La bataille de Debaltseve est une série d'affrontements opposant du au l'armée ukrainiennes aux forces armées russes sous couvert de forces rebelles séparatistes autour de la ville de Debaltseve pendant la guerre du Donbass, dans le cadre de la Guerre russo-ukrainienne. Debaltseve et sa région, situées entre les territoires contrôlés par les autorités de fait se disant « république populaire de Donetsk » et « république populaire de Lougansk », est un nœud routier et ferroviaire stratégique qui était tenu depuis le par les forces loyalistes ukrainiennes. Le , la ville est assiégée par les forces rebelles séparatistes, soutenues par les forces armées régulières de la fédération de Russie afin de tenter d'expulser les ukrainiens de cette zone.. Un mois plus tard, le , l'armée ukrainienne se retire de la ville.

Cette bataille constitue l'épilogue d'envergure de la guerre du Donbass jusqu'à l'invasion à grande échelle russe de 2022, l'accord de cessez-le-feu dit Minsk II, conclu le , mettant fin aux affrontements de grande ampleur.

Contexte vignette|gauche|Bâtiment détruit à Debaltseve, en juillet 2014 À la suite de l'insurrection armée prorusse, contrôlée par la Russie, débutée en dans l'est de l'Ukraine, les forces armées ukrainiennes prennent l'offensive pour tenter de reprendre le contrôle du territoire internationalement reconnu de l'Ukraine. Après divers efforts infructueux pour reprendre les villes de Lougansk et de Donetsk, chef-lieux des oblasts (régions) ukrainiens éponyme, les forces ukrainiennes décident de concentrer leurs efforts vers la zone de Debaltseve.

Dans la semaine qui suit, les forces ukrainiennes abandonnent leurs efforts d'enveloppement le long de la frontière russo-ukrainienne internationalement reconnue. Elles continuent plutôt à pousser vers l'est depuis la ville de Debaltseve et le long de la crête de Donets, afin de diviser davantage le territoire contrôlé par les séparatistes en deux entre les rebelles se réclamant des deux prétendues autoproclamées.

Le , les unités ukrainiennes qui étaient en train de prendre la ville d'Ilovaïsk se retrouvent prises par surprise lors d'une contre-attaque des rebelles séparatistes et de l'armée régulière russe et sont rapidement encerclées. Après plusieurs jours sous les barrages d'artillerie, les ukrainiens négocient ce qui semblait être un retrait pacifique vers leurs plus à l'ouest. Cependant le , les forces ukrainiennes battant en retraite sur les itinéraires convenus sont anéanties dans une embuscade bien préparée à une dizaine de kilomètres de la ville, tuant des centaines, voire jusqu'à 1 000 soldats ukrainiens dans le processus, tout en capturant 500 autres..vignette|gauche|Le saillant de Debaltseve début janvier 2015Cet affrontement le plus meurtrier de toute la guerre a profondément frappé l'opinion publique et les autorités ukrainiennes, si bien que l'état-major ukrainien décide de passer à la défensive, tandis que les forces rebelles séparatistes, contrôlés par la Russie, consolidaient ses gains. L'Ukraine est contrainte d'accepter un cessez-le-feu en signant le Protocole de Minsk le . À la suite de cela, l'intensité des hostilités semble diminuer et la ligne de front se stabiliser. L'Ukraine contrôle toujours le saillant de Debaltseve.

