Jean Skylitzès (en grec byzantin ) est un historien byzantin du (né vers 1040 - mort au début du ), originaire d'Asie Mineure et qui a exercé de hautes fonctions administratives et juridiques à Constantinople sous le règne d'Alexis Comnène. Il est l’auteur du Synopsis Historion (en grec ), une chronique qui couvre la période allant de 811 à 1057. On lui attribue également une continuation de cette chronique (Scylitzes Continuatus) jusqu'à l'année 1079.

Sa vie gauche|vignette|Le thème des Thrakésiens est signalé en violet foncé au sein de l'empire byzantin vers l'an 1000 en violet clair. Le peu que nous savons sur Jean Skylitzès est déduit de ses œuvres ou de ce que d’autres historiens ont dit de lui.

Il naquit vers 1040 probablement dans le thème des ThrakésiensEn grec ou plus simplement , le thème des Thrakésiens est une province ou thème de l'Empire byzantin située à l'ouest de l'Asie mineure, dans l'actuelle Turquie, et comprenant les anciennes régions d'Ionie et de Lydie ainsi que des parties de la Phrygie et de la Carie; ne pas confondre avec la Thrace dans la péninsule des Balkans. en Anatolie. Le fait que et Georges Kedrenos (souvent appelé en français Georges Cédrène) et Jean Zonaras se réfèrent à lui comme à « Jean le Thrakésien » porte à croire que sa ville d’origine était modeste, sinon il aurait été désigné par le nom de cette ville et non par celui de sa province, tel Michel Attaleiates, son contemporain, originaire de la ville d’Attaleia (aujourd’hui Antalya). Sa famille était à l’époque peu connue, car les seuls autres « Skylitzès » (litt : « petit chien ») dont nous ayons trace vécurent au siècle suivant alors que certains de ses membres eurent une carrière distinguée dans l’Église et la bureaucratieTreadgold (2013) .

Il dut quitter relativement tôt sa province d’origine pour recevoir une bonne éducation, car il fit carrière à Constantinople dans la magistrature, faisant partie de ces « hommes nouveaux » que Constantin X promut en élevant des citoyens ordinaires à des rangs auxquels ils ne pouvaient jusqu’alors prétendreVoir Psellos, Chronographie, chap. VII, para 15.. Dans la préface du Synopsis Historion, Skylitzès affirme avoir détenu le rang de kouropalates (curopalate) et avoir exercé la fonction de « drongaire de la garde » (en grec : ), titre qui, aux environs de 1030, se référait au juge en chef du plus important tribunal de ConstantinopleDans l'empire byzantin, tout fonctionnaire porte à la fois un titre qui désigne l'emploi qu'il occupe en même temps qu'un grade honorifique indiquant son rang dans la hiérarchie impériale; pour une définition de ces titres et fonctions, voir article « Glossaire des titres et fonctions dans l’Empire byzantin ».. C’est à ce titre qu’il requit en 1091, une élucidation de l’empereur Alexis Comnène sur l’interprétation à donner à l’une des Novelles (lois promulguées par l’empereur) sur les empêchements au mariageLaiou (1992) . Outre ce poste dans la magistrature, Skylitzès occupa également celui d’éparque (préfet) de Constantinople avec rang de « proèdre »Cheynet dans Wortley (2010) .

En 1094, Skylitzès semble déjà s’être retiré du domaine juridique, ayant probablement reçu d’autres honneurs de la part de l’empereur. Citant l’œuvre de Skylitzès, Georges Kedrenos lui donne même le titre de « protovestiarios », titre généralement réservé aux membres de la famille impérialeKedrenos, I, . Selon le byzantiniste Werner Seibt, il s’agirait là d’une erreur d’interprétation, ce titre devant se lire soit « protovestes » (en grec : , litt : premier des vestès), soit « protovestarches » (en grec : , litt : premier des vestarchēs), titres élevés, mais plus modestes que celui de protovestiaire que défend cependant la professeure HolmesHolmes (2005) . Il n’est pas impossible effectivement qu’Alexis ait élevé Skylitzès au rang de protovestiaros après la publication de la deuxième version de son œuvre vers 1105 pour reconnaitre ses réalisations en tant qu’historien. Par la suite, nous n’entendons plus parler de luiTreadgold (2013) .

