La France libre est le mouvement de résistance à la fois militaire et politique fondé à Londres par le général de Gaulle à la suite de son appel du . La veille, le , face à la progression allemande, Philippe Pétain, chef du gouvernement de la , avait appelé l’armée française à cesser les combats pendant les négociations de l'armistice avec les Allemands, qui en signèrent la convention le .
Quelques semaines plus tard, le , l'Assemblée nationale, réunie à Vichy, vota une loi constitutionnelle en vue de rédiger une nouvelle Constitution et délégua les pleins pouvoirs constituants à Pétain. Le lendemain, Pétain se déclare, par le premier des actes constitutionnels de Vichy, (régime de Vichy).
Dans le même temps, le général de Gaulle négocie avec les Britanniques pour être reconnu comme le chef d'un gouvernement en exil alors qu'il estime que le régime de Vichy est « illégitime, nul et non avenu ». Il forme le Conseil de défense de l'Empire, annoncé le par le manifeste de Brazzaville, à la suite du ralliement de diverses colonies.
Ces colonies sont principalement l’Afrique française libre (AFL) à partir de la fin , à laquelle s'ajoute le Gabon conquis en , formant alors l'ensemble de l'Afrique-Équatoriale française (AEF), plus le Cameroun français. Cela donne à la France libre une assise territoriale, la capitale Brazzaville, et un potentiel de soldats coloniaux et de ressources économiques.
La France libre rassemble les Français libres ralliés au général de Gaulle, qui ont en commun le refus de la défaite de 1940 et la volonté de poursuivre le combat contre l’envahisseur allemand et ses alliés, sous les ordres du général de Gaulle, en Grande Bretagne, dans l'empire colonial mais aussi en France métropolitaine, où se mettent en place progressivement des réseaux liés au Bureau central de renseignements et d'action (BCRA). Les forces armées ralliées à la France libre sont appelées Forces françaises libres (FFL).
Le , la « France libre » est renommée « France combattante » par le Comité national français pour marquer l'alliance entre la France libre et Journal officiel de la France combattante, 9. et forment la Résistance intérieure française.
Le , la France combattante devint l'une des composantes du Comité français de libération nationale (CFLN). La capitale de la France libre est alors transférée de Brazzaville à Alger. La séance inaugurale de l'Assemblée consultative provisoire se tient au palais Carnot d’Alger, le . La même année, le , les Forces françaises libres (FFL) fusionnent avec l'Armée d'Afrique giraudiste pour former l'Armée française de la Libération.
Histoire de la France libre La formation de volontaires français vignette|gauche|redresse|Charles de Gaulle. La France libre est issue du ralliement au général de Gaulle des Français qui veulent poursuivre la lutte contre l'Allemagne aux côtés des alliés britanniques. Dès le , et dans la foulée de son appel à poursuivre la lutte, les ralliements sont d'abord individuels. Officiers, soldats, ou simples citoyens rallient ainsi Londres et de Gaulle. Dès le , Winston Churchill, Premier ministre britannique, reconnaît le général de Gaulle comme le « chef des Français qui continuent la guerre ».
De nombreux militaires français se trouvent en Grande-Bretagne au début de l'été 1940, évacués de Dunkerque ou membres du corps expéditionnaire de Norvège, mais seulement une faible partie de ces forces ( à l'été 1940 en Grande-Bretagne) ralliera la France libre. La grande majorité choisira d'être rapatriée en FranceJean-Louis Crémieux-Brilhac, « La France Libre », dans La France des années noires, tome 1, Éd. du Seuil, 1993 ; rééd. coll. « Points-Histoire », 2000, 195-197..
C'est aussi en cette période du début d'été 1940 que de jeunes Français souhaitant continuer le combat tenteront de rejoindre Londres et le général de Gaulle. Il deviendra immédiatement pour eux le symbole de la poursuite du combat qu'ils espèrent mener. Au mois d', le général décide de regrouper les très jeunes volontaires et étudiants qui l'ont rallié pour leur donner une formation d'officier. En , l'École des Cadets de la France Libre était néeL'École militaire des Cadets de la France Libre, http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/1940-1944-la-seconde-guerre-mondiale/les-cadets-de-la-france-libre/analyses/l-ecole-militaire-des-cadets-de-la-france-libre.php.. Ces jeunes Français allaient ainsi pouvoir y poursuivre leur instruction dans l'attente de leur engagement au sein des Forces françaises libres — eux qui étaient encore trop jeunes pour pouvoir se battre.
La reconnaissance officielle britannique vignette|gauche|redresse|Winston Churchill et Anthony Eden. Par la suite, avec l'accord des Chequers du , entre le Royaume-Uni et le général de GaulleRené Cassin, « L'accord Churchill-de Gaulle », Revue de la France Libre, , juin 1950., le Royaume-Uni s'engagea à sauvegarder l'intégrité de toutes les possessions françaises et à restaurer intégralement l'indépendance et la grandeur de la France. L'accord des Chequers est considéré par le gouvernement britannique comme effectif à compter du , date de la prise des pleins pouvoirs par le maréchal Pétain et de la fin du régime républicain sur le territoire national. Cela permet au général de Gaulle de se considérer officiellement comme le détenteur légitime de la continuité de l’État, et de traiter comme tel avec les Alliés. C'est dans cet esprit également que l'accord prévoit la formation d'un Comité français, embryon de gouvernement que de Gaulle s'attachera à mettre en place au plus vite.
