La deuxième guerre balkanique (du au ) eut pour objet le partage des gains de la première guerre balkanique ; elle opposa la Bulgarie à ses anciens alliés, la Serbie et la Grèce, qui, mis en difficulté, appelèrent à la rescousse la Roumanie. Lorsque les troupes roumaines approchèrent de la capitale Sofia, la Bulgarie demanda un armistice qui déboucha sur le traité de Bucarest, dans lequel la Bulgarie dut renoncer à ses revendications, céder une partie de ses gains de la première guerre balkanique à la Serbie, à la Grèce et à l'Empire ottoman, et en plus céder une partie de son territoire initial à la Roumanie, ce qui créa des différends territoriaux avec ses voisins. gauche|vignette|Carte linguistique des Balkans au début du . gauche|vignette|« Le point d'ébullition », caricature britannique posant les Puissances en gardiennes des « troubles des Balkans », alors que ce sont elles qui, au congrès de Berlin (1878) avaient émietté la péninsule en États rivaux. La guerre provoqua la rupture de l'alliance russo-bulgare, laissant la Serbie comme seule alliée de la Russie dans cette région importante. C'est pour cela que la Serbie reçut le soutien total de la Russie lors de la crise de juillet 1914 qui mena à la Première Guerre mondiale, et c'est aussi pour cela qu'en 1915 la Bulgarie s'allia aux Empires centraux dans l'espoir de réunir à elle les territoires (à majorité bulgarophone) qu'elle avait réussi à récupérer pendant la première guerre balkanique.
La première guerre balkanique
Durant la première guerre balkanique ( - ), la Ligue balkanique, constituée de la Serbie, du Monténégro, de la Grèce et de la Bulgarie, était parvenue à prendre à l'Empire ottoman ses provinces européennes (Épire, Macédoine, Sandjak et Thrace), ne lui laissant, au traité de Londres que l'Albanie (indépendante de facto) et les territoires à l'est d'une ligne Ainos-Midia avec Constantinople et la péninsule de GallipoliL'article II du Traité de Londres signé le 30 mai 1913 indique que « sa Majesté l'Empereur des Ottomans cède à leurs Majestés les Souverains Alliés tous les territoires de son empire sur le continent de l'Europe à l'ouest d'une ligne tracée d'Ainos sur la mer Égée à Midia sur la mer Noire, à l'exception de l'Albanie », sur traité de Londres.. Aucune frontière n'étant définie entre membres de la ligue, les relations entre les vainqueurs se détériorent rapidement du fait des désaccords sur cette question. vignette|Les accords entre les Alliés de la première guerre balkanique et le traité de Londres qui ne fixe pas précisément les frontières. Lors de la création de la Ligue balkanique, la Serbie et la Bulgarie avaient signé, le , un accord secret sur la future frontière en Macédoine, qui devait passer par une ligne Kriva Palanka-Ohrid (ces deux villes revenaient à la Bulgarie, donnant la plus grande partie de la Macédoine du Vardar à la Bulgarie). La politique bulgare était de réunir le maximum possible de territoires bulgarophones au royaume, par cet accord avec les Serbes, mais sans accord avec la Grèce, car l'état-major bulgare croyait son armée capable d'occuper la plus grande partie de la Macédoine et le port de Thessalonique avant les Grecs. Malheureusement pour lui, la résistance turque en Thrace l'obligea à mobiliser plus de troupes et plus longtemps que prévu, et les Serbes occupèrent une zone bien plus au sud que celle prévue par l'accord bulgaro-serbe, jusqu'à une ligne Bitola–Gevgelija, tandis que les Grecs parvinrent les premiers à Salonique. La zone contestée avec la Serbie devait faire l'objet d'un arbitrage russe.
Lorsque la Bulgarie appela la Serbie à honorer l'accord d'avant-guerre concernant le nord de la Macédoine, la situation avait changé pour les Serbes, qui sous la pression des grandes puissances, avaient dû renoncer à un accès à la mer et évacuer le territoire qui allait former l'Albanie. Ils refusèrent donc de céder plus de territoires. Très rapidement, des accrochages eurent lieu le long des limites des zones d'occupation. En réponse aux revendications bulgares, la Serbie se rapprocha de la Grèce, qui avait elle aussi englobé, en Macédoine, des populations bulgarophones. Dans cette région, les trois pays s'étaient livrés sous la domination ottomane à une « concurrence scolaire » en finançant des écoles dans leurs langues respectives, et même à une guerre larvée par l'intermédiaire de groupes de guérillas comme les komitadjis et les tchetniks ; un régiment bulgare avait été autorisé à entrer dans Salonique huit mois auparavant pour y récupérer des guérilleros.
Le , le lendemain de la signature du traité de Londres et 16 jours avant l'attaque bulgare, les Serbes et les Grecs signèrent un accord militaire secret confirmant que la ligne de démarcation entre leurs zones d'occupation deviendrait la frontière entre les deux pays. L'accord prévoyait également la formation d'une alliance en cas d'agression bulgare ou austro-hongroise. Dans les négociations, la Serbie n'évoqua pas officiellement les causes de sa dispute avec la Bulgarie, qui était évidente : le partage de la Macédoine et le non-respect des traités initiaux par la SerbieThe Balkan Wars and their aftermath, 1912-June 1914. La Bulgarie, dans une tentative pour torpiller le rapprochement serbo-grec, signa aussi avec la Grèce un protocole confirmant une ligne de démarcation permanente entre leurs forces respectives et reconnaissant implicitement le contrôle grec du sud de la Macédoine. De ce fait, la Grèce fut le seul cobelligérant dont la frontière en Macédoine était reconnue et garantie par les autres.