Son œuvre

Jean Skylitzès est surtout connu comme étant l'auteur du Synopsis Historion (en grec / ) ou « Synopsis des Histoires », une chronique qui couvre la période allant de la mort de en 811 à la destitution de en 1057 (dynasties amorienne et macédonienne). Il la rédigea vraisemblablement après s’être retiré de ses fonctions de drongaire de la garde entre 1092 et 1094, ayant plus de temps à consacrer à ses recherches. Cette première version, complétée probablement en 1095, se termine en 1057. On lui attribue toutefois une version plus longue se terminant en 1078/1079 avec la mort du logothète Nicéphoritzès. Une allusion au fait que Constantin Bodin, roi de Dioclée de 1081 à 1101, « a terminé son règne de nos joursSkylitzès Continuatus, » semble indiquer que cette deuxième version, à laquelle on se réfère sous le nom de « Skylitzès Continuatus », aurait été complétée après 1101Treadgold (2013) . Parue vraisemblablement en 1105, cette deuxième version contrairement à la première, emprunte beaucoup à l’« Histoire » de Michel Attaleiates et à la « Chronographie » de Psellos.

Skylitzès se décrivant lui-même comme résumant les « Histoires » rédigées par divers prédécesseurs, il semblerait, selon le , que la première version soit surtout basée sur les deux « Histoires » mentionnées dans sa préface, soit celle de Démétrius évêque de Cizique et celle du moine Jean de Lydie dont les textes se terminent comme celui du Synopsis en 1057Treadgold (2013) . C’est par la suite qu’il aurait découvert les œuvres d’Attaleiates et de Psellos et qu’il aurait rédigé une deuxième version sous le titre cette fois de « Épitomé des Histoires » (), permettant sa continuation jusqu’en 1079/1080.

Récapitulant ses prédécesseurs, Skylitzès réarrange leurs textes, résumant ou paraphrasant ceux-ci et rapportant leurs jugements sur les personnages impliquésTreadgold (2013) . Si on peut lui reprocher un manque d’originalité, le grand mérite de cette façon de procéder est de porter à notre connaissance sans y apporter de changements majeurs un grand nombre d’œuvres dont plusieurs ne sont pas autrement parvenues jusqu’à nous, constituant ainsi la source la plus complète que nous possédions sur ces deux siècles et demi. Dans sa préface (proemion), Skylitzès indique qu’il a tenté de récapituler les textes de Georges le Syncelle (mort après 810) et de Théophane le Confesseur (758/759 – 817/818), deux historiens que personne à son avis n’a surpassésJuntunen (2005) . Il est critique des travaux de Michel Psellos (1018 – 1078) et de l’ « enseignant sicilien » (terme désignant probablement Theognostus le Grammairien), leur reprochant (faute probablement d’avoir eu accès à l’ensemble de leur œuvre) d’avoir trop abrégé le règne des empereurs dont ils retracent la vieTreadgold (2018) . Ensuite, il accuse dix autres historiens ayant écrit après Théophane le Confesseur l’histoire de leur temps d’être biaisés, ce qui ne l’empêche pas néanmoins de rapporter fidèlement leurs textes sans y ajouter de commentaires personnels.

On peut ainsi vraisemblablement identifier, à tout le moins pour les historiens dont nous conservons les textes, ceux qui lui ont servi de sources pour les périodes suivantes : Période 813 – 877 : Joseph Genesios, nom conventionnel d’un auteur byzantin d’origine arménienne, qui rédigea à la demande de l’empereur une histoire allant de 813 (alors que se termine la « Chronographie » de Théophane) à 867 (alors que commence le règne de ); période 876 – 944 : Théodore Daphnopatès (né entre 890 et 900) – « Vie de Basile » et « Theophanes Continuatus » - ensemble de biographies impériales; période 944 – 971 : Nicéphore le Doyen de Phrygie – « Histoire »; période 971 – 976 : Théodore, évêque de Side qui rédigea une « Histoire » allant de 811 à 976, laquelle fut poursuivie par son neveu, Théodore de Sébaste; période 976 – 1025 : Théodore de Sébaste, seul historien byzantin connu à avoir écrit sur cette période; période 1025 – 1057 : Démétrios, évêque de Cyzique (né vers 998 – mort après 1043) et le moine Jean de Lydie (haut fonctionnaire à Constantinople de 1054 à 1057) qui écrivit une suite à l’ « Histoire » de Théodore de SébasteTreadgold (2018) .

