La formation d'impression est le processus psychologique permettant à un individu de se former une impression globale des capacités et de la personnalité d'autrui. Pour se former une impression, il est possible de se baser sur des informations propres à l'individu (apparence, comportement, etc.) ou à son groupe d'appartenance (stéréotypes, préjugés, etc.), c'est-à-dire catégorielles.
Solomon Asch fait partie des premiers auteurs à s’être intéressés à la formation d’impression. Il a pu mettre en évidence que l’impression se forme en plusieurs étapes. Asch a une vision globale selon laquelle la combinaison des différents traits vaut plus que chaque trait individuel. Tandis que, pour Norman Henry Anderson, chaque trait est traité de manière séparée.
Ces deux approches sont à la base des travaux plus récents menant à la création d’autres modèles de formation d’impression. Parmi ceux-ci, un des plus influents est le modèle du continuum de Fiske et Neuberg. Ce modèle met en évidence qu'afin de former une impression d’une personne, les individus peuvent utiliser les informations individuelles ou catégorielles en fonction du contexte. Ils peuvent également utiliser des informations provenant de sources directes comme indirectes. Ces informations sont notamment organisées en schémas (représentations abstraites et simplifiées de la réalité stockées dans la mémoire à long terme).
Les différentes recherches dans ce domaine ont montré que ce processus peut être automatique ou contrôlé en fonction des situations. La formation d’impression a de nombreuses applications dans la vie quotidienne, par exemple dans le contexte scolaire ou dans le recrutement.
Origines
Premiers travaux Les premiers travaux sur la formation d’impression ont été effectués par Solomon Asch en 1946. C’est le premier auteur à avoir développé une approche expliquant comment les individus se forment une impression d’autrui. Selon Asch, l’objectif des individus est que cette impression soit cohérente.
Solomon Asch a réalisé de nombreuses expériences. Dans l’une d’entre elles, il propose aux participants une série de 7 traits de personnalité d’une personne fictive. Pour la moitié des sujets de l'expérience, un des traits présentés est « chaleureux » tandis que pour l’autre moitié, le trait présenté à la place est « froid ». Ensuite, tous les participants doivent décrire la personne en fonction de caractéristiques positives et négatives. Les résultats montrent que lorsque la personne est décrite comme étant chaleureuse, elle est vue de manière plus positive que lorsqu’elle est décrite comme froide, alors que les 6 autres traits sont identiques. Cela est appelé .
La même expérience a été réalisée avec les traits « poli » et « bourru » mais sans obtenir les mêmes résultats. Cela a permis de démontrer qu’il existe certains traits centraux qui sont capables de changer à eux seuls l’impression générale d’un individu. Ces traits sont généralement liés à la sociabilité et à la compétence. Les autres traits ayant moins d’impact sur la formation d’impression sont qualifiés de .
Dans la même étude, Asch a ensuite réalisé une autre expérience dans laquelle il manipulait cette fois-ci l’ordre des traits de personnalité qu’il présentait à ses sujets. Par exemple, il présente à une moitié de sujets les traits suivants dans cet ordre : Intelligent - Industrieux – Impulsif – Critique – Entêté - Envieux. Tandis qu’à l’autre moitié des sujets, il présente les mêmes traits dans l’ordre inverse : Envieux – Entêté – Critique – Impulsif – Industrieux - Intelligent. Cela a permis de mettre en évidence , à savoir le fait que les premiers traits de la liste ont un impact plus important que les suivants sur la formation d’impression globale. Dans cette expérience, les individus ont jugé de manière plus positive la personne lorsque le chercheur leur a présenté la liste de traits commençant par « Intelligent » par rapport à la liste commençant par « Envieux ».
Ces deux expériences permettent de souligner que l’impression globale d’un individu ne s’effectue pas simplement selon la somme des traits et impressions propres à celui-ci. Ainsi, chaque trait peut avoir un sens différent en fonction du contexte et des autres traits auxquels il est lié. C’est une approche qui pourrait être rapprochée de la psychologie de la forme (gestaltisme), où un ensemble signifie plus que la somme des parties qui le composent.
En résumé, la formation d’impression s’effectue en 3 étapes. Tout d’abord, l'observation ou la réception des informations sur le comportement d’autrui. Certaines de ces informations peuvent avoir un impact plus important que d’autres. Ensuite, à partir de cela, l’existence de certains traits de personnalité est inférée. La troisième étape est l’intégration où une impression globale de l’individu est formée en intégrant ces différents traits.
Modèle algébrique En opposition avec le modèle gestaltiste d’Asch, Norman Henry Anderson. proposa en 1974 une approche plus mathématique. Selon son approche algébrique, chaque trait est évalué indépendamment des autres. L’impression globale s’obtient en effectuant la moyenne pondérée de l’évaluation de chaque trait. L’impression égale (Wi est le poids ou l’importance d’un trait dans un contexte particulier et Si correspond à l’évaluation isolée d’un trait).
Selon Anderson, l’effet de primauté est dû à une baisse d’attention. Selon lui, l’importance d’un trait varie en fonction de sa position lors de la présentation des caractéristiques. Les premiers traits présentés auront plus d’importance et une influence plus grande sur la formation de l’impression globale d’autrui car ils seront traités avec plus d’attention que les traits suivants. Le modèle d’Anderson peut être qualifié d’élémentaire car il ne prend pas en compte l’interdépendance possible entre les caractéristiques des personnes. Seuls leurs poids relatifs peuvent faire varier l’importance d’un trait particulier.