Le gouvernement britannique s'engagea de plus à financer toutes les dépenses de la France libre, mais de Gaulle insista pour que ces sommes fussent des avances remboursables et non des dons qui auraient jeté une ombre, aussi ténue soit-elle, sur l'indépendance de son organisation. Les sommes dites furent effectivement remboursées, et bien avant la fin de la guerre. En effet, la location des navires marchands français libres aux services britanniques, les revenus de la flotte de pêche côtière, effectuée au large du pays de Galles, et la vente des produits coloniaux des territoires ralliés alimentèrent les caisses de la France libreJacques Bauche, « L’histoire financière de la France Libre », Revue de la France Libre, , troisième trimestre 1980..
Une Caisse centrale de la France libre est créée le à l'initiative de Pierre Denis (Rauzan), afin de gérer les crédits accordés par le Trésor britannique, d'émettre des billets au porteur et des monnaies métalliques ayant force libératoire dans les territoires ralliés à la France libre.
Déclarations de guerre officielles Le , à la suite de l'attaque japonaise de Pearl Harbor, la France libre se déclare en guerre contre le Japon..
Les ralliements de territoires vignette|gauche|redresse|Félix Éboué, gouverneur du Tchad, accueille Charles de Gaulle en 1940. vignette|redresse|Monuments aux marins de la marine marchande de la France libre à Paimpol. Le 23 juin 1940, les Domaines français de Sainte-Hélène se rallient à la France Libre à l'initiative de Georges Colin, conservateur des Domaines.. En , la France libre peut compter sur environ . Ses effectifs croissent notablement, en août – , à la suite du ralliement de plusieurs colonies africaines, océaniennes et asiatiques : Nouvelles-Hébrides (), Tchad (), Cameroun français (), Congo () et Oubangui-Chari (), Établissements français de l'Océanie (), Établissements français de l'Inde dits « Comptoirs de l'Inde » (), et Nouvelle-Calédonie (1940 - les dates clefs de la formation de FNFL.). Ces ralliements confèrent, de plus, à la France libre une assise territoriale et donc une dimension étatique et non plus seulement militaire. À la fin , Britanniques et FFL ont cependant échoué à obtenir le ralliement de l'Afrique-Occidentale française, une tentative de débarquement à Dakar ayant été repoussée : l'AOF demeure provisoirement dans le giron vichyste. En , les Forces françaises libres comptent , et une centaine d'appareils de différents types..
thumb|alt=Vue du globe terrestre avec en bleu les territoires africains de la France libre. |L'Afrique française libre en novembre 1940. Le , le Gabon, dont le gouverneur avait annoncé son ralliement avant de se dédirePierre Montagnon, La France coloniale, tome 2, Pygmalion-Gérard Watelet, 1990, p. 28., est conquis par la force des seuls FFL : toute l'Afrique-Équatoriale française est alors sous le contrôle de la France libre, plus le Cameroun, formant ensemble l'Afrique française libre. En juillet 1941, la Syrie et le Liban, anciens territoires ottomans alors administrés par la France sous mandat de la Société des Nations depuis la fin de la Première Guerre mondiale, sont envahis et conquis par les FFL et les Britanniques. Ces derniers, après leur conquête de Madagascar, rétrocéderont cette île à la France libre le (). De même, deux bataillons français — les futurs bataillons de marche — stationnés à Djibouti, rallient ce territoire à la France libre le .
Les îles Saint-Pierre-et-Miquelon (), ainsi que Wallis-et-Futuna (). et l'île de La Réunion (), seront ralliées par les forces navales françaises libres (FNFL).
Le ralliement des territoires coloniaux a été une étape fondamentale pour la France libre. Comme l'a montré Éric Jennings, elle a donné à la France libre une partie de son contingentement, a eu un rôle économique et politique décisif en lui offrant une assise territoriale. Le terme d'État pour la France libre a été, et est encore, discuté. Pourtant le Conseil d'État a reconnu en 2018 son caractère étatique et un livre concourt à démontrer comment en Afrique équatoriale française, la France libre était organisée comme un État, bien qu'embryonnaire : elle possédait les éléments constitutifs d'un État (population, territoire, autorité politique, capacité de créer le lien avec un autre État) et ses attributs stricto sensu (souveraineté et personnalité juridique). À titre d'illustration, il y avait une administration en AEF, un journal officiel qui s'inscrivait dans la continuité du JO de la République française (« Journal officiel de l'Afrique française libre et de l'AEF », les autorités battaient monnaie en AEF, d'abord sous la forme de « bons de caisse » imprimés sur place, puis après 1941, de billets de banque de 5, 25, 100 et 1000 francs, imprimés à Londres. Ces derniers portaient l'inscription .
Les ralliements de Français de l'étranger