Place parmi les historiens byzantins

thumb|left|Extrait du manuscrit Skylitzès de Madrid. (haut) Léon VI et les Bulgares; (bas) Les Bulgares mettant les forces byzantines en déroute à Bulgarophygon.

Le a constitué une période particulièrement fertile pour la rédaction de grandes fresques historiques. Alors que seulement six avaient été rédigées dans les trois cents ans précédents, quatre seront produites au cours de ce siècle et cinq autres s’y ajouteront au siècle suivantProduites avant 1060 et préservées dans dix manuscrits ou plus : Chronique abrégée de Nicéphore; Chronique abrégée de Georges le Moine; Extraits de Chronographie de Georges le Syncelle; Chronographie de Théophane; première édition des Chroniques de Siméon le Logothète; Extraits d’Histoire de Constantin VII. Produites après le 1060 : Épitomé de l’Histoire romaine de Jean Xiphilin; le Synopsis Historion et l’Épitomé des Histoires de Jean Skylitzès; la Chronique Universelle de Georges Kedrenos; l’Alexiade d’Anne Comnène; l’Épitomé des Histoires de Jean Zonaras; la Chronique de Michel Glycas; la Chronique Universelle de Constantin Manassès et la Chronique de Nicétas Choniatès. (Treadgold (2013) ), accompagnant les profondes mutations culturelles des et . Outre Jean Skylitzès, les grands chroniqueurs de l’époque seront Jean Xiphilin, Michel Attaleiatès, Michel Psellos, Georges Kedrenos (ou Cédrène), Nicéophore Bryenne et Anne Comnène, ainsi que Jean Zonaras, Constantin Manassès, Michel Glycas et Jean Kinnamos (ou Cinnamus).

La chronique « Synopsis Historion » constitue l'une des meilleures sources que nous possédions sur le . Dans cet ouvrage, Skylitzès a voulu rédiger non pas une simple chronique comme la « Chronographie » de Psellos, ou un panégyrique tendancieux comme la « Vie de Basile » de Genesios, mais une histoire générale s’étendant jusqu’à la période contemporaine, sur le modèle de Georges le Syncelle et de Théophane. Son but semble avoir été de résumer les sources en sa possession, les réarrangeant en fonction des règnes des empereurs plutôt qu’en respectant un ordre chronologique strict, épurant ce qui lui semblait biaisé pour ne citer que les évènements (mais rapportant toutefois les jugements de ces auteurs lorsqu’ils ne lui semblaient pas porter à controverse), permettant ainsi aux lecteurs de lire « une » Histoire plutôt que d’avoir à se référer à une dizaine d’auteurs différents, chose difficile à une époque où les livres étaient rares; ce faisant, il nous a transmis une bonne partie du contenu et du libellé de ses sourcesTreadgold (2013) C’est ainsi que nous pouvons retracer le préjugé favorable de Nicéphore le Diacre en faveur de Jean Tzimiscès, la manière de dater les évènements de Démétrios de Cyzique, ou l’utilisation nombre double chez Jean le Moine.. Dans la seconde édition qu’il intitulera « Épitomé des Histoires » et qui nous est connue sous le nom de « Skylitzès continuatus », il se risquera à insérer certaines informations ou certains jugements personnels dans le texte de Michel Attaleiatès, tout en s’en tenant au texte de base puisque, tout comme Attaleiatès, il ne mentionne pas l’avènement d’Alexis (1081) qui ne s’était pas encore produit au moment où Attaleiatès rédigeait son œuvre; pour certains évènements non relatés par Attaleiatès, Skylitzès se référera à PsellosTreadgold (2013) .