Louise Bourgeois, née à Paris le et morte à New York le , est une sculptrice, une dessinatrice, une graveuse et une plasticienne française, naturalisée américaine.

Elle est surtout connue pour sa sculpture et ses installations monumentales. Elle explore des thèmes tels que l'univers domestique, la famille, le corps, notamment les organes sexuels, tout en abordant une approche qui se traduit comme une manifestation des subconscients et la réactivation de souvenirs de son enfance. Elle est proche des mouvements expressionnistes abstraits et du surréalisme, ainsi que du mouvement féministe, mais reste toute sa vie non affiliée à une mouvance particulière.

Louise Bourgeois a passé l'essentiel de sa carrière artistique à New York, où elle s'est installée en 1938 après avoir épousé l'historien d'art américain Robert Goldwater.

Son travail d'artiste est reconnu tardivement et elle est considérée comme particulièrement influente sur les générations d'artistes ultérieures, surtout féminines. Elle est actuellement considérée comme la sculptrice la plus importante d'Amérique.

Biographie Enfance Louise Bourgeois est la deuxième fille de Louis Isidore Bourgeois (1884-1951) et de Joséphine Valérie Fauriaux (1879-1932). Son prénom, Louise, selon ses dires, est choisi par sa mère en hommage à Louise Michel, personnalité historique de la Commune de Paris.. La famille habite à Choisy-le-Roi dans la banlieue parisienne jusqu'en 1919, date à laquelle elle emménage au 11-13 rue d'Orléans ou Grande rue, aujourd'hui avenue de la Division-Leclerc, à AntonyAlexis Douchin, dépliant Le Patrimoine gens de lettres et artistes, édité par la Ville d'Antony, ..

Ses parents sont restaurateurs de tapisseries anciennes. Son père Louis Bourgeois tient une galerie au 174, boulevard Saint-Germain à côté du Café de Flore. Il y vend des tapisseries d'Aubusson et des Gobelins. Dans leur atelier de la maison familiale de Choisy, la mère de Louise Bourgeois, Joséphine Fauriaux, dirige la restauration et le retissage des tapisseries abîmées. Durant sa jeunesse, Louise Bourgeois commence à aider ses parents pour les dessins des tapisseries et à faire les pieds manquants. ainsi que d'autres motifs lorsque le dessinateur Richard Gounod était absent. Ce travail de dessin est son premier contact avec l'art : .

Les grands-parents paternels vivent dans une ferme à Clamart, et la famille y passe les dimanches. Les grands-parents maternels sont originaires d'Aubusson et la grand-mère de Louise Bourgeois avait son atelier de tapisserie. Ils sont adeptes des philosophes des Lumières, ainsi que de Louise Michel et des communards.

En 1982, elle publie dans le magazine d'art américain Artforum un récit illustré de photographies de son enfance, intitulé Child Abuse, dont l'esthétique est proche de celle des revues surréalistes des années 1930. Elle évoque dans ce texte un épisode aujourd'hui devenu fondateur dans la critique qui se déploie autour d'elle : au cours de son adolescence, Sadie Gordon Richmond, qui est l'enseignante privée d'anglais des enfants, devient la maîtresse de son père. Dix ans durant, dans la maison familiale, la mère ferme les yeux sur cette relation.. À partir des années 1980 les analyses biographiques et psychanalytiques vont profondément orienter la lecture de l'œuvre de Louise Bourgeois, elle-même parlant de son travail sur le modèle de l'association libre.

Formation Louise Bourgeois est élève au lycée Fénelon à Paris. Elle y accumule les prix d'excellence comme les zéros de conduite, est Après avoir obtenu son baccalauréat dans ce lycée en 1932cheimread.com., elle étudie les mathématiques supérieures de géométrie à la Sorbonne, espérant trouver ainsi un ordre et une logique dans sa vie. Bourgeois s'écarte des mathématiques, trop théoriques à son goût : , dit-elle.