Fin novembre, les hostilités reprennent. Les rebelles séparatistes lancent alors un nouvel assaut contre l'aéroport international de Donetsk où les combats se poursuivent jusqu'au . L'aéroport est pris par les rebelles et ceux-ci portent ensuite leur offensive plus avant, cherchant désormais à encercler le saillant de Debaltseve. Déroulement des combats vignette|Le carrefour routier stratégique|gauche Des milliers de soldats ukrainiens se sont retranchés à Debaltseve en . La ville, carrefour ferroviaire et routier stratégique, se trouvait à ce moment entouré sur trois côtés par les territoires contrôlés par les rebelles séparatistes, formant une « poche » ou un « coin » de territoire sous le contrôle du gouvernement ukrainien. Ce saillant pénétrait de 24 kilomètres dans le territoire contrôlé par les séparatistes. La plupart des habitants avaient alors quitté la ville, les magasins étaient fermés, les écoles abandonnées et les logements endommagées. Les bombardements intermittents sur la ville étaient fréquents dans les mois précédant . Cependant, des bombardements lourds ont commencé le et se sont poursuivis jusqu'au . vignette|Civils de Debaltseve avant le début de la bataille|gaucheLe , les forces russes lancent une attaque sur les positions ukrainiennes dans la zone autour de Debaltseve. Les bombardements intensifs se sont poursuivis le lendemain, tandis que les forces ukrainiennes continuaient de tenir leurs positions dans la ville. Un bâtiment scolaire vide a été touché par un obus pendant les combats. En représailles, les forces ukrainiennes ont commencé un barrage d'artillerie sur les positions séparatistes à l'extérieur de la ville. Le lendemain, l'autorité de fait se prétendant a juré de reprendre Debaltseve. Selon un rapport du , un poste de contrôle ukrainien près de la ville a été attaqué directement par les forces armées régulières russes. Les forces russes ont attaqué un autre poste de contrôle ukrainien près de Debaltseve le , mais l'attaque a été repoussée. Le lendemain, ces attaques ont continué, avec de violents combats tout autour de Debaltseve. Un habitant de la ville a déclaré à Reuters que Debaltseve avait été presque entièrement encerclée par les forces russes, mais que les forces ukrainiennes avaient réussi à tenir malgré des attaques constantes.

Avancée des rebelles séparatistes vignette|Carte montrant l'opération Debaltseve (, , et ) Les forces russes ont tenté d'entrer dans Debaltseve le , cette fois depuis la ville d'Horlivka, contrôlée par les rebelles séparatistes depuis le 6 septembre 2014, mais ont été repoussées. Le lendemain, un commandant rebelle de la prétendue a déclaré que ses forces avaient capturé l'autoroute qui mène à la ville et que celle-ci avait été presque entièrement encerclée..

Cependant, le député ukrainien Dmytro Tymchuk a déclaré le que les forces séparatistes avaient été contraintes de « réduire » leur offensive dans la région de Debaltseve. Selon lui, une contre-attaque d'artillerie ukrainienne avait causé de lourdes pertes parmi les rebelles séparatistes qui tentaient d'isoler les troupes ukrainiennes du territoire sous contrôle ukrainien. BBC News a diffusé une vidéo montrant les rebelles prises dans ce bombardement. Malgré cela, les séparatistes ont capturé Vouhlehirsk, une ville située 13 kilomètres à l'ouest de Debaltseve, sur la route M04 menant à Horlivka, contrôlée par les rebelles depuis septembre 2014. Les séparatistes ont franchi les lignes ukrainiennes, débordé un poste de contrôle ukrainien, sont entrés dans la localité et se sont dirigés vers le centre-ville. Des renforts ont été envoyés pour aider les soldats ukrainiens à Vouhlehirsk. Selon l'Associated Press, il sera plus difficile pour les forces ukrainiennes de tenir Debaltseve à la suite de la perte de Vouhlehirsk. Le , la gare de Debaltseve est fortement endommagée par des tirs de roquettes.. Trois civils à Debaltseve même ont été tués par ce que les forces gouvernementales ukrainiennes ont décrit comme des bombardements « continus » des forces russes. Civils pendant la bataille, fin janvier 2015|vignette|droiteDans la journée du , des obus ont touché un autobus, ainsi qu'un centre culturel du raïon de Kyibishevskiy, utilisé pour distribuer de l'aide humanitaire. Selon la BBC, de nombreux civils se sont retrouvés pris au piège avec les troupes ukrainiennes dans Debaltseve. Certains ont fui vers Bakhmout, en territoire sous contrôle ukrainien, à l'entrée du saillant de Debaltseve. La chaîne de télévision russe Vesti a indiqué qu'environ 8 000 soldats ukrainiens restaient à Debaltseve et que les forces russes étaient sur le point de fermer l'entrée de la poche. Le commandant d'un bataillon de la défense territoriale ukrainienne, Semen Semenchenko, a déclaré que certains soldats ukrainiens continuaient de résister à Vouhlehirsk, malgré le fait que la ville soit en grande partie sous contrôle séparatiste. Le porte-parole du Conseil national de sécurité et de défense de l'Ukraine (CNSD), , a déclaré que des renforts étaient arrivés pour soulager les troupes ukrainiennes à Vouhlehirsk, et que la ligne de front tenait. Au cours de la journée, les lignes d'approvisionnement ukrainiennes ont été presque entièrement coupées, car les tirs de roquettes Grad ont rendu difficile le déplacement des véhicules blindés de transport de troupes et des camions sur les 50 km de l'autoroute nord-sud entre Bakhmout et Debaltseve. Au moins sept civils ont été tués lorsqu'une roquette Grad a frappé un immeuble dans la ville. Les habitants restants de Debaltseve ont commencé à tenter d'évacuer la ville alors que les combats s'intensifiaient. Une rotation de trois autobus par jour vers Bakhmout a été organisé.

