, Uniformisation des lois sur les élections municipales et provinciales, 1996

Ontario L'Equality Rights Statute Law Amendment Act de 1985 a mis fin au droit de vote des ressortissants britanniques aux élections municipales et scolaires en Ontario avec le comme date butoir de l'extinction des droits, pour les électeurs en disposant déjà, ce délai de trois ans étant celui nécessaire pour introduire une demande de naturalisation..

Québec Certains partis politiques québécois comme la Coalition Avenir Québec donnent le droit aux étrangers de voter dans les courses à la chefferie, y compris les courses élisant le prochain premier ministre. Donc lorsque le nouveau premier ministre est un remplaçant à un premier ministre démissionnaire (parfois qualifié de canard boiteux), en vertu des règles de ce parti, les étrangers peuvent exceptionnellement avoir la possibilité d'élire le nouveau premier ministre directement dans une course à la chefferie en étant membre du parti au pouvoir..

Chili Droit de vote sans éligibilité à toutes les élections pour tous les résidents après cinq ans de résidence, confirmé par l'article 14 de la Constitution chilienne de 1980Constitution of the Republic of Chile Adopted 21 October 1980 (does not include the 2005 amendments), University of Richmond, Constitution Finder, sans condition de réciprocité. En 2005, un alinéa est ajouté à l'article 14, les citoyens chiliens naturalisés ne sont éligibles qu'à partir de cinq ans après leur naturalisationConstitución Política de la República de Chile de 1980 - Incluye Reformas de 1989, 1991, 1997, 1999, 2000, 2003 y 2005. Actualizada hasta la Ley 20.050 de 2005, Georgetown University Political Database of the Americas. Depuis l'adoption d'une nouvelle législation début 2012, tous les électeurs, y compris étrangers, sont automatiquement inscrits sur les listes électorales dans la circonscription électorale correspondant à leur dernier domicile légal« Inscripción Automática y Voto Voluntario », site officiel du gouvernement chilien, 27 décembre 2011.

Colombie En 1991, la constitution colombienne a été modifiée afin de permettre aux étrangers de voter aux élections locales, mais la législation électorale n'a été modifiée que le . La condition de résidence est de 5 ans, l'électeur doit s'inscrire auprès des autorités compétentes. Le vote n'est pas obligatoire(« Par lequel est réglementé le droit de vote des étrangers résidant en Colombie »).

États-Unis

Pérou

Uruguay Depuis 1952, les étrangers ont le droit de vote à toutes les élections après 15 ans de résidence.

Venezuela Au Venezuela, le droit de vote a été étendu aux étrangers pour les élections locales et des états avec une condition de résidence de dix ans dans le pays. Ce droit est inscrit dans l'article 64 de la Constitution vénézuélienne de 1999, mais était déjà inséré par un amendement de 1983 à la Constitution vénézuélienne de 1961. Au recensement de 2001, 60 % des habitants du Venezuela nés à l'étranger étaient nés en Colombie, pourcentage qui s'élevait à 68,8 % pour ceux qui avaient immigré entre 1980 et 1999, 79,1 % en 2000-2001, au total 75,5 % des habitants nés à l'étranger l'étaient sur le continent américain (par ordre d'importance: Colombie, Pérou, Équateur, Chili etc.).

Afrique Burkina Faso Depuis 1993, les étrangers résidant depuis 10 ans ont le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales.. Aux élections municipales du 2 décembre 2012 il y avait 4.365.202 électeurs burkinabè et 49 électeurs étrangers inscrits sur la liste électorale..

Cap-Vert Depuis 1997, les citoyens de la Communauté des pays de langue portugaise ont le droit de vote et d'éligibilité aux élections locales.

Guinée Depuis 1991, les résidents étrangers sont électeurs sur la base de réciprocité avec leur pays d'origine, par contre les Guinéens par naturalisation ne sont pas éligibles pendant les 10 premières années après le décret de naturalisation, comme naguère en France. Le nouveau code électoral mentionne explicitement que ces derniers ne peuvent être inscrits sur les registres d'électeurs pendant les 5 années après leur naturalisationart. 3, al. 3, Loi Organique portant code électoral guinéen

Malawi Les résidents étrangers ont le droit de vote, mais pas d'éligibilité, aux élections parlementaires avec une condition de résidence de 7 ans.

Maroc Le , à l’issue d’un sommet hispano-marocain, le premier ministre marocain Abbas El Fassi a déclaré que son gouvernement était « en train d’étudier » la possibilité d’accorder le droit de vote aux élections municipales aux étrangers résidant au Maroc, mais que la question risque de prendre un peu de temps. La constitution ainsi que plusieurs lois électorales devraient en effet être modifiées. Dans ce cas, le droit de vote aux élections municipales serait également étendu aux ressortissants d’autres États de l’Union européenneTahar Abou El Farah, Le Maroc veut accorder le droit de vote aux étrangers pour les municipales, Le Soir Échos, 17 décembre 2008.

La nouvelle Constitution marocaine entrée en vigueur en prévoit explicitement en son article 30 que « Les étrangers jouissent des libertés fondamentales reconnues aux citoyennes et citoyens marocains, conformément à la loi. Ceux d’entre eux qui résident au Maroc peuvent participer aux élections locales en vertu de la loi, de l’application de conventions internationales ou de pratiques de réciprocité. »Constitution marocaine de 2011, sur le portail national Maroc.ma (version html).

Asie Corée du Sud Afin de soutenir la revendication de droit de vote des Coréens du Japon, le président Kim Dae-Jung a proposé dès 1998 d'accorder aux résidents permanents en Corée du Sud le droit de vote pour les élections localesRobert J. Fouser, "Rights of resident foreigners", Korea Herald, September 27, 2000 . Le ont eu lieu les premières élections locales auxquelles pouvaient participer 6.746 résidents permanents ayant obtenu ce statut depuis au moins trois ansSer Myo-ja, "Why vote in local elections?", JoongAng Daily May 30, 2006 .

Israël