Elle commence des études d'art à Paris, d'abord aux Beaux-Arts. Après 1932, elle se forme dans les académies libres de Montparnasse et de Montmartre : Colarossi, Ranson, Julian, la Grande-Chaumière et dans les ateliers d'André Lhote, Fernand Léger (l'Académie Moderne)., Paul Colin et Cassandre, et dès 1936 à l'École du Louvre.

Plus tard à New York elle s'inscrit aux cours du soir à l'Art Student League et fréquente l'atelier de .

Vie familiale Après la Première Guerre mondiale, elle accompagne sa mère Joséphine, qui a contracté la grippe espagnole en 1918 et souffre d'emphysème, en cure thermale. En hiver, la famille habite à Nice, de 1929 à 1932, dans la villa Pompeiana sur la colline de Cimiez. Elle a pour voisin le peintre Pierre Bonnard, qui a acheté en 1926 la villa Le Bosquet au Cannet. Au chevet de sa mère mourante, Louise Bourgeois passe son bac par correspondance. Joséphine Bourgeois meurt des suites de sa maladie en 1932.

De 1936 à 1938, elle habite à Paris au 31, rue de Seine, à côté de la galerie d'André Breton. Elle ouvre une galerie qui vend des tableaux d'Eugène Delacroix, Henri Matisse, Odilon Redon et Pierre Bonnard. En 1937, elle rencontre l'historien d'art américain Robert Goldwater. Elle l'épouse et s'installe avec lui à New York dès l'année suivante. C'est là qu'elle entre en relation avec le milieu des surréalistes, dont la plupart ont quitté la France pour les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale , et elle présente sa première exposition personnelle en 1945.

Elle a trois fils : Michel qu'elle adopte en France en 1939 à l'âge de 3 ans, Jean-Louis né en 1940 et Alain né en 1941. À cette époque elle souffre du mal du pays, ce qui a des répercussions dans son œuvre. Elle déménage avec sa famille au 142 dans les . Cet immeuble accueille des artistes ainsi que leurs familles et dispose d'ateliers sur son toit. Le couple achète une maison dans le Connecticut pour les vacances d'été.

Elle participe activement dans les années 1960 aux revendications du mouvement féministe.

Psychanalyse En 1951, à la mort de son père, elle entame une psychanalyse qui dure près de 30 ans, tout d'abord avec Leonard Camer, puis avec Henry Lowenfeld.. Elle tente notamment de surmonter la souffrance qu'a causé en elle le fait de découvrir que son père trompait sa mère avec sa gouvernante et enseignante d'anglais. Elle voit son psychanalyste quatre fois par semaine, ce qui ne sera révélé qu'en 2007 avant sa rétrospective au Tate Modern. À la mort de son analyste, après 30 années de cure psychanalytique, elle est très au fait des théories psychanalytiques et elle écrira même un essai, en 1990, intitulé Freud's Toy..

Elle vit dans le quartier de Chelsea à New York et est naturalisée américaine en 1955.

Féminisme Entre les années 1960 et 1982, Louise Bourgeois soutient de jeunes artistes femmes et participe à des expositions militantes de feminist art organisées par le Mouvement de libération des femmes (MLF). Pour autant, elle ne se revendique pas comme féministe : déclare-t-elle dans un entretien avec Jacqueline Caux en 2003.

Sa dernière installation majeure, le Mémorial de Steilneset, commémore les femmes persécutées et exécutées durant les procès des sorcières de Vardø en Norvège.

Distinctions Les insignes de chevalier de la Légion d'honneur lui sont remis le à New York par Nicolas Sarkozy, président de la République française.

Mort Elle meurt à New-York à l'âge de 98 ans..

Œuvre Louise Bourgeois a travaillé particulièrement sur les thèmes de la maternité, de la sexualité, de la famille et de la mémoire. Ses œuvres évoquent l'universalité, les relations entre les êtres, l'amour et la frustration entre des amants ou les membres d'une même famille, ainsi que l'érotisme. Elle connaît un succès tardif.

