Procope de Césarée (en latin : , en grec : ), né vers 500 à Césarée et mort vers 565, est un avocat et historien byzantin, auteur de plusieurs ouvrages consacrés au règne de l'empereur Justinien (de 527 à 565). Secrétaire du général Bélisaire, il accompagne celui-ci dans ses campagnes jusqu'en 540, année où il rentre à Constantinople pour se consacrer définitivement à l'écriture.
Ses principaux ouvrages sont Les Guerres de Justinien (« Les Guerres perses », « Les Guerres vandales » et « Les Guerres gothiques »), Sur les monuments et Histoire secrète de Justinien. Alors que les deux premiers vantent les mérites de Justinien, lui attribuant même la construction de monuments dus à son prédécesseur, Histoire secrète de Justinien trace un portrait peu flatteur de l'empereur, de Bélisaire et de leurs épouses respectives. Les écrits de Procope sont la principale source d'information sur le règne de Justinien.
Procope est reconnu comme le principal historien du et l'un des plus importants de l’Antiquité tardive. Son choix d'écrire en grec classique (attique), ainsi que son style vivant et alerte, le situent dans la lignée des historiens classiques, Hérodote, Thucydide et Polybe.
Biographie Origines familiales et formation Procope naît à CésaréeProcope, Guerres de Justinien, I.1.1., ville de la province de Syrie-Palestine (avant 135, dans la province de Judée) où vivent des chrétiens, des juifs et des samaritains, .
Sa famille appartient vraisemblablement à la classe aisée puisqu'il fait des études classiques : d'abord les auteurs grecs, puis la rhétorique.. Il aurait ensuite étudié le droit à Beyrouth (Berytus) ou à Constantinople., capitale de l'Empire romain d'Orient et aurait obtenu le titre de rhetor (avocat). Il maîtrise le latin, langue officielle de l'empire, comme il est d'usage pour un étudiant en droitDans les Guerres de Justinien, Procope utilise nombre de mots latins qu’il traduit en grec..
Carrière aux côtés de Bélisaire (527-540) En 527, première année du règne de Justinien, il devient adsessor (conseiller juridique), puis secrétaire particulier de Bélisaire, commandant en chef des armées romaines, alors au début de sa carrièreProcope, Guerres de Justinien, I.1.3. et 12.24., sous le règne d'un empereur qui se fixe pour objectif la reconquête de l'Empire romain d'Occident, disparu en 476 et remplacé par plusieurs royaumes germaniques (Francs et Burgondes en Gaule, Wisigoths en Hispanie, Vandales en Afrique, Ostrogoths en Italie), mais qui est aussi menacé à l'est par la Perse des Sassanides.
Procope reste avec Bélisaire sur le front oriental jusqu’à la défaite de Callinicum en 531Procope, Guerres de Justinien, I.18.1-56., suivie du rappel de ce dernier à ConstantinopleProcope, Guerres de Justinien, I.21.2.. Il est témoin de la sédition Nika en , réprimée par Bélisaire et son collègue, MundusProcope, Guerres de Justinien, I.24.32-38..
Il accompagne de nouveau Bélisaire dans son expédition victorieuse contre les Vandales en Afrique du Nord, participe à la prise de Carthage, mais reste en Afrique avec Solomon, successeur de Bélisaire lorsque celui-ci est rappelé à ConstantinopleProcope, Guerres de Justinien, III.10. 1-21..
Il rentre à Constantinople en 534 pour la célébration du triomphe de Bélisaire et y reste au début de 535 lorsque ce dernier est nommé consulProcope, Guerres de Justinien, IV.7.18-21.. Il suit Bélisaire durant la campagne contre le royaume ostrogoth d'Italie et participe notamment au siège de Rome (-). Il assiste à l'entrée de Bélisaire à Ravenne, capitale des GothsDe 402 à 476, Ravenne était la capitale de l'Empire d'Occident, Rome n'étant plus le siège du gouvernement impérial depuis 293, sous le règne de Dioclétien., en 540Procope, Guerres de Justinien, VI. 29. 32-33..