Discussion Ces deux approches opposées ont été source des nombreuses recherches menées sur la formation d’impression. Elles expliquent deux façons différentes de voir le processus de formation d’impression. Selon Asch, l’information est traitée de manière directe et en fonction de théories présentes dans l'esprit des individus. Les informations catégorielles ont par conséquent une importance particulière. A contrario, pour Anderson, la formation d’impression est le résultat d’une juxtaposition de plusieurs éléments. Les individus se basent davantage sur les informations individuelles.
Les modèles plus récents de la formation d’impression intègrent d’autres éléments cognitifs et motivationnels qui vont influencer les processus de formation d’impression utilisés par les individus.
Fonctionnement général de la formation d’impression
La formation d’impression consiste en 3 étapes distinctes : la perception, l’attribution et l’intégration de l’information. En effet, pour que l'impression puisse être construite, il est d'abord nécessaire d'acquérir au moins une information, de manière directe (au contact de la personne) ou indirecte (un message émis par la personne ou quelqu'un d'autre fournissant une information à son sujet). Ensuite, ces informations vont servir d'indices pour établir une inférence au sujet de la personne, plus précisément pour attribuer les causes de ses comportements. Ces inférences s'appuient aussi sur les croyances de celui qui forme une impression (par exemple ses stéréotypes). Enfin, une fois que les informations sont intégrées, une impression générale qui intègre les différents traits attribués est formée. Ces trois processus cognitifs sont des sujets auxquels s'intéresse la cognition sociale.
Perception
La formation d’impression peut se baser sur un nombre d’informations limité ou au contraire une quantité élevée de comportements. Pour celui qui forme son impression, le nombre d'informations utilisées dépend de la quantité d'indices disponibles ainsi que de ses motivations.
Bien qu'il existe de nombreux types d'indices, obtenus grâce à l'ouïe, l'odorat, et le toucher, les perceptions sont également basées sur la vue. Dans l'observation des autres sont dénombrés des indices visuels variants (expression émotionnelle, direction du regard) et d’autres invariants (âge, sexe). À ce titre, le sexe, l'origine ethnique et l’âge sont les 3 catégories visibles directement chez un individu rencontré., c’est pourquoi elles sont dites les plus saillantes.
Au niveau cognitif, une importance plus grande est accordée au visage comparé au reste du corpsFletcher-Watson, Findlay, Leekam, et Benson 2008 ; cités par .. Face à la photographie d'un visage, il suffit de pour se former une impression identique à celle eue en l’observant plus longtemps. Vu que comprendre l’état émotionnel des autres est utile pour expliquer leurs comportements, une personne a tendance à regarder l’orientation du corps et surtout du regard de son interlocuteur. Selon Paul EkmanEkman 2003 ; cité par ., l'être humain est capable de reconnaître 6 émotions basiques (joie, colère, peur, surprise, tristesse et dégoût) en observant le visage des autres. Afin de pouvoir reconnaître l'émotion exprimée, l'important n’est pas uniquement d'avoir une image statique sous les yeux mais bien d’avoir l’occasion de voir du mouvement, les expressions faciales se former et disparaître. Le corps entier est également pris en compte, que ce soit sa posture tout comme les vêtements portés (cela peut s’illustrer lors du « jugement » d’une victime de viol)..
Les étapes de la formation d'impression ne sont pas forcément séquentielles. Dans le cas où des stimuli ambigus sont perçus, une catégorie est au bout du compte choisie parmi celles sur lesquelles l'hésitation portait et après l’avoir fait, cela a une influence directe sur la perception. Concernant le visage, cet effet d'accentuation a été vérifié par Corneille, Huart, Becquart, et BredartCorneille, Huart, Becquart, et Bredart 2004 ; cités par ..
Attribution
Fonctionnement de l'attribution
Attribuer des causes à des comportements est avantageux car cela permet de mieux les comprendre et de pouvoir prévoir les futures réactions des autres. D'une part en réduisant son incertitude, ce qui entraîne une diminution de son éventuelle tension et d'autre part car cela permet de réagir de façon plus adéquate aux attentes de chacun. Afin d’établir des rapports qui lui sont bénéfiques, une personne a besoin d’être efficace dans ses prédictions et les attributions sont un moyen adéquat car il requiert en général moins d’énergie et de temps qu’une analyse complète et détaillée de chaque événement..
Des causes sont attribuées à des comportements au moyen de : Les caractéristiques physiques de la personne qui effectue les comportements (l’apparence, la voix, l’odeur, etc.). Les informations fournies par les comportements en eux-mêmes. Le contexte, la situation dans laquelle les comportements ont été observés.
Avant d'entrer plus en détail dans les processus d'attribution, il est judicieux de rappeler qu'en présence d'un témoin, tout comportement est une façon de communiquer et tout message qui est transmis a une implication littérale (les informations contenues dans le message) mais aussi une implication pragmatique (les informations qui expliqueraient pourquoi l’auteur envoie ce message). Une étude. révèle que pour former des impressions, tout le monde tient également compte de cette implication pragmatique et qu’elle peut avoir une influence importante.