Les débuts : les « femmes maisons » C'est à New York, dès les années 1940, que Louise Bourgeois commence sa carrière d'artiste..

Depuis ses premiers dessins, peintures et gravures, son œuvre se centre sur le sujet de la procréation, de la naissance et de la maternité, et de l'autoportrait. Le thème prédominant de cette période prend la forme de « femmes-maisons », mêlant le corps à l'architecture, l'organique au géométrique : buste en brique, maison à colonnes sur les épaules, cage thoracique en forme d'escaliers et de portes. Mais le fil rouge de son œuvre est le phallus (le père), qu'elle baptise « fillette » et l'araignée (la mère). Selon Louise Bourgeois elle-même, l'araignée représente la mère, « parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu'elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu'une araignée ». L'araignée est pour elle le symbole des tapisseries que réparait sa mère (toile de l'araignée) et de tout ce qui s'y rapporte : aiguilles, fils.

Dans cette série de peintures l'artiste explore la relation qu'une femme peut entretenir avec son espace domestique. Les têtes des femmes sont remplacées par des maisons, ce qui isole leur corps du monde extérieur et instaure la prééminence de la sphère domestique..

Les totems : années 1950 Dès 1947 Louise Bourgeois se met à sculpter des figures longitudinales en bois qu'elle appelle des personnages. Ils ont l'aspect de totems sinueux et lisses, d'inspiration surréaliste. Ils s'inscrivent dans la verticalité et la fragilité, mais aussi dans l'interactivité, renvoyant à la difficulté que les humains ont à rester. À cette époque, Louise Bourgeois souffre du mal du pays sa famille et ses amis lui manquent depuis son déménagement à New York. Ses totems mis en scène groupés lui permettent d'exorciser cette souffrance, son œuvre s'inscrivant dans une relation des personnages mis en scène dans le groupe et dans l'environnement. L'artiste aborde son travail aussi dans une dimension quasi thérapeutique. Elle s'intéresse à la psychanalyse et a lu les ouvrages de Charcot..

Le corps Entre 1967 et 1968 Louise Bourgeois met en scène des organes sexuels féminins et masculins dans son œuvre : des pénis dans sa sculpture de 1968 intitulée Fillette et immortalisée en 1982 par Robert Mapplethorpe dans une photographie de l'artiste avec son œuvre qu'elle porte sous le bras. et dans Janus in Leather Jacket, 1968, ou encore des clitoris dans Femmes Couteau de 1970. Les matières utilisées pour commencer, sont le marbre et le bronze, matières qu'elle délaisse par la suite pour le plâtre qu'elle recouvre de latex ou de plastique, de cire, ou de résine.

Destruction du père Destruction of the Father (Destruction du père) (1974) est une exploration biographique et psychologique de la domination du père. La pièce est une installation dans une pièce ressemblant à un utérus. Faite de latex, bois tissus avec une lumière rouge, Destruction of the Father est la première œuvre dans laquelle elle utilise des matières malléables à grande échelle. En entrant dans l'installation, le public captif se tient devant une scène de crime. Mis en scène dans une salle à manger stylisée (avec une chambre à coucher) les enfants figurés de manières abstraite d'un père omnipotent se sont rebellés et l'ont assassiné puis mangé.

L'artiste exorcise et recrée son passé. dans son œuvre pour pouvoir, en quelque sorte, régler ses comptes avec les humiliations subies pendant son enfance. Son père moqueur et humiliant est transformé en sphinx géant doté de deux seins à qui l'on coupe la tête dans une cave qui est remplie de phallus et de mamelles.. Dans une interview au New York Times, elle déclare que la chose la plus importante qu'elle ait dite est : . « En tant qu'artiste, je suis quelqu'un de puissant. Dans la vie réelle, j'ai l'impression d'être une souris derrière un radiateur ».

Cells