Retraite et écriture (à partir de 540) Rentré à Constantinople avec Bélisaire, il quitte alors le service, ayant probablement décidé de se consacrer à la rédaction de l'histoire de ces guerres qu'il estime terminées..
La rédaction de la première mouture de son ouvrage Les Guerres de Justinien aurait ainsi été complétée , et non pas en 551 (fin du livre VII) ou en 553 (fin du livre VIII, manifestement une addition)..
Les échecs de Bélisaire et sa couardise devant son épouse Antonina, qui persécute son beau-fils Photius, les intrigues de l'impératrice Théodora, complice d'Antonina, et le fait que Justinien se range constamment aux côtés de Théodora, l'amènent probablement à commencer la rédaction de son Histoire secrète de Justinien en 548, année de la mort de Théodora, pour la terminer vers la mi-550..
L'année suivante a lieu la publication des livres I à VII des Guerres de Justinien, qui ont un grand succès. Procope est promu au rang d’illustris par l'empereur, titre qui lui ouvre les portes du Sénat. Les victoires remportée par Narsès contre les Ostrogoths, le poussent à écrire le livre VIII des Guerres de Justinien dans la deuxième partie de 553.
C'est probablement pour remercier l'empereur qu'il se met en 554 à la rédaction de Sur les monumentsProcope, Sur les monuments, I. 1. 4., ouvrage resté inachevé. Un ouvrage annoncé dans l’Histoire secrète de Justinien sur l'histoire de l'ÉgliseProcope, Histoire secrète, I, 14 ; 11. 33 ; 26. 18. ne se matérialise pas.
On ignore la date exacte de la mort de Procope, que nombre d'historiens situent en 565, la même année que Justinien. D'autres, comme Warren Treadgold, Averil Cameron et Geoffrey Greatrex, la datent de 554-555, ce qui expliquerait pourquoi la rédaction de Sur les monuments est restée inachevée.
L'historien
Les Guerres de Justinien vignette|L'empereur byzantin Justinien, mosaïque de la basilique Saint-Vital de Ravenne, avant 547.
Les Guerres de Justinien (en grec : ; en latin : [Au sujet des guerres]) est son ouvrage le plus important. Les sept premiers volumes semblent avoir été publiés comme un tout avant d'être complétés en 545 ; ils furent cependant mis à jour quelques années plus tard lors d'une nouvelle publication, car une entrée date de 551.
Les deux premiers livres (connus aussi sous le titre des Guerres perses, en latin : De bello persico) ont pour sujet le conflit entre Rome et l'Empire sassanide en Mésopotamie, en Syrie, en Arménie, en Lazique et dans l'Ibérie du Caucase (correspondant à peu près à la Géorgie moderne).
La préface, comme le voulait la tradition de l'époque qui multipliait les références aux auteurs de l'Antiquité, est une transposition de celle des Histoires d'HérodoteComparer Procope, Guerres de Justinien, I.1.1., et Hérodote I.1.1. ; elle est suivie d'un rappel de Thucydide à l'effet que la narration de ces guerres est utile puisque l'Histoire se répète, d'une affirmation à l'effet que l'auteur s'est efforcé de rapporter fidèlement les événements et que les guerres qu'on trouve dans son livre sont les plus importantes à jamais avoir été livréesComparer Procope, Guerres de Justinien, I.1. 1-7, et Thucydide, I.22.4 (utilité), I.22.2-3 (fidélité) et I.1.1-2 (importance de ces guerres)..