Fermeture de la « marmite » vignette|Char ukrainien T-64 BV dans la région de Debaltseve Douze autres civils ont été tués par les bombardements séparatistes à Debaltseve le . Les forces ukrainiennes ont continué d'utiliser des tirs d'artillerie pour empêcher les renforts rebelles d'entrer dans Vouhlehirsk. Une offensive terrestre visant à déloger les séparatistes de cette ville a échoué, entraînant la mort de trois membres du bataillon Donbass et la blessure de son commandant. L'évacuation des civils de Debaltseve s'est poursuivie dans des conditions hivernales difficiles. À ce moment, l'approvisionnement de la ville en eau, en gaz et en électricité étaient interrompu depuis au moins dix jours. Selon le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk, au moins 1 000 personnes avaient été évacuées de Debaltseve au . Le ministre ukrainien de la Défense Stepan Poltorak a confirmé qu'une partie de Debaltseve était sous contrôle des séparatistes.vignette|droite|Char d’assaut ukrainien T-64 à Debaltseve en février 2015Le , la situation à Debaltseve s'est rapidement détériorée. Selon le Kyiv Post, certaines unités de la Garde nationale ukrainienne ont été contraintes de fuir alors que les forces russes avançaient vers les abords de la ville. La situation à Debaltseve a continué de se dégrader jusqu'au . Le New York Times a rapporté que les séparatistes semblaient pouvoir s'emparer de l' autoroute M03 vers Bakhmut « à tout moment ». La route était devenue quasiment impraticable, plusieurs autobus évacuant des civils ayant été touchés par des tirs d'artillerie. Qualifiant la poche de territoire ukrainien autour de Debaltseve de « marmite », comme cela est devenu courant, Alexandre Zakhartchenko, se disant autoproclamé de la prétendue , a déclaré que quiconque tenterait de quitter la « bouilloire » se retrouverait dans le « champ de tir croisé de notre artillerie ». Un rapport des travailleurs humanitaires présents dans la zone de combat indiquait que 8 000 habitants étaient parvenu à quitter la région de Debaltseve au . Un travailleur humanitaire a déclaré que les rebelles pro-russes ciblaient délibérément les autobus utilisés pour transporter les habitants hors de la ville. Un observateur d'Amnesty International a déclaré que la situation humanitaire à Debaltseve était devenue « catastrophique ».. Afin de venir en aide aux troupes ukrainiennes restantes à Debaltseve, l'Ukraine a envoyé une importante colonne de renforts, comprenant des véhicules blindés et des transports de troupes, depuis leur base d'opérations de Kramatorsk vers la ville assiégée. vignette|droite|Obus non explosé à Debaltseve après un bombardement en février 2015