Au nord-est de la Bulgarie, un autre point de friction était le refus bulgare de céder la forteresse de Silistra à la Roumanie comme prévu avant-guerre en cas de victoire contre les Ottomans. À la place de cette ville, mi-bulgare mi-roumaine par sa population, la Bulgarie offrit à la Roumanie des garanties sur les droits des valaques en Macédoine et des petites modifications de la frontière du côté de la mer Noire (cession des limans et des deux villages de Răcari et BălțataAujourd'hui Durankulak et Ezerets.). La Roumanie en appela à un arbitrage russe : par le protocole de Saint-Pétersbourg du , la Bulgarie dut accepter de céder à la fois Silistra avec ses environs et les deux villages de pêcheurs de la Mer Noire. Cet accord était un compromis entre les revendications roumaines sur la Dobroudja du Sud et le refus bulgare d'accepter tout transfert significatif, mais le fait que la Russie n'adopta pas le point de vue bulgare dans cette controverse mineure avec un voisin neutre, rendit les Bulgares sceptiques quant à une issue favorables des arbitrages russes concernant l'important contentieux territorial avec les Serbes, fidèles alliés de la Russie. La perte de confiance de la Bulgarie en la Russie l'incita donc à refuser tout compromis sur l'accord d'avant-guerre concernant la frontière avec la Serbie. Cela amena finalement la Russie à mettre fin à son alliance avec la Bulgarie, rendant une confrontation avec la Roumanie et avec la Serbie inévitable. thumb|left|Artilleurs bulgares, 1913
Les plans bulgares En 1912, les ambitions bulgares affichées par Ferdinand de Bulgarie et son état-major, dépassaient les dispositions les plus avantageuses du traité de San Stefano en incluant toute la Macédoine avec Salonique, toute la Thrace avec Andrinople et même Constantinople pour en faire la capitale du pays, mais il s'agissait là de propagande intérieure et aussi de « mettre la barre haut » avant les négociations avec les autres belligérants. Toutefois les revendications bulgares sur Constantinople (Tsarigrad en bulgare) malgré les mises en garde répétées de la Russie, furent perçues internationalement comme un manque évident de réalisme de la part des dirigeants bulgares.
Bien que l'armée bulgare ait réussi à prendre Andrinople (Odrin en bulgare), les Bulgares furent ensuite repoussés par les Ottomans lors de la bataille de Çatalca. L'effort entrepris vers Constantinople s'est traduit par la perte pour la Bulgarie d'une grande partie de la Macédoine et de Thessalonique. C'était jugé inacceptable par l'opinion bulgare, survoltée, qui poussa les militaires bulgares à se raidir contre leurs anciens alliés. Avec les Ottomans refusant la perte de la Thrace orientale à l'est et la Roumanie mécontente au nord, la décision de lancer une attaque contre la Grèce au sud et la Serbie à l'ouest était très risquée. En mai, les Turcs avaient demandé d'urgence une mission allemande pour réorganiser leur armée et en juin, la Bulgarie apprit l'existence de l'accord entre la Serbie et la Grèce en cas d'attaque bulgare. Le , le Monténégro annonce qu'il serait du côté de la Serbie en cas de guerre contre la Bulgarie. Le , la Roumanie régla ses différends concernant la Transylvanie avec l'Autriche-Hongrie, en signant avec elle une alliance militaire. Le , elle avertit officiellement la Bulgarie qu'elle ne resterait pas neutre dans le cas d'une nouvelle guerre dans la région.
Comme les escarmouches continuaient en Macédoine entre les troupes bulgares et serbes, le tsar Nicolas II de Russie essaya d'empêcher le conflit qui s'annonçait, car il ne souhaitait pas perdre l'un ou l'autre de ses alliés slaves dans les Balkans. Le , il envoya un message identique aux rois de Bulgarie et de Serbie, offrant sa médiation sur les dispositions du traité de 1912 entre les deux pays. La Serbie demandait une révision du traité de 1912, car elle avait perdu la possibilité d'un accès à la mer Adriatique du fait de la volonté des grandes puissances de créer l'état albanaisAccomplie grâce à l'action fédératrice de l'agent austro-hongrois Franz Nopcsa von Felső-Szilvás.. La réponse bulgare à ce que Sofia considéra comme un ultimatum, contenait tant de conditions qu'elle ressemblait fort à un refusCrampton (1987) : les diplomates russes en conclurent que la Bulgarie était décidée à risquer la guerre avec la Serbie. Cela amena la Russie à annuler son initiative d'arbitrage et à désavouer son alliance avec la Bulgarie. Cela fit voler en éclats la Ligue balkanique qui était considérée comme le meilleur rempart contre l'expansion austro-hongroise et qui avait coûté de nombreux efforts diplomatiques à la Russie depuis plus de dix ans. Lorsque la Serbie et la Grèce proposèrent que les trois pays démobilisent un quart de leurs armées pour faciliter une solution pacifique, la Bulgarie rejeta cette idée, malgré le manque de bras pour l'agriculture.