Le livre I débute par un survol des relations entre l'Empire romain et l'Empire sassanide à partir de 408. Après avoir rappelé que l'empereur Flavius Arcadius avait confié la garde de son fils, le futur Théodose II, au roi sassanide Yazdgard , Procope raconte l'invasion de la Mésopotamie par les Sassanides (502-506). Il attribue la cause de la guerre qui éclate en 527 au fait que Justin refusa pour sa part d'adopter le prince héritier sassanide (futur Khosro ). C'est alors que Bélisaire devint duc de Mésopotamie où il se rendit avec son conseiller juridique et secrétaire particulier, Procope. Ce dernier raconte les hauts et les bas de la campagne menée par Bélisaire jusqu'à ce qu’il soit rappelé à Constantinople pour aller combattre les Vandales en Afrique. Vient ensuite la signature de la « paix éternelle » entre Justinien et Khosro et la description des tentatives presque simultanées pour renverser les deux monarques (la sédition Nika à Constantinople que Bélisaire réprimera et une tentative de coup pour remplacer Khosro Ier par son neveu). Après avoir imputé l'impopularité de Justinien à son ministre, Jean de Cappadoce, et avoir décrit l'exil de celui-ci en 541, Procope termine le livre sur la tentative d'usurpation d'un soldat à Dara en 537.
Le livre II décrit comment Khosro , envieux des succès de Bélisaire en Italie, décide de briser la « paix éternelle » et d'envahir la Syrie avant de s'arrêter devant Antioche dont Procope décrit avec horreur le sac et la déportation de ses habitants. Malgré une trêve conclue avec Justinien, Khosro se retire en pillant la région, Apamée étant sauvée par une relique de la Vraie Croix et Édesse par une lettre supposément écrite par le Christ lui-même. Revenu d'Italie, Bélisaire se voit à nouveau confier le commandement des troupes d'Orient et affronte Khosro qui a de nouveau envahi la Mésopotamie. Son succès relatif lui vaut d’être rappelé encore une fois à Constantinople. Procope interrompt alors son récit pour décrire l'épidémie de peste en 542 avant de reprendre le cours du récit et les défaites de l'armée romaine jusqu'au siège d'Édesse. Le livre se termine en 549 par le récit de la révolte qui chasse les Sassanides de la Lazique et une allusion à Jean de Cappadoce revenu à Constantinople après s'être fait prêtre.
Les deux livres suivants, intitulés Les Guerres vandales (en latin : De bello vandalico), couvrent la campagne victorieuse de Bélisaire contre le royaume vandale d'Afrique du Nord.
Le livre III débute par une description géographique de l'Empire romain en 395, lors de la division de l'Empire entre Flavius Arcadius qui obtient l'Orient et Flavius Honorius qui conserve l'Occident. Il décrit alors les invasions barbares en Occident, y compris le sac de Rome et la conquête de la Gaule, de l'Hispanie et de l'Afrique romaine. Les efforts des empereurs tant d'Orient que d'Occident pour reconquérir le territoire ayant échoué, les Vandales tentent de forcer leurs nouveaux sujets à se convertir à l'arianisme. Suit le récit de l'expédition décidée par Justinien contre l'avis de ses conseillers et les succès de Bélisaire sur Gélimer qui, après avoir fait exécuter le roi Hildéric, voit son propre frère tué par les avant-gardes de Bélisaire. Le livre se termine sur la prise de Carthage et la réunion entre Gélimer, vaincu, et un de ses frères revenu de Sardaigne.
Le livre IV s'ouvre sur la reconstruction des murs de Carthage par Bélisaire, la lutte contre Gélimer en fuite et l'envoi de troupes pour reprendre la Corse, la Sardaigne et les autres villes côtières occupées par les Vandales. Suivent la reddition de Gélimer et le retour triomphal de Bélisaire à Constantinople. Les Maures ayant recommencé à s'attaquer aux frontières de la province romaine, les généraux Solomon puis Germanus tentent de rétablir une paix fragile, mais un troisième général, Serge, massacre un groupe de nobles maures provoquant ainsi une révolte générale jusqu'à ce qu'un général arménien, Artabanès, réussisse à remettre de l'ordre dans la province en 546. Le livre se conclut par les batailles livrées par le successeur d'Artabanès, Jean Troglita, contre les Maures de 546 à 548.
Les trois livres suivants, les plus longs, constituent Les Guerres gothiques (en latin : De bello gothico) et traitent des campagnes entreprises par Bélisaire et d'autres généraux pour reconquérir l'Italie, alors aux mains des Ostrogoths.